Islam
Les femmes musulmanes dans les lois de statut personnel..., M.A. Hélie-Lucas
Dossier 11-12-13 (Edité: juin 1996) sur le site "Women Living Under Muslim Laws".
Les mouvements fondamentalistes dans le monde musulman ont émergé dans des contextes politiques et économiques très différents ; certes ils existent maintenant partout et présentent des ressemblances manifestes, il serait toutefois erroné danalyser ce phénomène comme un mouvement unique et homogène (1).
Une perception anhistorique du fondamentalisme ne ferait que réduire nos possibilités de laffronter politiquement sous ses différentes formes et affaiblir nos propres forces.
Il ny a pas un seul et unique monstre fondamentaliste, mais plutôt des fondamentalismes. Cependant, ce quils ont effectivement en commun est au centre des politiques didentité et affecte directement les femmes.
Identité menacée et trahison
Le discours des fondamentalistes est consensuel sur deux points qui sont étroitement liés : la quête de lidentité et la question des femmes.
Leur discours présente des similitudes frappantes dans des contextes politiques et historiques totalement différents : quil sagisse dune communauté musulmane majoritaire ou minoritaire, dun Etat se proclamant socialiste ou capitaliste, dune démocratie ou dun royaume, dun pays islamisé de longue ou de fraîche date, dun pays marqué dun long passé colonial ou dun pays indépendant (2), -quel que soit le cas de figure, les fondamentalistes décrètent lislam en danger. Lislam, en tant quidentité religieuse et culturelle à la fois, est donc -toujours- en danger, que la menace vienne du colonialisme, de limpérialisme, du socialisme, des idéologies étrangères ou dautres religions dominantes.
Quand lidentité dun groupe est menacée, quiconque ne consacre pas inconditionnellement son énergie à la survie, la défense et la résistance de cette identité, qui conteste quelque aspect que ce soit de la culture du groupe, est dénoncé comme traître. Par conséquent, et bien que la menace soit généralement décrite comme extérieure (lOccident, limpérialisme, dautres groupes religieux, etc.) (3), ce sont toujours les élites nationales, -accusées daliénation, de perte didentité et de jouer le rôle de Cheval de Troie-, qui seront désignées comme les pires ennemis.
Incapables de définir leur identité en termes positifs et de promouvoir une politique ou une économie qui soit spécifiquement islamique (4), les fondamentalistes nont identifié quun seul domaine porteur de lessence de lidentité islamique : la sphère privée. Leurs efforts se sont donc concentrés sur la famille et les lois qui la régissent (codes de statut personnel ou codes de la famille), quintessence de la politique et de lidentité islamistes, en laquelle doit sinsérer, se fondre et trouver refuge toute autre identité. Quiconque conteste ce refuge, menace du même coup lessence même de lidentité ; on peut aisément imaginer quun châtiment sévère devrait donc sabattre sur le traître, la traîtresse.
La menace extérieure sur lidentité est perçue et décrite comme monolithique, dépourvue de contradictions internes, et donc dalliés potentiels dans la place (5).
A ce monolithe, on oppose un autre monolithe.
Nos propres contradictions internes seront donc mises en veilleuse et leur résolution remise à un moment, utopique, où lidentité ne sera plus menacée : après la lutte de libération, après la reconstruction de la nation, après la guerre, après la remise en route de notre économie etc. (6)
La priorité est donc donnée, encore et encore, à dautres problèmes, et exclut à la fois les exigences du peuple et les revendications des femmes pour un meilleur statut dans leur société.
En outre, le fait de soulever quelque problème que ce soit, hormis celui de la défense de lidentité menacée, est une manuvre dilatoire, donc une trahison délibérée -de la nation ou de la communauté, de la culture, de la religion, etc.
Ainsi, lidentité est-elle défensive et refermée sur elle-même. Les concepts utilisés pour décrire cette identité recluse (7) se réfèrent explicitement à un mouvement en arrière : retour aux sources, retour aux racines, retour aux valeurs authentiques, retour aux valeurs islamiques, retour aux traditions, etc. Religion et traditions sont perçues comme anhistoriques, figées et immobiles dans le passé. Cette quête dune identité musulmane transculturelle et trans-historique nie totalement la diversité des traditions et des cultures au sein desquelles lislam sest propagé, et leur histoire vivante.
Elle refuse toute ré-interprétation de lislam et ne prend pas en compte, par exemple, le fait que lislam se soit propagé et continue de se propager à travers tous les continents, y compris lOccident développé (8).
Question de définition : islam et musulmans
Les fondamentalistes parlent au nom de lislam, et malheureusement, on tend à confondre islam et musulmans.
