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Daat Haïm - Parashat Aharei mot - Qedochim (5, 6 mai 2006 – 7, 8 Iyar 5766)
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Au  nom  du  saint  et  vénéré  Rabbi  Haïm  Cohen  zt’l
1 Hapisga, Bayit Vegan, Jérusalem  Tel : 00 972 2 643 07 20 - Fax : 00 972 2 643 07 19
12, rue Notre Dame des Victoires 75002 Paris Tel : 01 42 27 21 11 - Fax : 01 42 27 54 91
Email : daat.haim@piximel.com Site : www.daathaim.org
 
 

Chabbath Aharei mot-Kedochim

5, 6 mai 2006 – 7, 8 Iyar 5766
 
 
 
                    Jérusalem                       Paris                           Montréal
 
Entrée :          18 h 47                       20 h 46                          20 h 47
Sortie :           20 h 01                       22 h 04                          21 h 58
 
 
Très chers amis,
 
J’ai le plaisir de vous adresser le Dvar Thora de cette semaine, compilation du dernier sujet traité,  avec lequel nous poursuivons le deuxième chapitre des « Maximes des pères » (Pirké Avoth).
 
Les commentaires sur le premier chapitre ont fait l’objet d’un livre, le troisième volume de notre série « Dvar Thora ». Le quatrième volume est déjà sous presse et nous espérons vous le faire parvenir dans les meilleurs délais.
 
Dans le but de diffuser encore et toujours le message éternel de la Thora, nous envoyons ce Dvar Thora à des milliers de personnes francophones dans le monde, via Internet.
 
Cette année, nous avons accueilli la nouvelle promotion, ce qui porte le nombre des élèves de la Yéchiva à 140. Le corps enseignant compte dorénavant 16 membres.
 
Nous comptons sur l’aide de tous nos amis pour pouvoir assumer ce nouveau "challenge" qui permettra à la Yéchiva de poursuivre son essor.
 
 
Ce Dvar Thora est écrit pour la guérison (refoua chelema) du fils de Rav Eliahou Elkaïm,
 
‘Haïm Yéhouda ben Mazaltov
 
Ces paroles de Thora sont également dédiées à la mémoire de
 
Maïmon ben Esther Azoulay
 
Ici, à Jérusalem, ville éternelle, symbole de la pérennité du peuple juif, nous prions et agissons pour la Délivrance et la paix.
 
Avec notre plus cordial Chabbath Chalom,
        
Rav Chalom Bettan



Au  nom  du  saint  et  vénéré  Rabbi  Haïm  Cohen  zt’l
1 Hapisga, Bayit Vegan, Jérusalem  Tel : 00 972 2 643 07 20 - Fax : 00 972 2 643 07 19
12, rue Notre Dame des Victoires 75002 Paris Tel : 01 42 27 21 11 - Fax : 01 42 27 54 91
Email : daat.haim@piximel.com Site : www.daathaim.org

 
Haïr, c’est le néant
Par le Rav Eliahou Elkaïm
 
La haine envers ceux qui nous entourent est un mal redoutable, qui peut causer des dégâts irréparables. Pour ne pas tomber dans le piège de la haine, il faut savoir la déceler… 
 
« Rabbi Jéochoua disait : ‘Le mauvais œil, le mauvais penchant et la haine des créatures expulsent l’homme du monde’ ».
 (Chapitre 2, Michna 11)
 
Après avoir analysé la pensée de Rabbi Yeochoua au sujet des deux premiers dangers contre lesquels il nous met en garde, et ce à la lumière des différents commentaires de nos maîtres, nous allons cette semaine nous pencher sur le troisième et dernier piège qui guette l’homme : la haine qu’il voue aux autres.
 
