Islam
Débat musulman sur l'interdiction du port du voile, A. Dankowitz
Le projet de loi interdisant le port de symboles religieux tels que le voile, la kippa ou les larges croix dans les écoles publiques, est passé, à une écrasante majorité, à l’assemblée nationale française, en février 2004, et a suscité un débat passionné dans le monde musulman.Selon les autorités françaises, le port de symboles religieux défie la séparation de l’Eglise et l’Etat en France, et aggrave les tensions parmi différents groupes dans le pays. Cependant, les étudiants ont le droit de porter des symboles discrets, tel qu’un croissant musulman, une croix ou une étoile de David à condition qu’il soit de petite taille.
Alors que les dirigeants religieux musulmans sont tous d’accord sur le fait que le voile [Hijab] n’est pas un symbole religieux mais un devoir religieux, ils tiennent des propos opposés concernant l’exercice de ce droit religieux dans les pays non-musulmans. Le Sheikh de l’université Al-Azhar, du Caire, Muhammad Sayyid Tantawi, qui est l’autorité religieuse la plus reconnue dans l’establishment Musulman Sunnite en Egypte, a déclaré que la France, en tant que pays souverain non musulman, a le droit d’interdire le voile, et que les musulmans devraient se conformer à la loi du pays. Par contre, le Sheikh Yousef Al-Qaradawi - l’une des figures les plus éminentes du mouvement des Frères Musulmans et de l’autorité religieuse pour la plupart des organisations et mouvements islamistes sunnites qui mènent actuellement campagne contre l’interdiction du voile - affirme que le droit de légiférer d’un pays souverain prévaut seulement si ses lois ne violent pas les droits de l’homme; et, en conséquence, il pousse les Musulmans de France à s’opposer à cette loi.
Egalement impliqués dans le débat public sur l’interdiction du voile, en France : les intellectuels et écrivains musulmans, qui ne sont pas d’accord avec la notion que porter le voile est partie intégrante de l’Islam, et qui débattent de cette idée à partir de perspectives différentes.
Ainsi, par exemple, l’ancien rédacteur en chef du quotidien londonien en langue arabe Al-Sharq Al-Awsat, Abd Al-Rahman Al-Rashed, arguait que le conflit ne porte pas sur le fait que des étudiantes portaient le voile en Europe, mais qu’il s’agit d’une lutte de pouvoir entre les différentes forces Islamiques (1). L’auteur et journaliste iranien, résidant à Paris, Amir Taheri affirme que le « faux Hijab islamique… est un signe de soutien en faveur des extrémistes qui souhaitent imposer leur credo, d’abord aux Musulmans, et ensuite au monde entier. » (2) Le fameux auteur et poète syrien, Ali Ahmad Sa’id, également connu sous le nom d’Adonis, perçoit le voile comme « dissimulant l’esprit, et non la tête ». (3)
Le dossier [celui que MEMRI publie dans son intégralité en anglais] reprend et analyse les aspects principaux du débat arabe et musulman en cours à propos de l’interdiction du port du voile en France. Il contient des considérations et arguments religieux, politiques, sociaux et culturels, et expose des opinions variées sur cette question, qui se reflètent principalement dans les médias arabes.
Sommaire
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- Gamal Al-Bana : « Le voile est une tradition islamique »
- Abd Al-Rahman Al-Rashed : « Le débat religieux n’est en fait qu’une lutte interne au sein des groupes islamiques pour le pouvoir »
- Abd Al-Mun’im Sa’id : « Sauvez les Musulmans du monde de l’extrémisme qui vit parmi eux »
- Amir Taheri : Le voile – « Un symbole de l’idéologie totalitaire inspiré plus du Nazisme et du communisme que de l’Islam »
- Le voile - Un symbole du séparatisme social
- Tareq Ramadan : « Les Musulmans craignent une nouvelle forme d’Islamophobie »
- Ali Ahmad Sa’id (Adonis) : « Dissimuler la tête ou l’esprit »
Conclusion
Le débat musulman, à propos de la nouvelle législation française interdisant le port de symboles religieux dans les écoles publiques, traduit deux attitudes islamiques différentes par rapport au mode de vie musulman et à l’observance religieuse dans les pays non-musulmans. L’une d’elles est exposée principalement par le Sheikh de l’université Al-Azhar au Caire, Muhammad Sayyid Tantawi, qui a conseillé aux musulmans vivant dans les pays non musulmans de respecter les lois de leurs pays de résidence. Le deuxième point de vue - le plus populaire religieusement, est présenté par le Sheikh Yousef Al-Qaradhawi, qui pousse les Musulmans des pays non musulmans à s’opposer à cette législation à travers le système démocratique des pays occidentaux.
Le débat séculaire suggère des considérations politiques, sociales et culturelles à propos du port du voile, et critique le fait de porter le voile dans les pays occidentaux, le dépeignant comme un outil politique aux mains des groupes extrémistes islamiques. Ils considèrent le voile comme une déclaration en faveur du séparatisme, au lieu de l’intégration dans la société.
Les questions religieuses, politiques, sociales et culturelles, provoquées par la législation française sont préoccupantes pour beaucoup de pays européens ayant de grandes minorités musulmanes, comme la Grande Bretagne, l’Allemagne et la Belgique. La manière dont le problème du voile sera réglé en France aura sûrement un effet sur l’attitude des autres pays européens envers les minorités musulmanes vivant parmi eux, et réciproquement sur l’attitude des musulmans envers les sociétés européennes qui les accueillent. D’une manière plus générale, ce problème peut avoir des conséquences sur les relations entre les pays arabes et musulmans et les gouvernements européens.
Aluma Dankowitz *
© Memri
* Aluma Dankowitz est directrice du projet de Reforme de MEMRI.
(1) Al-Sharq Al-Awsat (Londres), le 20 janvier 2004
(1) New York Post, le 15 août 2003
(2) Al-Hayat (Londres), le 26 janvier 2003
Pour lire la version complète de cette analyse en anglais, visitez :
www.memri.org/bin/opener_latest.cgi?ID=IA16904
Mis en ligne le 7 avril 2004 sur le site www.upjf.org
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