Ladjectif musulman devrait être utilisé pour qualifier les réalités du monde tel quil est -populations, lois et coutumes, pays, Etats, musulmans- sans préjuger du fait que ce que font les musulmans nest pas nécessairement islamique. Le terme islam doit être réservé à la religion en soi, aux réflexions et aux interprétations théologiques du Coran. En dautres termes, nous ne pensons pas quil existe des états islamiques, il ny a que des états musulmans.
Les musulmans discutent souvent de ce quest ou devrait être lislam. Abandonnant toute spéculation sur la nature du véritable et authentique islam, nous croyons plus fécond le terme de musulman qui permet de décrire ce que font, dans la réalité des faits, ceux qui disent croire en lislam, vivre et construire des nations selon les règles édictées par leur Dieu.
En dautres termes, lislam tel quil devrait être, les musulmans tels quils sont
Les femmes, piliers et points faibles de la construction de lidentité
En dépit de leur diversité, et bien quils représentent un large éventail dintérêts et de classes et quils répondent à des besoins psychologiques et politiques différents suivant les circonstances, les fondamentalistes tiennent un discours étonnamment commun en ce qui concerne lidentité : - lidentité est menacée,- lidentité est conçue comme un retour à des sources mythiques,- lidentité est restreinte à la sphère privée. Et bien que la menace qui pèse sur elle soit extérieure, monolithique et lincarnation du Mal, ce sont les élites éduquées et les femmes qui constituent les points faibles du système de défense intérieure, et donc les alliés potentiels de lennemi de lextérieur. Ceci justifie à son tour le repli de lidentité sur elle-même, telle une forteresse, et lenfermement des femmes à lintérieur de cette forteresse.
Les conséquences pratiques de cette position idéologique façonnent la vie des femmes ainsi que leurs réactions face aux fondamentalistes:
sur le plan politique, elles craignent dêtre accusées de trahison, car contester un aspect quelconque de lidentité équivaut à trahir lensemble;
sur le plan culturel, les traditions sont définies comme étant immuables;
sur le plan religieux, la fin de linterprétation du Coran confine les femmes dans un modèle de société, des modes de vie, un code vestimentaire et de conduite qui sont aussi proches que possible du modèle historique né au Moyen-Orient il y a quatorze siècles;
et finalement, sur le plan juridique, laccent est mis sur les Codes de la Famille (lois de statut personnel) en tant que moyen préférentiel de défense de lidentité.
Non contents de tenir un discours identique sur lidentité et sur les femmes, les fondamentalistes ont également réussi à atteindre, à court terme, les mêmes objectifs : les pressions quils ont exercées sur les gouvernements pour adapter les lois sur le statut personnel à leur propre définition de lidentité islamique ont été couronnées de succès. Ces lois affectent directement les femmes : elles régissent les questions de mariage, divorce, héritage, garde des enfants, polygynie etc. Elles déterminent donc ce que doit être le comportement de la femme musulmane et astreignent celle-ci au rôle de gardienne de lidentité menacée.
Cest un honneur que dêtre la gardienne ; dans le discours fondamentaliste, les femmes sont honorées aussi longtemps quelles préservent la culture et la religion comme on leur dit de le faire ; productrices et reproductrices de bons musulmans, elles se doivent donc dêtre des modèles pour leurs fils, guerriers de lislam.
Les recherches récentes sur les femmes en Allemagne nazie (9) fournissent dintéressants éléments de comparaison avec les femmes qui vivent sous le fondamentalisme musulman, y compris celles qui sengagent dans des groupes fondamentalistes. Dans les deux cas lidéal de la Mère Gardienne de la Famille, est associé à lidée de produire et reproduire un groupe racial ou religieux qui représente lexcellence, dans un contexte de crise économique et de visées expansionnistes sur dautres nations. Cest parce que le rôle de gardienne est tellement essentiel dans le cadre de lidentité menacée quil est également considéré comme le maillon le plus fragile, le plus vulnérable, et quil doit être protégé des influences extérieures.
La gardienne, traître potentielle, doit être étroitement surveillée. Il faut donc des lois qui assignent clairement à la sphère privée la tâche de protéger lidentité menacée, qui astreignent les femmes à leur rôle de gardiennes, qui les détournent de toute possibilité de montrer le profil sombre de leur nature de Janus, et qui les empêchent de trahir et de détruire la communauté -nationale, religieuse, communautaire
Femmes sous lois musulmanes
Environ 450 millions de femmes vivent dans des communautés ou des pays musulmans à travers les cinq continents.
La majorité dentre elles vivent sous lois musulmanes, cest-à-dire sous des lois de statut personnel musulman (Codes de la Famille) : bien que ces lois - toutes qualifiées dislamiques, donc transcription unique et intouchable de la parole de Dieu - aient des aspects communs, elles présentent aussi, dun pays à lautre, des différences significatives.