Nous avons déjà cité à ce sujet l’interprétation de Maïmonide :
« La haine des créatures a pour origine une âme dévastée par le mal (roa hanéfech) et s’exprime par un état dépressif, dans lequel une personne déteste et repousse tout ceux qu’elle voit et qui l’entoure.
Elle préfèrera la compagnie des bêtes à celle des hommes et recherchera l’isolement dans le désert ou la forêt.
Elle choisira comme demeure un lieu qui n’est pas habité. Cela ne vient pas, dans ce cas, d’une volonté de s’éloigner des tentations de ce monde [pour s’élever et se rapprocher de D.ieu, Ndlr.], mais d’une nature avide de plaisirs interdits et pleine de jalousie. »
  • Fuir la société humaine
Le Rachbats ajoutait : « L’état dépressif est une maladie qui s’appelle la mélancolie. L’un des symptômes de cette maladie est de fuir la compagnie des hommes, jusqu’à les détester. On pourra aller jusqu’à se réfugier dans un désert ou dans la forêt, et courir le risque d’être dévoré par les bêtes sauvages. »
Entre les lignes, Maïmonide nous dévoile ici un aspect très subtil de la psychologie humaine.
La volonté de fuir la société humaine peut avoir deux origines diamétralement opposées, et il ne faut pas les confondre.
Ce désir peut être issu d’une volonté pure de s’élever moralement, mais elle peut aussi cacher une âme perverse, rongée par les mauvais traits de caractère (midot), même si l’intéressé prétend vouloir s’isoler pour le motif que les hommes sont mauvais.
En effet, seul celui qui est épris d’amour pour les autres et qui a le cœur pur peut, s’il sent que cela est nécessaire pour son élévation morale, s’éloigner de la compagnie des humains et de la matérialité pour se rapprocher de son Créateur.
En revanche, si c’est à cause de la jalousie qu’il a pris sa décision, il utilise à mauvais escient une force qui existe en l’homme et qui consiste à se détacher de la matérialité et de découvrir les véritables traits de son âme (nechama).
Dans ce cas, cette retraite l’amènera à sa perte. Cette maladie a pour origine son mauvais caractère (cf. ‘Vaani tefila’, de Rabbi Haïm Zaichiq, vol. 3 p. 34).
 
Pour revenir au Rachbats, il cite deux autres interprétations, et, pour commencer, celle de Rachi, qui explique que Rabbi Yeochoua parle de la haine gratuite (sinat hinam).
Il cite en référence ‘Avoth’ derabbi Nathan, qui confirme cette interprétation :
« Quelles sont les personnes envers lesquelles il est interdit d’éprouver de la haine ?
L’homme ne doit pas se dire : ‘Je vais aimer les sages mais je peux haïr leurs élèves’, ou même : ‘Je vais aimer tous ceux qui étudient mais je peux haïr les ignorants (‘amei haarets).
Il a le devoir d’aimer tous les hommes et il doit seulement haïr les apikorsim, les messitim et les medihim.
Les apikorsim sont ceux qui expriment leur mépris envers les sages (Talmud Sanhédrin 99b), ceux qui nient l’existence de la prophétie, ceux qui refusent d’admettre que le message divin concerne les êtres humains, et ceux qui contestent la prophétie de Moïse, en affirmant que le Créateur ne connaît pas les actes des hommes. (Maïmonide, Hilhot Techouva 3-8)
 
Les messitim et les medihim sont ceux qui tentent de séduire les autres hommes et de les entraîner dans l’idolâtrie. (cf. Deutéronome 13, 7).
Le messit est celui qui agit en secret et isolément, en petit comité, alors que le médiah agit publiquement (Maïmonide, Ibid. 3-10).
  • « Je déteste ceux qui Te déteste »
On doit aussi haïr celui qui agit comme un mosser, c’est-à-dire qui dénonce un Juif aux autorités où à des gens qui peuvent le tuer ou le frapper. Cela englobe également ceux qui transmettent une information qui peut provoquer un préjudice matériel à un autre Juif (Maïmonide, Ibid. 3-12).
 
C’est à ce sujet que le Roi David affirme dans les Psaumes :
« A coup sûr, je déteste ceux qui Te déteste, j’ai en horreur ceux qui se dressent contre Toi. Je leur ai vouée une haine infinie, je les considère comme des ennemis. » (Ps 139-21 ; 22)
Un verset nous précise d’ailleurs : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l’Eternel » (Lévitique 19-18)
 
Pourquoi D.ieu a-t-il fait suivre l’ordre d’aimer son prochain par l’affirmation de son existence ?
 
Il faut comprendre ainsi : ‘C’est parce que c’est Moi, D.ieu, qui ait créé l’homme. S’il agit comme faisant partie de son peuple, et qu’il remplit ses devoirs de Juif, tu dois l’aimer. Si ce n’est pas le cas, tu ne dois pas l’aimer.’ » (Avoth de Rabbi Nathan).
 
Il faut émettre une précision capitale : Pour qu’une personne entre dans le cadre de ceux qui l’on a le droit de haïr, il faut l’avoir réprimandé au préalable sur sa conduite qui va à l’encontre des lois de la Thora, et qu’il ait refusé de changer, persistant dans son attitude (cf. Hafets Haïm, Lois sur le lachon hara, chap.4).
 
Cette haine doit uniquement être motivée par nos sentiments envers D.ieu. C’est uniquement parce qu’une personne déteste D.ieu que nous la détestons, comme le précisait le Roi David.
 
Il ne faut pas profiter de cette situation pour attiser une haine qui est due, en réalité, à des raisons beaucoup plus prosaïques, comme la jalousie par exemple (cf. Hafets Haïm, Ibid., ‘Beer Maïm Haïm’, note 32).
 
