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Nicolas Sarkozy répond à Mathieu Kassovitz sur son blog
mercredi 23 novembre 2005
Sur le site dAgoraVox
Il semblerait que lhistoire soit vraie, Nicolas Sarkozy aurait posté ou fait poster une réponse à lacteur Mathieu Kassovitz, directement sur le blog de ce dernier, alors que le cinéaste critiquait violemment lattitude de Nicolas Sarkozy dans un post intitulé La France den bas.
Voici la réponse :
Monsieur, Jai pris connaissance de vos propos, développés sur votre blog, relatifs à la crise qui a traversé plusieurs de nos banlieues. Au-delà de vos flèches caricaturales et provocantes, dont je suis la cible, jai tenu à vous répondre personnellement car je crois aux vertus du débat et de léchange, notamment avec celles et ceux qui ne souscrivent pas à mes idées ou mes actes.
Le premier point qui ma frappé à la lecture de votre blog, cest quil laisse fortement entendre que la crise actuelle a surgi soudainement, comme par un malheureux hasard. Vous lattachez de façon réductrice et manichéenne à ma personne et à quelques mots prononcés par moi-même... Ces mots, jassume leur tonalité directe et franche car ils sont fondés sur la réalité dun quotidien vécu par une majorité de nos concitoyens dans les cités. Au surplus, jestime que le "politiquement correct" et la langue de bois qui préva[lent] depuis des décennies ne sont pas indifférents à la montée du vote extrémiste, dont je combats depuis toujours les idées et les leaders.
Vous connaissez, semble-t-il, suffisamment "les quartiers" pour savoir, au fond de vous-même, que la situation est tendue depuis de longues années et que le malaise est profond. Votre film, "La haine", qui date de 1995, évoquait déjà ce malaise, que des gouvernements, de droite comme de gauche, ont dû gérer avec plus ou moins de réussites. Limiter cette crise aux faits et gestes du Ministre de lIntérieur, cest, dune certaine façon et une fois encore, passer à côté des vrais problèmes. Je mets cela sur le compte dun coup de cur mal placé.
Le second point qui ma heurté, cest que vous paraissez vous faire, sans nuance, le porte-parole dune minorité de casseurs, plutôt que linterprète dune majorité de familles et de jeunes qui vit, elle aussi, dans les cités et qui en a assez de constater que la culture de la violence et des rapports de forces sest [sur]imposée [à] celle de lEtat de droit. Pourquoi navoir aucun mot pour ceux dont la voiture a brûlé, les privant ainsi dun outil de liberté et de travail durement acquis ? Pourquoi ne pas évoquer ces jeunes dont les gymnases ont été réduits en cendres et ces enfants dont lécole est détruite ? Pourquoi, par ailleurs, navoir aucune pensée pour les 110 policiers blessés, les pompiers caillassés et les médecins injuriés ?
Votre proximité affective à légard des jeunes des cités est compréhensible et estimable, mais jai le sentiment quelle vous conduit à accepter ce qui nest pas acceptable. Ce nest pas rendre service aux banlieues que de prendre fait et cause pour une minorité dont les actes sont répréhensibles et parfois même meurtriers. Je crois même le contraire. Vivre dans un quartier populaire ou être le fils de parents ou grands-parents immigrés nautorise nullement à lancer des cocktails Molotov sur la police et des pierres sur les pompiers. Laisser entendre le contraire, cest, selon moi, insulter toutes celles et tous ceux qui, dans des conditions dexistence identiques, se comportent en citoyens responsables.
Je nignore nullement le fait que, derrière cette crise, il y a des facteurs économiques, sociaux et culturels. Jen ai mesuré lampleur et cest pourquoi je défends, notamment, le principe de la discrimination positive, ou encore le vote des étrangers aux élections municipales. Il est temps de briser légalité de façade dont notre pays est coutumier depuis trop longtemps ! Il est temps de donner toutes ses chances à la France plurielle, dont jestime quelle est un atout et non un handicap ! A cet égard, je veux vous dire que la Police est sans doute le service public le plus représentatif de cette France plurielle que jappelle de mes voeux.
Cette nouvelle impulsion, dont les quartiers ont tant besoin, ne peut être engagée en labsence dun rétablissement des règles républicaines. Le développement des trafics, des violences, des "tournantes", de limmigration clandestine, mine tous les efforts que nous pouvons entreprendre. En ces zones de non-droit, lordre républicain nest pas ladversaire du progrès, mais bien son allié.
Nous sommes en présence dune des crises urbaines les plus complexes et les plus aiguës que nous ayons eu à affronter. Elle exige de la fermeté et beaucoup de sang-froid. Ces sont ces instructions précises que jai données aux forces de police et de gendarmerie. Elles agissent avec une maîtrise et un professionnalisme qui font honneur à notre démocratie. Au cours des quatre dernières semaines, certaines de nos unités ont fait face, dans le calme et la discipline, à une violence dont je vous demande de ne pas sous-estimer la brutalité.
Voilà les quelques réflexions que minspire la lecture de votre blog. Je sais que vous êtes, avec votre style et vos convictions, à la recherche dune prise de conscience des pouvoirs publics vis-à-vis des banlieues. Depuis tant dannées, beaucoup dargent a été engagé, beaucoup defforts ont été entrepris par les services de lEtat comme par les acteurs de terrain. Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Nous y avons tous notre part de responsabilité. Comment faire mieux et autrement ? Cette question, il faut maintenant la résoudre.
Demeurant disponible pour poursuivre, si vous le jugez utile, notre échange de vive voix, je vous prie de croire, Monsieur, à lassurance de mes sentiments les meilleurs.
Article rédigé par Charles Nouÿrit
Mis en ligne le 23 novembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org











