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Apologie de l'Intifada culturelle dans un collège parisien, Daniel Lebrun
"Depuis quelques mois, Primo Europe suit « une affaire » née d’un projet pédagogique initié dans un collège de la région parisienne. Nous aurons l'occasion de vous tenir informés des suites de l'enquête." (Primo-Europe)
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11 novembre 2005
 
Sur le site de Primo-Europe.
 
 
De quoi s’agit-il ?

Un collège parisien a en effet lancé un projet pédagogique censé illustrer le programme de 5° sur le monde arabo-musulman.

A l'origine, le projet devait aussi impliquer le lycée avec lequel ce collège partage les locaux.

L'idée est généreuse en ces temps d'affrontements communautaires : le projet prévoit des échanges de courriers Internet avec des élèves d'un autre pays, la création d’une oeuvre artistique collective, des débats, des films, des visites, etc.

Dans l’équipe enseignante, le professeur d'histoire qui a concocté ce programme demande l'appui de l'établissement, comme cela est de règle à l'Education Nationale ; il l’obtient.

Mais en fait de monde arabo-musulman, les professeurs ont privilégié Naplouse, en Palestine.


Choisir Naplouse...

Le choix de Naplouse (Sichem lorsque cette terre appartenait au peuple hébreu, au temps de Jacob, Néapolis, à l’époque de  la domination romaine) paraît pour le moins arbitraire lorsqu’il s’agit d’étudier le monde arabo-musulman, tout le monde en conviendra aisément.

Naplouse fut la ville natale de Justin, théologien, philosophe (il partit en guerre contre Aristote), apologiste réputé et docteur de l'Eglise vers l'an 150 de notre ère.

De nos jours, Naplouse est considérée par Le Monde Diplomatique comme le "laboratoire de la troisième Intifada" (Benjamin Barthe, Le monde diplomatique, juillet 2005.)

De la part d’un professeur d'histoire censé avoir creusé son sujet, ce choix est troublant. Il ne manque pas de villes, dans le monde arabo-musulman, qui auraient pu accueillir magnifiquement un tel projet pédagogique.

On imaginerait plutôt les fécondes implications de ce projet s’il avait permis à certains élèves d’entreprendre une riche correspondance avec des enfants du Maghreb, dont ils sont peut-être les cousins.

Chacun aurait pu approfondir la connaissance de son histoire identitaire, se réconcilier avec sa propre image, tisser un réseau avec des classes de cette banlieue, justement maudite dans les faits aujourd’hui.


De tout cela, nos pédagogues n'ont cure

Le projet initial stipulait : Pour nos élèves cette correspondance est l’occasion d’exprimer leur solidarité avec des enfants victimes d’un conflit et privés de liberté de circulation ; or, la solidarité participe de l’éducation à la citoyenneté. Par ailleurs, pour une réflexion concernant les droits de l’homme et la paix, la question israélo-palestinienne nous semble incontournable.

Ce postulat de départ n'est pas acceptable. En quoi le fait de réfléchir sur la citoyenneté est-il dépendant de la connaissance du monde arabo-musulman ? En quoi la question israélo-palestinienne est-elle incontournable ?

Il nous apparaît que les réponses pourraient avoir un effet boomerang sur les enseignants de cet établissement et sur leurs équipes, pour peu qu’ils s’informent davantage !

Le projet est donc devenu un projet culturel artistique, d’échange avec la Palestine, intitulé « Portes sans refuge ».

A l’initiative d’un architecte de Naplouse, fondateur du Centre culturel "Cheikh Amr Arafat", les enfants collectent des photos des portes déchiquetées de maisons détruites par l’armée israélienne à Naplouse, pour les peindre, les décorer et échanger avec les jeunes enfants du collège parisien, qui feront de même sur des photos de portes parisiennes.

L'idée est surprenante, s’adressant à de jeunes élèves de cinquième, fragiles et influençables.
Autre aspect "collégial" du projet, inviter des intervenants tels que
  • un cinéaste palestinien militant bien connu ;

"Clowns sans frontières", ONG qui s’adresse aux enfants victimes de conflits armés, en situation de détresse.

Le projet doit déboucher sur une exposition, faite par l’établissement et ouverte urbi et orbi, des photos de ces portes et de "l’histoire de chacune d’entre elles".


Vaste projet, aux ouvertures multiples à souhait, c’est le cas de le dire, et aux incitations dangereuses multiples !

A la suite de quelques contestations internes, on lance quand même une sorte de "référendum" consultatif dans l'établissement.