Même si la haine des créatures est une faute grave, comme nous venons de le voir, que faut-il comprendre quand on nous dit qu’elle l’expulse du monde ?
 
D’après le Meïri, une démarche haineuse amène forcément l’homme à des disputes démesurées, et susciter la haine de ceux qui l’entourent, qui finiront par le chasser ou même le tuer.
  • La force du Bien
Pour sa part, le Rachbats explique que celui dont le cœur est rempli de haine ne pourra supporter de voir la réussite de ses congénères. Cela pourra devenir à ce point insupportable qu’il en tombera malade, et pourra même en mourir !
 
Le Rachbats cite une troisième interprétation du concept de haine des créatures, qui est celle de Rabbi Yaacov bar Chimchon.
 
Pour lui, la haine des créatures signifie la haine des autres envers celui à qui s’adresse Rabbi Yeochoua.
 
Ce dont parle ce dernier est donc celui qui, par son caractère difficile, suscite la haine de ceux qui l’entourent.
 
Cette haine qu’il a suscitée va donc l’expulser du monde, car il va être maudit par tous, et nos maîtres nous ont appris (Talmud Meguila 15a, et Baba Kama 93a) :
 
« Que la malédiction d’un homme ordinaire ne soit pas considérée à tes yeux comme sans effet, et pour preuve, Avimélekh a maudit Sara, en disant, au sujet de son fils :
 
« Il sera pour toi comme un voile devant tes yeux » (Genèse 20-16)
 
Cela s’est réalisé pour Isaac, au sujet duquel il est dit :
 
« Il arriva, comme Isaac était devenu vieux, que sa vue s’obscurcit » (Genèse 27, 1) »
 
Enfin, nous citerons le Tossafot Yom Tov, qui fait l’analogie entre notre Michna et la maxime de rabbi Eliezer Akappar :
 
« La jalousie, l’emprise des passions et la recherches des honneurs expulsent l’homme du monde » (4-21).
 
Il explique : « La jalousie est, en général, le catalyseur du regard malfaisant (ayin hara), l’emprise des passions trouve son origine dans le mauvais penchant (yetser hara), et la recherche des honneurs provoque deux formes de haine des créatures :
 
« La première forme est que personne n’est plus détesté que celui qui cherche les honneurs, et lorsque ce dernier n’atteint pas son but, il en veut au monde entier et développe une haine profonde envers ceux qui ne lui ont pas accordé la place qu’il croit être la sienne. »
 
On le voit, ces deux maximes expriment les deux aspects d’une même réalité.
 
Nous citerons également le Maharal, qui met l’accent sur le fait que les trois attitudes mentionnées par Rabbi Yeochoua sont les trois éléments au sujet desquels la Thora emploie explicitement le terme ra’ (mauvais), car elles cristallisent la force du mal qui réside en l’homme.
 
Or, l’homme et  la création toute entière n’ont de raison d’être que du fait de l’existence du tov (bon) qui est en eux.
 
Le ra exprime finalement le néant.
 
C’est la raison pour laquelle, à chaque stade de la création, il est écrit : Wayar' Elokim Ki-tov (« D.ieu considéra que c’était bien » Genèse 1).
 
Car si le mauvais (ra') prend le dessus, toute l’existence est ébranlée.
 
On comprend, à présent, pourquoi les trois éléments, qui sont désignés comme ra’ (mauvais), sont ceux qui expulsent l’homme du monde.
                                                         
Chabbat Chalom

 
Commentaires sur la parachath Aharei Mot – Qedochim

Tu aimeras ton prochain comme toi-même,
le véritable accès à D.ieu

Par le Rav Eliahou Elkaïm

« Aime ton prochain comme toi-même ». Cet ordre divin paraît presque surhumain, hors de portée de notre nature. Nos maîtres nous ont transmis des méthodes pour nous aider à l’accomplir, et ainsi nous rapprocher de notre Créateur.

