Islam
L'islamisme menace les fondements de la République, F. Madouas
Valeurs Actuelles n° 3498 paru le 12 Décembre 2003L'islamisme menace les fondements de la République. Comment endiguer ses progrès ? La commission Stasi a révélé des dérives insoupçonnées à l'école, à l'hôpital, dans les entreprises. Retour sur trois mois d'auditions aussi passionnantes qu'inquiétantes.
Plus de trois mois de débats, plusieurs déplacements à Berlin, à Londres, à La Haye, à Rome et cent vingt auditions, dont celles de huit ministres, des représentants religieux et des responsables politiques et syndicaux - sans oublier deux cents lycéens entendus la semaine dernière au Sénat : le moins qu'on puisse dire, c'est que les vingt membres de la commission Stasi "sur l'application du principe de laïcité" n'ont pas chômé depuis la rentrée !
Et pourtant, qui croyait vraiment à la nécessité de ses travaux, quand elle fut officiellement installée par le président de la République, le 3 juillet ? Ne savait-on pas tout, déjà, des progrès de l'islamisme dans les "quartiers" ? Du refus des fondamentalistes de respecter les lois de la République et, pour tout dire, du rejet de la France par une frange intégriste de la communauté musulmane ? Eh bien, non ! Les auditions de la commission présidée par Bernard Stasi auront révélé des dérives encore insoupçonnées, à l'école, mais aussi à l'hôpital,dans les prisons, dans la fonction publique et dans les entreprises.
Certains de ses membres, qui dénonçaient déjà les méfaits du communautarisme, confient qu'ils sous-estimaient pourtant le problème. Et ceux qui n'étaient pas, a priori, partisans de dispositions contraignantes, admettent aujourd'hui la nécessité d'agir. La commission devait rendre son rapport à Jacques Chirac ce jeudi, une semaine après celui de la mission parlementaire sur les signes religieux, présidée par Jean-Louis Debré.
Voilà quatorze ans que les foulards islamiques nourrissent la polémique à l'école : Creil en 1989, Aubervilliers, cette année.Et pour une "affaire" rendue publique, combien de contentieux restés secrets ? Nicolas Sarkozy estimait récemment à 1.250 le nombre de voiles islamiques dans les établissements scolaires, Luc Ferry, à près de 1.500. Difficile cependant d'en tenir la comptabilité précise, car tous les cas ne sont pas signalés, loin de là !
Quels que soient les chiffres, la commission Stasi et la mission Debré ont surtout vérifié ce qu'on pressentait : à l'exception d'une poignée de militantes rompues au débat, ces jeunes filles sont souvent contraintes de porter le foulard, soit pour se protéger de comportements agressifs et sexistes, soit pour se soumettre aux exigences de réseaux intégristes très bien organisés. «Beaucoup nous ont confié leur détresse lors d'auditions privées, dit Nicole Guedj. La plupart sont sous influence. Elles subissent le voile et sont venues nous demander de les en libérer. Leurs témoignages étaient souvent bouleversants : nous ne pouvions pas ne pas entendre leurs supplications.»
Membre, elle aussi, de la commission Stasi, Hanifa Cherifi est médiatrice de l'Education nationale : elle tente de résoudre les contentieux liés au foulard depuis 1994. Elle avait déjà révélé, dans L'Humanité, l'existence d'«un véritable réseau de soutien (aux jeunes filles voilées) composé de juristes, d'avocats, d'étudiants, de prédicateurs organisés dans des associations islamistes connues». Un réseau de militants très efficaces, qui profitent des failles de la législation pour faire avancer leur cause, au grand désarroi d'enseignants juridiquement démunis.
C'est aussi le constat dressé dans son rapport par la mission Debré : «La médiation de l'Education nationale se heurte en permanence à certains intervenants, tel Thomas Milcent Abdallah, ardent défenseur de la liberté du port du voile en milieu scolaire, qui exploitent toutes les subtilités de la jurisprudence du Conseil d'Etat pour encourager les élèves à entretenir le conflit, sans crainte de sacrifier leur scolarité» - au profit d'un projet politique qui dépasse ces enfants.
«On se tromperait en considérant le voile comme le signe d'une appartenance religieuse musulmane. C'est un signe d'appartenance à l'islam fondamentaliste, qu'il soit assumé ou subi», prévient Hanifa Cherifi. De Djakarta à Paris en passant par New York et Londres, «le voile devient un signe idéologique et de propagande politique», ajoute le Pr Abdelwahab Meddeb, entendu par la mission parlementaire sur les signes religieux. L'islamisme politique tend à "remplir" l'espace public qu'occupaient le catholicisme jusqu'en 1905, et, naguère, la laïcité.
