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Daat Haim : Chabbath Parachat Pinhas (14, 15 juillet 2006 18, 19 tamouz 5766)

Au nom du saint et vénéré Rabbi Haïm Cohen ztl
1 Hapisga, Bayit Vegan, Jérusalem Tel : 00 972 2 643 07 20 Fax : 00 972 2 643 07 19
12, rue Notre Dame des Victoires 75002 Paris Tel : 01 42 27 21 11 Fax : 01 42 27 54 91
Email : daat.haim@piximel.com Site : www.daathaim.org
Chabbath Parachat Pinhas
14, 15 juillet 2006 18, 19 tamouz 5766
Jérusalem Paris Montréal
Entrée : 19 h 11 21 h 32 20 h 23
Sortie : 20 h 27 22 h 52 21 h 36
Très chers amis,
Jai le plaisir de vous adresser le Dvar Thora de cette semaine, avec lequel nous poursuivons le deuxième chapitre des « Maximes des pères » (Pirké Avoth).
Les commentaires sur le premier chapitre ont fait lobjet dun livre, le troisième volume de notre série « Dvar Thora ». Le quatrième volume est déjà sous presse.
Dans le but de diffuser encore et toujours le message éternel de la Thora, nous envoyons ce Dvar Thora à des milliers de personnes francophones dans le monde, via Internet.
Cette année, notre Institution a emménagé dans un nouveau bâtiment, qui porte dorénavant le nom de BEIT YEHOUDA VEHANA au nom de la famille qui a contribué au financement de cette acquisition ; notre reconnaissance est infinie tant pour cette famille que pour tous nos généreux donateurs et amis.
Le bâtiment est situé face au Mont HERZL et nous serons toujours heureux de pouvoir vous y accueillir avec les 16 enseignants et les 140 étudiants.
Ce Dvar Thora est écrit pour la guérison (refoua chelema) du fils de
Rav Eliahou Elkaïm,
Haïm Yéhouda ben Mazaltov
Ces paroles de Thora sont également dédiées à la mémoire de
Mimoun ben Sultana Abitbol (Tobaly), zl
Reouven ben Hanna Cohen, zl
Merci à tous ceux qui ont participé au gala de notre association à Paris le 27 juin où nous avons pu introniser un Sepher Thora ; merci à tous ceux qui absents nous ont manifesté leur soutien.
Ici, à Jérusalem, ville éternelle, symbole de la pérennité du peuple juif, nous prions et agissons pour la Délivrance et la paix.
Avec notre plus cordial Chabbath Chalom,
Rav Chalom Bettan
BULLETIN DE SOUSCRIPTION
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Au nom du saint et vénéré Rabbi Haïm Cohen ztl
1 Hapisga, Bayit Vegan, Jérusalem Tel : 00 972 2 643 07 20 Fax : 00 972 2 643 07 19
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Commentaires sur la Parachat Pinhas
Le vrai berger
Par le Rav Eliahou Elkaïm
On peut être amené à réfléchir sur nos références pour choisir un dirigeant. Et tandis que lOccident propose un modèle de leader sûr de lui, conquérant et qui sait manuvrer en eau trouble, la Thora nous suggère une toute autre façon de voir le monde
Cette semaine, dans la paracha, nous vivons un moment très émouvant : lordre de D.ieu qui demande à Moïse de monter sur les hauteurs de Avarim, de contempler la terre promise et de quitter ce monde. A cela, Moïse na quune pensée : qui deviendra le berger qui va lui succéder pour diriger la communauté dIsraël ?
Par les mots de cette requête de Moïse qui demande à D.ieu de désigner son successeur, et par ceux de la réponse divine qui investit Josué comme le dirigeant à venir du peuple dIsraël, on comprend mieux le rôle véritable et les qualités requises du manhig (dirigeant), tel que le conçoit la Thora.
Comprendre cette notion est une préoccupation parfaitement actuelle et nous concerne directement : fidèles au principe de nos maîtres, selon lequel tout ce qui est écrit dans la Thora garde sa valeur à toute les époques de lhistoire, nous allons tenter de décrypter le sens profond des enseignements de cet épisode marquant.