C’est dans la paracha de cette semaine qu’est stipulé ce commandement, qui, à force d’avoir été entendu, est devenu bien souvent un cliché vide de sens.
« Aime ton prochain comme toi-même. Je suis l’Eternel » (Lévitique 19 ; 18)
 
Qui ne connaît pas ce commandement (mitswa), universellement considéré comme l’un des fondements de l’éthique de la Thora ?
Il est ellement entendu et utilisé, que l’on y voit une exhortation abstraite, ce qui rend son application difficile, et que l’on perd souvent de vue son importance primordiale, soulignée par Rabbi Akiba (Talmud de Jérusalem, Nedarim 9 ; 4).
Loin d’être abstrait, ce commandement fait partie des 248 mitsvoth positives ('asseh) que chaque Juif a l’obligation d’accomplir.
Un texte du Talmud (Chabbat, 31 a), relate l’histoire célèbre de ce non-Juif qui vint se présenter devant Hillel pour se convertir, à condition que ce dernier lui enseigne toute la Thora pendant le laps de temps qu’il pourrait tenir sur un pied.
Hillel lui répondit : « Ne fais pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse ». Voilà l’essence de toute la Thora, le reste n’étant qu’une conséquence de ce principe de base.
Rabbi Shmouel Eidels (le Maharsha, XVIIe siècle) commente ce passage en précisant que la réponse de Hillel fait référence à la mitswa « Aime ton prochain comme toi-même ». Hillel nous révèle qu’à travers l’accomplissement de cette mitswa, on parvient à celui de toute la Thora.
 
C’est donc le même concept que celui énoncé par Rabbi Akiba. Si les plus grands maîtres de toutes les générations sont unanimes sur l’importance fondamentale de cette mitswa, il est clair que chacun doit mettre tout en œuvre pour comprendre profondément le sens de cette loi et rechercher activement les méthodes transmises par nos maîtres afin de l’accomplir.

Aucune jalousie

Une première approche est développée par Nahmanide (Lévitique 19 ; 17).
D’après lui, il est inconcevable que la Thora exige de l’homme d’aimer son prochain avec la même intensité que soi-même, car c’est une exigence qui dépasse le caractère humain.
La Thora elle-même enseigne : « Ta vie passe avant la vie de ton prochain » (Talmud Baba Metsia 62a).
Pour Nahmanide, le « comme toi-même » exprime le devoir de chaque Juif d’aimer son prochain au point d’être heureux de le voir réussir (matériellement et spirituellement), sans que cette réussite n’éveille aucune jalousie.
Et même si cette réussite dépasse la sienne.
« C’est cette forme d’amour que la Thora exige de nous, amour qui interdit la moindre jalousie, et qui nous permettra d’extirper toute rancœur cachée au fond de nous. »

Le Maharsha explique, dans le même ordre d’idées, le texte du Talmud cité plus haut. Pour exprimer ce commandement, Hillel a choisi une formulation par la négative : « Ne fais pas à ton prochain ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse… »

Il aurait pu choisir une forme à la positive : « Fais à ton prochain ce que tu aimerais qu’on te fasse. »
Ce choix de la forme négative n’est pas fortuit. C’est pour que, lorsqu’on cherche à accomplir cette mitsva, il n’y ait pas de confusion, ni d’opposition avec ce que la Thora nous enseigne : « Ta vie passe avant celle de ton prochain ».
Si l’on avait exprimé les choses par la positive, on aurait pu arriver à un contresens : tout ce que tu fais pour toi, fais-le à ton prochain, ce qui n’est pas l’intention de la Thora.
Dans la Thora, le commandement d’aimer son prochain comme soi-même se trouve placé après ceux de ne pas garder de rancœur, ne pas haïr son frère…
« Ne fais pas à ton prochain ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse » est donc dans la continuation de ces commandements : « Tu n’aimerais pas qu’on te garde rancœur, ne le fais pas. Tu n’aimerais pas que l’on te haïsse, ne le fais pas… »
D’après ces deux approches (Nahmanide et le Maharsha), c’est en amont que l’on doit travailler pour parvenir au niveau d’aimer son prochain comme soi-même, et ne pas lui faire ce que l’on n’aimerait pas subir.
En effet, comment parvenir à ne pas jalouser quelqu’un qui réussit mieux que nous dans le même domaine ? Comment ne pas garder de rancune envers quelqu’un qui nous a fait du mal ? Ces lois paraissent presque inhumaines, irréalisables.
En réalité, si l’on a effectué un travail préparatoire, on peut parvenir à un niveau presque surhumain !
Ce travail consiste à développer en nous la vertu de « ayin tova », un œil positif, un œil bon, c’est-à-dire, dès le départ, considérer l’autre avec bienveillance.
« Celui qui a un bon œil sera béni » (Proverbes 22 ; 9). Et l’on dit que cette qualité était celle qui caractérisait les disciples d’Avraham (Pirké Avoth 5 ; 19).
Sur ce verset des Proverbes, le Maharal de Prague (Netiv Ayin Tov, chapitre 1) explique :
La différence entre un bon cœur et un bon œil réside dans le fait que celui qui a seulement un bon cœur cherche à faire du bien à l’autre. Celui qui a un bon œil cherche à combler l’autre, il cherche à faire jouir les autres de tout ce dont ils auront besoin, sans limite. C’est pour cela qu’il mérite la bénédiction divine.
A l’extrême opposé, celui qui a un mauvais œil est dérangé par la réussite et la prospérité de l’autre.
Maïmonide pour sa part, développe une conception différente. Grâce à lui, nous découvrons un aspect légèrement différent de cette mitsva.