Ses réseaux prospèrent dans les cités et les banlieues en pratiquant un prosélytisme actif auprès d'adolescents qui instrumentalisent parfois la religion pour affirmer leur ascendant sur les jeunes filles. Selon Fadela Amara, qui préside la fédération des Maisons des Potes, ces «mouvements intégristes contribuent fortement à ce que les jeunes filles des cités portent le voile, souvent sans l'assentiment des parents, mais avec le renfort des grands frères qui, depuis les années 1990, se substituent aux pères et imposent leur autorité».
La mission parlementaire a entendu le témoignage de Kaïna Benziane, la soeur de Sohane, brûlée vive au pied de la tour où elle vivait, à Vitry-sur-Seine, le 25 mars 2002 : «Je ne veux plus entendre ce que me disent certains garçons à chaque fois que je les rencontre, dit-elle, à savoir que, si ma soeur avait choisi son statut de jeune fille musulmane et avait porté le voile, elle ne serait pas morte.»
Cette réduction des femmes à leur "condition musulmane" explique aussi les dérives constatées dans les hôpitaux et révélées par la commission Stasi. «Nous avons tous été choqués que des hommes puissent priver leurs épouses ou leurs filles des soins médicaux que leur santé impose», dit Nicole Guedj.
Christine Picot est responsable de la maternité de l'hôpital André-Grégoire, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Elle est venue témoigner devant la commission le 21 octobre. «A la maternité, on voit un renforcement du port du foulard, jusqu'à la burqa, avec des gants. Beaucoup de ces femmes n'ont pas droit à la parole. Leurs maris parlent pour elles, ils interdisent tout contact avec le personnel masculin.» Comment exercer sereinement la médecine dans ces conditions ? Les incidents sont encore marginaux, précise le directeur de l'établissement, Claude Dagorn, «mais on est inquiets, on sent s'affermir les revendications ».
Il s'agit parfois d'entorses aux règles d'hygiène et d'asepsie. Ancienne infirmière, doctorante en sociologie, Nadia Amiri a rapporté le cas de cet homme qui souhaitait que son enfant, sortant du ventre de sa mère, passe à travers une page du Coran qu'il avait roulée. D'autres ont décrit des familles faisant sur place leur cuisine pour respecter les interdits alimentaires. Mais l'obstination des maris peut aussi tourner au drame. Gynécologue à l'hôpital de Villefranche, à Gleizé (Rhône),le Dr Pierre-Yves Barrier se souvient encore de cette femme enceinte qui a perdu son enfant, il y a sept ans, parce que son mari avait refusé qu'il pratique une césarienne.
Le personnel soignant n'est pas à l'abri des menaces. Le mois dernier, un gynécologue de l'Hôtel-Dieu de Lyon a été agressé par un homme d'origine africaine, armé d'un couteau, parce qu'il avait examiné sa femme sans son consentement. «Tu l'as touchée ? Je vais te faire la peau !» Il a fallu l'intervention d'un vigile et d'un interne pour éviter le drame. Depuis, la maternité prévient les femmes enceintes qu'elles ne pourront pas s'inscrire si elles refusent d'être prises en charge, même ponctuellement, par un homme.
Mais les voiles ne concernent pas seulement les patients : des étudiantes en médecine hésitent à soigner des hommes parce que l'islam leur interdit de toucher un malade de sexe opposé. Un prétexte qu'invoquent aussi des jeunes filles voilées pour refuser de participer au cours de secourisme lors des journées d'appel et de préparation à la défense (JAPD).
Dans la fonction publique et dans les entreprises aussi les foulards se multiplient. «La démarche s'y fait véritablement militante, précise Nicole Guedj. Souvent, ces femmes ne revêtent leur foulard qu'après la signature de leur contrat de travail ; elles sont sous l'emprise de groupes fondamentalistes. Certaines sont aussi syndiquées.» C'est le cas, par exemple, de cette fonctionnaire voilée du ministère des Transports à Lyon, que soutiennent activement l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), le parti communiste et la CGT. La commission Stasi n'a d'ailleurs pas pu auditionner Bernard Thibault, qui a préféré envoyer un courrier. Il est vrai que la CGT compte dans ses rangs de nombreux délégués musulmans - y compris des imams !
Qui peut douter, mesurant ces dérives, qu'une loi soit nécessaire ? Sans doute ne résoudra-t-elle pas tout. Les références physiques à la religion sont diverses. Selon Mme Cherifi, le port de la barbe se développe chez les jeunes gens, même à l'âge de treize ans. «Par référence au Prophète, des garçons arrivent avec des djellabas ou des calottes. D'autres refusent de s'asseoir à côté d'une jeune fille. Certains adultes, des pères ou des grands frères, refusent de serrer la main de la chef d'établissement parce qu'elle est une femme.On voit également des jeunes filles arriver le visage voilé aux examens», lit-on dans le rapport Debré. Mais toute autre option que la loi serait interprétée comme un recul par les islamistes. Reste à préciser son champ d'application.
