Vous êtes :
Accueil » Religions» Judaïsme
Judaïsme
Daat Haïm Pessah 5766 (12 au 19 avril 2006)

Au nom du saint et vénéré Rabbi Haïm Cohen ztl
1 Hapisga, Bayit Vegan, Jérusalem Tel : 00 972 2 643 07 20 Fax : 00 972 2 643 07 19
12, rue Notre Dame des Victoires 75002 Paris Tel : 01 42 27 21 11 Fax : 01 42 27 54 91
Email : daat.haim@piximel.com Site : www.daathaim.org
Pessah 5766
Mardi 11 avril au soir : Recherche du hamets
Mercredi 12 avril : Jeûne des premiers-nés, suivi du 1er Séder,
Jeudi 13 avril au soir et vendredi: 2ème Séder en gola,
Mardi 18 avril au soir et mercredi : 7ème jour
Mercredi 19 avril et jeudi: 8ème jour en gola
Jérusalem Paris Montréal
Entrée : 18 h 32 20 h 15 20 h 20
Sortie : 19 h 45 21 h 29 21 h 27
Très chers amis,
En cette veille de fête de Pessah, nos pensées vont vers vous et vers la grande famille de Daat Haïm.
Votre soutien constant nous permet jour après jour de mener à bien la mission que nous nous sommes fixée : former des cadres de très haut niveau pour la communauté juive en général et pour le monde sépharade en particulier.
Lensemble du corps enseignant et des étudiants de notre institution vous souhaitent, à vous et à tous ceux qui vous sont chers, dexcellentes fêtes de Pessah, en ce merveilleux mois de Nissan que nos maîtres décrivent comme le mois prédisposé à toutes les délivrances
En cette période de fêtes et de réunions familiales, nous avons le plaisir de vous envoyer un recueil de Divré Thora sur Pessah rédigés par les Rabbanims de Daat Haïm et qui, nous lespérons, apportera connaissances et réflexions, et ouvriront des débats et des échanges didées.
Dans le but de diffuser encore et toujours le message éternel de la Thora, nous envoyons ce Dvar Thora à des milliers de personnes francophones dans le monde, via Internet.
Que le mérite du Saint et vénéré Rabbi Haïm Cohen ztl, et de létude de la Thora soient pour vous une source intarissable de protection divine.
« Cétait la nuit de protection de lEternel, pour leur sortie du pays dEgypte, cest
cette même nuit instituée par le Seigneur comme prédestinée à la protection des
enfants dIsraël dans toutes les générations »
(Exode 12 42)
Avec la bénédiction de la Thora que nous vous adressons de Jérusalem, nous prions et agissons pour la Délivrance et la paix.
Avec nos plus sincères vux dun Pessah cacher vésaméah.
Rav Chalom Bettan
Ces Divré Thora sont écrits pour la guérison (refoua chlema) du fils de Rav Eliahou Elkaïm,
Haïm Yéhouda ben Mazaltov

Au nom du saint et vénéré Rabbi Haïm Cohen ztl
1 Hapisga, Bayit Vegan, Jérusalem Tel : 00 972 2 643 07 20 Fax : 00 972 2 643 07 19
12, rue Notre Dame des Victoires 75002 Paris Tel : 01 42 27 21 11 Fax : 01 42 27 54 91
Email : daat.haim@piximel.com Site : www.daathaim.org
Le nom de lhomme
Par le Rav Moshé Tapiero
Le second livre de la Torah qui déroule le récit de lexil et de la délivrance dIsraël, débute par la mention des noms des douze tribus. Introduction capitale qui donne son titre à tout le livre connu comme Séfer Chemot. Pour les maîtres dIsraël, cette évocation précise lenjeu de cette liberté enfin trouvée après quatre siècles dexil. Il faudrait lire lhistoire comme une recherche du nom de lhomme. Universalité de lhumain qui se donne à travers le nom propre du sujet juif. Chacun des noms renverrait ainsi à lune des étapes de la délivrance. « Réou-ven, principe de la vision réïya, ouvre à la perspective du verset car Jai observé le malheur de mon peuple. Shim-on, fondement de lentendement shémia, rend possible le verset Il entendit leurs suppliques
». (Chemot Rabba 1,5).
Irréductible à la seule dimension politique et donc singulière de lhistoire dun peuple, lexil dIsraël dessine un moment essentiel dans la constitution de la subjectivité de lhomme et de lidentité de chac-un. Comme tout autre événement, on peut le dater et le situer géographiquement. On peut aussi signifier les générations qui ont connu lexil, préciser les hommes qui ont uvré. Autant dindices qui enferment lhistoire dans un ailleurs qui ne touche quincidemment le sujet moderne. Cest méconnaître ce que mes maîtres appellent la dimension historiale des récits de la Torah. Elle sattache à lélaboration, phase après phase, de lidentité adamique. Elle réalise ce déploiement de la subjectivité. Etre sujet, cest-à-dire saffirmer dans son rapport au Créateur, nest pas simple déclaration de principe. Cest investir la totalité de son existence à partir de cette disposition dun visage tourné vers le Très-Haut. On comprend que cela implique une infinité de niveaux, selon lintensité de cette exposition de soi. Ce sont ces multiples niveaux qui scandent lhistoire dIsraël, chaque événement correspondant à lune des phases du déploiement du sujet.
Comment dire lhistorial de lexil et de la sortie dEgypte ?
La nuit de lexil
« Lorsque tombe la nuit sur Avraham et que la torpeur sempare de lui, la crainte dune profonde obscurité le saisit » (Berechit 15,12). Allusion est faite aux souffrances et à lobscur de lexil, précise Rachi. A la nuit de lexil soppose la clarté de la délivrance : « Alors (aze) ta lumière percera comme la levée du jour » (Yéshaya 58, 8). Aze renvoie à lultime délivrance eschatologique dont le caractère absolu est signifié à travers lintensité dune lumière qui perce les cieux obscurs de la nuit.
Fidèle à notre projet de lecture, il nous faut traduire ces éléments en termes de subjectivité. Lobscur de la nuit signifie évidement la perte didentité, limpossibilité de se mouvoir dans un monde vide de sens et sans repère. Dans la nuit rien ne se donne à voir, aucune lumière extérieure ne perce et néclaire le monde sublunaire. Chaque élément est entité solitaire sans rapport à toute extériorité. Car seule la lumière permet dembrasser dun seul regard la multiplicité des choses et de les inclure dans une vision unitive. A cette solitude des choses répond celle du sujet. Chacun est replié sur soi, reclus, prisonnier des limites de son être. Mitsraim - lEgypte ou Métsarim civilisation de la finitude et des limites de lêtre.
« La nuit tu ne cesses de pleurer » sexclame le prophète des lamentations (Eikha 1, 2). Car le pleur de la nuit est communicatif et ne laisse personne insensible (Rachi). Les larmes brouillent la vue empêchant une vision claire. Le pleur déforme la parole, abolit la clarté de lexpression. Cest le moment du désordre. (Déma, pleurs ou Dimoua, mélange).
Confusion des temps
A-t-on saisit lextrême modernité de lexil comme catégorie du recul de la subjectivité ? Ne sommes-nous pas les contemporains dun monde où règne la plus totale confusion ? La longue agonie de la civilisation universelle na pas fini de se terminer. Voici tout juste quelques années, le 11 septembre marque leffondrement des hauteurs de cette civilisation. Durban aussi, où Israël est mis au ban de lhumanité au nom de la liberté et de légalité des hommes et des nations. Quel choc pour le juif oublieux de soi, confiant en la sagesse de lOccident, en lauthenticité de lidée moderne du progrès qui réaliserait lexigence éthique du prophétisme !
Doù procède cette confusion ?
Rappelant lenseignement du Maharal sur lexil actuel dEdom, mes maîtres définissent la modernité comme lempire du Rien (héedér). Carence de toute valeur, absence totale de sens et dorientation. La perception moderne du langage exprime parfaitement cette défection. Les mots ne renvoient à rien, les notions employées sont rigoureusement vides de sens. Car tel est le postulat moderne, tout peut être dit, tous les discours se valent, car tout est jeu. Démocratie entendue comme règne de lopinion, non pas par lartifice dune prétendue vérité atteinte par le consensus du plus grand nombre, mais comme exaltation de la vanité même de lopinion. La référence à la vérité est exclue et, à sa place, règne la doxa. Le rejet du Créateur se déploie dans lépoque moderne par un refus de tout Absolu. Privé de cette référence en hauteur, de ce valoir qui donne sens à toute valeur, le moderne instaure le Rien comme seule mesure des choses et des idées.