Une partie de moi-même

« Il incombe à tous d’aimer chaque membre du peuple d’Israël comme soi-même, comme il est écrit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
C’est pourquoi il faut s’efforcer de ne faire que des éloges sur l’autre et d’avoir des égards pour ses biens matériels comme on en a pour les siens propres, et comme l’on est attentif à son propre honneur » (Yad haHazaka, Hilkhot Deot 6 ; 3).
« La mitswa ‘Tu aimeras ton prochain comme toi-même’ signifie : ‘tout ce que tu voudrais que les autres fassent pour toi, fais-le pour tes frères’ » (idem Hilkhot Evel 14;1).
Maïmonide fixe une ligne de conduite pour toutes les générations.
Pour mettre en pratique cette mitswa et éveiller des sentiments d’amour vis-à-vis de son prochain, il faut agir de façon active pour son bien-être et son honneur.
« Si tu veux t’attacher à aimer ton prochain, œuvre de façon active à son bien-être » (Traité Derekh Eretz Zuta, chapitre 2, et Orhot tsadikim, Chaar Haahava).
Penser que c’est dans l’action que l’on peut parvenir à aimer son prochain se base sur deux idées-force qui, d’ailleurs, concernent l’accomplissement de la volonté de D.ieu de façon générale.
La première est développée par le Ramhal (Rabbi Moché Haïm Luzzato) dans « Le sentier de rectitude » (chapitre 7).
« Celui qui ne ressent pas d’attirance ni de sentiments profonds dans l’accomplissement des mitswot ne doit pas se décourager pour autant. Dans une première phase, il doit mettre tout son entrain et sa fougue dans cette action, même s’il doit, pour cela, s’y forcer.
Ce mouvement presque extérieur, superficiel, va éveiller les sentiments purs et profonds de l’âme. Car tel est le processus de mise en marche que la Thora nous révèle.
Comme un moteur qui aurait du mal à démarrer, et qu’il faut lancer afin de déclencher la mise en marche réelle, l’âme a besoin, parfois, d’être éveillée et avivée par un mouvement physique.
Le Ramhal cite, à l’appui, les paroles du prophète Osée (6, 9) : « Tâchons de connaître, soyons à la poursuite de l’Eternel. »
En ce qui concerne l’amour du prochain, c’est le même principe. Œuvrer avec énergie au bien-être de l’autre, s’efforcer de faire son éloge est le meilleur chemin pour parvenir à éveiller de purs sentiments d’amour envers son frère.
Et nos maîtres d’ajouter une nouvelle dimension à ce principe.
Donner mon temps, mon argent, tout ce qui fait partie de moi, c’est faire de l’autre une partie de moi-même.
Par nature, l’homme est profondément attaché à ce qui lui appartient.
Une partie de moi se trouvant chez l’autre, il devient un peu moi-même. Ainsi, va se créer une identification et un amour envers son prochain (Rav Haïm Schmouelevitz, Sihot Moussar, p. 78).
Si tu veux t’attacher à l’autre, donne-lui de toi-même.
Comme le dit le Rav Dessler : « Comment aimer l’autre ? En lui donnant ». On peut observer ce phénomène à travers l’amour des parents pour leurs enfants.
L’amour le plus fort est sans doute celui qu’une mère porte à ses enfants, et c’est à eux qu’elle donne le plus. Au départ, ce n’est pas parce qu’elle les aime qu’elle leur donne. C’est parce qu’elle leur donne qu’elle les aime.
Elle a souffert pour les porter, pour leur donner la vie. Elle se lève la nuit pour les nourrir. Et plus elle donne d’elle-même, plus elle les aime.

