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Judaïsme
Daat Haim Parashat Tsav - Shabbat Haggadol (7, 8 avril 2006 9, 10 Nissan 5766)

Au nom du saint et vénéré Rabbi Haïm Cohen ztl
1 Hapisga, Bayit Vegan, Jérusalem Tel : 00 972 2 643 07 20 - Fax : 00 972 2 643 07 19
12, rue Notre Dame des Victoires 75002 Paris Tel : 01 42 27 21 11 - Fax : 01 42 27 54 91
Email : daat.haim@piximel.com Site : www.daathaim.org
Chabbath Parachat Tsav, Chabbat Hagadol
7, 8 avril 2006 9, 10 Nissan 5766
Jérusalem Paris Montréal
Entrée : 18 h 27 20 h 04 20 h 11
Sortie : 19 h 40 21 h 18 21 h 17
Très chers amis,
Jai le plaisir de vous adresser le Dvar Thora de cette semaine, avec lequel nous poursuivons l'étude du deuxième chapitre des « Maximes des pères » (Pirké Avoth) consacré au mariage de
Patrice RAAB & Laurence BOTBOL
Les commentaires sur le premier chapitre ont fait lobjet dun livre, le troisième volume de notre série « Dvar Thora ». Le quatrième volume est déjà sous presse et nous espérons vous le faire parvenir dans les meilleurs délais.
Dans le but de diffuser, encore et toujours, le message éternel de la Thora, nous envoyons, via Internet, ce Dvar Thora à des milliers de personnes francophones dans le monde, auquel nous joignons deux commentaires sur la Paracha de la semaine.
Cette année, nous avons accueilli la nouvelle promotion, ce qui porte le nombre des élèves de la Yéchiva à 140. Le corps enseignant compte dorénavant 16 membres.
Nous comptons sur laide de tous nos amis pour pouvoir assumer ce nouveau "challenge" qui permettra à la Yéchiva de poursuivre son essor.
Ce Dvar Thora est écrit pour la guérison (refoua chelema) du fils de Rav Eliahou Elkaïm, Haïm Yéhouda ben Mazaltov
Ici, à Jérusalem, ville éternelle, symbole de la pérennité du peuple juif, nous prions et agissons pour la Délivrance et la paix.
Avec notre plus cordial Chabbath Chalom,
Rav Chalom Bettan
uvre de Madame Brigitte TEMAN

Au nom du saint et vénéré Rabbi Haïm Cohen ztl
1 Hapisga, Bayit Vegan, Jérusalem Tel : 00 972 2 643 07 20 Fax : 00 972 2 643 07 19
12, rue Notre Dame des Victoires 75002 Paris Tel : 01 42 27 21 11 Fax : 01 42 27 54 91
Email : daat.haim@piximel.com Site : www.daathaim.org
Un regard destructeur (Quatrième et dernière partie)
Par le Rav Eliahou Elkaïm
Porter un regard malveillant sur les autres ('aïn hara') a des conséquences sur son prochain mais aussi sur soi-même. Le Talmud va nous permettre de comprendre que cette notion est loin dêtre une superstition, et nous indiquer les moyens de nous en protéger.
« Rabbi Jéochoua disait : Le mauvais il, le mauvais penchant et la haine des créatures expulsent lhomme du monde ».
(Chapitre 2, Michna 11)
Dans nos derniers Dvar Thora, nous avons observé lanalogie, mise en évidence par Rav Dessler, qui existe entre la loi des faux témoins (interprétée par le Maharal) et le concept du regard destructeur.
Dans les deux cas, cest une volonté intérieure de nuire qui peut causer préjudice, ou se retourner contre son initiateur.
Mais comment expliquer quun regard négatif puisse porter ses fruits venimeux sur une personne et pas sur une autre ?
On peut lexpliquer par deux facteurs :
1. Soit la volonté de nuire est contrecarrée par la volonté de survie de la victime potentielle
2. Soit la victime est protégée par des mérites particuliers
Certaines techniques (ségouloth, dont il faut évidemment sassurer quelles viennent de nos maîtres en Thora), peuvent parfois être efficaces.
Nous citerons également le Hazon Ich, qui expliquait que le fait même de se trouver dans la ligne de mire de regards malveillants peut changer la nature du jugement divin.
Et cest ce qui arrive à celui qui se trouve dans une situation dangereuse : cest un moment où il sera jugé avec plus de rigueur.
