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Daat Haïm - Parashat Aharei mot - Qedochim (5, 6 mai 2006 7, 8 Iyar 5766)

Au nom du saint et vénéré Rabbi Haïm Cohen ztl
1 Hapisga, Bayit Vegan, Jérusalem Tel : 00 972 2 643 07 20 - Fax : 00 972 2 643 07 19
12, rue Notre Dame des Victoires 75002 Paris Tel : 01 42 27 21 11 - Fax : 01 42 27 54 91
Email : daat.haim@piximel.com Site : www.daathaim.org
Chabbath Aharei mot-Kedochim
5, 6 mai 2006 7, 8 Iyar 5766
Jérusalem Paris Montréal
Entrée : 18 h 47 20 h 46 20 h 47
Sortie : 20 h 01 22 h 04 21 h 58
Très chers amis,
Jai le plaisir de vous adresser le Dvar Thora de cette semaine, compilation du dernier sujet traité, avec lequel nous poursuivons le deuxième chapitre des « Maximes des pères » (Pirké Avoth).
Les commentaires sur le premier chapitre ont fait lobjet dun livre, le troisième volume de notre série « Dvar Thora ». Le quatrième volume est déjà sous presse et nous espérons vous le faire parvenir dans les meilleurs délais.
Dans le but de diffuser encore et toujours le message éternel de la Thora, nous envoyons ce Dvar Thora à des milliers de personnes francophones dans le monde, via Internet.
Cette année, nous avons accueilli la nouvelle promotion, ce qui porte le nombre des élèves de la Yéchiva à 140. Le corps enseignant compte dorénavant 16 membres.
Nous comptons sur laide de tous nos amis pour pouvoir assumer ce nouveau "challenge" qui permettra à la Yéchiva de poursuivre son essor.
Ce Dvar Thora est écrit pour la guérison (refoua chelema) du fils de Rav Eliahou Elkaïm,
Haïm Yéhouda ben Mazaltov
Ces paroles de Thora sont également dédiées à la mémoire de
Maïmon ben Esther Azoulay
Ici, à Jérusalem, ville éternelle, symbole de la pérennité du peuple juif, nous prions et agissons pour la Délivrance et la paix.
Avec notre plus cordial Chabbath Chalom,
Rav Chalom Bettan

Au nom du saint et vénéré Rabbi Haïm Cohen ztl
1 Hapisga, Bayit Vegan, Jérusalem Tel : 00 972 2 643 07 20 - Fax : 00 972 2 643 07 19
12, rue Notre Dame des Victoires 75002 Paris Tel : 01 42 27 21 11 - Fax : 01 42 27 54 91
Email : daat.haim@piximel.com Site : www.daathaim.org
Haïr, cest le néant
Par le Rav Eliahou Elkaïm
La haine envers ceux qui nous entourent est un mal redoutable, qui peut causer des dégâts irréparables. Pour ne pas tomber dans le piège de la haine, il faut savoir la déceler
« Rabbi Jéochoua disait : Le mauvais il, le mauvais penchant et la haine des créatures expulsent lhomme du monde ».
(Chapitre 2, Michna 11)
Après avoir analysé la pensée de Rabbi Yeochoua au sujet des deux premiers dangers contre lesquels il nous met en garde, et ce à la lumière des différents commentaires de nos maîtres, nous allons cette semaine nous pencher sur le troisième et dernier piège qui guette lhomme : la haine quil voue aux autres.
Nous avons déjà cité à ce sujet linterprétation de Maïmonide :
« La haine des créatures a pour origine une âme dévastée par le mal (roa hanéfech) et sexprime par un état dépressif, dans lequel une personne déteste et repousse tout ceux quelle voit et qui lentoure.
Elle préfèrera la compagnie des bêtes à celle des hommes et recherchera lisolement dans le désert ou la forêt.