Une relation extraordinaire

Les textes des grands kabbalistes nous dévoilent une troisième approche.
Dans son ouvrage, Tomer Deborah, le Ramak (Rabbi Moche Kordovero) définit et développe les treize attributs de la miséricorde divine (Chloch esreh midot chel rahamim). Le quatrième attribut, dont nous avons déjà parlé dans le Dvar Thora sur la Parachat Tsav (chabbat Hagadol) est celui de « Licheerit Nahalato ».
Le Ramak le définit comme une relation de parenté que D.ieu ressent envers Israël.
Cette relation extraordinaire entraîne que la miséricorde divine ne peut supporter la souffrance d’Israël, de la même façon qu’un père ou un frère ne peuvent supporter de voir leur parent souffrir.
« De la même façon, chaque membre du peuple d’Israël est un parent proche des autres membres. Car toutes les âmes sont une même unité.
C’est pourquoi il faut rechercher le bien de l’autre et voir d'un bon œil sa réussite. Il faut tenter de l’honorer comme l’on recherche à être honoré soi-même.
Il faut le considérer comme partie intégrante de nous-même, c’est la raison pour laquelle, la Thora nous enjoint : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" »
C’est sensiblement la même idée que le Ramhal exprime dans Le sentier de rectitude (chapitre 11).
« La Thora a fixé la règle : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Le "comme toi-même" est à comprendre comme : "sans aucune différence avec toi-même", sans distinction, sans calculs, ni arrière-pensée, comme toi-même, de façon absolue. »
C’est une nouvelle dimension que nous découvrons ici.
Il s’agit en effet de « tester », d’évaluer profondément notre foi dans les secrets qui nous sont dévoilés par la Thora sur la relation entre les âmes du peuple d’Israël.
C’est cette foi dans la vérité de la Thora, cette conviction profonde, qui nous amèneront à nous identifier de façon totale à nos frères, et ainsi à les aimer comme nous nous aimons nous-mêmes (cf. également le Talmud de Jérusalem, Nedarim 9, 4).
L’affirmation de Rabbi Akiba, quand il dit : « C’est un principe fondamental de la Thora », et celle d’Hillel, qui voit dans cette mitsva le début et le catalyseur de toutes les lois de la Thora, prennent désormais un sens tout à fait nouveau.

Le Temple reconstruit

D’après cette approche, c’est par le sentiment profond de l’unité totale du peuple d’Israël que l’on parviendra à créer le lien véritable avec Celui qui est le créateur de cette unité, et le Père céleste de toute l’humanité.
Cela nous permet de comprendre l’introduction à la prière du matin fixée par le AriZal (Rabbi Isaac Louria) : « Me voici disposé à accomplir le commandement positif : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même"; »
C’est effectivement un principe fondamental et un moyen d’appréhender toute l’ampleur du message divin.
Pour Maïmonide, le Ramak et le Ramhal, le principe émis par la Thora : « Ta vie passe avant celle de l’autre », ne concerne en réalité qu’un cas très précis et ponctuel, où deux personnes se trouvent dans le désert. L’une possédant une quantité d’eau suffisante pour ne sauver qu’une seule personne. C’est seulement dans ce cas, que la Thora enjoint au possesseur de l’eau de la garder pour lui.
Quoi qu’il en soit, ces trois approches ne sont en rien contradictoires.
Au contraire, nos maîtres nous ont appris que chaque mitswa comporte des messages et des niveaux de compréhension et d’application infinis :
« A tout bien, j’ai vu des limites ; Ta mitswa est infiniment vaste » (Psaumes 119, 96).
La mitswa "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" comporte, elle aussi, différents niveaux, qui sont contenus dans les trois approches que nous avons développées.
Selon notre niveau moral individuel, nous devons nous attacher à l’une des méthodes de nos maîtres, sans pour autant ignorer que le plus haut niveau est celui transmis par le Ramak.

L’amour du prochain dans l’esprit de la mitswa "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" est l’élément réparateur de la haine gratuite (sinat hinam) .

L’accomplissement de cette mitswa à tous les niveaux est indéniablement la clef qui nous ouvrira les portes de la délivrance divine, et nous fera mériter que le Temple, qui fut détruit à cause de la haine gratuite, soit reconstruit, bimhera beyamenou, Amen.


 

 
Commentaires sur la Parachat Kedochim

La sainteté
Une exigence universelle ?

Par le Rav Eliahou Elkaïm

La sainteté semble être transcendante, lointaine et impalpable, apanage des justes, et éloignée de nous, trop inscrits dans le monde matériel. La Thora nous dit exactement l’inverse…