Mais le projet a le vent en poupe de la part de l’administration : il est donc agréé par la DAAC, (Délégation Académique aux Arts et à la Culture), puis par la DARIC, (Délégation Académique aux Relations Internationales et à la Coopération), avant même sa présentation au Conseil d'Administration ; un peu comme si l'exécutif promulguait une loi avant son examen au Parlement !

Le vote a lieu lors du Conseil d’Administration du Collège, à bulletins secrets pour que chacun puisse conserver son entière liberté. Résultat : 11 voix pour, 2 contre, 2 abstentions, 1 bulletin blanc. En juin 2005, le projet est voté.


Bien qu’adopté en CA, le projet est rediscuté. Des remaniements sont annoncés pour la rentrée

En septembre 2005, la DAFPEN (Direction Académique de Formation des Personnels de l’Education Nationale) prenant les devants avec une surprenante célérité, organise un stage technique destiné aux professeurs de cette classe de 5ème afin de démarrer au plus vite dans l’interdisciplinarité (histoire, géographie, français, arts plastiques, et EPS pour accompagner les élèves en sortie).

Les autorités de l’Education Nationale sont prévenues. Un inspecteur pédagogique régional d’histoire se rend dans l’établissement. Il exige que le projet soit adouci et réécrit.


Le résultat est la suppression

  • de la participation du Lycée ;
  • de toute mention de solidarité avec la Palestine ;
  • de la participation active du cinéaste.

1. On maintient la participation de l’ONG "Clowns sans frontières", du musicien et de son association, Al Kamandjati.
2. On demande de se focaliser sur l’aspect artistique.
3. On décide de l’implication dans le projet de L’Institut du Monde Arabe de Paris et… d’une visite au Musée d'Arts et d'Histoire du Judaïsme, pour faire bonne mesure (hors sujet et, bien évidemment, alibi !).

Le nouveau projet, identique à lui-même, ne se formule plus ainsi : "Portes détruites ces dernières années", expression présente sur le site CCIPPP (Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien), soutenu par la "Plate-forme des ONG", elle-même soutenue par le Quai d’Orsay.

"A Naplouse les enfants collectent des portes de maisons détruites par l'armée israélienne pour les peindre, les décorer, les photographient et envoient ces photos aux enfants du collège parisien..."

Mais comment comptent-ils parvenir à ne pas faire mention de la solidarité avec la Palestine, comme le demande l'Inspecteur, puisque c’est le cœur même du projet ?

Lundi 7 novembre, ce projet est de nouveau présenté au CA et soumis à un vote à main levée, démocratie oblige. La FCPE a même fait voter une motion de protestation contre le fait d’avoir rediscuté un projet voté en première instance. On ne badine pas avec la démocratie, à la FCPE.

En fait, le vote est de pure forme, car le projet était déjà bien avancé. De nombreuses actions sont en cours et des rencontres ont déjà eu lieu.

  • 6 octobre : cultures en partage, visite à l' IMA.
  • 13 octobre : atelier de calligraphie, IMA.Visite de la moquée.
  • 20 octobre : Photographie des portes du lycée et du quartier.
  • 17 octobre : découverte de la culture palestinienne à travers un diaporama, des lectures, et la musique, à l'Institut du Monde Arabe (IMA). (On se pose sérieusement la question de savoir si la carte géante apposée dans le hall de l’IMA, sur laquelle on chercherait en vain l'existence d'un pays nommé Israël, sera montrée et commentée aux élèves.)
  • 24 novembre : rencontre avec le responsable de Al Kamandjati.
  • 1er décembre : présentation de livres de la bibliothèque itinérante de l'IMA.
  • 5 janv: Atelier lecture en présence d'une personne de l'IMA.

Pédagogie active ou idéologique ?

A ce stade de la présentation des faits, il est temps de poser à l’institution éducative quelques questions fondamentales.

Le programme d’Histoire, en 5ème, enjoint aux enseignants de présenter "le monde musulman. L'essentiel est de présenter Mahomet, le Coran et la diffusion de l'islam et de sa civilisation. On insistera davantage sur cette dernière et son rayonnement, abordés à partir de l'exemple d'une ville, que sur les constructions politiques qui résultent de l'expansion - Carte : le monde musulman au VIIIe siècle."

Il s’agit donc bien d’étudier le monde musulman en évitant d'aborder les aspects politiques, toujours sujets à interprétation.

Les recommandations officielles sont sages et d’une clarté aveuglante.