Elle choisira comme demeure un lieu qui nest pas habité. Cela ne vient pas, dans ce cas, dune volonté de séloigner des tentations de ce monde [pour sélever et se rapprocher de D.ieu, Ndlr.], mais dune nature avide de plaisirs interdits et pleine de jalousie. »
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Fuir la société humaine
Le Rachbats ajoutait : « Létat dépressif est une maladie qui sappelle la mélancolie. Lun des symptômes de cette maladie est de fuir la compagnie des hommes, jusquà les détester. On pourra aller jusquà se réfugier dans un désert ou dans la forêt, et courir le risque dêtre dévoré par les bêtes sauvages. »Entre les lignes, Maïmonide nous dévoile ici un aspect très subtil de la psychologie humaine.La volonté de fuir la société humaine peut avoir deux origines diamétralement opposées, et il ne faut pas les confondre.Ce désir peut être issu dune volonté pure de sélever moralement, mais elle peut aussi cacher une âme perverse, rongée par les mauvais traits de caractère (midot), même si lintéressé prétend vouloir sisoler pour le motif que les hommes sont mauvais.En effet, seul celui qui est épris damour pour les autres et qui a le cur pur peut, sil sent que cela est nécessaire pour son élévation morale, séloigner de la compagnie des humains et de la matérialité pour se rapprocher de son Créateur.En revanche, si cest à cause de la jalousie quil a pris sa décision, il utilise à mauvais escient une force qui existe en lhomme et qui consiste à se détacher de la matérialité et de découvrir les véritables traits de son âme (nechama).Dans ce cas, cette retraite lamènera à sa perte. Cette maladie a pour origine son mauvais caractère (cf. Vaani tefila, de Rabbi Haïm Zaichiq, vol. 3 p. 34).Pour revenir au Rachbats, il cite deux autres interprétations, et, pour commencer, celle de Rachi, qui explique que Rabbi Yeochoua parle de la haine gratuite (sinat hinam).Il cite en référence Avoth derabbi Nathan, qui confirme cette interprétation :« Quelles sont les personnes envers lesquelles il est interdit déprouver de la haine ?Lhomme ne doit pas se dire : Je vais aimer les sages mais je peux haïr leurs élèves, ou même : Je vais aimer tous ceux qui étudient mais je peux haïr les ignorants (amei haarets).Il a le devoir daimer tous les hommes et il doit seulement haïr les apikorsim, les messitim et les medihim.Les apikorsim sont ceux qui expriment leur mépris envers les sages (Talmud Sanhédrin 99b), ceux qui nient lexistence de la prophétie, ceux qui refusent dadmettre que le message divin concerne les êtres humains, et ceux qui contestent la prophétie de Moïse, en affirmant que le Créateur ne connaît pas les actes des hommes. (Maïmonide, Hilhot Techouva 3-8)Les messitim et les medihim sont ceux qui tentent de séduire les autres hommes et de les entraîner dans lidolâtrie. (cf. Deutéronome 13, 7).Le messit est celui qui agit en secret et isolément, en petit comité, alors que le médiah agit publiquement (Maïmonide, Ibid. 3-10).
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« Je déteste ceux qui Te déteste »
On doit aussi haïr celui qui agit comme un mosser, cest-à-dire qui dénonce un Juif aux autorités où à des gens qui peuvent le tuer ou le frapper. Cela englobe également ceux qui transmettent une information qui peut provoquer un préjudice matériel à un autre Juif (Maïmonide, Ibid. 3-12).Cest à ce sujet que le Roi David affirme dans les Psaumes :« A coup sûr, je déteste ceux qui Te déteste, jai en horreur ceux qui se dressent contre Toi. Je leur ai vouée une haine infinie, je les considère comme des ennemis. » (Ps 139-21 ; 22)Un verset nous précise dailleurs : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis lEternel » (Lévitique 19-18)Pourquoi D.ieu a-t-il fait suivre lordre daimer son prochain par laffirmation de son existence ?Il faut comprendre ainsi : Cest parce que cest Moi, D.ieu, qui ait créé lhomme. Sil agit comme faisant partie de son peuple, et quil remplit ses devoirs de Juif, tu dois laimer. Si ce nest pas le cas, tu ne dois pas laimer. » (Avoth de Rabbi Nathan).Il faut émettre une précision capitale : Pour quune personne entre dans le cadre de ceux qui lon a le droit de haïr, il faut lavoir réprimandé au préalable sur sa conduite qui va à lencontre des lois de la Thora, et quil ait refusé de changer, persistant dans son attitude (cf. Hafets Haïm, Lois sur le lachon hara, chap.4).Cette haine doit uniquement être motivée par nos sentiments envers D.ieu. Cest uniquement parce quune personne déteste D.ieu que nous la détestons, comme le précisait le Roi David.Il ne faut pas profiter de cette situation pour attiser une haine qui est due, en réalité, à des raisons beaucoup plus prosaïques, comme la jalousie par exemple (cf. Hafets Haïm, Ibid., Beer Maïm Haïm, note 32).Même si la haine des créatures est une faute grave, comme nous venons de le voir, que faut-il comprendre quand on nous dit quelle lexpulse du monde ?Daprès le Meïri, une démarche haineuse amène forcément lhomme à des disputes démesurées, et susciter la haine de ceux qui lentourent, qui finiront par le chasser ou même le tuer.