« L’Eternel parla à Moïse en ces termes : "Parle à toute la communauté des enfants d’Israël et dis-leur : 'Soyez saints car Je suis saint, Moi, l’Eternel votre D.ieu'". » (Lévitique 19, 2).
Rachi précise que ce verset nous apprend que cette parole fut prononcée devant toute l’assemblée, car la plupart des lois fondamentales de la Thora en dépendent.
D’après certains de nos maîtres, il s’agit de l’une des 613 mitswot, ce qui implique que chaque Juif est en devoir de l’accomplir.
D’autres, comme Maïmonide (Sefer hamitswot, Chorech 4) ou Nahmanide, ne considèrent pas cet ordre comme étant assez circonscrit, et ne l’intègrent pas aux 613 mitswot.
Quoiqu’il en soit, et selon tous les avis, cet ordre général s’adresse à tout le peuple d’Israël, et engage chacun à l’accomplir.
Mais quelle est la véritable signification de ce concept ? Et quel est le sens des paroles : « …car Je suis saint, Moi, l’Eternel votre D.ieu » ?
Dans son commentaire, Na’hmanide cite le Sifra, qui précise l’intention de la Thora, intention contenue dans le terme Kedoucha, sainteté : soyez saints signifie ne soyez pas attachés au matériel (perouchim).
La même interprétation revient dans le Sifra à propos du verset : « Vous devez vous sanctifier et rester saints, parce que Je suis saint » (Lévitique 11, 44).
Le Sifra commente : « De la même façon que Je suis saint, vous devez l’être aussi. De même Je suis détaché du matériel (parouch), vous devez l’être aussi » (Ibid.).
D’après Nahmanide, à travers cet ordre, la Thora nous demande de comprendre les intentions véritables du Créateur, outre le respect des consignes de D.ieu, qui nous a interdit les aliments impurs et les relations prohibées.
Cette volonté divine de nous éloigner de tout ce qui pourrait porter atteinte à la pureté physique de l’homme, cache un désir plus profond d’élever l’homme, et son âme.

Générosité sans limite

Dans le cadre même des plaisirs permis et des limites fixées par la Thora, un homme peut perdre toute valeur morale (devenant ainsi un naval [brute, être grossier), s’il recherche les plaisirs matériels, et s’engage dans la course sans fin à la consommation.
La sainteté dont il est question dans notre verset est le détachement (prichout), qui entraîne une séparation de l’homme de la masse inculte et vulgaire.
Son élévation viendra, précisément, de ce non-attachement au matérialisme : c’est l’essence de la sainteté (Kedoucha).
La même idée est reprise par la Thora concernant toutes les interdictions d’ordre social, comme ne pas voler, ne pas tromper, etc.
Car la Thora conclut l’énumération de ces lois en disant : « Fais ce qui est juste et agréable aux yeux du Seigneur » (Deutéronome 6, 18).
Encore une fois, Na’hmanide interprète ces paroles comme un ordre général exhortant l’homme à comprendre l’intention véritable du créateur.
D.ieu ne demande pas à l’homme de respecter ces lois dans le seul but de protéger la société, mais également dans celui de s’élever pour Lui ressembler, par sa droiture absolue et sa générosité sans limite (Nahmanide ibid.).
Le Sforno ajoute que cette mitswa d’être saint, vient préciser le sens de toutes les autres qui l’ont précédée, à savoir les interdits alimentaires ou les unions prohibées, ainsi que l’obligation de s’éloigner de tout ce qui est impur.
A travers toutes ces lois, le but du Créateur est que nous lui ressemblions le plus possible, car telle fut Sa volonté lors de la création :
« D.ieu dit : ‘Faisons l’homme à notre image, à notre ressemblance » (Genèse 1, 26).

Transcender le matériel

La sainteté est comme une échelle. Elle a pour point de départ ce détachement (prichout), et possède des niveaux infinis. Cette sainteté donne un sens véritable à la vie de chaque Juif.
Nos maîtres développent d’autres aspects de ce concept de sainteté, aspects qui complètent les paroles de Nahmanide.
A cette occasion, nous citerons notamment l’interprétation d’un géant en Thora, qui vécut avant-Guerre, Rav Shimon Y. Shkop zatsal, Roch Yéchivat Grodna, dans l’introduction de son ouvrage « Chaaré Yocher ».
Ce dernier cite un Midrach au début de notre paracha.
Le Midrach s’interroge : « La sainteté que l’on nous demande d’atteindre est-elle au même niveau que celle du Créateur ? A cela, le verset répond : « Je suis saint, et ma sainteté dépasse la vôtre » (Vayikra Rabba, 24)
La question même du Midrach nous laisse perplexe. Le détachement que l’homme peut atteindre, même si c’est à un degré extraordinaire, peut-il seulement être comparé à celui de D.ieu, qui n’a pas de forme matérielle ?
Mais la réponse du Midrach définit la sainteté de D.ieu comme supérieure à celle de l’homme, laissant entendre qu’il s’agit bien de la même notion, pour D.ieu ou pour les hommes.
Pourtant, ce détachement du Créateur, transcende totalement le monde matériel, ce qui ne peut être le cas de l’humanité, inscrite par sa nature dans le matériel.
Rabbi Shimon Shkop sort de la problématique, et explique que l’un des sens de sainteté (Kedoucha) est hekdech, qui signifie être réservé à un but particulier.
Quel est ce but ? La Thora nous demande d’orienter toute notre énergie, nos capacités, nos dons et notre volonté vers le Bien de l’humanité en général et de la communauté des Juifs en particulier.
Ce but peut être rempli par le souci du bien-être matériel des autres, mais aussi par la recherche constante du salut spirituel de l’humanité.
Même quand l’homme jouit des plaisirs de ce monde, évidemment dans le cadre des plaisirs permis, il doit toujours garder à l’esprit ce but, et avoir comme intention unique de pouvoir servir Son créateur, dans les meilleures conditions, physiques et morales possibles.
C’est là la véritable sainteté, et le détachement du matériel, dont parle Nahmanide, en est le moyen.
Si l’on est trop assujetti au monde matériel par ses plaisirs et son « moi », on ne peut devenir réellement altruiste.