Une conviction profonde
« Alors, Moïse parla à lEternel en disant : Que lEternel, le D.ieu des esprits de toute chair, institue un chef sur cette communauté, qui sorte devant eux et passe devant eux, qui les fasse sortir et qui les fasse entrer, afin que la communauté de lEternel ne soit pas comme un troupeau sans pasteur. Et lEternel dit à Moïse : Prends pour toi Josué, fils de Noun, homme animé desprit, et impose ta main sur lui. » (Nombres 27 ; 15-18).
Les premiers mots de ce passage font lobjet dune remarque de nos Maîtres :
Le mot lémor (traduit ici par : en disant) est utilisé dans ce texte.
Ce même mot lémor suit presque tous les ordres divins adressés à Moïse et nos maîtres lexpliquent comme signifiant « redire » dans la mesure où ces ordres doivent être retransmis par Moïse à toute la communauté.
Dans notre texte, lémor ne peut évidemment pas avoir la même signification.
Le Sifri nous fait remarquer quà quatre reprises, ce mot est utilisé lorsque Moïse sadresse à D.ieu.
Et il lexplique comme une demande de Moïse pour que D.ieu lui réponde immédiatement.
Lémor, à ces occasions, a le sens de : « Afin que D.ieu lui réponde »
Cest ainsi que le comprend également Rachi dans son commentaire sur lémor dans notre verset : « Réponds-moi et dis-moi si tu va leur nommer un dirigeant ou non. »
Ce lémor désigne donc une demande appuyée de la part de Moïse.
Mais alors, on peut se demander pourquoi une telle insistance, qui paraît presque de linsolence vis à vis de D.ieu.
En réalité, cette insistance vient nous prouver le sens de la responsabilité hors du commun de Moïse, qui, avant sa mort, sait quil a le devoir de transmettre à son successeur des directives primordiales.
Car Moïse possède la conviction profonde que le peuple a besoin dun dirigeant à la mesure de sa tâche.
Esprit de toute chair
Les quelques phrases de léchange entre Moïse et D.ieu comportent en outre un élément que lon ne retrouve nul part ailleurs dans les textes.
Dans sa requête, Moïse sadresse à D.ieu, mentionnant un attribut nouveau :
« Eternel, D.ieu des esprits de toute chair »
Cet attribut est expliqué par Rachi qui cite le Midrach :
« Maître de lunivers, Tu connais la pensée de chaque personne du peuple juif. Tu sais combien ils sont différents les uns des autres. Donne-leur un guide qui puisse supporter chaque personne, avec son tempérament propre. »
La Thora nous dévoile ici lenvergure de la tâche dun dirigeant.
Et pour commencer, on perçoit la difficulté de discerner lhomme adéquat.
Car Moïse lui-même ne sentait pas capable de le découvrir.
Pourtant, il possédait un niveau inégalé de connaissance. Il maîtrisait notamment Hohmat Hapartsouf la capacité de lire sur les visages toutes les aptitudes dune personne (Exode 18 ; 21).
Malgré cela, il ne pouvait découvrir à lui seul lhomme capable de supporter, cest-à-dire comprendre et aider, chaque membre de la communauté selon sa personnalité.
Cest seulement D.ieu qui peut discerner et désigner un tel homme.
Lauteur du Matnat Haïm fait à ce sujet une remarque pertinente :
Il est dit au sujet de Moïse : « Or, cet homme, Moïse, était fort humble, plus quaucun homme qui fut sur terre. » (Nombres 12 ; 3).
Rachi (ad hoc) explique : «Anav (humble) signifie : prêt à se plier et à supporter. »
Rabbi Yérouham de Mir (Daat Thora ad hoc) apporte un nouvel éclairage aux mots de Rachi.
Contrairement à ce que lon pourrait penser à première vue, Rachi ne nous explique pas les conséquences de la vertu de lhumilité ; il définit son essence même.
Lorgueilleux est incapable de supporter lautre. Lhumilité, cest laptitude qui permet de supporter, sans rechigner, les soucis et les problèmes de lautre.
A ce sujet, Rachi emploie deux mots pour définir lhumilité, chafel et savlan : celui qui sait sabaisser et celui qui supporte.