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La force du Bien
Pour sa part, le Rachbats explique que celui dont le cur est rempli de haine ne pourra supporter de voir la réussite de ses congénères. Cela pourra devenir à ce point insupportable quil en tombera malade, et pourra même en mourir !Le Rachbats cite une troisième interprétation du concept de haine des créatures, qui est celle de Rabbi Yaacov bar Chimchon.Pour lui, la haine des créatures signifie la haine des autres envers celui à qui sadresse Rabbi Yeochoua.Ce dont parle ce dernier est donc celui qui, par son caractère difficile, suscite la haine de ceux qui lentourent.Cette haine quil a suscitée va donc lexpulser du monde, car il va être maudit par tous, et nos maîtres nous ont appris (Talmud Meguila 15a, et Baba Kama 93a) :« Que la malédiction dun homme ordinaire ne soit pas considérée à tes yeux comme sans effet, et pour preuve, Avimélekh a maudit Sara, en disant, au sujet de son fils :« Il sera pour toi comme un voile devant tes yeux » (Genèse 20-16)Cela sest réalisé pour Isaac, au sujet duquel il est dit :« Il arriva, comme Isaac était devenu vieux, que sa vue sobscurcit » (Genèse 27, 1) »Enfin, nous citerons le Tossafot Yom Tov, qui fait lanalogie entre notre Michna et la maxime de rabbi Eliezer Akappar :« La jalousie, lemprise des passions et la recherches des honneurs expulsent lhomme du monde » (4-21).Il explique : « La jalousie est, en général, le catalyseur du regard malfaisant (ayin hara), lemprise des passions trouve son origine dans le mauvais penchant (yetser hara), et la recherche des honneurs provoque deux formes de haine des créatures :« La première forme est que personne nest plus détesté que celui qui cherche les honneurs, et lorsque ce dernier natteint pas son but, il en veut au monde entier et développe une haine profonde envers ceux qui ne lui ont pas accordé la place quil croit être la sienne. »On le voit, ces deux maximes expriment les deux aspects dune même réalité.Nous citerons également le Maharal, qui met laccent sur le fait que les trois attitudes mentionnées par Rabbi Yeochoua sont les trois éléments au sujet desquels la Thora emploie explicitement le terme ra (mauvais), car elles cristallisent la force du mal qui réside en lhomme.Or, lhomme et la création toute entière nont de raison dêtre que du fait de lexistence du tov (bon) qui est en eux.Le ra exprime finalement le néant.Cest la raison pour laquelle, à chaque stade de la création, il est écrit : Wayar' Elokim Ki-tov (« D.ieu considéra que cétait bien » Genèse 1).Car si le mauvais (ra') prend le dessus, toute lexistence est ébranlée.On comprend, à présent, pourquoi les trois éléments, qui sont désignés comme ra (mauvais), sont ceux qui expulsent lhomme du monde.
Chabbat Chalom
Commentaires sur la parachath Aharei Mot Qedochim
Tu aimeras ton prochain comme toi-même,
le véritable accès à D.ieu
Par le Rav Eliahou Elkaïm
« Aime ton prochain comme toi-même ». Cet ordre divin paraît presque surhumain, hors de portée de notre nature. Nos maîtres nous ont transmis des méthodes pour nous aider à laccomplir, et ainsi nous rapprocher de notre Créateur.
Cest dans la paracha de cette semaine quest stipulé ce commandement, qui, à force davoir été entendu, est devenu bien souvent un cliché vide de sens.
« Aime ton prochain comme toi-même. Je suis lEternel » (Lévitique 19 ; 18)
Qui ne connaît pas ce commandement (mitswa), universellement considéré comme lun des fondements de léthique de la Thora ?
Il est ellement entendu et utilisé, que lon y voit une exhortation abstraite, ce qui rend son application difficile, et que lon perd souvent de vue son importance primordiale, soulignée par Rabbi Akiba (Talmud de Jérusalem, Nedarim 9 ; 4).