La clarté du nom
« Le nom est déterminant » enseigne le talmud en se basant sur lopposition de Chamot- désolation- à Chémot- le nom. (Berakhot 7).
Chémama reçoit dans les versets deux significations. Il désigne un lieu désert, sans demeure ni vie. Il est aussi marque détonnement et de stupéfaction. Lunitif des deux réside dans labsence de sens et de direction. Le désert est un lieu vide sans chemin ni destination. Lieu derrance. Létonnement exprime cette carence de sens, la stupéfaction résulte de limpossibilité à saisir et à définir une chose ou un événement.
Désolation de ce qui ne porte pas de nom. Car le nom exprime lidentité de la chose. Le Midrash oppose Essav (Esaù) qui nomme ses enfants aux Avot (patriarches) qui reçoivent leurs noms du Créateur. Dans le premier cas il ny a quune simple convention pour désigner une personne. Pure contingence, simple jeu de langage. Le nom dIsraël est expression dune identité. Pour tout un chacun avoir un nom cest ne pas se suffire du prénom reçu à sa naissance et donné comme essence, mais répondre à un nom qui soit lexpression de toute son existence.
La valeur numérique de Mitsraïma (Egypte) est égale à celle de Chémama (désolation) (385). LEgypte pharaonique ou le désert des nations, lieu sans nom, où règne la pure contingence. Toutes les divinités sont conviées et présentes à la cour du Pharaon. Pluralité qui atteste dune véritable dispersion, dune carence dune quelconque référence à la vérité.
Plongé dans la tourmente de la servitude qui prive lesclave de toute identité, Israël a gardé la mémoire de son nom et du nom de ses ancêtres. Nom qui fait sens vers un au-delà dont procède le sens.
Avoir un nom qui soit donné par le Très-Haut, cest être, parmi tous,
singularisé par un appel qui nous constitue comme sujet.
Cest ne plus sen remettre au règne de lopinion,
mais construire luniversalité à partir de lintensité singulière de chacun.
Les juifs sont appelés hébreux parce quils ont traversé la mer des joncs,
quittant à jamais lempire du Rien.
A nous aujourdhui de faire entendre pleinement le nom de lhomme.
PESSAH CACHER VESAMEAH

Au nom du saint et vénéré Rabbi Haïm Cohen ztl
1 Hapisga, Bayit Vegan, Jérusalem Tel : 00 972 2 643 07 20 Fax : 00 972 2 643 07 19
12, rue Notre Dame des Victoires 75002 Paris Tel : 01 42 27 21 11 Fax : 01 42 27 54 91
Email : daat.haim@piximel.com Site : www.daathaim.org
Être libéré ? Pourquoi ?
Rav Eliahou Elkaïm
Le texte qui suit a été écrit par mon père Rav Raphaël Yehouda (Léon) Elkaïm ztl, sous le titre « Pessah et la pédagogie », et a été publié dans « Le journal de Tanger », en mars 1964. Il reste toujours aussi actuel, et cest à sa mémoire bénie que nous le citons in extenso, avec un complément concernant la réponse adressée au Racha (méchant). Car les réponses conseillées par la Thora sont en réalité des enseignements également pour les parents
« Mais aussi garde-toi, et évite avec soin, pour ton salut, doublier les événements dont tes yeux furent témoins, de les laisser échapper de ta pensée, à aucun moment de ton existence. Fais-les connaître à tes enfants et aux enfants de tes enfants. Noublies pas ce jour où tu parus en présence de lEternel, ton D.ieu, au Horeb, lorsque lEternel meût dit : « Convoque ce peuple de ma part, je veux leur faire entendre mes paroles, afin quils apprennent à me révérer tant quil vivront sur la terre, et quils lenseignent à leurs enfants. » (Deutéronome 4 ; 10, 11).
Ces versets fondent le devoir de tout Juif de veiller à garder pour lui-même lhéritage spirituel reçu de ses parents et de le transmettre à son tour à ses enfants et petits-enfants.
Le père nest plus ici tenu simplement dassurer la vie matérielle de ses enfants, de préparer leur avenir. Il doit inscrire cet avenir dans un cadre bien défini. La vie de lenfant doit sinsérer dans la Tradition ancestrale, et le père est le mieux placé pour donner cette orientation. Le père doit donc être pour son fils un professeur. La pédagogie devient une attribution que le père ne peut reléguer sans se renier.
La cérémonie de la célébration de Pessah est lune des institutions rabbiniques qui illustre avec le plus de détails cette préoccupation du père juif douvrir le dialogue avec son fils pour linitier aux principes de base de sa foi.
La cérémonie de la célébration de Pessah est lune des institutions rabbiniques qui illustre avec le plus de détails cette préoccupation du père juif douvrir le dialogue avec son fils pour linitier aux principes de base de sa foi.
La table du Séder, lattitude du Chef de famille, différente ce soir-là de ce quelle est les autres soirs, tout est en place et vise à éveiller la curiosité de lenfant qui doit questionner : « Manichtana ? »
En quoi cette soirée-ci se distingue-t-elle de toutes les autres ?
Pourquoi, alors que tous les autres soirs, nous mangeons du pain levé ou du pain non-levé, cette soirée-ci nous consommons exclusivement du pain non-levé ?
Pourquoi toutes les autres soirées mangeons-nous des herbes de toutes sortes, cette soirée-ci des herbes amères ?
Pourquoi, alors que tous les autres soirs, nous mangeons du pain levé ou du pain non-levé, cette soirée-ci nous consommons exclusivement du pain non-levé ?
Pourquoi toutes les autres soirées mangeons-nous des herbes de toutes sortes, cette soirée-ci des herbes amères ?
Les techniques modernes dites audiovisuelles sont pour nous aussi anciennes que linstitution de la cérémonie du Séder !
Cest que Pessah est le point de départ de lhistoire juive.
Cest avec Pessah que commence le culte du Juif et sa foi. Et ce culte et cette foi doivent être enseignés dans les meilleures conditions.
Le seul décor, la solennité de la cérémonie ne suffisent plus. Le père devra trouver le langage propre à chaque enfant et le lui parler.
« Donne à lenfant une éducation selon ses dispositions. Même avancé en âge, il ne sen écartera pas. » (Proverbes chap 22 ; v. 6).
Cest pourquoi la Hagada rapporte le passage des quatre enfants. La Thora parle en effet de quatre enfants : dun sage, dun méchant, dun simple (naïf) et dun enfant ne sachant pas questionner.
Et la Hagada poursuit : le sage, que dit-il ?
« Quest-ce que ces statuts, ces lois, ces règlements que lEternel notre D.ieu vous a imposés ? »
Et tu répondras selon sa sagesse.
La Hagada nous enseigne ici jusquoù va le devoir du pédagogue, du père juif. Il ne lui suffit plus de connaître les textes, le contenu de sa foi, ses traditions, encore faut-il trouver la formulation qui convient à chaque questionneur.
Il y a lenfant sage, lintellectuel avide de rigueur, de science. Il conviendra de lui répondre de façon détaillée, savamment.
Puis vient le méchant pour qui le joug de la pratique des commandements est trop lourd à porter. Il préfère la facilité, labandon. Ici aussi la réponse est en rapport avec son arrogance :
« Et toi aussi, agace-lui les dents »
Lenfant peut être un naïf, sensible seulement au décor, il ne sait formuler sa question et demande simplement : Quest-ce que cela ?
A lui aussi, dit la Hagada, tu répondras selon sa naïveté.
Enfin, celui qui ne sait pas questionner. Pour celui-là, tu prendras toi-même linitiative, tu lui raconteras.
Cest seulement lorsquil est capable de parler avec son enfant le langage qui lui convient pour lui inculquer les fondements de sa foi, que le Juif assume pleinement sa fonction de père.
Avec la cérémonie du Séder, le dialogue ne fait que souvrir.
Il appartient aux parents juifs dalimenter ce dialogue lannée durant.
Il leur faudra répondre aux mille et un « manichtana » de leurs enfants. Mais ceci suppose lexistence de lécole des parents !
