Un collège parisien a en effet lancé un projet pédagogique censé illustrer le programme de 5° sur le monde arabo-musulman.
A l'origine, le projet devait aussi impliquer le lycée avec lequel ce collège partage les locaux.
L'idée est généreuse en ces temps d'affrontements communautaires : le projet prévoit des échanges de courriers Internet avec des élèves d'un autre pays, la création dune oeuvre artistique collective, des débats, des films, des visites, etc.
Dans léquipe enseignante, le professeur d'histoire qui a concocté ce programme demande l'appui de l'établissement, comme cela est de règle à l'Education Nationale ; il lobtient.
Mais en fait de monde arabo-musulman, les professeurs ont privilégié Naplouse, en Palestine.
Choisir Naplouse...
Le choix de Naplouse (Sichem lorsque cette terre appartenait au peuple hébreu, au temps de Jacob, Néapolis, à lépoque de la domination romaine) paraît pour le moins arbitraire lorsquil sagit détudier le monde arabo-musulman, tout le monde en conviendra aisément.
Naplouse fut la ville natale de Justin, théologien, philosophe (il partit en guerre contre Aristote), apologiste réputé et docteur de l'Eglise vers l'an 150 de notre ère.
De nos jours, Naplouse est considérée par Le Monde Diplomatique comme le "laboratoire de la troisième Intifada" (Benjamin Barthe, Le monde diplomatique, juillet 2005.)
De la part dun professeur d'histoire censé avoir creusé son sujet, ce choix est troublant. Il ne manque pas de villes, dans le monde arabo-musulman, qui auraient pu accueillir magnifiquement un tel projet pédagogique.
On imaginerait plutôt les fécondes implications de ce projet sil avait permis à certains élèves dentreprendre une riche correspondance avec des enfants du Maghreb, dont ils sont peut-être les cousins.
Chacun aurait pu approfondir la connaissance de son histoire identitaire, se réconcilier avec sa propre image, tisser un réseau avec des classes de cette banlieue, justement maudite dans les faits aujourdhui.
De tout cela, nos pédagogues n'ont cure
Le projet initial stipulait : Pour nos élèves cette correspondance est loccasion dexprimer leur solidarité avec des enfants victimes dun conflit et privés de liberté de circulation ; or, la solidarité participe de léducation à la citoyenneté. Par ailleurs, pour une réflexion concernant les droits de lhomme et la paix, la question israélo-palestinienne nous semble incontournable.
Ce postulat de départ n'est pas acceptable. En quoi le fait de réfléchir sur la citoyenneté est-il dépendant de la connaissance du monde arabo-musulman ? En quoi la question israélo-palestinienne est-elle incontournable ?
Il nous apparaît que les réponses pourraient avoir un effet boomerang sur les enseignants de cet établissement et sur leurs équipes, pour peu quils sinforment davantage !
Le projet est donc devenu un projet culturel artistique, déchange avec la Palestine, intitulé « Portes sans refuge ».
A linitiative dun architecte de Naplouse, fondateur du Centre culturel "Cheikh Amr Arafat", les enfants collectent des photos des portes déchiquetées de maisons détruites par larmée israélienne à Naplouse, pour les peindre, les décorer et échanger avec les jeunes enfants du collège parisien, qui feront de même sur des photos de portes parisiennes.
L'idée est surprenante, sadressant à de jeunes élèves de cinquième, fragiles et influençables.
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un cinéaste palestinien militant bien connu ;
"Clowns sans frontières", ONG qui sadresse aux enfants victimes de conflits armés, en situation de détresse.
Le projet doit déboucher sur une exposition, faite par létablissement et ouverte urbi et orbi, des photos de ces portes et de "lhistoire de chacune dentre elles".
Vaste projet, aux ouvertures multiples à souhait, cest le cas de le dire, et aux incitations dangereuses multiples !
A la suite de quelques contestations internes, on lance quand même une sorte de "référendum" consultatif dans l'établissement.
Mais le projet a le vent en poupe de la part de ladministration : il est donc agréé par la DAAC, (Délégation Académique aux Arts et à la Culture), puis par la DARIC, (Délégation Académique aux Relations Internationales et à la Coopération), avant même sa présentation au Conseil d'Administration ; un peu comme si l'exécutif promulguait une loi avant son examen au Parlement !
Le vote a lieu lors du Conseil dAdministration du Collège, à bulletins secrets pour que chacun puisse conserver son entière liberté. Résultat : 11 voix pour, 2 contre, 2 abstentions, 1 bulletin blanc. En juin 2005, le projet est voté.
Bien quadopté en CA, le projet est rediscuté. Des remaniements sont annoncés pour la rentrée
En septembre 2005, la DAFPEN (Direction Académique de Formation des Personnels de lEducation Nationale) prenant les devants avec une surprenante célérité, organise un stage technique destiné aux professeurs de cette classe de 5ème afin de démarrer au plus vite dans linterdisciplinarité (histoire, géographie, français, arts plastiques, et EPS pour accompagner les élèves en sortie).
Les autorités de lEducation Nationale sont prévenues. Un inspecteur pédagogique régional dhistoire se rend dans létablissement. Il exige que le projet soit adouci et réécrit.
Le résultat est la suppression
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de la participation du Lycée ;
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de toute mention de solidarité avec la Palestine ;
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de la participation active du cinéaste.
1. On maintient la participation de lONG "Clowns sans frontières", du musicien et de son association, Al Kamandjati.
2. On demande de se focaliser sur laspect artistique.
3. On décide de limplication dans le projet de LInstitut du Monde Arabe de Paris et
dune visite au Musée d'Arts et d'Histoire du Judaïsme, pour faire bonne mesure (hors sujet et, bien évidemment, alibi !).