Loin dêtre abstrait, ce commandement fait partie des 248 mitsvoth positives ('asseh) que chaque Juif a lobligation daccomplir.
Un texte du Talmud (Chabbat, 31 a), relate lhistoire célèbre de ce non-Juif qui vint se présenter devant Hillel pour se convertir, à condition que ce dernier lui enseigne toute la Thora pendant le laps de temps quil pourrait tenir sur un pied.
Hillel lui répondit : « Ne fais pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas que lon te fasse ». Voilà lessence de toute la Thora, le reste nétant quune conséquence de ce principe de base.
Rabbi Shmouel Eidels (le Maharsha, XVIIe siècle) commente ce passage en précisant que la réponse de Hillel fait référence à la mitswa « Aime ton prochain comme toi-même ». Hillel nous révèle quà travers laccomplissement de cette mitswa, on parvient à celui de toute la Thora.
Cest donc le même concept que celui énoncé par Rabbi Akiba. Si les plus grands maîtres de toutes les générations sont unanimes sur limportance fondamentale de cette mitswa, il est clair que chacun doit mettre tout en uvre pour comprendre profondément le sens de cette loi et rechercher activement les méthodes transmises par nos maîtres afin de laccomplir.
Aucune jalousie
Une première approche est développée par Nahmanide (Lévitique 19 ; 17).
Daprès lui, il est inconcevable que la Thora exige de lhomme daimer son prochain avec la même intensité que soi-même, car cest une exigence qui dépasse le caractère humain.
Daprès lui, il est inconcevable que la Thora exige de lhomme daimer son prochain avec la même intensité que soi-même, car cest une exigence qui dépasse le caractère humain.
La Thora elle-même enseigne : « Ta vie passe avant la vie de ton prochain » (Talmud Baba Metsia 62a).
Pour Nahmanide, le « comme toi-même » exprime le devoir de chaque Juif daimer son prochain au point dêtre heureux de le voir réussir (matériellement et spirituellement), sans que cette réussite néveille aucune jalousie.
Et même si cette réussite dépasse la sienne.
Et même si cette réussite dépasse la sienne.
« Cest cette forme damour que la Thora exige de nous, amour qui interdit la moindre jalousie, et qui nous permettra dextirper toute rancur cachée au fond de nous. »
Le Maharsha explique, dans le même ordre didées, le texte du Talmud cité plus haut. Pour exprimer ce commandement, Hillel a choisi une formulation par la négative : « Ne fais pas à ton prochain ce que tu naimerais pas quon te fasse
»
Il aurait pu choisir une forme à la positive : « Fais à ton prochain ce que tu aimerais quon te fasse. »
Ce choix de la forme négative nest pas fortuit. Cest pour que, lorsquon cherche à accomplir cette mitsva, il ny ait pas de confusion, ni dopposition avec ce que la Thora nous enseigne : « Ta vie passe avant celle de ton prochain ».
Si lon avait exprimé les choses par la positive, on aurait pu arriver à un contresens : tout ce que tu fais pour toi, fais-le à ton prochain, ce qui nest pas lintention de la Thora.
Dans la Thora, le commandement daimer son prochain comme soi-même se trouve placé après ceux de ne pas garder de rancur, ne pas haïr son frère
« Ne fais pas à ton prochain ce que tu naimerais pas que lon te fasse » est donc dans la continuation de ces commandements : « Tu naimerais pas quon te garde rancur, ne le fais pas. Tu naimerais pas que lon te haïsse, ne le fais pas
»
Daprès ces deux approches (Nahmanide et le Maharsha), cest en amont que lon doit travailler pour parvenir au niveau daimer son prochain comme soi-même, et ne pas lui faire ce que lon naimerait pas subir.
En effet, comment parvenir à ne pas jalouser quelquun qui réussit mieux que nous dans le même domaine ? Comment ne pas garder de rancune envers quelquun qui nous a fait du mal ? Ces lois paraissent presque inhumaines, irréalisables.
En réalité, si lon a effectué un travail préparatoire, on peut parvenir à un niveau presque surhumain !
Ce travail consiste à développer en nous la vertu de « ayin tova », un il positif, un il bon, cest-à-dire, dès le départ, considérer lautre avec bienveillance.
« Celui qui a un bon il sera béni » (Proverbes 22 ; 9). Et lon dit que cette qualité était celle qui caractérisait les disciples dAvraham (Pirké Avoth 5 ; 19).