On remarquera que la racine du mot savlan est sabal, qui désigne un porteur de fardeaux. On comprend donc que savlan est celui qui peut supporter sur son dos les soucis des autres. Cest ainsi que le judaïsme conçoit lhumilité.
Une formule énigmatique
Et cest ce que Moïse demande ici à D.ieu : lui faire découvrir lhomme capable de supporter et de comprendre tous les tempéraments qui existent au sein du peuple dIsraël.
Moïse apporte des précisions supplémentaires sur le rôle de dirigeant :
« Qui sorte devant eux et passe devant eux, qui les fasse sortir et qui les fasse entrer. » Formule pour le moins énigmatique. Et dabord, pourquoi répéter les mêmes termes pour le dirigeant lui-même et également pour ceux quil va diriger ?
On rapporte au nom du Maguid de Vilna une interprétation intéressante.
Un dirigeant doit posséder deux aptitudes :
Dabord, celle de sortir et passer devant le peuple, ce qui signifie que lexemple de sa conduite, à elle seule, doit influencer et inspirer tous ceux qui lobservent.
Ensuite, faire entrer et sortir le peuple, qui signifie parvenir à faire sortir un individu de son problème et le faire entrer dans la bonne voie.
Pour cela, il est indispensable de comprendre les problèmes de chaque individu pour le conseiller et le diriger, laidant ainsi à surmonter les difficultés.
D.ieu désigne pour cette haute fonction Josué, en précisant : « Prends pour toi Josué, fils de Noun, « homme animé desprit »
Pour certains, cet attribut vient en réponse à lattribut que Moïse a mentionné pour D.ieu.
Hachem vient donc nous dire que Josué est un homme qui possède les aptitudes requises pour comprendre et supporter chaque personne, avec son tempérament.
Dans son ouvrage « Madrégat haadam » (Maamar Tikoun hamidoth chapitre 3), le fameux Saba de Novardok est amené à une interprétation différente, en partant de la traduction littérale dhomme animé desprit, en hébreu dans le texte : Ich acher rouah bô », homme qui a lesprit en lui.
Pourtant, daprès la première interprétation, il aurait fallu préciser : qui connaît les esprits.
Par cette expression, explique le Saba de Novardok, D.ieu dévoile à Moïse un secret.
Pour parvenir à comprendre le tempérament de chacun, une qualité est nécessaire et suffisante : avoir lesprit en soi.
Cest-à-dire se connaître profondément, posséder une maîtrise totale de soi et réussir, par un travail personnel acharné, à contrôler parfaitement ses midots (traits de caractère)
Ainsi, lhomme qui parvient à ce niveau pourra comprendre et diriger les autres, et cela sans quil ne soit conditionné ni perturbé par aucune considération autre que le Bien absolu.
Habile démagogue
Nos maîtres rapportent, au sujet de Josué, un fait hors du commun.
Malgré son niveau très élevé de prophétie et de connaissance, il était celui qui nettoyait et rangeait la salle détude.
Cest la preuve la plus éclatante que cet homme nétait conditionné par aucune considération autre que le Bien absolu.
Josué était lhomme qui contrôlait de façon totale lesprit qui était en lui, acher rouah bô.
Cest cette qualité, et aucune autre, qui lui a fait mériter dêtre désigné comme le dirigeant du peuple juif.
Dailleurs, on remarquera que ce nest pas seulement son niveau de connaissance (bien que Josué fut lun des plus éminents disciples de Moïse) qui le fit atteindre cette distinction.
En effet, lors de lénumération des Meraglim, Nahmanide fait remarquer que les explorateurs sont cités selon lordre du niveau de leur Connaissance. Et Josué ne figure quen cinquième place, après Caleb. Et pourtant, Caleb, qui nétait pas entaché par la faute des Meraglim, ne fut pas désigné comme dirigeant.
Un dirigeant, tel que le conçoit la Thora, nest pas le démagogue, habile en science politique, qui sait manipuler les masses ni celui qui manipule les énergies avec finesse.
Au sein du peuple juif, la condition de base est Ich acher Rouah bô et en cela, Josué dépassait toute sa génération.
Une tâche sacrée
Rachi, au nom du Sifri, ajoute une dernière explication.