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Exciter lenvie
En effet, la balance qui évalue les mérites et les fautes risque de basculer en défaveur de lintéressé : le Satan se présente en accusateur et exige que lon vérifie, sous tous les aspects, si cette personne mérite dêtre épargnée.En situation normale, le jugement aurait été beaucoup moins rigoureux.Le Rav Dessler ajoute une note supplémentaire : Evidemment, celui qui est jaloux et qui convoite les biens dautrui agit à lencontre de lesprit de la Thora :« Ne convoite pas la maison de ton prochain. Ne convoite pas la femme de ton prochain, son esclave ni sa servante, son buf ni son âne, ni rien de ce qui est à lui » (Exode 20-14, 10ème commandement)Mais lorsquun homme est lobjet de la jalousie, il nest jamais tout à fait innocent : il a sans doute manqué de discrétion et a fait trop de publicité autour de sa réussite familiale, professionnelle, ou financière, et, par là, même sans le vouloir, il a excité lenvie de ceux qui lentourent.En cela, il peut être considéré comme gramma : concept qui est surtout utilisé dans les cas de préjudices matériels, et qui signifie avoir causé de façon indirecte un dommage.Dans le cas qui nous concerne, celui dun regard malveillant, un homme qui a trop ostensiblement exposé sa réussite peut donc être considéré comme ayant causé à autrui, par gramma, un préjudice spirituel, à savoir une déviance morale : il a mis à lépreuve les vertus (midot) de son prochain.Dans létablissement du jugement divin, un gramma est également considéré comme une faute. De ce fait, celui qui la entraîné risque de perdre laide qui aurait pu le protéger de leffet du regard malveillant de lautre.Il sest donc mis lui-même en danger et risque, à présent, de perdre sa réussite, qui aurait dû lui être pourtant acquise.Plus encore, par cette attitude, il va à lencontre du but de sa création.Tout ce qui est donné à lhomme en ce monde, que ce soit dans le domaine matériel ou spirituel, est un outil pour accroître la gloire divine.Utiliser ces bienfaits, ces outils, comme catalyseurs dun préjudice spirituel chez autrui entraîne, à linverse, une diminution de cette gloire divine. Cest agir à lencontre même du but de D.ieu lorsquil a accordé Sa générosité.Cela est vrai pour toutes les fautes, mais cest encore plus grave quand cela entraîne une baisse morale chez autrui et pas seulement chez celui qui faute.
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bli ayin hara
Prenons comme exemple celui dune femme riche qui se pare de ses plus beaux bijoux pour se rendre à une fête chez des hôtes modestes : elle sait parfaitement quelle va éveiller des regards pleins de jalousie et cest peut-être même dans ce but quelle agit ainsi.D.ieu lui a accordé la richesse, et, en loccurrence, ses bijoux, comme outils pour accomplir la mission qui justifie sa création. Et elle décide de les utiliser comme « étincelles » pour allumer les mauvais traits de caractère des autres : la jalousie et lenvie.Par cet acte, elle peut même sceller son sort : ces outils qui lui avaient été accordés peuvent lui être repris, car ils sont utilisés à mauvais escient. Et cest par le biais dun regard malveillant quelle va finalement tout perdre.Se protéger du mauvais il ne consiste donc pas seulement à utiliser des ségouloth et à répéter lexpression bli ayin hara (que cela néveille pas le mauvais il, D.ieu nous en préserve).Il faut surtout intérioriser le sens de cet enseignement, et agir en conséquence : avec pudeur et discrétion.Mais lexcès inverse est également un danger : il ne faut pas cacher et camoufler ses réussites, au point de ne pas en faire profiter les autres. Car, là encore, ce serait mal utiliser les outils offerts par le Créateur.En utilisant toutes nos réussites comme outils pour multiplier le Bien autour de nous, tout en évitant le piège dune publicité ostentatoire, on pourra espérer que D.ieu nous mette à labri des dangers des mauvais regards.Cest le sens de la bénédiction qua reçu Joseph de Jacob son père : « Cest un rameau fertile que Joseph, un rameau fertile au bord dune rivière (ben porat Yossef, ben porat alei aïn) » (Genèse 49-22)Le Talmud interprète ce verset de la façon suivante :« Rabbi Abahou dit : Il ne faut pas lire alei aïn mais olel aïn.Sur olel aïn, Rachi commente : « Qui sont protégés de lil malveillant, qui naura pas demprise sur eux. »Rabbi Yossi berabi Hanina déduit cet enseignement dun autre verset : « Puissent Ephraïm et Ménaché multiplier à linfini (weyidgou larov) au milieu de la contrée ». (Genèse 48-16) Le terme en hébreu est weydeguou : quils se multiplient comme des poissons.Cette comparaison vient nous enseigner le sens de cette bénédiction : tout comme les poissons qui sont couverts par les eaux et sont ainsi protégés de lil malveillant, ainsi en sera-t-il de la descendance de Joseph.