Sur ce verset des Proverbes, le Maharal de Prague (Netiv Ayin Tov, chapitre 1) explique :
La différence entre un bon cur et un bon il réside dans le fait que celui qui a seulement un bon cur cherche à faire du bien à lautre. Celui qui a un bon il cherche à combler lautre, il cherche à faire jouir les autres de tout ce dont ils auront besoin, sans limite. Cest pour cela quil mérite la bénédiction divine.
La différence entre un bon cur et un bon il réside dans le fait que celui qui a seulement un bon cur cherche à faire du bien à lautre. Celui qui a un bon il cherche à combler lautre, il cherche à faire jouir les autres de tout ce dont ils auront besoin, sans limite. Cest pour cela quil mérite la bénédiction divine.
A lextrême opposé, celui qui a un mauvais il est dérangé par la réussite et la prospérité de lautre.
Maïmonide pour sa part, développe une conception différente. Grâce à lui, nous découvrons un aspect légèrement différent de cette mitsva.
Une partie de moi-même
« Il incombe à tous daimer chaque membre du peuple dIsraël comme soi-même, comme il est écrit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
Cest pourquoi il faut sefforcer de ne faire que des éloges sur lautre et davoir des égards pour ses biens matériels comme on en a pour les siens propres, et comme lon est attentif à son propre honneur » (Yad haHazaka, Hilkhot Deot 6 ; 3).
« La mitswa Tu aimeras ton prochain comme toi-même signifie : tout ce que tu voudrais que les autres fassent pour toi, fais-le pour tes frères » (idem Hilkhot Evel 14;1).
Maïmonide fixe une ligne de conduite pour toutes les générations.
Pour mettre en pratique cette mitswa et éveiller des sentiments damour vis-à-vis de son prochain, il faut agir de façon active pour son bien-être et son honneur.
« Si tu veux tattacher à aimer ton prochain, uvre de façon active à son bien-être » (Traité Derekh Eretz Zuta, chapitre 2, et Orhot tsadikim, Chaar Haahava).
Penser que cest dans laction que lon peut parvenir à aimer son prochain se base sur deux idées-force qui, dailleurs, concernent laccomplissement de la volonté de D.ieu de façon générale.
La première est développée par le Ramhal (Rabbi Moché Haïm Luzzato) dans « Le sentier de rectitude » (chapitre 7).
« Celui qui ne ressent pas dattirance ni de sentiments profonds dans laccomplissement des mitswot ne doit pas se décourager pour autant. Dans une première phase, il doit mettre tout son entrain et sa fougue dans cette action, même sil doit, pour cela, sy forcer.
Ce mouvement presque extérieur, superficiel, va éveiller les sentiments purs et profonds de lâme. Car tel est le processus de mise en marche que la Thora nous révèle.
Comme un moteur qui aurait du mal à démarrer, et quil faut lancer afin de déclencher la mise en marche réelle, lâme a besoin, parfois, dêtre éveillée et avivée par un mouvement physique.
Le Ramhal cite, à lappui, les paroles du prophète Osée (6, 9) : « Tâchons de connaître, soyons à la poursuite de lEternel. »
En ce qui concerne lamour du prochain, cest le même principe. uvrer avec énergie au bien-être de lautre, sefforcer de faire son éloge est le meilleur chemin pour parvenir à éveiller de purs sentiments damour envers son frère.
Et nos maîtres dajouter une nouvelle dimension à ce principe.
Donner mon temps, mon argent, tout ce qui fait partie de moi, cest faire de lautre une partie de moi-même.
Par nature, lhomme est profondément attaché à ce qui lui appartient.
Une partie de moi se trouvant chez lautre, il devient un peu moi-même. Ainsi, va se créer une identification et un amour envers son prochain (Rav Haïm Schmouelevitz, Sihot Moussar, p. 78).
Si tu veux tattacher à lautre, donne-lui de toi-même.
Comme le dit le Rav Dessler : « Comment aimer lautre ? En lui donnant ». On peut observer ce phénomène à travers lamour des parents pour leurs enfants.
Lamour le plus fort est sans doute celui quune mère porte à ses enfants, et cest à eux quelle donne le plus. Au départ, ce nest pas parce quelle les aime quelle leur donne. Cest parce quelle leur donne quelle les aime.
Elle a souffert pour les porter, pour leur donner la vie. Elle se lève la nuit pour les nourrir. Et plus elle donne delle-même, plus elle les aime.