Le 28 novembre, l'UMP a proposé d'interdire «le port ostentatoire de signes religieux ou politiques». Cette option donnerait force de loi à l'avis du Conseil d'Etat, mais ne lèverait pas ses difficultés d'interprétation. Les musulmans intégristes nient en effet le caractère ostentatoire du voile islamique, et les tribunaux, appliquant la jurisprudence du Conseil, tranchent souvent en leur faveur. Les affaires continueraient d'être jugées au cas par cas.
C'est pourquoi la mission présidée par Jean-Louis Debré préconise l'interdiction, dans l'enceinte des établissements, du port «visible» de tout signe d'appartenance religieuse ou politique. «Le qualificatif de "visible", parfaitement objectif, permettra une application plus aisée de la règle par les chefs d'établissement, sans pour autant exclure le port de signes, dès lors qu'ils ne sont pas apparents», argumentent les parlementaires.
Ostentatoire ou visible, quel que soit l'adjectif retenu, une loi susciterait l'hostilité de toutes les confessions. Des musulmans évidemment, mais aussi des chrétiens et des juifs qui redoutent un excès de zèle laïciste. Selon les représentants des églises catholique, protestante et orthodoxe, qui l'ont écrit lundi au chef de l'Etat, le débat national sur la laïcité «a pris des accents qui ressemblent parfois à ceux d'une époque que l'on pouvait penser révolue, celle d'une laïcité "de combat", alors même que nos Eglises pouvaient se réjouir, depuis quelques décennies, d'une laïcité "apaisée"». Il existe en effet un risque de dérapage. La mission Debré avait, par exemple, envisagé d'étendre l'interdiction des signes religieux aux écoles privées sous contrat (dont 95 % sont catholiques) au mépris de leur "caractère propre" ! Elle est heureusement revenue sur cette étonnante proposition.
Beaucoup se demandent surtout pourquoi l'on devrait légiférer sur l'ensemble des signes religieux. Car d'où vient le problème ? Des chrétiens ? Non. Des juifs ? Pas plus. Devant la commission Stasi, un lycéen de Melun a déclaré qu'aucun élève n'osait porter une kippa dans son établissement, car «il se ferait lyncher»! Les partisans d'une loi veulent aujourd'hui l'étendre à tous les signes religieux de peur de «stigmatiser la communauté musulmane». Mais que vaut cet argument ? Il s'agit seulement d'interdire le voile islamique pour protéger la majorité des musulmans, surtout les femmes, de l'emprise intégriste.
Le port du voile n'est pas une obligation religieuse que devraient respecter les musulmanes, mais l'étendard de l'islamisme. «Il y a, dans les cités, une instrumentalisation politique de l'islam par des gens qui sont bac + 5 ou bac + 10. Je crains ces gens-là, a dit Fadela Amara devant la commission Stasi. Ils nous expliquent que, pour eux, tout est [une] question de temps. Qu'à moyen ou long terme, ils instaureront un Etat islamique ici.» Est-il nécessaire, pour freiner les progrès de l'islamisme, de diminuer la "visibilité" des autres religions ?
La commission Stasi pesait encore, mercredi [10 décembre], les termes d'une loi sur la laïcité s'appliquant dans tous les espaces publics. Jacques Chirac doit intervenir dans les prochains jours pour préciser solennellement sa position. «Dans notre enseignement public, la présence du voile a quelque chose d'agressif qui, bien qu'étant tout à fait minoritaire, pose un problème de principe, a-t-il déclaré le 5 décembre en Tunisie. On ne peut pas accepter de signes ostentatoires, quels qu'ils soient, de prosélytisme religieux, quelle que soit la religion. Nous devrons, d'une façon ou d'une autre, faire respecter les principes laïcs.» Le débat ne fait que commencer.
Fabrice Madouas
© Copyright Valeurs Actuelles 2003 Groupe Valmonde
[Texte aimablement communiqué par le CID *.]
Mis en ligne le 30 janvier 2004 sur le site www.upjf.org
____________________
* Le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient existe à Bruxelles depuis 27 ans.
Notre revue de presse CID-Democratie et Moyen-Orient est fondée sur un critère simple : produire de la lisibilité là où dominent la confusion, l'esprit de simplification et les idées reçues.
Pour toute question plus approfondie, vous pouvez nous écrire à cid1@skynet.be ou via notre groupe CID-DemocratieMoyenOrient:
fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/
Envoyer un message : CID-DemocratieMoyenOrient@yahoogroupes.fr
Fondateur de la liste : cid1@skynet.be
S'inscrire : CID-DemocratieMoyenOrient-subscribe@yahoogroupes.fr
Se désinscrire : CID-DemocratieMoyenOrient-unsubscribe@yahoogroupes.fr
L'utilisation du service Yahoo! Groupes est soumise à l'acceptation des
Conditions d'utilisation et de la Charte sur la vie privée, disponibles
respectivement sur fr.docs.yahoo.com/info/utos.html et
fr.docs.yahoo.com/info/privacy.html