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Tous les bonheurs
Un autre commentaire ajoute : « Lil qui a refusé de jouir de ce qui ne lui appartenait pas (la femme de son maître Putiphar, Rach, ibid.) ne subira pas les mauvais effets de lil malveillant » (Talmud Berahot 20a)On le sait, Joseph refusa de répondre aux avances de la femme de son maître, Putiphar, et préféra risquer sa vie en la fuyant, plutôt que de céder à la tentation.Rav Dessler découvre, dans ce texte, le secret de la protection contre le mauvais il.Joseph navait quune volonté : celle de donner. On a pu lobserver dans son attitude vis-à-vis du peuple égyptien et de sa famille, ainsi que tout au long de sa vie.Cette attitude protège de toute jalousie. On est jaloux de celui qui est égoïste, mais pas de celui qui ne pense pas à lui-même.On comprend mieux ainsi le parallèle fait entre le mauvais il et le fait que Joseph ait refusé de profiter de ce qui ne lui appartenait pas. Lui qui navait aucune jalousie ni aucune convoitise envers les biens et les réussites des autres, ne provoquait pas cette même jalousie.En outre, il était réservé et, comme les poissons, vivait dans un milieu discret, où il ne faisait concurrence à personne. Cest ce qui lui a permis de jouir de cette protection divine contre le regard malveillant et de connaître, lui et sa descendance, tous les bonheurs que lon sait. (Mihtav Meeliahou vol.4 p.6)
Chabbath Chalom
Commentaires sur la Parachat Tsav (Chabbat Hagadol)
Comment Lui ressembler ?
Par le Rav Eliahou Elkaïm
Le processus de libération du peuple juif du joug égyptien a débuté en Nissan, précisément le chabbat qui correspond à notre paracha, il y a exactement 3314 ans. Et si nous tirions les leçons pour trouver une solution à notre propre situation ?
Daprès nos maîtres, le processus de la délivrance du Peuple dIsraël a commencé le dix Nissan, le chabbat qui a précédé la sortie dEgypte (cf. Michna Broura 430-2).
Cest à cette date que le peuple dIsraël devait accomplir lordre divin dacheter lagneau pascal.
Cest à cette date que le peuple dIsraël devait accomplir lordre divin dacheter lagneau pascal.
Et chaque famille devait en vérifier la qualité pendant les quatre jours suivants.
Le retentissement qua connu cet achat collectif, notamment par le fait que les agneaux avaient été attachés au pied du lit des Juifs, fut grand et aurait dû susciter une réaction violente de la part des Egyptiens, qui attribuaient à cet animal un caractère divin.
Le retentissement qua connu cet achat collectif, notamment par le fait que les agneaux avaient été attachés au pied du lit des Juifs, fut grand et aurait dû susciter une réaction violente de la part des Egyptiens, qui attribuaient à cet animal un caractère divin.
Mais au contraire, il nen fut rien, ce qui relève du miracle. Miracle que nous commémorons le Chabbat Hagadol, qui porte ce titre : « Le grand Chabbat », en souvenir de ce grand événement.
Cest dailleurs la raison de la coutume quont gardée certaines communautés : à Minha de Chabbat Hagadol, de lire la première partie de la Hagada de Pessah (cf. Choulhan Arouh, Orah Haïm, chap. 430)
Rabbi Eliahou Lopian (1872-1970), lun des grands maîtres de la précédente génération, dans son ouvrage « Lev Eliahou », présente un nouvel aspect de la délivrance des Juifs dEgypte
Tout se mérite
« Lorsque D.ieu décida de faire sortir le peuple dIsraël dEgypte, il sest avéré que ce dernier ne possédait pas les mérites nécessaires pour provoquer lintervention divine, comme il est écrit : «mais tu étais nue et dénudée » (Ezéchiel 16-7) ». Expliqué dans la Hagada comme se rapportant au peuple juif qui était nu et dénudé de mitsvoth.
Le monde dans lequel nous vivons nest pas un monde de gratuité. Que ce soit sur le plan matériel ou spirituel, tout se mérite et possède sa valeur.
Le monde dans lequel nous vivons nest pas un monde de gratuité. Que ce soit sur le plan matériel ou spirituel, tout se mérite et possède sa valeur.
Si lon peut dire, D.ieu se trouvait confronté à un « dilemme ». Sa volonté était de délivrer le peuple dIsraël, mais il devait tenir compte de la midath hadin (la rigueur divine).
Deux textes du Midrach vont nous permettre de discerner les éléments qui ont justifié le miracle de la sortie dEgypte.
Le premier Midrach se rapporte au décret de Pharaon, qui suivit lintervention de Moïse.