L. Elkaïm, directeur du centre de formation juive et pédagogique.
Nos maîtres (Rachi Exode 13 ; 14 ; Mehilta fin de la parachat Bô) identifient les quatre passages de la Thora où lon trouve les questions posées par les enfants comme se référant à quatre interlocuteurs différents : le sage, le racha (méchant), le naïf et celui qui ne sait pas questionner.
Lauteur (inconnu) de la Hagada, ajoute un nouvel élément : ces dialogues ont lieu à la table du Séder. Et cest autour de cette table que lenseignement paternel sera le plus marquant.
Toujours daprès lauteur de la Hagada, le fils racha (méchant), est également présent à cette table et participe aux débats.
Le texte que nous avons cité plus haut met en relief lapproche pédagogique qui apparaît à travers les consignes de la Thora pour tous les genres denfants.
Nous allons, pour notre part, tenter de développer la méthode déducation conseillée pour le racha.
Nous allons, pour notre part, tenter de développer la méthode déducation conseillée pour le racha.
Le passage de la Thora concernant le racha se trouve dans lExode (12 ; 26, 27). «
Alors, quand vos enfants vous diront : Que signifie pour vous ce rite ?, vous répondrez : Cest le sacrifice de la Pâque en lhonneur de lEternel, qui épargna les demeures des Juifs en Egypte, alors quil frappa les Egyptiens et voulu préserver nos familles. »
Chose étonnante, la réponse de la Thora au racha ne figure pas dans la Hagada, ni dans les textes de nos Maîtres.
On adresse au racha la réponse utilisée pour lenfant qui ne sait pas questionner. Nos maîtres expliquent que cette réponse possède un double sens : lun pour celui qui ne sait pas questionner, lautre pour le racha.
« Tu donneras alors cette explication à ton fils : Cest dans ce but que lEternel a agit en ma faveur quand je sortis dEgypte. » (Exode 18 ; 8).
La Hagada, en sadressant de cette façon au racha, lui fait remarquer que la Thora utilise la forme « en ma faveur », ce qui lexclut de la communauté.
« Li velô lo » : en ma faveur et non en sa faveur, car sil avait été présent au moment de la délivrance, il naurait pas pu jouir du sort de la communauté, et il serait resté en Egypte.
Cette réponse, pour le moins brutale, doit lui agacer les dents.
Mais cette réponse soulève deux questions
Dabord, pourquoi ne pas lui répondre par le verset de la Thora qui le concerne explicitement.
Ensuite, dans la mesure où de toutes façons, on lui refuse le dialogue, il suffirait de ne pas lui répondre, en sinspirant de la règle générale : « Ne réplique pas au sot dans le sens de son ineptie, car toi aussi, tu serais comme lui » (Proverbes 26 ; 4).
Lauteur du « Chem miChmouel », vient nous éclairer, et grâce à lui, nous allons découvrir que cette attaque nest pas destinée à le repousser, mais quelle cache en réalité une vraie tentative de sauvetage
Réaction sans diplomatie ?
Ce nest pas sans raison que lauteur de la Hagada situe le dialogue avec le racha à la table du Séder. Car cest seulement latmosphère unique et intense de cette soirée, destinée depuis toujours à la délivrance des corps et des esprits, qui permet dengager une tentative de sauvetage.
Et lon peut sauver et ouvrir les yeux à tous, même à celui qui est déjà proche de lhérésie, appelé dans la Hagada « kofer baykar », celui qui a renié les fondements de notre foi.
Pour ce faire, il faut utiliser une méthode de choc et un dialogue ouvert ne peut pas encore être engagé. Il faut lui agacer les dents en lui disant la vérité le plus crûment possible.
Cest seulement ensuite que lon pourra, si son cur souvre, lui transmettre la réponse de la Thora que nous avons citée plus haut.
Ce nest donc pas par hasard si la Hagada a choisi comme réponse au racha le texte utilisé pour celui qui ne sait pas questionner. Le texte utilisé par la Thora ne pouvant servir que plus tard.
Lapproche pédagogique est claire : le dialogue ne peut souvrir que lorsque les éléments fondamentaux sont acquis. Face à celui qui remet en question les fondements de notre foi, nous devons avoir une réaction dénuée de diplomatie, afin de provoquer en lui un choc, qui ouvrira son cur.
Mais au-delà de laction éducative, nos maîtres décèlent dans les mots adressés au racha, un sens profond, qui touche un point fondamental du concept de Pessah.
Une nouvelle approche du monde
Cest le commentaire de Rachi sur ce verset qui va nous éclairer sur ce sens caché.
«Alors, quand vos enfants vous diront : Que signifie pour vous ce rite ?» (Exode 12 ; 26).
La Thora utilise le mot « diront », le préférant à « demanderont », employé pour les autres fils. Cest que dans cette phrase, le racha ne pose pas véritablement une question. Au contraire, il affirme une idée bien arrêtée.
Pour lui, la délivrance est un événement unique dans lhistoire et il est naturel de le commémorer.
Ce qui le dérange, cest la complexité de ce rite, car une simple commémoration ne nécessite pas tant de petits détails, mille et une règles et interdictions difficiles à réaliser. Sans compter la ferveur quil faut y mettre
Pour lui, tout cela na pas de sens.
On lui répond par cette phrase : « Cest dans ce but que lEternel a agit en ma faveur quand je sortis dEgypte ».
Mais de quel but parle-t-on ?
Rachi explique les mots « baavour zé » (« cest dans ce but ») de la manière suivante : « Pour que je puisse accomplir Ses commandements, notamment celui concernant lagneau Pascal, la matsa et les herbes amères, lEternel a agit en ma faveur quand je sortis dEgypte. »
Par ces quelques mots, avec sa concision habituelle, Rachi vient nous éclairer sur une nouvelle approche du monde que nous livre la Thora.
Les mitsvoth liées au Séder ne sont pas la conséquence de la libération dEgypte.
Et ce nest pas parce que nous avons été libérés dEgypte que nous faisons le Séder.
Au contraire, cest pour permettre au peuple dIsraël daccomplir ces rites et ces lois dans toute leur complexité que D.ieu nous a délivré.
Et ce nest pas parce que nous avons été libérés dEgypte que nous faisons le Séder.
Au contraire, cest pour permettre au peuple dIsraël daccomplir ces rites et ces lois dans toute leur complexité que D.ieu nous a délivré.
Car la complexité de ces lois, leur relative difficulté dexécution viennent justement marquer notre effacement total devant la volonté divine.
Fondamentalement, le racha na pas compris linnovation et la perspective tout à fait nouvelle de la délivrance (géoula) et le sens de lHistoire.
Le racha ne perçoit dans cet événement quun geste divin qui libère le peuple dIsraël de ses oppresseurs. Un acte historique comme tant dautres dont linterprétation peut être décidée par lhomme, et qui pourrait être commémorée par une banale cérémonie.
Cest pour cette raison quil naurait pas mérité dêtre délivré sil avait été présent au moment de la sortie dEgypte.
Car la délivrance navait pour but que de créer une nouvelle nation, capable de se plier de façon totale devant les ordres divins.
Laccomplissement des mitsvoth exige un effacement total, et toutes les raisons et explications que donne la Thora elle-même viennent simplement nous aider dans notre action.
Seffacer devant D.ieu est le seul but du processus de la délivrance.
Durant le Séder, commémoration de la délivrance, le foisonnement de détails, complexes à réaliser et peu compréhensibles pour un esprit obtus, nous permet datteindre lunique objectif de cette délivrance : « Afin que je puisse accomplir Ses commandements ».
Si le racha saisit lampleur de son erreur, la porte lui est alors ouverte, et il peut à nouveau sintégrer dans le peuple dIsraël.
PESSAH CACHER VESAMEAH

Au nom du saint et vénéré Rabbi Haïm Cohen ztl
1 Hapisga, Bayit Vegan, Jérusalem Tel : 00 972 2 643 07 20 Fax : 00 972 2 643 07 19
12, rue Notre Dame des Victoires 75002 Paris Tel : 01 42 27 21 11 Fax : 01 42 27 54 91
Email : daat.haim@piximel.com Site : www.daathaim.org
Lamour réciproque
Par Rav Eliahou Elkaïm
Celui qui sera épris de D.ieu, et qui gardera en permanence à lesprit que cest Lui qui dirige nos pas et lit dans nos pensées, jouira de sa Providence à chaque instant. Cest lune des leçons de Pessah.