Et ceci, pour deux raisons : lintégration des traditions locales et lutilisation politique de la religion.
Lislam est une religion en constante expansion - probablement la seule de nos jours ; au passage, il assimile les modes de vie et les coutumes des différentes cultures dans lesquelles il simplante ; les lois musulmanes, telles quelles existent actuellement dans le monde, découlent, pour lessentiel, dune imbrication étroite dinterprétations du Coran avec les traditions locales.
Il est impératif de prendre pleinement conscience du fait que, bien que celles-ci ne soient pas islamiques, cest au nom de lislam que les femmes sont soumises à certaines traditions : lappartenance à telle ou telle communauté musulmane implique lacceptation de toutes et chacune des traditions religieuses et culturelles de cette société ; -par exemple, la tradition sémitique du voile et/ou de la réclusion des femmes au Moyen Orient et en Afrique du Nord, la mutilation sexuelle des femmes en Egypte, au Soudan et dans dautres pays dAfrique de lOuest, ou encore la tradition hindoue des castes et de la dot en Inde et au Sri Lanka, sont toutes spécifiques aux régions où elles sont en vigueur (10). Néanmoins, les populations musulmanes et certainement les femmes sont amenées à croire que ces traditions socio-culturelles locales font partie intégrante de lidentité musulmane et -en dernière analyse- sont islamiques.
Par ailleurs, chaque Etat musulman interprète lislam de façon à servir sa politique, y compris sur des questions idéologiques fondamentales.
Par exemple les Etats musulmans nont pas de politique commune -donc inspirée par lislam - en matière de contraception et davortement : en effet, ces deux pratiques sont légales en Tunisie, en Inde, et au Bangla Desh, les femmes y sont fortement incitées, de même quà accepter la stérilisation masculine et féminine ; par contre, si la contraception est autorisée au Pakistan, lavortement ne lest pas. Quant à lAlgérie, elle a interdit lune et lautre de ces pratiques pendant longtemps (de 1962 à 1974), ignorant délibérement la fatwa prononcée par le Haut Conseil islamique dAlger en 1963, un an après lindépendance, qui autorisait la contraception ; celle-ci na finalement été autorisée que lorsque notre taux de croissance démographique, qui atteignait allègrement 3,5%, devint une menace pour la richesse et les privilèges des bureaucrates ex-socialistes, entre temps constitués en une bourgeoisie classique détentrice des moyens de production (11).
Tous ces pays affirment à lenvi que leur politique démographique a été déterminée par lislam. Dans chaque pays, les peuples, et en tout état de cause les femmes, sont induits à croire que les règles imposées au niveau local ou national reflètent lesprit de lislam et que la législation des états musulmans appliquent les commandements de Dieu. En outre, le discours officiel, implicitement ou explicitement, déclare ces lois islamiques.
Le simple fait de confronter entre elles les expériences des femmes venant de différents contextes musulmans est en soi une expérience enrichissante qui remet en cause le mythe dun monde musulman unique et homogène et lexistence dune loi musulmane qui serait authentiquement islamique (12).
Tout au contraire, cette comparaison montre, à lévidence, que les lois musulmanes sont ancrées dans lhistoire et la culture, hic et nunc, et quelles sont utilisées à des fins politiques.
Les fondamentalistes et lEtat
En juillet 1984, le premier Comité daction de Femmes sous lois musulmanes se définissait comme regroupant des femmes dont les vies sont déterminées, conditionnées et régies par des lois, écrites et non-écrites, tirées dinterprétations du Coran intimement liées à des traditions locales. Le Comité daction affirmait ultérieurement quen règle générale, les hommes et lEtat utilisent ces lois contre les femmes, et quil en a été ainsi sous divers régimes politiques (13).
Au cours des deux dernières décennies et plus particulièrement au cours de la dernière, les Codes de la Famille (lois de statut personnel) musulmans ont été au centre des identités musulmanes : de nouvelles lois ont été promulguées, renforcées ou modifiées de façon très défavorable aux femmes.
Ceci démontre, dune part, le pouvoir des fondamentalistes et, dautre part, la collusion des Etats avec les mouvements fondamentalistes (14).
Que les fondamentalistes soient au pouvoir, quils constituent le principal parti dopposition, ou quils soient naissants, -et quelles que soient par ailleurs les prises de positions de nos gouvernants (15) par rapport à ces mouvements politiques, lEtat accepte généralement de faire de la sphère privée une chasse gardée islamiste, en adoptant, pour la famille, des lois dictées par les fondamentalistes (16).