Pharaon, sadressant aux intendants égyptiens, décréta : « Vous ne fournirez plus, désormais, de la paille au peuple pour la préparation des briques, comme précédemment, ils iront eux-mêmes faire leur provision de paille. En outre, la quantité de briques quils faisaient précédemment, imposez-la leur encore, nen rabattez rien. » (Exode 5, 7-8).
Pharaon, sadressant aux intendants égyptiens, décréta : « Vous ne fournirez plus, désormais, de la paille au peuple pour la préparation des briques, comme précédemment, ils iront eux-mêmes faire leur provision de paille. En outre, la quantité de briques quils faisaient précédemment, imposez-la leur encore, nen rabattez rien. » (Exode 5, 7-8).
Le Midrach nous décrit les conséquences de ce décret. Les Juifs allèrent chercher de la paille dans les champs des Egyptiens. Ceux-ci les épiaient par les fenêtres, et à leur vue, ils sortaient armés de bâtons avec lesquels ils les frappaient.
Les cris des enfants dIsraël sélevèrent : « Cest pour vous que nous ramassons cette paille qui va servir à la construction des villes de Pithom et Ramessès » Mais leur cris neurent aucun effet pour mettre fin à ces violences.
On le voit, les Egyptiens développèrent une forme de cruauté qui nest ni naturelle ni même logique.
Le deuxième Midrach se rapporte à un verset de la Thora : « On frappa les surveillants des enfants dIsraël. » (Exode 5, 14).
Le Midrach explique que chaque groupe de dix Juifs avait un surveillant juif imposé par les Egyptiens. Ce dernier devait rendre compte à un commissaire égyptien.
Ces surveillants, voyant la souffrance des enfants dIsraël, leur accordaient quelques moments de repos.
Mais la quantité de briques imposée par les Egyptiens nétait pas atteinte et les commissaires sen prenaient violemment aux surveillants qui navaient pas suffisamment maltraité leurs subordonnés.
Le Midrach ajoute que des centaines de surveillants furent frappés à mort.
Le Midrach Rabba (Bamidbar 15, 20) précise que les Egyptiens ne considéraient pas les surveillants Juifs comme responsables des déficiences des autres Juifs. Mais ils exigeaient que les surveillants leur donnent le nom de ceux qui avaient failli à leur tâche, afin quils soient punis. Les responsables préférèrent être frappés eux-mêmes plutôt que de trahir leurs coreligionnaires.
On voit ici une clémence et un courage presque surnaturels de la part des surveillants.
Ces deux éléments (la cruauté sans précédent des Egyptiens et la clémence extraordinaire des surveillants) apportèrent le mérite nécessaire au miracle de la délivrance dEgypte.
Ces deux éléments (la cruauté sans précédent des Egyptiens et la clémence extraordinaire des surveillants) apportèrent le mérite nécessaire au miracle de la délivrance dEgypte.
Cette explication de Rabbi Eliahou Lopian est reprise et développée par son élève, Rav M. Salomon (Lakewood N.J.) dans son ouvrage « Matnat Haïm ».
Ses explications vont nous éclairer sur la façon dont Hachem mène le monde.
Pour bien comprendre, une introduction kabbalistique simpose.
Ses explications vont nous éclairer sur la façon dont Hachem mène le monde.
Pour bien comprendre, une introduction kabbalistique simpose.
Fais grâce aux offenses
Rabbi Moché Kordovéro (le Ramak), lun des plus grands kabbalistes de tous les temps, contemporain du Ari Zal, a consacré lun de ses plus célèbres ouvrages, « Tomer Deborah », à lexplication des treize attributs de la Miséricorde divine (Cheloch essré midot chel Rahamim).
Cette démarche (développer le sens caché des attributs divins) a pour but de permettre à chacun de saisir le sens profond de la mitsva énoncée trois fois dans la Thora : « Tu marcheras dans les voies de lEternel » (Deutéronome 8-6 ; 10-12 ; 11-12).
Nos maîtres (cf. Rachi 11-22, Sifri ad h.l.) expliquent que cette mitsva est liée aux treize attributs de la miséricorde divine et exhorte lhomme à agir dans le même sens que Lui : « D.ieu est clément, sois-le, toi aussi. D.ieu est plein de bienveillance, sois-le, toi aussi. » (Exode 34, 6).
Ces attributs sont formulés différemment par le prophète Michée (7 ; 18-20) dans le texte que nous récitons dans la prière du Tachlih, le jour de Roch Hachana.
Cest ce texte que le Ramak développe point par point.
Cest ce texte que le Ramak développe point par point.