Chabbath hagadol est le jour anniversaire de lachat de lagneau Pascal par toute la communauté dIsraël.
Laccomplissement de cet ordre divin fut le premier pas dans le processus de libération du joug égyptien.
Chaque année, génération après génération, cest dans le même ordre que nous commémorons les événements extraordinaires qui se sont produits à cette époque.
Mais dans notre tradition, une commémoration nest pas un rite folklorique, cest loccasion de faire revivre les enseignements fondamentaux que la délivrance hors du commun du pays dEgypte vient nous livrer.
La semaine dernière, nous avons vu dans le phénomène de la lèpre (tsaraat), lexpression de la Providence divine (hachgaha pratit).
Nous allons découvrir à présent que le processus de la sortie dEgypte est fondamentalement lié à ce concept de Providence personnelle. Et tous les Juifs de lépoque ont pu la percevoir de façon éclatante.
Nous allons également constater que la foi en D.ieu est indissociable de la foi absolue dans le récit des événements de la sortie dEgypte.
Dans « Orhot haïm leharoch », louvrage de base du Roch (Rabbénou Acher), on trouve ces idées très clairement exprimées :
« Il faut avoir une confiance (bitahon) totale en D.ieu et avoir une foi profonde et sincère en la Providence divine personnelle.
Cest seulement ainsi que lon parviendra à fixer en son cur la foi en lUnité absolue de D.ieu (Yhoud Hachalem).
Pour cela, il faut profondément ressentir que D.ieu laisse aller Son regard sur tout lunivers et quil « voit » toutes les actions humaines. Il sonde les curs et les reins. (Daprès la tradition, les reins interviennent dans les décisions prises par lhomme).
LEternel est D.ieu
Et le Roch poursuit :
Cette vérité est profondément ancrée dans le déroulement de la sortie dEgypte.
« Je suis lEternel ton D.ieu qui tai fait sortir dEgypte (parole du décalogue : Exode 20 ; 2).
Il est clair que celui qui ne croit pas véritablement à la deuxième partie de cette injonction (« qui tai fait sortir dEgypte ») ne peut pas véritablement croire à la première (« Je suis lEternel ton D.ieu »).
Il ne peut atteindre la foi en lunité absolue de D.ieu (Yhoud Hachalem).
Cette foi entière est lélément qui différencie le peuple juif de toutes les nations et lélève à des niveaux inégalés.
Cette foi est le fondement de toute la Thora. » (Chapitre 26)
La sortie dEgypte fut un événement pendant lequel se dévoila la Providence divine personnelle dans toute sa splendeur.
Le Roch voit dans la foi en ces événements extraordinaires, la foi en D.ieu, et donc le fondement de la Thora.
Essayons de retrouver dans les textes cet aspect tout particulier de la délivrance (géoula) dEgypte.
« Car Je connais (yadati) ses souffrances » (Exode 3 ; 7).
Cette connaissance (yédia) est, daprès nos maîtres, lexpression même de cette providence personnelle (hachgaha pratit).
Nous retrouvons ce même terme, yédia, au moment où D.ieu exprime Son « sentiment » pour Avraham.
« Je lai connu (yédativ) véritablement » (Genèse 18 ; 19).
Deux interprétations, celles de Rachi et de Nahmanide, se complètent pour expliquer le sens véritable de cette notion de connaissance.
« Ki yédativ », cest une expression damour.
Nous retrouvons à maintes occasions, le terme yédia dans le sens damour. Et en particulier à propos de Moïse :
« Je tai distingué (vaédaa ha) par ton nom » (Exode 33 ; 17).
On le voit, la notion de connaissance est liée à celle de lamour.
Celui qui aime lautre sintéresse profondément à lui, cherche à le connaître, à percer ses caractéristiques les plus intimes (Rachi ibid.)
La connaissance de D.ieu, et son intérêt profond pour son peuple prouve Son amour, et cest lessence de la Providence divine personnelle (hachgaha pratit) dont jouit Israël.
Nahmanide ajoute :
« Le sens véritable de cette connaissance (yédia) est la Providence qui régit notre monde, et qui permet la survie de tous les êtres.
Cela est vrai pour la majorité de lhumanité par le biais de la providence générale.
Pour ce qui est des justes, D.ieu intervient activement et individuellement, et cela sexprime par une protection permanente.
Pour ce qui est des justes, D.ieu intervient activement et individuellement, et cela sexprime par une protection permanente.
La connaissance et le souvenir divins ne sinterrompent jamais, ne serait-ce quun instant.
« Il ne détourne pas Ses yeux des justes » (Job 36 ; 7)
« Voici les yeux du Seigneur sont ouverts sur ceux qui le craignent » (Psaumes 33 ; 18). » (Nahmanide ibid.)
« Car il connaît Mon nom »
Rabbi Haïm Friedlander zatsal, dans son ouvrage « Sifté Haïm » (Moadim volume 2 page 317) cite à ce sujet Maïmonide, dans un passage du « Guide des égarés », (chapitre 3, p. 51) :
« Il ma été dévoilé une vérité extraordinaire, qui ôte tous les doutes et dévoile les secrets de la Providence divine.
Voici cette vérité : nous avons déjà développé dans le chapitre sur la hachgaha que la Providence sapplique à celui qui la reconnaît.
Dans le même ordre didée, celui qui atteint le niveau le plus élevé de cette reconnaissance, et qui garde à lesprit la divinité de façon ininterrompue, celui-là aura le privilège de jouir de la hachgaha de façon permanente.
En revanche, celui qui, malgré un haut degré de connaissance, ne parvient pas à garder D.ieu constamment à lesprit, bénéficiera seulement de la providence personnelle dans les moments où il fera leffort dêtre relié à Lui.
Le reste du temps, cette providence divine particulière ne sera pas effective pour lui. (
)
« Car, dit le Seigneur, il est épris de Moi (bi hachaq) et Je le sauverai du danger, Je lépargnerai, car il connaît Mon nom » (Psaumes 91 ; 14).
La connaissance du Nom de D.ieu, dont il est question dans ce verset, est en réalité le niveau de perception de la Providence atteint par lhomme.
On voit également dans ce verset que seul lamour, exprimé par bi hachaq, fait mériter cette protection extraordinaire.
Il existe une différence entre celui qui aime (ohev) et celui qui est épris (hocheq) : celui qui aime na pas constamment à lesprit lobjet de son amour.
En revanche, lesprit de celui qui est épris ne dispose daucune place pour autre chose.
Etre épris de D.ieu, cest avoir constamment à lesprit Son existence et Sa providence.
De cette manière, et grâce à elle seule, on méritera une protection illimitée de D.ieu. »
Etre épris de D.ieu, cest sentir à chaque instant quIl dirige nos pas et lit nos pensées.
Cest ainsi que lon peut avoir conscience de Son unité, comme le souligne le Roch.
Les enfants dIsraël implorent D.ieu
La sortie dEgypte fut loccasion pour lhumanité en général, et pour le peuple juif en particulier, de découvrir cette Providence divine personnelle.
Après deux cent dix années de servitude et de souffrances, période pendant laquelle la main divine était cachée, « D.ieu sut (vayéda Elokim) » (Exode 2 ; 25).
« D.ieu sintéressa à eux et ne fut point indifférent » (Rachi ibid.)
Au plus profond de leurs souffrances, les enfants dIsraël implorent D.ieu.
« Leur plainte monta vers D.ieu du sein de lesclavage » (Exode 2 ; 23).
Moïse est alors envoyé, pour développer dans leurs curs la foi en D.ieu et les préparer au processus de la délivrance. Les miracles montrent avec éclat la Providence très particulière à laquelle assistèrent les Juifs.
En quoi était-elle si particulière ? Cest que chacune des plaies infligées aux égyptiens était dosée et calculée en fonction de leurs pêchés (mida kenegued mida).
Leur châtiment dépendait directement des atrocités quils avaient infligé aux Juifs.
Ainsi, cela sest reproduit pendant la traversée de la mer rouge. Daprès nos maîtres, les Juifs remarquèrent que le châtiment que subissait chaque égyptien correspondait exactement à sa conduite.