D.ieu dit à Moïse : « Josué est celui qui pourra, comme tu las demandé, aller à lencontre des volontés et des tempéraments de chacun. »
Rav Eliahou Meïr Bloch, zatsal, auteur du Peniné Daat, fait remarquer que dans la demande de Moïse, on trouve : « supporter le caractère de chacun », tandis que la réponse divine mentionne : aller « à lencontre » des tempéraments de uns et des autres (avec le mot keneged)
Comment comprendre cette différence ?
D.ieu et Moïse se seraient-ils mal compris ?
Au contraire ; Ce que D.ieu dit à Moïse, cest quun dirigeant doit comprendre les différents courants qui animent une société, mais en aucun cas être lobjet de ces courants.
Seuls la Vérité absolue et le Bien de la communauté dans son ensemble, doivent orienter ses décisions, même si cela va à lencontre de certains courants.
Et pour discerner ce qui tient à un « caprice » dune tendance au sein de la communauté ou ce qui, au contraire, est une volonté mue par une réalité objective, il faut posséder laptitude de comprendre et de supporter chacun, avec tous les détails que cela comporte.
Moïse conclut sa demande par les mots :
« Que la communauté de lEternel ne soit pas comme un troupeau sans pasteur »
A travers toutes les époques, et aujourdhui encore, le peuple juif a un besoin absolu de dirigeants à la hauteur de leur tâche sacrée.
Les mots de Moïse restent donc actuels et doivent continuer à nous inspirer.
Commentaires sur la Parachat Pinhas
Motivations profondes
Par le Rav Eliahou Elkaïm
Lacte de Pinhas a provoqué une grave polémique au sein du peuple juif. Seule la Thora, qui connaît les secrets de la nature humaine peut nous révéler la vérité sur cet événement.
Notre paracha commence par les paroles de D.ieu adressées à Moïse au sujet de Pinhas :
« Pinhas, fils dEléazar, fils dAaron le prêtre, a détourné ma colère de dessus les enfants dIsraël, en assouvissant ma vengeance au milieu deux, de sorte que Je nai pas anéanti les enfants dIsraël dans mon indignation.
Cest pourquoi tu annonceras que Je lui accorde mon alliance de la paix. Elle sera pour lui et sa postérité après lui, une alliance dun sacerdoce perpétuel, par ce quil a été zélé pour son D.ieu et quil a fait expiation sur les enfants dIsraël.»
(Nombres 25-10 ; 13)
La Thora cite ensuite les noms de ceux que Pinhas a puni. Il sagit de Zimri, lun des princes de la tribu de Siméon, et de Kozbi, princesse madianite.
Le récit de lacte de Pinhas se trouve à la fin de la Parachat Balak : il sagit de lexécution de Kozbi et de Zimri, acte qui ne peut être compris quà la lumière des enseignement de nos sages.
« Cependant, quelquun des Israélites savança, amenant parmi ses frères la madianite à la vue de Moïse et de toute la communauté des enfants dIsraël, et ils pleuraient au seuil de la Tente dassignation.
Pinhas, fils dEléazar, fils dAaron le prêtre, se leva au milieu de la communauté, arma sa main dune lance, entra sur les pas de lIsraélite dans la tente et les perça tous deux, lIsraélite puis la femme au bas-ventre ;
Et le fléau cessa parmi les enfants dIsraël. » (Nombres 25-6 ; 8).
Seules les précisions des maîtres du Talmud et les Midrashim afférents à cet épisode vont nous permettre de comprendre cet acte.
Débauche et idolâtrie
Il faut dabord comprendre que Zimri nétait pas un faible qui a succombé à la tentation des filles de Midiane.
Quel était le but de ces femmes ? Amener le peuple juif à devenir idolâtre, en séduisant, par tous les moyens, les hommes juifs.
Quand ces derniers étaient sur le point de succomber à la débauche, elles leur demandaient de se prosterner devant leur idole, le Baal Péôr. Pour parvenir à leur fin, elles utilisaient les moyens les plus vils et les plus pernicieux, en utilisant tous les stratagèmes possibles.
Un grand nombre de Juifs succombèrent, nombreux dentre eux faisant partie de la tribu de Siméon. Lorsque Moïse prit la décision de les juger et quils risquèrent la mort pour idolâtrie, ils vinrent trouver Zimri, lun de leurs princes, pour exiger son intervention.