« Quel D.ieu Tégale Seigneur, Toi qui pardonnes les iniquités, qui fais grâce aux offenses, commises par ceux qui restent de Ton héritage ».
Les kabbalistes voient lexpression des quatre premiers attributs dans cette phrase. La première dans « quel D.ieu Tégale », la seconde dans « Toi qui pardonnes les iniquités », la troisième dans « qui fais grâce aux offenses » et la quatrième dans « commises par ceux qui restent de Ton héritage », traduction de lhébreu « Lichéérit Nahalato ».
Nous verrons que le Ramak traduit cette expression différemment.
Avant daborder lexplication du Ramak sur la quatrième mida « Lichéérit Nahalato », un principe fondamental, développé par ce dernier, doit être énoncé.
Ce qui déclenche leffet de lattribut divin, cest que ce même attribut soit mis en pratique par les hommes, en ce monde.
Quand une mida existe ici-bas par le comportement humain, la mida « parallèle » brille dans les sphères célestes et le monde peut ainsi jouir de cet aspect de la Miséricorde divine.
Rabbi Eliahou Lopian ajoute, se référant au Zohar, que lorsque D.ieu veut que lun des treize attributs de Miséricorde se manifeste dans le monde, il créé des situations grâce auxquelles lhomme pourra accomplir la mitsva « Tu marcheras dans Ses voies » dans le domaine spécifique de cet attribut.
Ainsi, grâce à des situations précises et voulues par le Créateur, lhumanité a la possibilité de Lui ressembler dans un domaine spécifique. Lhomme va faire briller cette même mida dans les sphères célestes, et le monde pourra en jouir.
Nous allons pouvoir à présent mieux comprendre comment la quatrième mida, (lichéérith Nahalato) va déclencher la délivrance dEgypte.
Les enfants dIsraël, Ses proches
Le Ramak explique cette expression dans le sens de Cheer Bassar (Lévitique 21, 2), qui signifie un parent proche.
« D.ieu agit envers le peuple dIsraël sous la forme suivante. Il dit : « Comment puis-je punir les enfants dIsraël, qui sont mes proches ? Un lien de chair me lie à eux. Ils sont considérés comme la compagne de D.ieu, ils sont appelés ma fille, ma sur, ma mère» (cf. Chir Hachirim Rabba, chapitre 9) et il est écrit :
« Des enfants dIsraël, le peuple qui sont Ses proches » (Psaumes 148, 14)»
Cest une véritable relation familiale qui existe entre D.ieu et Israël, Son enfant.
Cest le sens de Chéérit, Ses proches. Nahalato signifiant Son héritage.
Cest le sens de Chéérit, Ses proches. Nahalato signifiant Son héritage.
« Si Je les punis, cest Moi qui souffrirai comme il est écrit : « Dans toutes leurs souffrances, Il a souffert avec eux » (Isaïe 63, 9) et aussi : « Il na plus pu supporter la misère dIsraël (Juges 10, 16, cf. Rachi ad h.l.), car D.ieu ne peut supporter la souffrance et la honte dIsraël, qui sont Ses proches »
Le Sefer Ha'ïkarim voit une analogie flagrante entre ce verset des Juges qui se rapporte à la délivrance divine qui eut lieu du temps des Juges, et la délivrance du joug égyptien :
« LEternel poursuit : « Jai vu, Jai vu lhumiliation de Mon peuple qui est en Egypte. Jai accueilli sa plainte contre ses oppresseurs, car Je connais ses souffrances. Je suis donc intervenu pour le délivrer de la puissance égyptienne. » (Exode 3, 7-8).
Dans les deux cas, cest cette mida de Lichéérith Nahalato, telle quelle a été expliquée dans « Tomer Déborah » qui a mis en marche, dans le ciel, le processus de la délivrance (Géoula).
En se référant au principe de base énoncé par le Ramak, si lune des treize midot a brillé dans les cieux, cest donc que cette même mida a été mise en pratique par les hommes.
Dans cette perspective, lenchaînement des événements depuis la première intervention de Moïse auprès de Pharaon, ainsi que le texte de Rabbi Eliahou Lopian deviennent limpides.
Ce nest pas par hasard que Pharaon décide dalourdir la tâche des enfants dIsraël.
Ce nest pas par hasard que les Egyptiens se surpassent en cruauté.
Ce nest pas par hasard que les Egyptiens se surpassent en cruauté.
Car ces deux événements vont permettre la réaction extraordinaire des surveillants juifs. Dans un élan surprenant de solidarité, ils acceptent de subir le pire des sorts pour éviter à leurs frères dêtre punis.
Cest lexpression la plus authentique de la mida de « Lichéérith Nahalato », telle que lexplique le Ramak.