Le Roch conclut par des mots saisissants :
« Ne pas croire profondément dans le récit des miracles de la sortie dEgypte, qui est lexpression de la Providence divine individuelle, altère gravement la foi (émouna) dans lexistence même de D.ieu car ces deux éléments sont indissociables et sont le fondement de toute la Thora. »
Que tout le peuple juif puisse retrouver sa foi ancestrale en Son D.ieu et Ses miracles,
et que nous puissions jouir bientôt de Sa délivrance.
PESSAH CACHER VESAMEAH

Au nom du saint et vénéré Rabbi Haïm Cohen ztl
1 Hapisga, Bayit Vegan, Jérusalem Tel : 00 972 2 643 07 20 Fax : 00 972 2 643 07 19
12, rue Notre Dame des Victoires 75002 Paris Tel : 01 42 27 21 11 Fax : 01 42 27 54 91
Email : daat.haim@piximel.com Site : www.daathaim.org
Reconnaître le Bien quon nous a fait
Et sapprocher de D.ieu
Rav Eliahou Elkaïm
Etre reconnaissant envers celui qui nous a fait du bien est lune des qualités exigées par la Thora.
Et elle peut prendre des formes tout à fait surprenantes
Dans notre paracha, nous assistons à la dernière phase des dix plaies, puis à la sortie dEgypte.
Lune des réactions les plus fondamentales que cette libération du peuple juif doit susciter en chacun de nous, à toutes les époques, est la « reconnaissance des bienfaits » (Hakarath hatov), vis à vis de Celui qui nous a sorti de cette terre desclavage.
Lintensité de cette reconnaissance doit entraîner que nous souhaitions accomplir Sa volonté, être Ses serviteurs.
Cest ainsi que Nahmanide interprète les premiers mots du décalogue :
« Je suis lEternel ton D.ieu, qui tai fait sortir du pays dEgypte, dune maison desclavage » (Exode 20 ; 2).
Selon son interprétation, les termes « dune maison desclavage » viennent exprimer lobligation du peuple juif de reconnaître lEternel comme leur D.ieu, et donc de Le servir, parce quIl les as libérés de lesclavage dEgypte, ainsi que le verset le précise :
« Car ils sont mes esclaves, Moi qui les ai fait sortir du pays dEgypte » (Lévitique 25 ; 4).
Rabbénou Bahya ibn Pakuda, lauteur du Hovoth Halevavoth (« Les devoirs du cur »), développe, plus encore, ce concept.
Conscience éternelle
Après avoir expliqué le devoir qui incombe à lhomme dapprofondir sa compréhension du monde et de mesurer pleinement lampleur des bienfaits de D.ieu dont il bénéficie en permanence (Chaar habehina), Rabbénou Bahya insiste ensuite sur les devoirs que nous avons envers notre Créateur (Chaar Avodath haélokim) :
« Après avoir pris conscience de lunité de D.ieu et davoir analysé les différentes formes de Ses bienfaits, lhomme doit prendre conscience de ses devoirs envers son Créateur.
En effet, la logique exige de celui qui a bénéficié dimmenses bienfaits de se sentir redevable envers son bienfaiteur.
Il est clair dans lesprit de chacun que nous devons être reconnaissant envers celui qui nous a fait du bien et réaliser pleinement ses bonnes intentions à notre égard. »
Dans le chapitre 6 de cette même partie, lauteur définit plus encore la nature de cet engagement :
«Par reconnaissance pour les bienfaits qui concernent lhumanité dans son ensemble (création de lhomme, don de sa subsistance
), lhomme doit avoir une conduite morale honorable, ce qui correspond aux mitsvoth dites sihlioth (que la logique humaine appréhende), mitsvoth rationnelles : elles sont admises par la société car elles interdisent des actes nuisibles comme lassassinat, le vol, le mensonge, ladultère, le manque de respect envers ses parents
Il y a ensuite la reconnaissance pour les bienfaits que le Créateur a accordé à une nation particulière, en loccurrence au peuple dIsraël, quIl a sorti dEgypte et dirigé vers la terre promise.
Cela engage les Juifs à un tout autre niveau du service divin, correspondant au mitsvoth dite chimioth, les commandements qui ne sont pas rationnels, comme les interdits alimentaires, vestimentaires, les lois liées à la vache rousse
»
(Hovoth Halevavoth, Chaar Avodat Haélokim chapitre 6)
Rabbi Yérouham de Mir, précise le sens caché des mots de Nahmanide que nous avons cités plus haut.
La sortie dEgypte nest pas seulement pour D.ieu, loccasion de donner au Juifs et à lhumanité dans son ensemble, une cours magistral sur la foi (émouna).
Cest bien plus que cela : cela doit susciter un engagement total de lhomme envers son Créateur, qui ne peut être le résultat dune réflexion à elle seule.
Cest un sentiment, celui de la reconnaissance envers D.ieu, quil faut éveiller en nous, pour nous amener à lacceptation de devenir Ses serviteurs.
Vécu imaginaire
Ce que met en lumière Rabbi Yérouham, cest que la Hakarath hatov exigée nest pas seulement une reconnaissance superficielle, mais la véritable sensation profonde dêtre « redevable » envers son bienfaiteur.
Ainsi, il découvre dans les mots de la Hagada de Pessah un sens nouveau :
« A chaque génération, il est un devoir pour chacun de se « visualiser » comme étant lui-même libéré dEgypte. »
Quel est lintérêt de ce devoir très spécial ?
Et doù nos Maîtres ont-ils tiré cet enseignement ?
Cest que, seulement à travers ce vécu imaginaire, lhomme pourra éveiller en lui des sentiments profonds de reconnaissance envers D.ieu et grâce à cela, renforcer son engagement dêtre Son serviteur, but véritable de la sortie dEgypte. (Daat hohma oumoussar volume 1, page 124)
Nous allons voir plus loin que lorsque nos maîtres développent le concept de Hakarath hatov, cela dépasse la simple notion de reconnaissance telle que nous pouvons lappréhender.
Le but nest pas de manifester cette reconnaissance en rendant ainsi à son bienfaiteur une partie du bien quil nous a fait.
Dans la Thora, Hakarath Hatov est un attribut de lâme (midda) que tout être à la recherche de la vérité se doit dacquérir.
Rabbi Itshak Hutner zatsal, souligne encore plus limportance de cette midda.
« Celui qui a eu le privilège de côtoyer les Grands de la Thora a pu remarquer limportance primordiale quils accordent à cet attribut de Hakarath hatov.
« Celui qui a eu le privilège de côtoyer les Grands de la Thora a pu remarquer limportance primordiale quils accordent à cet attribut de Hakarath hatov.
Toute personne, même de haut niveau sur dautres plan, chez laquelle on décelait des signes de kefiout tova (le refus de reconnaître les bienfaits reçus), pouvait perdre pour cette raison toute leur estime » (Pahad Itshak, Roch Hachana chapitre 3).
Les enseignements les plus fondamentaux sur ce sujet se trouvent dans le processus de la libération dEgypte, et ce nest pas fortuit.
Lorsque D.ieu ordonne à Moïse de se rendre chez Pharaon pour lui demander de libérer Israël : « Et maintenant, Je te délègue vers Pharaon » (Exode 3 ; 10), Moïse Lui répond :
« Maître de lunivers, il mest impossible de quitter Yitro, cest lui qui ma accueilli et ouvert sa maison. Si un homme ouvre sa porte à son prochain, ce dernier lui doit son âme ! » (Chemoth Rabba 4 ; 2).
Cest la raison pour laquelle, plutôt que se hâter pour remplir la mission extraordinaire confiée par D.ieu Lui-même, Moïse fait un détour pour obtenir lautorisation de Yitro, son beau-père.
Allusion au mariage
Ce texte suscite de nombreuses questions :
Nest-ce pas dabord un manque de respect vis à vis de D.ieu ? Moïse croyait-il que D.ieu ignorait ce que Yitro avait fait pour lui ! Enfin, le sentiment de reconnaissance de Moïse envers son beau-père ne semble-t-il pas exagéré ?
En effet, le Midrach ne considère pas avec autant dégard lacte de Yitro. Il précise :
Qui est celui qui fut bienveillant à légard de son bienfaiteur ? Cest Yitro envers Moïse.
