Dimanche 10 décembre 2006 (ZENIT.org)
La fête de Hanoukka
La fête de Hanoukka commémore la purification et la dédicace (Hanoukka en hébreu) du temple de Jérusalem et de son autel en décembre de lan 164 avant notre ère. Elle est célébrée pendant huit jours à partir du 25 du mois de Kislev (cette année : du 16 au 23 décembre).
Les livres des Maccabées racontent comment le roi de Syrie Antiochus IV Épiphane avait interdit le culte juif, ce qui avait provoqué une révolte conduite par Judas Maccabée et ses frères, et profané le temple de Jérusalem pour le dédier à Zeus olympien. La dédicace et linstitution de la fête nous sont racontées par quatre sources : les deux livres des Maccabées, lhistorien Flavius Josèphe et le Talmud.
Selon les livres des Maccabées, il avait été décidé que la fête serait célébrée chaque année, « avec joie et gaîté », pendant huit jours. Le second livre des Maccabées ajoute deux précisions importantes : la durée de la fête est calquée sur celle de la dédicace du premier temple par Salomon ; cette fête de huit jours devait aussi compenser celle de Souccot, qui navait pas pu être célébrée deux mois plus tôt en raison de la persécution. Cest probablement ce qui explique linsistance du livre des Maccabées sur la joie qui doit accompagner la fête de Hanoukka ; la joie, en effet, est une des caractéristiques de la fête de Souccot.
Le Talmud, quant à lui, rapporte une histoire peut-être légendaire, mais qui est le fondement du rituel propre à la fête : « Quand les idolâtres étaient entrés dans le temple, ils avaient profané toute lhuile. Il ne restait plus quune jarre dhuile portant le sceau du grand-prêtre [
]. La quantité dhuile qui sy trouvait nétait suffisante que pour lallumage dune seule journée. Un miracle se produisit : cette huile dura, en fait, pendant huit jours. »
Aujourdhui, lessentiel du rituel consiste dans lallumage des lumières de Hanoukka, bougies ou lampes à huile. On en allume une le premier soir, deux le second, et ainsi de suite jusquà huit. La pratique suit ainsi lécole de Hillel, alors que, selon lécole de Shammaï, lautre grand maître contemporain du début de lère chrétienne, on devait en allumer huit le premier soir, sept le second, et ainsi de suite jusquà une. La justification de cet usage, qui na pas été retenu par la tradition, vaut dêtre signalée : le nombre des lumières devait aller en décroissant comme le nombre des sacrifices pendant la fête de Souccot, ce qui confirme que cette fête est bien inspirée de la fête des tentes.
La lampe de Hanoukka, la hanoukiyya, doit être placée dans chaque maison en un endroit visible de lextérieur, près dune fenêtre, ou même à lextérieur de la maison, si elle est protégée du vent. Depuis le Moyen-Âge, lart juif a produit une variété considérable de ces lampes. La hanoukiyya doit comporter le support de neuf lumières, la neuvième, le shamash, devant servir à allumer les autres. On ne doit pas utiliser la hanoukiyya pour séclairer : elle doit donner sa lumière de façon purement gratuite et non utilitaire. La fête est appelée aussi fête des lumières : peut-être moins à cause des lampes quen souvenir des illuminations qui éclairaient jadis Jérusalem pendant la fête des tentes (Souccot), et qui ont pu être transposées à Hanoukka.
La fête de Hanoukka ne rappelle que de façon allusive les prouesses militaires des Maccabées, sans doute à cause du souvenir ambigu que ces derniers ont laissé dans la tradition dIsraël. Les frères de Judas Maccabée et leurs descendants fondèrent, en effet, une dynastie, celle des Asmonéens, qui fut considérée comme doublement illégitime par le parti pharisien, puisque cumulant les fonctions de grand prêtre et la royauté alors que ses représentants nappartenaient pas à la lignée de David ni à celle de lhéritier légitime du souverain pontificat. En outre, les Asmonéens firent alliance avec les Romains. Cest dailleurs pour arbitrer un conflit entre les derniers Asmonéens, que les légions romaines, sous le commandement de Pompée, pénétrèrent en terre dIsraël, pour nen plus repartir. Lorsque la liturgie de ce jour célèbre « les miracles quIl a faits pour nos pères, en ces jours et en ce temps-là », il sagit essentiellement du miracle de lhuile qui a brûlé pendant les huit jours de la dédicace.
On trouve une allusion à la fête de Hanoukka dans lÉvangile de Jean, dont la chronologie se réfère au cycle liturgique juif : « On célébrait alors à Jérusalem la fête de la dédicace. Cétait lhiver. » (Jn 10, 22). Le passage précédent prenait comme point de repère « le dernier jour de la fête » de Souccot (7, 37), célébrée deux mois plus tôt, et la suite du récit commence à compter les jours en référence à la fête de la Pâque, vers laquelle tend tout le récit évangélique.
© P. Michel Remaud *
* Directeur de lInstitut chrétien dEtudes juives et de littérature rabbinique.
Mis en ligne le 15 décembre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