Le nouveau projet, identique à lui-même, ne se formule plus ainsi : "Portes détruites ces dernières années", expression présente sur le site CCIPPP (Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien), soutenu par la "Plate-forme des ONG", elle-même soutenue par le Quai dOrsay.
"A Naplouse les enfants collectent des portes de maisons détruites par l'armée israélienne pour les peindre, les décorer, les photographient et envoient ces photos aux enfants du collège parisien..."
Mais comment comptent-ils parvenir à ne pas faire mention de la solidarité avec la Palestine, comme le demande l'Inspecteur, puisque cest le cur même du projet ?
Lundi 7 novembre, ce projet est de nouveau présenté au CA et soumis à un vote à main levée, démocratie oblige. La FCPE a même fait voter une motion de protestation contre le fait davoir rediscuté un projet voté en première instance. On ne badine pas avec la démocratie, à la FCPE.
En fait, le vote est de pure forme, car le projet était déjà bien avancé. De nombreuses actions sont en cours et des rencontres ont déjà eu lieu.
- 6 octobre : cultures en partage, visite à l' IMA.
- 13 octobre : atelier de calligraphie, IMA.Visite de la moquée.
- 20 octobre : Photographie des portes du lycée et du quartier.
- 17 octobre : découverte de la culture palestinienne à travers un diaporama, des lectures, et la musique, à l'Institut du Monde Arabe (IMA). (On se pose sérieusement la question de savoir si la carte géante apposée dans le hall de lIMA, sur laquelle on chercherait en vain l'existence d'un pays nommé Israël, sera montrée et commentée aux élèves.)
- 24 novembre : rencontre avec le responsable de Al Kamandjati.
- 1er décembre : présentation de livres de la bibliothèque itinérante de l'IMA.
- 5 janv: Atelier lecture en présence d'une personne de l'IMA.
Pédagogie active ou idéologique ?
Il sagit donc bien détudier le monde musulman en évitant d'aborder les aspects politiques, toujours sujets à interprétation.
Les recommandations officielles sont sages et dune clarté aveuglante.
Le projet décrit ci-dessus ne répond à aucun des critères pédagogiques énoncés. Nous nous permettons même daffirmer quil va à lencontre de la mission dévolue à lEducation Nationale : "transmettre des connaissances, avec une ouverture sur le monde environnant, en développant le sens critique et lesprit danalyse".
Le projet exposé et en cours de réalisation, avec lappui des autorités concernées, tourne ouvertement le dos à toutes ces recommandations.
Source de connaissances ?
Ouverture sur le monde ?
La question est de savoir si ces personnalités représentent les meilleurs interlocuteurs permettant aux élèves de se faire une idée impartiale sur le conflit en cours et, plus généralement sur létude du monde arabo-musulman, pourtant point de départ du projet en voie de réalisation.
Les enfants de 12 ans qui participeront à ce projet seront-ils, in fine, capables de concevoir et de ressentir autre chose quun rejet dIsraël ?
Question enfin qui semble essentielle : les enfants de ce collège français ne sont-ils pas instrumentalisés par un professeur aux convictions bien arrêtées ?
Nous terminerons ce constat désabusé par une réflexion sur les missions générales de lécole de notre pays.
Que fait-on subir à notre école ?
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Lécole de France ; celle qui a absorbé, formé, sans les formater, des cohortes de polonais, italiens, espagnols, africains, réfugiés de toutes sortes.
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Lécole des Hussards noirs de la République, dont les deux seuls Credo étaient lamour de lenfant et légalité des chances.
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Lécole de France, élément central de la cohésion sociale, du fameux "ascenseur social".
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Lécole de France qui a supprimé les clivages sociaux pour créer le seul statut égalitaire : celui de lécolier, de lenfant respectable et respecté.
A lécole des Hussards noirs, être enseignant ne saurait être un métier. Cest une mission, la plus haute sans doute, celle de former la jeunesse et de lui fournir le terreau le plus sain et le plus transparent possible.
De cette école, lidéologie, doù quelle vienne, a toujours été tenue à distance. Ce nest plus le cas aujourdhui.
Comme à lAssemblée Nationale, lécole est devenue le lieu des affrontements des rivalités sociales, politiques. Lidéologie népargne plus lenseignant, qui voit, dans lenfant daujourdhui, un comparse pour demain.
Dans ce genre de relation, il y a toujours deux perdants :
- lenfant, pour sa dimension de choix futur et de richesse personnelle ;
- le pays, pour la qualité unificatrice de laction pédagogique.
Primo-Europe va entamer une série dactions sur ce projet dont nous ne donnerons pas ici plus de détails afin de préserver une poursuite objective du débat.
Mais, dores et déjà, nous posons avec gravité la question à Monsieur le Ministre de l'Education Nationale : Dans le contexte actuel, est-il opportun de soutenir un projet éducatif exacerbant un conflit et en favorisant limportation sur notre sol, et pire encore, dans le sanctuaire qu'est l'Education Nationale ?
Nous posons enfin la question aux autorités pédagogiques : Le monde arabo-musulman se limite-t-il à la seule ville de Naplouse ? L'existence de ce monde dépend-elle à ce point de "la question" israélo-palestinienne ?
Les réponses à ces questions seront-elles conformes à lesprit des textes et des missions éducatives de lEducation Nationale ?
Il est trop tôt pour le dire.