Le Bien commun de l’humanité

A l’instar de D.ieu, qui a créé le monde dans le but unique de prodiguer Sa bonté, et cela sans aucun intérêt personnel, l’homme doit développer au maximum en lui cette capacité de don.
Nous pouvons désormais comprendre les mots du Midrach.
La sainteté demandée à l’homme est effectivement de la même nature que celle de D.ieu. Il lui est demandé d’agir sans but personnel, en recherchant le Bien absolu.
Mais le Midrach nous précise que, même si la sainteté qui est demandée à l’homme possède une certaine analogie avec celle de D.ieu, l’homme ne parviendra jamais au niveau du Créateur.
L’homme possède son « moi », qui est à l’origine de toutes ses volontés et aspirations. Il ne peut donc agir de façon absolue.
En revanche, il peut utiliser l’ambition innée qui a été placée en lui, dans l’optique de servir la communauté des hommes, en recherchant leur bien.
Il peut utiliser son « moi » et sa volonté propre pour faire le Bien et aider le reste des hommes.
L’homme doit se considérer comme le gérant de toutes les capacités qui ont été déposées en lui : il a la responsabilité de les utiliser pour le Bien commun, matériel et spirituel de l’humanité. Là se trouve la sainteté (Kedoucha).
 
Un deuxième texte du Midrach apporte un éclairage supplémentaire.
« Soyez saints : cela nous apprend que si l’homme se sanctifie, D.ieu réagira en disant : "Je considère cet acte comme si vous m’aviez Moi-même sanctifié" » (Sifra, Ibid.)
Rav Shmouel Rozovsky zatsal, Roch Yéchivat Ponievezh, dans son ouvrage, Zihron Chmouel (p. 566) cite le Malbim, qui interprète les mots du Sifra.
L’homme qui se sanctifie s’élève au dessus des contingences matérielles, pouvant ainsi se consacrer à tout ce qui touche le domaine spirituel.
Celui-là méritera que D.ieu se comporte aussi avec lui sans tenir compte des contingences matérielles.
Notre ancrage dans le monde matériel limite notre vision, et empêche D.ieu de se comporter avec nous en dehors des lois naturelles.
Sanctifier D.ieu, c’est permettre qu’Il agisse dans notre monde en dévoilant Sa puissance infinie, qui n’est bien évidemment limitée par aucune loi naturelle.
Celui qui se sanctifie, comme on l’a vu, en se détachant en partie du monde, de la course aux plaisirs matériels, allant à l’encontre de sa nature, méritera que D.ieu agisse envers lui par un comportement qui se place au dessus des contingences naturelles (Hanhaga nissit), s’apparentant à des miracles.
Plus l’homme s’élève et se détache de l’avilissement au matériel, plus il mérite de voir ses initiatives et son accomplissement personnel réussir de façon irrationnelle. Là se trouve la véritable sanctification du Nom divin.
Le Rav Rozovsky développe cette idée en parlant du Rav de Ponievezh, qu’il avait assisté pendant plus de vingt-cinq ans, et sur lequel il pouvait témoigner qu’il avait su dépasser toutes les contingences matérielles, que ce soit son grand âge, son grand malheur familial (après la Shoah), ainsi que les problèmes financiers apparemment insurmontables pour rebâtir un monde de Thora.
Ainsi, il avait vu un homme atteindre la sainteté et bénéficier de l’aide miraculeuse de D.ieu, à chacun de ses pas.
On le voit, la sainteté ne concerne pas une élite triée sur le volet ou dotée d’un caractère et d’un tempérament exceptionnels.
La sainteté est accessible à tous et c’est le message de la Thora : l’homme peut toujours s’élever et se rapprocher de D.ieu en développant en lui la véritable sainteté, celle qui lui permettra de vivre en ce monde, non pour sa propre jouissance mais pour rendre meilleure l’humanité toute entière.
 
Chabbat Chalom
 
 
 
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Mis en ligne le 05 mai 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org
 
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