De la même façon quune mère est prête à se substituer à son fils pour lui éviter de souffrir, les surveillants juifs ont accepté, avec joie, de subir les atrocités des Egyptiens pour éviter la souffrance à leurs frères.
Et cela, alors queux-mêmes nétaient pas considérés comme responsables par les Egyptiens, qui ne leur demandaient que de leur communiquer les noms des autres Juifs.
Cest cette attitude exemplaire qui va éveiller la même Mida dans les sphères célestes.
Moïse sétonne : « Moïse retourna vers le Seigneur et dit : « Mon D.ieu, pourquoi as-tu rendu ce peuple si misérable ? Dans quel but mavais-tu envoyé ? Depuis que je me suis présenté à Pharaon pour parler en Ton Nom, le sort de ce peuple sest aggravé. » (Exode 5, 22-23).
D.ieu lui répond : « Cest à présent que tu seras témoin de ce que Je veux faire à Pharaon. Forcé par une main puissante, il les laissera partir » (Exode 6, 1).
La réponse de D.ieu est claire : il y a un plan très précis qui va permettre « à présent » le processus de délivrance.
La réponse de D.ieu est claire : il y a un plan très précis qui va permettre « à présent » le processus de délivrance.
Sortir de limpasse
La violence des Egyptiens, et la réaction merveilleuse des surveillants juifs suscitée par cet événement, vont permettre à la mida de « Lichéérit Nahalato » de briller et cest seulement à ce moment-là que la délivrance peut se produire.
Rabbi Eliahou Lopian conclut son développement en citant les paroles de nos maîtres : le même processus qui a permis la délivrance en Egypte va se reproduire à la fin des temps, lors de la délivrance finale.
Le Talmud dans Sanhédrin (p. 98) conseille : « Cest seulement en sacharnant à létude de la Thora et au guemilout hassadim (bienfaisance) que lon s'épargnera les souffrances pré-messianiques. »
Le sens profond de Guemilouth hassadim, ici, nest pas seulement de faire le bien autour de soi.
Il faut sacharner à suivre les voies divines, et à agir envers ses frères dans lesprit de la mida « Lichéérit Nahalato » : ne pas supporter de voir lautre qui souffre, comme une mère est prête à tous les sacrifices pour éviter les souffrances de ses enfants.
Malgré tous nos efforts, nous ne pouvons saisir véritablement la profondeur du jugement divin, mais les mots de Rav Eliahou Lopian nous interpellent fortement, si nous essayons de comprendre les événements des dix-huit derniers mois.
Une avalanche de cruautés sans précédent sest abattue sur Israël, phénomène difficilement explicable de façon rationnelle.
Des milliers de terroristes sont prêts, avec joie, à venir se faire exploser au milieu des foules, acceptant dêtre déchiquetés, choisissant pour cibles civiles des vieillards, des femmes, des bébés, dans le seul but de semer la terreur et la mort.
Le comble de la cruauté est dépassé.
Pour réagir, nous navons quune alternative : tenter de réveiller, dans le ciel, la mida de Lichéérit Nahalato, pour déclencher la Miséricorde divine.
Pour cela, il faut dabord éveiller cette mida dans nos propres actions, dans notre monde.
Cest un élan de pitié qui dépasse les simples contingences humaines qui nous est demandé.
Faire preuve non seulement de compassion pour ceux qui souffrent, mais aussi essayer, par tous les moyens, dalléger leurs souffrances, même au prix de sacrifices.
Sidentifier à nos frères et les sentir véritablement être nos très proches parents pourra éveiller la mida extraordinaire de « Lichéérit Nahalato ». Cest alors quavec un éveil de la foi dans le peuple juif, nous pourrons, comme en Egypte, mériter la délivrance.
La souffrance de tout le peuple dIsraël naura pas été vaine et nous pourrons voir les paroles de nos Sages se réaliser : « En Nissan ils ont été délivrés, et cest en Nissan quils seront délivrés. »
Chabat Chalom
Deuxième Commentaire sur la Parachat Tsav (Chabbat Hagadol)
Le sublime aveu
Par le Rav Eliahou Elkaïm
Loffrande de reconnaissance transcende le temps. Car, exprimer notre reconnaissance envers D.ieu est le but de la création
Figurent dans notre paracha, les lois concernant les différentes offrandes : Lholocauste ('ola), lexpiatoire ('hâtât), loffrande pour les offenses involontaires (acham) et le sacrifice d'action de grâces (chelamim).