Qui est celui qui fut bienveillant à légard de son bienfaiteur ? Cest Yitro envers Moïse.
Car il faut savoir que les filles de Yitro étaient poursuivies par des bergers qui leurs voulaient du mal, à lui et à ses filles, et les empêchaient de puiser de leau. Cest Moïse qui prit leur défense et qui puisa pour Yitro et sa famille, mais aussi pour les bergers, rétablissant ainsi le calme dans les esprits.
A la suite de cet épisode, Yitro dit à ses filles, en parlant de Moïse : « Pourquoi avez-vous laissé là cet homme ? Appelez-le et quil vienne manger » (Exode 2 ; 20).
Rabbi Simone explique que cest pour rémunérer Moïse pour ses services que Yitro lui a offert à manger (Vayikra Rabba 34 ; 8)
Une deuxième Midrach ajoute que manger du pain doit être ici compris ici dans le sens allusif du mariage, car Yitro espérait que Moïse épouse lune de ses filles (Chemoth Rabba 81 ; 32).
Car la situation de Yitro était pour le moins difficile : il était excommunié par tous les habitants de Midian pour avoir renié leurs idoles (cf. Rachi Exode 2 ; 16).
Moïse est donc arrivé au bon moment pour le protéger, lui et sa famille, et finalement épouser lune de ses filles.
Moïse est donc arrivé au bon moment pour le protéger, lui et sa famille, et finalement épouser lune de ses filles.
Une autre dimension
On peut dégager deux éléments capitaux de ce texte (cf. Sihoth moussar Rav Haïm Chmoulevitz volume 2 page 118).
Tout dabord, Moïse a découvert, par sa recherche personnelle de vérité, que le concept de Hakarath hatov est un attribut fondamental de lâme, et sans rapport avec les intentions ou les intérêts du bienfaiteur.
A partir du moment où Moïse a tiré profit de Yitro, cela le rend redevable, et les mots du Midrach sont éloquents : il lui doit son âme.
La midda de Hakarath hatov entraîne que celui qui a profité dun bienfait soit redevable pour toujours, même si cela na pas exigé de grands efforts de la part du donateur, et même sil a agit dans son propre intérêt.
On le voit, cela dépasse de très loin la simple volonté de rendre à celui qui vous a fait du bien.
Cette vérité était si claire aux yeux de Moïse quil était persuadé, à juste titre, que la véritable intention de D.ieu était quil aille dabord demander son autorisation à son beau-père, avant même daccomplir sa mission, vitale pour ses frères, le peuple dIsraël.
Peu après ces événements, D.ieu dévoile à Moïse une nouvelle dimension de cette qualité de lâme.
Les trois premières plaies (celles du sang, des grenouilles et de la vermine) vont être amorcées par Aaron, et non par Moïse.
D.ieu dit à Moïse quil demande à Aaron de lever son bâton sur le Nil (Exode 7 ; 19) et de frapper la terre (Exode 8 ; 12).
Pourquoi nest-ce pas Moïse qui fut chargé de cette mission ?
Rachi répond à cette question en citant le Midrach.
« Moïse ne pouvait frapper le Nil, car celui-ci lavait protégé quand il fut jeté en son sein. Moïse ne pouvait donc pas intervenir pour transformer le Nil en sang, ni au moment des la plaie des grenouilles. Cest donc Aaron qui exécuta lordre divin » (Chemoth rabba 9 ; 10).
Pour ce qui est de la terre, elle ne pouvait pas non plus être frappée par Moïse, car elle lui avait été utile lors de lépisode avec lEgyptien que Moïse frappa et ensevelit dans le sable (Exode 2 ; 12).Cest donc Aaron qui la frappée (Chemoth Rabba 10 ; 7)
Vivre et sentir
Le bénéficiaire de la Hakarath hatov est ici le monde inerte ! Ce que D.ieu a ainsi dévoilé à Moïse, cest que cette qualité de lâme est si importante que nous avons le devoir, pour nous éduquer à la ressentir, de reconnaître le bien que nous font tous les éléments de la création.
Pourtant, le monde inerte ne tire aucun profit ni aucune sensation de cette reconnaissance. Cela ne peut être que dans le but de développer cette midda, dans lintérêt de lhomme lui-même.
La sortie dEgypte est lévénement qui crée, à tout jamais, lengagement de lhomme vis à vis de son Créateur. Engagement qui doit avoir pour moteur la Hakarath hatov vis à vis de D.ieu.
Cest donc bien dans le contexte de cette libération que la Thora devait nous dévoiler les enseignements sur la midda de la reconnaissance du Bien.
Peu importe les mobiles, les efforts ou les intérêts de celui qui nous aide ; avoir reçu ses bienfaits doivent éveiller en nous un sentiment profond de reconnaissance.
Cest en séduquant ainsi, chacun personnellement, que lon pourra vivre et sentir le Bien que nous avons reçu de D.ieu.
Le motivation du service divin (avodath Hachem) doit être principalement issue du sentiment de Hakarath hatov. Et lintellect seul ne pourra nous amener à tous les niveaux daction et de compréhension des commandements divins.
Dans le monde moderne, les réalisations prodigieuses de lhomme sont autant de raisons de croire en sa force,
éloignant lhumanité du concept de Hakarath hatov.
Le seul moyen de simprégner de cette qualité, dont nous avons perçu limportance primordiale,
est de pénétrer dans les enseignements de la Thora pour découvrir une nouvelle optique de la vie.
Et lon découvrira que cette qualité dépasse presque toutes les autres

Au nom du saint et vénéré Rabbi Haïm Cohen ztl
1 Hapisga, Bayit Vegan, Jérusalem Tel : 00 972 2 643 07 20 Fax : 00 972 2 643 07 19
12, rue Notre Dame des Victoires 75002 Paris Tel : 01 42 27 21 11 Fax : 01 42 27 54 91
Email : daat.haim@piximel.com Site : www.daathaim.org
La vraie liberté
Par Rav Eliahou Elkaïm
En nous penchant sur la mitsva qui consiste à boire quatre coupes de vin durant la soirée du Séder,
nous allons découvrir une nouvelle conception de la liberté (hérouth), assez différente de celle du monde occidental.
Chaque année, à Pessah, nous commémorons la libération du peuple juif du joug de lesclavage en Egypte.
Le thème de la liberté (hérouth) est largement évoqué tout au long de la soirée du Séder.
Dès le début, nous exprimons nous aspiration à être des hommes libres (bené horin).
Lune des lois relatives à la soirée du Séder attire notre attention. La Michna (Pessahim 10 ; 6) nous enseigne :
« Il est permis de boire du vin entre les trois premières coupes, mais pas entre la troisième et la quatrième. »
Cette loi (halacha) est codifiée dans le Choulhan Arouh (Orah Haïm 479 ; 1).
Mais quelle est la raison de cette différence ?
Daprès le Talmud de Jérusalem, le motif de cette restriction réside dans le caractère enivrant et assoupissant du vin.
En effet, le Talmud de Jérusalem (ibid.) explique que le vin supplémentaire consommé après le repas risque dendormir, ce qui empêcherait de réciter de Hallel (louanges) qui clôture, avec la quatrième coupe de vin, la soirée du Séder.
Un deuxième texte du Talmud de Jérusalem (Méguila 3 ; 5) laisse supposer quil existe dautres raisons, plus profondes, à cet interdit.
Ce texte établit un parallèle entre les quatre coupes de vin et les quatre parachioth (sections de la Thora) lues dans la période qui précède Pessah : il est recommandé de ne pas faire dinterruption entre la troisième et la quatrième paracha (Para et Hahodech) que lon lit systématiquement deux semaines consécutives.
On le sait, les motifs cités par nos maîtres concernant une mitsva ne sont pas exhaustifs, et il en existe souvent dautres, qui ne sont pas mentionnés dans les textes.
Dans un article publié dans Kol Hathora (n°17), le Rav Mordehaï Miller zatsal nous donne les éléments pour découvrir lun des sens cachés de cette halacha.
Un peuple desclaves
La mitsva des quatre coupes de vin a été instituée par nos Maîtres pour rappeler les quatre termes utilisés par D.ieu pour annoncer la libération (guéoula) dEgypte.