Ce dernier, plutôt que de demander le pardon à Moïse pour ses frères, se rendit avec eux chez Kozbi, princesse madianite.
Contrairement aux autres filles de Moab, cette princesse nutilisait pas de stratagèmes. Elle avait reçu lordre de naccepter les offres que du plus grand des enfants dIsraël, Moïse.
Cest dailleurs ce quelle expliqua à Zimri quand il se présenta à elle.
Ce dernier lui répliqua quil était un homme plus important que Moïse, dans la mesure où il était prince de Siméon, qui était plus âgé que Lévy, ancêtre de Moïse.
Alors seulement, Kozbi accepte les avances de Zimri (Talmud Sanhédrin 82b).
On le voit, lacte de Zimri est tout à fait réfléchi. Comment comprendre quun homme de cette stature, prince dune tribu dIsraël, ait pu choisir de son propre gré la débauche ?
Dautant quil double sa bassesse dune grande insolence.
Après avoir convaincu Kozbi, il vint se présenter, avec elle, devant Moïse lui-même, pour lui poser cette question :
« Cette femme est-elle permise ou interdite ? Si vous linterdisez, qui a décrété Tzipora permise ? »
On le sait, Tzipora était lépouse de Moïse, et elle était de Midian, étant la fille de Yitro. Moïse lavait épousé avant Matan Thora, époque à laquelle linterdiction dépouser une araméenne navait pas été promulguée. Par la suite, elle fut convertie en bonne et due forme.
Insolence à peine croyable. La réaction de Moïse et des chefs du peuple est tout aussi incompréhensible : plutôt que punir cette insolence et cette débauche insupportable, ils pleurent.
Voix céleste
Autre élément étrange, la réaction des plus grands du peuple, et même des anges face à lacte de Pinhas.
Pinhas vint dabord rappeler à Moïse son propre enseignement, quand il descendit du Mont Sinaï : « Celui qui sunit avec une Araméenne, les zélateurs (kanaïm) doivent labattre. »
Il obtint laccord de Moïse pour exécuter cette loi.
A la suite de son acte, le fléau de lidolâtrie, qui touchait le peuple juif, cessa.
Pourtant, les dirigeants, et même les anges, eurent une réaction tout à fait négative.
Le Talmud raconte que les anges ont voulu « bousculer » Pinhas après son acte.
Cest D.ieu Lui-même qui les en a empêché en leur expliquant la teneur véritable de lacte de Pinhas.
Ensuite, les tribus dIsraël lont vivement critiqué : « Regardez ce fils de Pouti, dont le grand-père maternel a engraissé des veaux pour les idoles, voici quil a tué un prince de tribu en Israël. (Talmud Sanhédrin 82).
Le Talmud de Jérusalem (Sanhédrin 9 ; 7) ajoute quils voulurent le mettre en anathème (nidouï) quand une voix céleste déclara quil jouirait de lalliance éternelle de D.ieu.
En fait pour comprendre toutes ces réactions étranges, il faut savoir que Zimri avait, en réalité, des intentions pures. Cest en toute sincérité quil a cru pouvoir, par son union avec Kozbi, rattacher le peuple de Midian à la sainteté (Kedoucha).
Le Chem Michmouel cite à ce sujet deux textes qui confirment cette vision des choses.
Plus grand que Moïse
Le premier est un passage du Talmud (Nazir 23b) :
« Oula dit : Tamar a eu une attitude de débauche, et Zimri également.
Mais de Tamar, sont issus des rois et des prophètes, Zimri na réussi quà faire succomber des myriades denfants dIsraël. »
Le Talmud met laccent sur la ressemblance entre les actes de Tamar et de Zimri, qui étaient tous les deux animés dintentions pures (cf. Dvar Thora Parachat Vayéhi 5763).
Ce nest quen prenant en compte cette pureté et cette volonté de faire le bien pour élever les midianites, que lon peut comprendre la question de Zimri qui demande en quoi Kozbi est diffèrent de Tzipora.