Le projet décrit ci-dessus ne répond à aucun des critères pédagogiques énoncés. Nous nous permettons même d’affirmer qu’il va à l’encontre de la mission dévolue à l’Education Nationale : "transmettre des connaissances, avec une ouverture sur le monde environnant, en développant le sens critique et l’esprit d’analyse".

Le projet exposé et en cours de réalisation, avec l’appui des autorités concernées, tourne ouvertement le dos à toutes ces recommandations.


Source de connaissances ?

Pour découvrir les richesses de la musique arabo-musulmane, est-il nécessaire et incontournable de faire appel au fondateur d’une association culturelle de Palestine ? Le Maghreb manque-t-il d’exemples ancestraux de créations arabo-andalouses dignes de rendre leur fierté à nos jeunes élèves déracinés par l’émigration ?


Ouverture sur le monde ?

Le projet, c’est louable, se propose de sensibiliser les enfants à la problématique des droits de l’homme. De jeunes élèves parisiens favorisés venant faire le lien et le liant avec des enfants français venus d’ailleurs, souvent musulmans, enfermés dans des cités-dortoirs, n’est-ce pas une action plus éducative, plus immédiatement solidaire que l’évocation d’un ailleurs lointain et peu vérifiable?


Développement du sens critique ?

Une rapide présentation des personnalités extérieures sollicitées pour ce projet suffirait à démontrer que chacune d’elles est engagée dans un activisme soutenu des plus louables.

La question est de savoir si ces personnalités représentent les meilleurs interlocuteurs permettant aux élèves de se faire une idée impartiale sur le conflit en cours et, plus généralement sur l’étude du monde arabo-musulman, pourtant point de départ du projet en voie de réalisation.

Les enfants de 12 ans qui participeront à ce projet seront-ils, in fine, capables de concevoir et de ressentir autre chose qu’un rejet d’Israël ?

Question enfin qui semble essentielle : les enfants de ce collège français ne sont-ils pas instrumentalisés par un professeur aux convictions bien arrêtées ?


Conclusion

Nous terminerons ce constat désabusé par une réflexion sur les missions générales de l’école de notre pays.

Que fait-on subir à notre école ?
  •  L’école de France ; celle qui a absorbé, formé, sans les formater, des cohortes de polonais, italiens, espagnols, africains, réfugiés de toutes sortes.
  • L’école des Hussards noirs de la République, dont les deux seuls Credo étaient l’amour de l’enfant et l’égalité des chances.
  • L’école de France, élément central de la cohésion sociale, du fameux "ascenseur social".
  • L’école de France qui a supprimé les clivages sociaux pour créer le seul statut égalitaire : celui de l’écolier, de l’enfant respectable et respecté.

    A l’école des Hussards noirs, être enseignant ne saurait être un métier. C’est une mission, la plus haute sans doute, celle de former la jeunesse et de lui fournir le terreau le plus sain et le plus transparent possible.

    De cette école, l’idéologie, d’où quelle vienne, a toujours été tenue à distance. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

    Comme à l’Assemblée Nationale, l’école est devenue le lieu des affrontements des rivalités sociales, politiques. L’idéologie n’épargne plus l’enseignant, qui voit, dans l’enfant d’aujourd’hui, un comparse pour demain.

    Dans ce genre de relation, il y a toujours deux perdants :
    - l’enfant, pour sa dimension de choix futur et de richesse personnelle ;
    - le pays, pour la qualité unificatrice de l’action pédagogique.

    Primo-Europe va entamer une série d’actions sur ce projet dont nous ne donnerons pas ici plus de détails afin de préserver une poursuite objective du débat.

    Mais, d’ores et déjà, nous posons avec gravité la question à Monsieur le Ministre de l'Education Nationale : Dans le contexte actuel, est-il opportun de soutenir un projet éducatif exacerbant un conflit et en favorisant l’importation sur notre sol, et pire encore, dans le sanctuaire qu'est l'Education Nationale ?

    Nous posons enfin la question aux autorités pédagogiques : Le monde arabo-musulman se limite-t-il à la seule ville de Naplouse ? L'existence de ce monde dépend-elle à ce point de "la question" israélo-palestinienne ?

    Les réponses à ces questions seront-elles conformes à l’esprit des textes et des missions éducatives de l’Education Nationale ?

    Il est trop tôt pour le dire.
Daniel Lebrun
 
© Primo Europe, 11 novembre 2005
 
 
Mis en ligne le 21 novembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org
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