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Vous avez dit "Philistins" ? - Leffet de 'serre', Menahem Macina
Ce n'est ni l'affaire Al-Dura, ni celle du lynchage de Ramallah, mais un simple "effet de serre", aux conséquences dommageables pour l'économie palestinienne. En tout cas, contrairement à ce qui se passe chez Ardisson, personne n'en parle.
16/09/05

Photo prise le 14 septembre 2005/REUTERS/Ahmed Jadallah
Avez-vous remarqué le quasi-silence des médias autour du pillage des serres israéliennes, offertes, à grands frais, par de généreux donateurs occidentaux à lAutorité palestinienne (AP) ? Il y a eu très peu de commentaires dans la presse audio-visuelle, et pas la moindre vidéo des scènes de pillage et de vandalisme palestiniens.
Evidemment, ce nest pas laffaire Al-Dura (1). Et puis, les journalistes en activité dans les territoires contrôlés par lAP savent ce quil en coûte de faire mauvaise presse au futur Etat palestinien ! (2)
En ce qui me concerne, en tout cas, cette affaire ma mis de mauvaise humeur, doù le présent Billet
dhumeur, justement.
Comme je le rapportais, ici même, il y a un peu plus dun mois (3), suite à un accord intervenu entre des donateurs privés et des agriculteurs du Goush Katif, un don de 14 millions de dollars avait permis aux Palestiniens de reprendre les serres du Goush pour quils puissent continuer à les utiliser. Comble dironie, cest James Wolfenson, un Juif américain, ancien Président de la Banque mondiale, qui avait donné lexemple aux donateurs pressentis en versant, de sa poche, la somme dun demi million de dollars !
Pour le plus grand bonheur des responsables palestiniens qui, comme le rapporte L'Express, "espéraient que les serres de culture abandonnées par les colons permettraient de créer des milliers d'emplois, dans une zone où le taux de chômage dépasse les 50%". Et le quotidien de préciser : "Les saccages commis par les manifestants et les pillards après le départ de l'armée israélienne lundi ont notamment rendu inutilisables nombre de pompes à eau et de tuyaux en caoutchouc."
Toujours selon L'Express, "Basil Djaber, président de la Compagnie de développement économique de Palestine, a confié que 33 millions de dollars devaient être consacrés au développement de ces serres, en vue de relancer les exportations, en particulier de légumes et de plantes d'appartement, notamment vers l'Europe3". Et lhomme de préciser "que les pillards avaient détruit à peu près un tiers des serres laissées derrière eux par les Israéliens."

Cliché : Emilio Morenatti / AP
Gageons que les bonnes âmes prendront la défense des pillards, en invoquant la pauvreté (souvent réelle) dune partie de la population palestinienne, en général, et de la bande de Gaza en particulier. Lexplication est à la rigueur plausible en ce qui concerne les larcins (vols de bâches, par exemple), voire les vols qualifiés de matériels coûteux (telles les pompes électriques). En effet, dans cette région où beaucoup de choses font défaut, cest là une monnaie permettant aux plus démunis daméliorer leur ordinaire. Mais que penser des saccages barbares aux dépens de léconomie locale ?
La réponse, pensez-vous peut-être, ne sera pas aussi évidente.
Erreur.
Quoi, alors ?
"Mais cest tout simple. Ces actes 'irrationnels', sont la 'conséquence logique' dune 'rage impuissante', une explosion de 'colère légitime', après des décennies d'occupation et dexploitation israéliennes éhontées' des richesses (!) palestiniennes."
Et ce nest là quun échantillon épuré de tous les poncifs dune presse occidentale qui a, depuis longtemps, décrété que seuls les Palestiniens sont dignes de compassion, parce quils sont opprimés.
"Avez-vous seulement une idée", vous demandera sans doute, avec des trémolos dans la voix, tel palestinophile modèle standard, "du désespoir des pauvres Palestiniens privés de tout, face au standard de vie élevé à jamais inaccessible pour eux - de ces colons israéliens, et de leur frustration devant les superbes villas de ces nantis."
Inutile de rappeler à cette bonne âme que, quand ces "colons" sont arrivés là, il y a près de quarante ans, il ny avait pratiquement que du sable, et que cest en pionniers quils ont régénéré un sol ingrat, rendu depuis fertile et riche - un bien inestimable quils nont pu ni détruire, ni emporter avec eux, et qui profitera aux Palestiniens. Votre plaidoyer sera balayé dun argument souverain, dans le style :
"Peut-être, mais cest un bien mal acquis que celui que lon a tiré de la terre dautrui !"
Ah ! bon, la terre dautrui
Tant pis, donc, pour " lautrui antérieur", le peuple juif, qui (je pourrais le leur prouver avec, en mains, un banal manuel dhistoire de la Palestine ancienne, mais ce serait peine perdue) avait conquis ces terres il y après de trois mille ans, non sur les Palestiniens - qui nexistaient même pas -, mais sur les Philistins, anciens ennemis implacables dIsraël, finalement soumis par David après de longues guerres, et qui, eux, nexistent plus.
A moins quun nouvel Arafat ne vienne nous affirmer, sans crainte du ridicule, que, justement, les Palestiniens sont les descendants des Philistins, puisque, en arabe, Palestine se dit Phalastin
Vous avez dit "Philistins" ? Soit.
Dans ce cas, la pomme nest pas tombée loin de larbre !
Menahem Macina
© M. Macina et upjf.org
Notes
(1) Voir larticle de D. Gelertner, "Ces images qui nous mentent [retour sur laffaire Al-Dura]", et surtout celui de Nidra Poller, "Myth, Fact, and the al-Dura Affair".
(2) Voir : "Un journaliste italien : «La presse sert la cause des Palestiniens»" ; "Quand la chaîne nationale de télévision italienne faisait allégeance à lAutorité Palestinienne" ; J. L. Balint "Intimidation palestinienne des médias".
Mis en ligne le 15 septembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org