Le deuxième texte nous vient du Zohar (190a) :
« Kozbi a été ensorcelée, par ceux qui lont envoyé, pour prendre le pouvoir sur les grands dIsraël, en utilisant les forces du mal. »
Pour que Zimri puisse agir comme Tamar dans une pureté parfaite. Pour ne pas être touché par ses influences négatives, parvenir à les dompter et ramener Kozbi à la sainteté, il aurait fallu que Zimri ait une attitude sans faille.
Malheureusement, quand il dit à Kozbi quil était plus grand que Moïse, il perdit toutes ses chances de réussite. Car cette vanité lui fut fatale : il succomba aux forces du mal (touma) de Kozbi.
Quoiquil en soit, ces éléments ont échappé aux dirigeants dIsraël et aux anges et ils ont pensé que Pinhas navait pas bien agit. Ils ont estimé que ce descendant didolâtres naurait pas dû se permettre de juger un homme de la stature de Zimri.
Pour cette raison, ils méritaient lanathème (nidouï).
Lauteur du Méoré Chéarim ajoute un élément pour comprendre cette discussion
Entre D.ieu et les tribus dIsraël.
Entre D.ieu et les tribus dIsraël.
On la vu, les tribus insistent sur lascendance de Pinhas, dont lun des ancêtres était Poutiel, qui engraissa des veaux pour les sacrifier aux idoles.
De son côté, D.ieu met en relief sa parenté avec Aaron.
Quel est le sens de cette discussion ?
Recherche de vérité
Pour comprendre la raison de cette divergence de point de vue, il nous faut dabord comprendre le niveau spirituel extraordinaire des Juifs de cette époque.
Car de nos jours, nos ambitions spirituelles nont aucun rapport avec ce que pouvaient être celles de nos ancêtres.
Pour eux, la quête de D.ieu, la recherche de vérité et la réalisation du Bien sur terre étaient des objectifs primordiaux.
Pour preuve ce texte du Talmud (Yoma 22 ; 23) qui, parce quil nous semble relater un événement cruel et presque monstrueux, nous montre le fossé qui nous sépare de nos ancêtres, si proches de D.ieu.
Ce texte du Talmud raconte quà lépoque du Premier Temple, la cendre de lautel pouvait être ramassée par le prêtre qui le souhaitait, ce que lon appelle Terouma hadechen.
Quand il y avait plusieurs candidats pour cette uvre sainte, celui qui arrivait le premier devant lautel était choisi.
Un jour, deux jeunes prêtres se précipitèrent. Lorsque lun deux saperçut que lautre allait arriver le premier, il lui planta un couteau dans le cur, acte répréhensible et très grave, même dans ce contexte.
Après ce terrible drame, les Sages décidèrent de tirer au sort le prêtre qui accomplirait le service divin.
Mais lhistoire de cette ambition spirituelle ne sarrête pas là.
En effet, le père de la victime, arrivé sur les lieux du drame alors que son fils agonisait, demanda que lon sorte le couteau pendant que son fils était encore en vie.
Pourquoi une telle demande ? Pour éviter que le couteau, qui était un objet sacré (Kli Chéret) ne devienne impur au contact dun mort.
Le Talmud se pose alors une question essentielle : cette réaction prouve-t-elle un respect fantastique pour les objets sacrés ou au contraire une indifférence presque monstrueuse pour le sang versé ? Le Talmud reste sur la question.
Question difficile car tout acte qui sort de lordinaire est difficilement compréhensible et peut donc avoir des interprétations totalement différentes.
Il en est de même pour lacte de Pinhas. Les tribus dIsraël ont pensé que cet acte qui sort de lordinaire nétait pas dû à son amour de la vérité et de la justice, mais à des pulsions dont il avait hérité de ses origines maternelles païennes.
Et même les anges ont pensé ainsi.
Seul D.ieu peut leur révéler les intentions de Pinhas, en rattachant ce dernier à son ascendance glorieuse, celle dAaron, homme de paix.
Cette attitude de Pinhas, tout comme celle du père du prêtre assassiné, parce que nous avons du mal à les comprendre, doivent justement nous faire prendre conscience du décalage entre notre conception profonde du spirituel et la conscience du divin que pouvait avoir nos ancêtres