« Je veux vous soustraire aux tribulations de lEgypte, et vous délivrer de sa servitude,
et Je vous affranchirai avec un bras étendu (
) Je vous adopterai pour peuple (
) »
(Exode 6 ; 6, 7)
(Exode 6 ; 6, 7)
Le Maharal (Guevouroth Hachem chapitre 30) nous éclaire sur le sens particulier de chacun de ces termes.
« Lannonce faite à Abraham par D.ieu lui révélant que sa descendance serait exilée en Egypte a été exprimée dans ce que lon appelle lalliance entre les morceaux (brit bein habétarim), épisode décisif dans la destinée du peuple juif.
Durant cette annonce divine, les différents aspects de cet exil furent développés :
« D.ieu dit à Abraham : Sache le bien, ta postérité séjournera sur une terre étrangère,
où elle sera asservie et opprimée durant quatre cents ans (
) »
(Genèse 15 ; 13)
(Genèse 15 ; 13)
Dans ces mots sont annoncées les phases de lexil.
La première est le déplacement dans un pays étranger, et par-là même, on est privé de la proximité de D.ieu en terre dIsraël.
En outre, et cest la deuxième phase, même si on est libre, on ne jouit pas des mêmes droits que les citoyens du pays : on a la sensation dêtre déraciné.
La troisième est lasservissement : le peuple juif devient un peuple desclaves.
La quatrième est loppression proprement dite, qui dépasse la simple condition desclaves.
Le processus de délivrance agit en sens inverse. La première phase arrête loppression, la seconde affranchit de lesclavage, la troisième enfin change le statut des Juifs qui sont dépourvus des droits du pays où ils vivent.
Nous comprenons à présent les trois premiers termes employés pour annoncer la délivrance.
Mais être affranchis de lemprise des Egyptiens nest pas un but en soi, si lobjectif est de devenir une nation comme les autres.
Cest pour cela quil y avait quatre termes employés par D.ieu pour annoncer la libération dEgypte, le quatrième terme signifiant que les Juifs allaient devenir le peuple de D.ieu, Ses serviteurs.
On le voit, après lannonce des trois phases de la libération (guéoula), sajoute immédiatement la quatrième, complément indissociable, attachant dun lien indélébile les Juifs au Créateur.
Car il est inconcevable que le peuple juif devienne une nation comme les autres.
Même sil est libéré de toute emprise étrangère, il faut quil entre instantanément dans le domaine particulier de D.ieu.
Réalité et utopie
Nos Maîtres nous enseignent que plus encore que leur corps, cétait les âmes (nefech) des enfants dIsraël qui se trouvaient en exil sous Pharaon.
Les quatre aspects de lasservissement et de la libération développés par le Maharal ont un parallèle qui concerne lasservissement de lâme.
Nous allons retrouver ces mêmes stades dans loppression et la libération de lâme :
1 - Loppression que subit lâme est entraînée par toutes les formes de dépravation ou didolâtrie dans lesquelles elle est impliquée.
2 - Même lorsque lâme est libérée la souffrance quentraîne la dépravation, elle reste esclave si elle ne peut se consacrer au service de son Créateur.
Les mots du Ramhal sont éloquents à ce sujet dans le chapitre 2 du Sentier de rectitude:
« Lun des stratagèmes les plus efficaces du mauvais penchant (yetser hara) est de canaliser en permanence toutes les forces de lhomme afin quil naccède jamais à la sérénité qui lui permettrait de méditer sur son comportement. (
)
Cela est comparable à la politique de Pharaon qui déclara :
« Quil y ait donc surcharge de travail pour eux, et quil y soient astreints »
(Exode 5 ; 9)
(Exode 5 ; 9)
Son intention était claire : ne laisser aucun moment libre aux enfants dIsraël, pendant lequel ils auraient pu organiser un soulèvement.
Seul un travail ininterrompu pouvait empêcher toute réflexion sur leur triste condition.
Et cest exactement de cette façon quagit le yetser hara sur lhomme. »
Cette forme dasservissement de lâme correspond donc au deuxième stade de lexil.
3 - Mais même lorsque lhomme parvient à saffranchir de cette emprise du yetser hara, son âme nest pas encore libérée, tant quil se sent encore étranger.
Sil névolue pas dans un milieu social et dans un contexte familial où il sépanouit spirituellement, il se sentira toujours étranger et inférieur, et il perdra de sa vitalité.
4 - La quatrième et dernière phase, indissociable des autres, est celle où il pénètre dans le domaine de D.ieu.
Si lhomme ne cultive pas cette sensation dêtre au service de son Créateur, sa libération ne portera pas vraiment ses fruits et nentraînera pas de vrais résultats.
Car lhomme ne peut pas être son propre maître. Sil est libéré dun joug extérieur, se crée alors un vide.
Ce vide, sil nest pas comblé par une soumission à D.ieu et la volonté profonde de le servir, sera rempli par de nouvelles formes dasservissement, au matérialisme par exemple ou à dautres idéaux imaginaires.
Et ce qui est vrai dans le spirituel lest aussi dans la recherche de perfectionnement de soi.
Le seul moyen de réussir et de sépanouir est de créer, dans chaque domaine, une implication positive qui remplace immédiatement les éléments négatifs desquels on sest détaché.
Nos Sages disent :
« Ecartes-toi du mal et fais le bien (Sour mera vé assé tov) »
On ne peut se contenter dextirper le mal, il faut instantanément le remplacer par le Bien.
Il nexiste aucune liberté absolue au niveau de lhomme, car cela va à lencontre de sa nature.
Cest le véritable sens de la loi qui interdit de créer un vide entre la troisième et la quatrième coupe de vin, qui représentent respectivement laffranchissement, immédiatement suivi par lentrée au service de D.ieu.
Car le concept dhomme libre tel quil est perçu par les Nations nest quune utopie.
La seule forme véritable daffranchissement de lâme est de réaliser son rôle véritable sur terre :
servir son Créateur et se rapprocher de Lui.
PESSAH CACHER VESAMEAH

Au nom du saint et vénéré Rabbi Haïm Cohen ztl
1 Hapisga, Bayit Vegan, Jérusalem Tel : 00 972 2 643 07 20 Fax : 00 972 2 643 07 19
12, rue Notre Dame des Victoires 75002 Paris Tel : 01 42 27 21 11 Fax : 01 42 27 54 91
Email : daat.haim@piximel.com Site : www.daathaim.org
Le miracle et la Lettre
Rav Moshé Tapiero
Le miracle : événement fondateur
Limportance du miracle dans la délivrance dIsraël peut être diversement apprécié. Une lecture superficielle ne lui accorderait quune seule fonction auxiliaire. Il ne fallait pas que la sortie dEgypte puisse apparaître comme laboutissement dun processus naturel à limage de ces révolutions qui font et défont les Empires. Si le très-Haut avait le « dessein dopérer tous ces signes » cest pour « que tu racontes à ton fils et ton petit fils (
) que dune main puissante lEternel nous a fait sortir de lEgypte » (Voir respectivement Chemot 10,1-2 et 13, 16).
Dans un texte décisif, Rambam nhésite pourtant pas à hausser le miracle à la dignité dévénement fondateur :
« 1.Cest un commandement positif de la Torah de raconter les miracles et les prodiges qui ont été réalisés pour nos ancêtres à la sortie dEgypte. 2. Le récit du père sera fonction de la capacité de lenfant. Sil est petit ou sot, il lui expliquera que nous étions tous esclaves en Egypte et que D.ieu nous a délivré cette nuit-là pour nous conduire à la liberté. Si lenfant est intelligent, il lui fera savoir ce qui est advenu en Egypte, les miracles qui sy sont produits par lintermédiaire de Moïse notre Maître ». (Rambam, Hilkhot Haméts VeMatsa, Chap.7 art 1et 2.)
Texte fort étrange à la vérité !
Le miracle ne doit-il pas être perçu comme un signifiant renvoyant à un signifié. Il est signe et direction pour attirer lattention vers une signification autre. Il ne saurait donc être identifié au sensé. Tout comme le rêve renvoie à son interprétation, le miracle naurait de sens quà travers le message quil délivre. En loccurrence, les miracles dEgypte sont manifestation de la puissance divine, témoins de son intervention dans le cours de lhistoire. Il est signe assurant lattribution de la délivrance à lintervention divine.
