Islam
Impasses françaises sur les origines de l'islamisme antijuif, S. Oulahbib
Dans Le Monde daté du 19 janvier, Edgar Morin devient un cas d'école quasi parfait de cet état d'esprit qui trouve mille raisons au renouveau antijuif, en allant chercher du côté d'Israël, tout en n'en voyant aucune du côté islamiste. Morin constate, par exemple, l'existence d'un "anti-judaïsme (...) dans la population française d'origine arabe et singulièrement dans la jeunesse", ou encore : "le développement d'un anti-judaïsme arabe", et estime qu'il se serait en fait "aggravé" à cause de "l'aggravation du conflit israélo-palestinien", ou qu'il se situerait "au coeur de la tragédie du Moyen-Orient", à cause de la "politique d'Israël" qui l'aurait "suscité et amplifié".
Certes, Morin décrit les méfaits de ce "terrorisme anti-israélien" lorsqu'il devient "anti-juif", mais il émet l’hypothèse - non démontrée jusqu'à présent - qu'une "solution équitable" de la "question palestinienne" permettrait "la diminution de l'antijudaïsme", et, surtout, jamais il ne tente de dégager les racines spécifiques de cet anti-judaïsme, qui précède pourtant la création d'Israël !
Dans son article, Morin n'a de cesse de se gausser du fait que certains juifs voient dans l'actuel antijudaïsme la renaissance de l'antisémitisme européen alors que pour lui il n'en est rien, le "nouvel antijudaïsme musulman" reprenant "les thèmes de l'arsenal antijuif européen" du fait de l'existence de la question palestinienne et non pas de par son dynamisme propre - que Morin n'analyse jamais (il n'est pas le seul : dernièrement, Derrida parle du 11 septembre comme d’une "maladie auto-immune" !), sinon comme une réplique aux méfaits israéliens.
Or, les revendications du national-islamisme - puisqu'il faut bien appeler un chat un chat (parfois) -, ne sont pas une réaction, une réplique au tremblement de terre juif. Elles se réapproprient les exigences du national-arabisme en les ressourçant dans leur fonds d'origine : celui de l'âge d'or supposé de l'islam. Dans ces conditions, toutes les revendications politiques, même en imaginant qu'elles fussent satisfaites une par une, ne suffiraient pas à [fonder] la nécessité de ce Retour qui vient (se) fracasser sur la modernité démocratique, devenue mondiale, avec son cortège de femmes libres, de modes de vie pluriels.
Morin, par cécité métapsychique (pas seulement métaphysique donc...), n'arrive pas à concevoir qu'aux sources de l'anti-judaïsme islamique, il y a ce désir de planter son dard dans le temps du monde pour le transformer en espace total qui serait le sien.
Il est incroyable, voire inimaginable, d'observer que de supposés éminents penseurs n'arrivent pas à concevoir que le désir de volonté de puissance débridée n'est pas seulement occidental et reste la part la mieux partagée de l'humanité.
L'islamisme anti-juif se sert de la question palestinienne comme d’un carburant provisoire. Mais son but essentiel reste la fondation d'un Etat qui contrôlerait le moindre état de conscience, le plus petit souffle, non pas pour le purifier comme l'énonce son 'agitprop', mais pour créer des zombies, des assassins, capables de s'exploser en pleine foule, le temps qu'il faudra, le temps que la rue devienne un enfer, dans lequel plus rien ne vaut.
L'ère du nihilisme total commence. Et il se nourrit de tous ceux qui acceptent d'en devenir les victimes, de se faire cannibaliser, tel cet anthropophage allemand qui mit un message sur Internet en demandant s'il y existait quelqu'un désireux de se faire manger, et il en trouva un!
Nous sommes à peu près dans la même situation : des f(r)anges entières d'ex-'gauchos' reconvertissent leur anticapitalisme, et anti-américano-sionisme, en anti-modernité, de plus en plus antijuive et antichrétienne (ces notions étant interdites dans tout futur préambule constitutionnel européen).
Ils acceptent ainsi de se faire dévorer, sous nos yeux ébahis, en demandant déjà la muselière pour les femmes, en exigeant ensuite de continuer à décider ce qui est "intelligent" et ce qui ne l'est pas. Et cela se passe en France, pays des Lumières, qui glisse peu à peu vers des temps obscurs, sans que les élites qui le gouvernent actuellement fassent quoi que soit pour le retenir. Comme si elles étaient déjà paralysées par cette audace qui transforme la France, d'Etat bureaucratiquement dégénéré, en cheval de Troie de l'alter-islamisme - groupe restreint certes, mais qui sait occuper les centres névralgiques, en tant qu'avant-garde de ce qui avance comme Nuit.
Lucien-Samir Oulahbib *
* Auteur de Ethique et épistémologie du nihilisme. Le nihilisme français contemporain (l'Harmattan) ; Les Berbères et le christianisme (Éditions Berbères) ; membre du Mouvement Néo-Moderne, mouvement.neomoderne.free.fr.
Mis en ligne le 21 février 2004 sur le site www.upjf.org