Parmi les différents sacrifices d'action de grâces (chelamim), qui sont en général des offrandes volontaires (nedava), il y a le sacrifice de reconnaissance (Korban toda), qui se différencie des autres par certaines lois particulières
Ce Korban toda est une obligation pour tous ceux qui ont bénéficié d'un miracle personnel, et cela dans quatre cas, fixés par nos maîtres (cf. Rachi, Lévitique 7, 12) :
Des voyageurs en mer qui sont parvenus à bon port.
Ceux qui ont dû traverser le désert et qui ont pu en sortir.
Les détenus qui ont été libérés de leur captivité.
Celui qui sest relevé dune sérieuse maladie.
Ceux qui ont dû traverser le désert et qui ont pu en sortir.
Les détenus qui ont été libérés de leur captivité.
Celui qui sest relevé dune sérieuse maladie.
De nos jours, alors que nous navons plus la possibilité dapporter loffrande d'action de grâces, les personnes qui auraient bénéficié du même genre dexpérience et de miracle sont tenus de réciter la bénédiction dite « Hagomel » au moment de la lecture de la Thora (cf. Choulhan Arouh, Orah Haïm, chap. 219).
Daprès certaines opinions, cette obligation doit également être appliquée par des personnes qui auraient échappé à dautres dangers (idem, 219, 9).
Changer sa vie
A lépoque du temple, loffrande de reconnaissance (Korban toda) avait comme caractéristiques deux lois particulières :
1. Le sacrifice était accompagné de quarante pains, dont dix pains levés (hamets) et trente pains azymes (matsa).
2. Cette offrande devait être consommée dans sa totalité avant laube du lendemain de sacrifice.
Celui qui avait apporté loffrande avait donc un jour et une nuit pour la consommer.
Le Midrach met en relief la valeur tout à fait spéciale de cette offrande et il conclut par laffirmation suivante:
Le Midrach met en relief la valeur tout à fait spéciale de cette offrande et il conclut par laffirmation suivante:
« Rabbi Pinhas, Rabbi Lévy et Rabbi Yohanan disent, au nom de Rabbi Ménahem Degalia:
Au temps messianiques (léatid lavo), tous les sacrifices cesseront (car ils expient les fautes - commentaires sur le Midrach), mais le sacrifice de reconnaissance (Korban toda) ne cessera jamais » (Vayikra Rabba 9, 7)
Quelle est la valeur toute particulière de ce sacrifice, qui se distingue de tous les autres, et quel est le sens des lois spéciales qui le caractérisent ?
La Thora le désigne pourtant comme Korban chelamim. Le sacrifice de reconnaissance fait donc partie de la même catégorie
Une autre remarque simpose. Si ce sacrifice exprime la reconnaissance de lhomme envers son Créateur, pourquoi se limite-t-il à une situation de danger dont lhomme serait sorti indemne ?
Nexiste-t-il pas dautres manifestations de la Miséricorde divine qui ressemblent au miracle ?
Et pourquoi toutes ces situations sont-elles liées à un danger physique ?
Celui qui vit dans la pauvreté, et qui gagne une somme très importante à la loterie, qui va littéralement changer sa vie, ne ressent-il pas une reconnaissance débordante vis à vis de D.ieu ?
Pourquoi ne doit-il pas apporter, lui aussi, un Korban toda ?
Bienfaits permanents
Rabbi Zadoc Hacohen de Lublin (Pri tsadik, vol I, Maamaré Kedouchat Hachabbath chap.7) nous propose une première piste pour comprendre cette problématique.
« Le Korban toda ne sera jamais aboli car il représente loffrande la plus profonde, celle qui remercie D.ieu. Il reste donc nécessaire en tous temps, même à une époque où lhomme atteindra la plénitude (chlémout) dans sa relation avec D.ieu.
En revanche, leffet réparateur des offrandes expiatoires naura plus lieu dêtre.
Seules subsisteront les louanges et la reconnaissance des bienfaits permanents de D.ieu, raisons dêtre de la création. »
A ce sujet, une remarque de Rav Isaac Hutner zatsal (Pahad Itshak, Hanoukka, chap. 2-2) est à relever.
Le terme toda, employé pour ce sacrifice, a pour racine hodaa.
Or, le terme hodaa possède un double sens en hébreu.
Le premier sens est celui du remerciement, reconnaissance.
Le second est laveu.
Par nature, lhomme aspire à ne pas être dépendant de lautre.
Exprimer sa reconnaissance, cest avant tout admettre que cette aspiration na pas été atteinte.
Cet aveu de faiblesse, déchec, est indissociable de la reconnaissance. Et combien cet aveu est douloureux quand il sagit de reconnaître sa dépendance vis à vis du Créateur, qui nous donne tout, à chaque instant !
Car lhomme a tendance à attribuer ses réussites et ses victoires à son intelligence et à ses efforts.