Une relation extraordinaire
Les textes des grands kabbalistes nous dévoilent une troisième approche.
Dans son ouvrage, Tomer Deborah, le Ramak (Rabbi Moche Kordovero) définit et développe les treize attributs de la miséricorde divine (Chloch esreh midot chel rahamim). Le quatrième attribut, dont nous avons déjà parlé dans le Dvar Thora sur la Parachat Tsav (chabbat Hagadol) est celui de « Licheerit Nahalato ».
Le Ramak le définit comme une relation de parenté que D.ieu ressent envers Israël.
Cette relation extraordinaire entraîne que la miséricorde divine ne peut supporter la souffrance dIsraël, de la même façon quun père ou un frère ne peuvent supporter de voir leur parent souffrir.
« De la même façon, chaque membre du peuple dIsraël est un parent proche des autres membres. Car toutes les âmes sont une même unité.
Cest pourquoi il faut rechercher le bien de lautre et voir d'un bon il sa réussite. Il faut tenter de lhonorer comme lon recherche à être honoré soi-même.
Il faut le considérer comme partie intégrante de nous-même, cest la raison pour laquelle, la Thora nous enjoint : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" »
Cest sensiblement la même idée que le Ramhal exprime dans Le sentier de rectitude (chapitre 11).
« La Thora a fixé la règle : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Le "comme toi-même" est à comprendre comme : "sans aucune différence avec toi-même", sans distinction, sans calculs, ni arrière-pensée, comme toi-même, de façon absolue. »
Cest une nouvelle dimension que nous découvrons ici.
Cest une nouvelle dimension que nous découvrons ici.
Il sagit en effet de « tester », dévaluer profondément notre foi dans les secrets qui nous sont dévoilés par la Thora sur la relation entre les âmes du peuple dIsraël.
Cest cette foi dans la vérité de la Thora, cette conviction profonde, qui nous amèneront à nous identifier de façon totale à nos frères, et ainsi à les aimer comme nous nous aimons nous-mêmes (cf. également le Talmud de Jérusalem, Nedarim 9, 4).
Laffirmation de Rabbi Akiba, quand il dit : « Cest un principe fondamental de la Thora », et celle dHillel, qui voit dans cette mitsva le début et le catalyseur de toutes les lois de la Thora, prennent désormais un sens tout à fait nouveau.
Le Temple reconstruit
Daprès cette approche, cest par le sentiment profond de lunité totale du peuple dIsraël que lon parviendra à créer le lien véritable avec Celui qui est le créateur de cette unité, et le Père céleste de toute lhumanité.
Cela nous permet de comprendre lintroduction à la prière du matin fixée par le AriZal (Rabbi Isaac Louria) : « Me voici disposé à accomplir le commandement positif : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même"; »
Cest effectivement un principe fondamental et un moyen dappréhender toute lampleur du message divin.
Pour Maïmonide, le Ramak et le Ramhal, le principe émis par la Thora : « Ta vie passe avant celle de lautre », ne concerne en réalité quun cas très précis et ponctuel, où deux personnes se trouvent dans le désert. Lune possédant une quantité deau suffisante pour ne sauver quune seule personne. Cest seulement dans ce cas, que la Thora enjoint au possesseur de leau de la garder pour lui.
Quoi quil en soit, ces trois approches ne sont en rien contradictoires.
Au contraire, nos maîtres nous ont appris que chaque mitswa comporte des messages et des niveaux de compréhension et dapplication infinis :
« A tout bien, jai vu des limites ; Ta mitswa est infiniment vaste » (Psaumes 119, 96).
La mitswa "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" comporte, elle aussi, différents niveaux, qui sont contenus dans les trois approches que nous avons développées.
La mitswa "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" comporte, elle aussi, différents niveaux, qui sont contenus dans les trois approches que nous avons développées.
Selon notre niveau moral individuel, nous devons nous attacher à lune des méthodes de nos maîtres, sans pour autant ignorer que le plus haut niveau est celui transmis par le Ramak.
Lamour du prochain dans lesprit de la mitswa "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" est lélément réparateur de la haine gratuite (sinat hinam) .
Laccomplissement de cette mitswa à tous les niveaux est indéniablement la clef qui nous ouvrira les portes de la délivrance divine, et nous fera mériter que le Temple, qui fut détruit à cause de la haine gratuite, soit reconstruit, bimhera beyamenou, Amen.
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Commentaires sur la Parachat Kedochim
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