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Le quotidien dans un quartier de voyous, Mireille Popelin
Ce témoignage à chaud, à la rédaction hachée, parfois maladroite, est néanmoins empreint de sincérité et traduit un état desprit quon aurait tort de minimiser et encore davantage de marginaliser. Le sentiment dabandon dune population de qualité livrée aux exactions de bandes organisées, de casseurs émeutiers, doit être entendu, même sil ne représente quun fragment de la réalité. Même si, bien entendu, il ny a pas que des situations de ce genre dans les quartiers difficiles. (Menahem Macina).
Texte paru dans Respublica, le journal de la Gauche républicaine n° 395, le lundi 7 novembre 2005 (www.gaucherepublicaine.org).


Quand j'ai arrêté mon boulot d'instit, retraite à Villeurbanne, quartier où il y avait un immeuble social, nous subissions vols, menaces, dégradations de voiture (la mienne dans la rue, pas de garage).
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J'ai eu souvent très peur - comme je ne voulais pas céder à la peur, je suis partie en bataille.
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Pétition citoyenne avec l'école, le directeur (syndiqué copain) la mairie alertée.
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Les petits frères volent pour les grands (vu de mes yeux).
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Et la famille est souvent complice et vit avec aides, plus trafics. Vu de mes yeux vu !
Pétition.
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Succès. Je jouais à "même pas peur", journal, photo, article. Mes ennuis ont commencé :
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voiture arrêtée quand je rentrais tard, menaces, gestes de provocation à caractère sexuel, et un jour, arrêt dans la rue, en voiture, n'ai pas bougé, la bande me provoquait et m'insultait et m'empêchait de passer.
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Enfin , le coup final, on m'a envoyé une pierre qui a cassé mes vitres et est passée à quelques centimètres de ma tête ! La police n'en revenait pas - quelle adresse ! Si ce talent était utilisé pour une bonne cause ! J'étais au 4e ! Un voisin a vu la bande, mais, malgré les flics qui lassuraient qu'ils ne diraient pas qui avait dénoncé, cet homme terrorisé n'a jamais osé témoigner
Lâcheté, la peur. J'avais moins peur que lui !
Bon ! Je ne suis pas Zorro, quand même. J'ai donc décidé de quitter ce quartier.
La dernière réunion avec la mairie, police, etc. Le maire avait adopté le langage de la gauche de l'époque: on va essayer d'agir mais ce n'est pas aussi grave, gna, gna. Ce que j'entends avec la gauche, encore ! On exagère.
Et quand nous avons descendu l'escalier de la mairie avec le collègue, directeur de l'école, à côté de moi, il m'a dit : "Tu vois, Mireille, comment on perd les élections !" C'était juste avant.
C'était en 2002, et la gauche a perdu les élections, et Le Pen était au 2ème tour ! Un certain 21 avril.
Ce que j'ai vu et compris dans ce quartier, je ne l'oublierai jamais. La petite instit qui venait d'un quartier tranquille (le 3e, à Lyon, c'est BCBG) n'avait jamais été traitée de p
, ni menacée comme ça.
Je suis très pessimiste sur l'avenir. Je pense que c'est trop tard pour redresser la situation.
Mais on ne me fera jamais plaindre les voyous !
Je plains, par contre, les gens qui sont obligés de vivre avec eux et je voudrais qu'ils puissent s'en sortir, ceux qui le souhaitent.
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Ce dimanche, c'est la 10e nuit d'émeutes, et elles touchent la province, écoles, bus, magasins, entreprises, gymnases incendiés, et 1300 véhicules partis en fumée !
Le Rhône et l'Isère sont classés (rapport gendarmerie) dans les deux départements les plus touchés habituellement, par la délinquance. Mais Vaulx-en Velin a connu quelques soirées de violences avant la région parisienne. Ce qui n'empêche pas les maires de ces départements d'être inquiets, et vigilants.
Car ces incendiaires s'en prennent aux habitants.
Une femme handicapée a été gravement brûlée dans l'incendie d'un bus, c'est le chauffeur qui l'a aidée à se sortir des flammes.
Une femme handicapée a été gravement brûlée dans l'incendie d'un bus, c'est le chauffeur qui l'a aidée à se sortir des flammes.
- Un sexagénaire a été gravement blessé en tentant d'intervenir pour empêcher un feu de poubelles, il est dans le coma [Il est décédé depuis. NDLR dupjf.org.]
Les citoyens, inquiets et plus ou moins armés, organisent des rondes pour se défendre et préserver leurs biens (voitures, résidences), ce qui est très dangereux !
Il y a une semaine, une jeune fille de Vénissieux était invitée chez une amie : c'était un guet-apens. Sept jeunes, garçons et filles lui ont fait subir viol, humiliations, divers sévices que l'on a du mal à dire ! Elle a pu s'enfuir au petit matin, mais ses tortionnaires, auparavant, l'ont tondue !
Le maire, André Gérin, aux côtés de Malika Haddad (présidente de "Ni putes ni soumises" - Rhône) s'est exprimé sur ce drame. Il rapproche ce fait divers de l'actualité des banlieues incendiées :
"La société française est en train de dériver. En réagissant à ces faits, nous refusons la banalisation de la violence. Aujourd'hui, l'affrontement entre les jeunes et la police porte les germes d'une guerre civile."
Fadela Amara ( NPNS) de Paris s'exprime sur les émeutes :
"La violence amène la radicalisation. Cela sert l'extrême droite. Il faut donner des moyens aux associations républicaines, qui sont les derniers remparts contre l'intégrisme".
J'ajouterai la laïcité ! Mais je sais que Fadela est une ardente militante de la laïcité, et de la défense des femmes.
Mireille Popelin