Or, remercier D.ieu cest reconnaître notre dépendance totale vis à vis de Lui. Cette reconnaissance, comme le souligne Rabbi Zadoc Hacohen, cest lessence même du rôle de lhomme dans la création.
Le canal du bonheur
Le Maharal ajoute un nouvel élément.
Pourquoi fallait-il que loffrande Toda soit accompagnée de pains levés (hamets) et azymes (matsa), alors que les oblations sont toujours azymes ?
Ces deux sortes de pains sont opposées et on les offre ensemble. Cest une façon, pour celui qui offre le Korban toda, dexprimer lunité de D.ieu, qui Lui aussi contient tous les contraires.
Cest aussi, on le sait, loccasion dexprimer deux symboles classiques : le hamets symbolise la difficulté et la matsa la délivrance (Netivot Olam, Netiv Guemilouth Hassadim, chap.4)
Lauteur du Sifté Haïm (volume 2, page 222) développe le sens véritable des mots du Maharal : la délivrance de D.ieu, lorsquon en approfondit le sens, va nous montrer que la difficulté et la souffrance ne sont quun canal pour parvenir au bonheur.
Le niveau le plus élevé de la connaissance humaine est de comprendre que tout ce qui émane de D.ieu est le bien absolu.
En approfondissant le sens du miracle et de ce qui la précédé, on pourra saisir létendue de la Bonté du Créateur.
Le roi David exprime cette idée dans ses Psaumes : « Je veux chanter la bonté et le jugement rigoureux (michpat) » (Psaumes 101, 1)
Car le jugement divin, même sil peut nous paraître sévère, est évidemment une émanation de la bonté divine.
Nous comprenons à présent pourquoi le Korban toda correspond à quatre situations bien précises : seulement lorsquun danger réel a précédé la délivrance.
Grâce à la reconnaissance des bienfaits de D.ieu, on perçoit dans son ensemble lépisode que lon vient de vivre.
Alors seulement la hodaa prend toute sa signification est devient éternelle, transcendant le temps et perdurant aux temps messianiques.
Lorsque lhomme parvient à prendre conscience que les difficultés et ce qui lui apparaissait comme le mal nétaient que des moyens dans le plan divin pour le faire accéder à la vérité de la grandeur de D.ieu, seule vraie joie sur terre, il a réalisé le but véritable pour lequel il a été créé.
Un moment particulier
Enfin, il nous reste à comprendre la raison du temps limité dont on disposait pour consommer le Korban toda.
Le Netsiv (Rabbi Naftali Z. Yéhouda Berlin, Roch Yéchiva de Volozhine) lexplique de la façon suivante, en sappuyant sur des versets des Psaumes :
« A Toi, joffrirai un sacrifice de reconnaissance (zevah toda), et je proclamerai le nom du Seigneur.
Mes vux, je les acquitterai envers lEternel, à la face de tout son peuple
Dans les parvis de la maison de lEternel, dans ton enceinte, ô Jérusalem » (Psaumes 116 ; 17, 18)
Alors que la Thora encourage les hommes à la discrétion, on sétonne de lexpression concernant le Korban toda, « à la face de tout son peuple ».
En fait, il faut que lhomme, par le Korban toda, narre et publie les bienfaits de D.ieu, en en approfondissant le sens.
Cest pour parvenir à ce but que la Thora a fixé lobligation de consommer la viande du sacrifice et les quarante pains en un temps si court. Ainsi, celui qui apporte un telle offrande sera oublier, pour ce faire, dinviter de nombreux proches et amis.
Et cest ainsi quil racontera le miracle quil a vécu, publiera les bienfaits de D.ieu qui la sauvé (Heemek Davar, ibid.)
Enfin, le Malbim, dans son commentaire sur lun des verset du Psaume pour le sacrifice de reconnaissance, Mizmor letoda (Psaume 100) nous donne une dernière vision de ce concept.
Ce Psaume était chanté pendant le sacrifice du Korban Toda !
« Entrez dans ses portes avec des actions de grâces (toda), dans ses parvis avec des louanges. » (Psaume 100 ; 4)
Lorsque lon a une requête à adresser à un personnage influent, on commence la rencontre par des compliments et des éloges à son égard, pour attirer ses bonnes grâces.
En quittant les lieux, si lon a eu gain de cause, on adresse ses remerciements et sa reconnaissance.
A légard de D.ieu, cest le processus inverse.
A ses portes, on Le remercie déjà pour ses bienfaits, car ils sont permanents. Dans ses parvis, on pourra approfondir la connaissance des voies divines, et alors seulement dans la sincérité et la vérité, on pourra adresser des louanges.
Chabat Chalom
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