En toute logique on aurait dû livrer à lenfant intelligent le signifié du miracle et se contenter de décrire au sot (lenfant Tam de la Haggadah) lévénement prodigieux sans lui en révéler le sens.
Rambam, étrangement, renverse lordre. Au sot il fait entendre le sensé, lui révèle que la libération est fruit de lintervention de Dieu, alors que le sage ne reçoit que le récit brut des miracles !
Bouleversant renversement de lordre logique. Il signifie que le sensé tient entièrement dans lévénement prodigieux ! !
La proximité divine détermine le réel. Les choses ne sont quen tant quelles se situent dans la trace du Créateur, témoignent de sa présence. Le miracle est expérience de cette proximité. Doù son importance dans lespace de la subjectivité initié par le commandement.
Sautorisant de multiples récurrences bibliques où la mitsva est signifiée comme souvenir de la sortie dEgypte, les Maîtres dIsraël définissent le commandement comme un perpétuel renvoi au miracle dont il assure le souvenir (Ramban, commentaire sur la Torah, Chemot 13,17). Lidéal de la proximité Tsavta (de même racine que mitsva) passe par la perception du réel comme miracle.
Dimension théologique et portée existentielle du miracle
Dans la conscience générale le miracle en appelle à la foi plutôt quà la raison. Les religions accueillent avec avidité ces événements merveilleux qui renvoient au sublime et au numineux. Le judaïsme qui est pensée et non foi, uvre de subjectivation et non religion, ne saurait saccommoder de la thaumaturgie reliée à cette perception du miracle. Comment entendre sa véritable portée existentielle ? ?
Dans la vision rationaliste de lunicité dun ordre qui structure le réel, le miracle est nécessairement appréhendé comme modification de lordre, perturbation de léquilibre naturel. Sil atteste alors dun au-delà de lêtre, cest uniquement par leffet de rupture et de discontinuité quil produit. Détruisant lordre établi il ne manifeste pourtant aucune autre structure du réel, renvoyant le sujet à limaginaire de la foi.
Mais dans un monde que la Torah initie par la seconde lettre, symbole de la multiplicité, le réel nest pas réduit à une dimension unique. Il se révèle à travers la distinction dun ordre naturel et de la dimension métaphysique de la proximité divine. Positivement le miracle signifie comme expression de cette hauteur : non pas rupture à lintérieur du processus naturel, mais irruption dans cette tranche du réel dun ordre nouveau et transcendant.
Le miracle est donc appel à la Hauteur, il invite le sujet à souvrir à plus haut que lui, à se laisser déborder par la manifestation du transcendant. Cest bien pourquoi il est signifié comme Ness. Dans le texte biblique cette notion désigne principalement lélévation et la hauteur : (cf. les versets :« Fais toi-même un serpent et place-le au haut (sim oto al Ness) dune perche » Bamidbar 21,8 ; « Sur une montagne dénudée élevez un étendard ( séou Ness) »Yshaya 13,2 ; « levez létendard (harimou Ness) pour les nations »id. 62,10.)
Lexpression la plus incisive de cette intellection du miracle réside dans la possibilité quune même chose se présente conjointement selon deux profils contradictoires. Ainsi, le soleil sétait arrêté pour Josué et son peuple, mais pour le reste du monde il continuait sa marche inexorable. Un même liquide était en un seul instant eau pour les hébreux et sang pour les Egyptiens. Les ténèbres couvraient le soleil des Egyptiens mais, au même moment, il faisait jour pour les hébreux. Il ne sagit plus dune simple violation des lois de la nature. Il faut rendre compte de limpossible. Comment le soleil peut-il être immobile et en mouvement au même instant ? Le liquide, eau et sang ? Face à cette aporie le recours à la relativité de la connaissance humaine, par laquelle certains prétendent expliquer le miracle, savère sans ressource.
La difficulté se résout dés lors que lon pose la coexistence de deux dimensions de lêtre. Tout sera question de perception. Lindividu qui ne souvre pas à la dimension métaphysique ne reconnaîtra que la réalité naturelle que son expérience sensitive lui offre. Pour lui le soleil continue sa marche. Une subjectivité en éveil discernera, par contre, lorsque loccasion lui en est donnée, la dimension du réel par delà la réalité.
Sa perception sensitive dun soleil en mouvement sera dépassée par le discernement dune dimension supérieure selon laquelle le soleil est arrêté.
La Torah définit les miracles comme Oth ou signe. Le miracle prouve en effet que la réalité népuise pas le réel mais le signifie. Il témoigne dune dimension qui de lintérieur du monde sensible fait signe vers, désignant la direction doù procède le sens.
La Torah définit les miracles comme Oth ou signe. Le miracle prouve en effet que la réalité népuise pas le réel mais le signifie. Il témoigne dune dimension qui de lintérieur du monde sensible fait signe vers, désignant la direction doù procède le sens.
Mais comme Oth le miracle se réfère aussi à la lettre. Passage du signe à la lettre qui est lultime miracle de la création. « Les cieux sont roulés comme un livre » (Yshaya 34,4). La nature se présente tel un livre où chacun des éléments signifie comme lettre. Le monde est lieu où passe la transcendance, il est livre qui raconte cette passée du Créateur.
Il nen faut pas moins pour pouvoir penser le monde comme demeure pour le sujet. Car si la nature peut être lieu pour lhomme cest avant tout parce que les choses qui la peuplent lui parlent. Pourtant lhomme est sans cesse confronté au mutisme glacial de la nature. Les étants lui apparaissent dans leur immobilité, aucune parole vivifiante ne les animent de lintérieur. « Le silence éternel de ces espaces infinis meffraie », disait Pascal, se faisant lécho du sentiment détrangeté face à un monde muet.
Dautres se disent réceptifs au discours de la nature quils perçoivent par les voies de la sensibilité ou du concept. Mais pour autant quelle sadresse au poète ou au savant, la nature ne leur parle que delle-même. Pouvant disserter à linfini sur la beauté des choses, livrant à la science le secret de leur composition, elle ne dit rien à lhomme de sa place et du sens de sa présence au monde. Le monde du miracle cest le miracle dun monde qui ne parle pas de lui, mais dun ailleurs dont procède le sens. Renversement prodigieux du rapport de la lettre à la réalité. Le monde nest pas lunique étant dont lhistoire serait racontée dans les livres.
Au contraire il nest lui-même que lettre, il est récit de la gloire de son Créateur.
Israël est peuple du Livre parce quil sait appréhender toute réalité comme lettre et lassocier dans sa lecture du Livre de Torah.
Chiasme de la nature et du verbe qui, en sentrecroisant à linfini, forment, pour qui sait lire, comme un grand texte unique.
PESSAH CACHER VESAMEAH
BULLETIN DE SOUSCRIPTION

Association Loi de 1901
12, rue Notre Dame des Victoires - 75002 PARIS
Tel : 01.42.27.21.11 - FAX : 01.42.27.54.91
Email : daat.haim@piximel.com
NOM ET PRENOM :
.
NOM DE SOCIETE:
ADRESSE :................................................................................................................................
TELEPHONE :.......................................................FAX :..........................................................
Email :.............................................................................................................
Ci-joint un chèque de.........................euros (CERFA)
Prise en charge d'un étudiant pour :
1 semaine 105 2 semaines 210 1 mois 450
3 mois 1.350 6 mois 2.500 1 année 5.000 Autre
..
Merci de me contacter pour plus de précisions
100% DES SOMMES COLLECTEES SONT ENVOYEES EN ISRAEL
BNP NIEL DEMOURS, COMPTE N° 00010032851 CLE RIB 02
CODE BANQUE : 30004 - CODE GUICHET : 01385
ORDRE DE VIREMENT
NOM ET PRENOM (OU SOCIETE) :................................................................
ADRESSE :...........................................................................................................
Prie la banque............................................
de virer, mensuellement et jusquà révocation, le 5 de chaque mois par le débit
de son compte n°.....................................................................................................
A dater de ce jour, la somme de......................euros
A lAssociation Daat Haim, 12 rue Notre Dame des Victoires-75002 PARIS
A la BNP, CODE BANQUE : 30004 CODE AGENCE : 01385
CPTE N° 00010032851 CLE RIB 02
Le ......................................................................................................
Signature du donneur dordre
Prière de joindre un RIB OU UN RIP.
Mis en ligne le 12 avril 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