Est-ce parce que la question de la femme est si sensible, comme nos gouvernants le prétendent, que leur autorité et leur position pourraient être remises en cause sur cette question? Ou est-ce plutôt parce que la subordination des femmes est jetée en pâture à la foule, comme lon jette aux pauvres des miettes, tandis que les affaires politiques sérieuses restent entre leurs mains ? Sommes-nous, la monnaie déchange dont ils se servent pour rester au pouvoir?
Se pourrait-il également que le contrôle exercé sur les femmes ne soit quune étape dans le processus de brutalisation de la société, qui permet aux gouvernements de contrôler les peuples? Même quand, sur dautres points, les Etats opposent une résistance à la montée des fondamentalismes, sur les questions relatives à la famille et la subordination des femmes, ils endossent généralement, à quelques rares exceptions près, les positions identitaires des fondamentalistes, et dictent ou modifient les lois pour répondre à leurs exigences. Au cours de la dernière décennie, on a vu une collusion croissante entre les Etats et les fondamentalistes sur ces questions. Ceci est vrai même dans les pays où les fondamentalistes sont par ailleurs combattus, bannis, emprisonnés, pour leur opposition à lEtat.
Par exemple, en 1984, 22 ans après lindépendance, le premier Code de la Famille a été promulgué en Algérie. Ce Code prive les Algériennes du droit de se marier (elles doivent être données en mariage par un wali, cest-à-dire un tuteur matrimonial) ; de divorcer (sauf dans des cas très spécifiques, seul le mari peut initier le divorce) ; dêtre les tutrices de leurs enfants (elles peuvent en avoir la garde temporaire jusquà lâge de 6 ans pour un garçon, 10 ans pour une fille ; ils seront alors rendus à leur tuteur) (17) ; les femmes reçoivent une part inégale de lhéritage ; la polygynie est autorisée et les hommes ont également le droit de répudier leurs femmes, etc.
La même année, en 1984, les Egyptiennes ont perdu le droit de conserver le domicile conjugal avec leurs enfants après un divorce, droit quelles avaient conquis après une décennie de luttes.
En 1985, le Gouvernement Indien a promulgué un décret relatif à la protection du droit au divorce des femmes musulmanes - Muslim Women Protection of the Right to Divorce Bill qui prive les Indiennes de la communauté musulmane du droit à une pension alimentaire après le divorce. Cette protection du droit fait manifestement référence à leur droit à être musulmanes -qui les dépouille de moyen de subsistance- plutôt quà leurs droits de femmes et citoyennes indiennes, qui incluent le droit à la pension alimentaire.
En 1986, le Sri Lanka a nommé une Commission chargée de la réforme des lois de statut personnel, réformes initialement défavorables aux femmes que celles-ci durent combattre.
En 1987 et 1989, le gouvernement laïque et socialiste de lIle Maurice, poussé par le principal parti dopposition musulman, a accepté de considérer leur projet de réintroduire la Charia pour la communauté musulmane. Il priverait les femmes nées dans la communauté musulmane de droits dont jouissent toutes les autres mauriciennes. Par exemple, droit de divorcer, droit égal à lhéritage etc.
En 1990, le gouvernement algérien a passé un décret stipulant que tout homme pouvait voter par délégation pour trois femmes de sa famille.
Le 15 mars 1990, le Conseil révolutionnaire laïque irakien -Revolutionary Command Council- passait un décret* stipulant quil était désormais licite que tout homme fasse office de juge et de bourreau et mette à mort pour cause dadultère une liste bien définie de femmes de sa famille.
Dautres pays africains ont vécu des avancées fondamentalistes du même ordre.
La Charia est maintenant promulguée dans plusieurs pays (Soudan, Pakistan) ; cette loi prenant le pas sur les lois de statut personnel, la liberté des femmes, si lon considère les interprétations actuelles de la Charia, en sera encore restreinte.
Il nest pas jusquaux pays dimmigration, par exemple la Grande-Bretagne, la France, mais aussi les Caraïbes, où des musulmans ne réclament lintroduction de lois de statut personnel spécifiques. En ce qui concerne la France, ce changement entraînerait une réforme constitutionnelle majeure, qui transformerait lEtat laïque en un Etat multi-religieux.
Il est intéressant de noter que le premier droit revendiqué pour symboliser lidentité musulmane est le droit à la polygynie, comme on pouvait le lire dans le Courrier des lecteurs du Monde, lors de la controverse de 1988.
Des groupes de féministes des communautés musulmanes du Sri Lanka, de Malaisie et dInde témoignent du fait que laccès légal à la polygynie est une cause majeure de conversion à lislam dans leurs pays.
Ceci ne semble sappliquer ni aux pays africains où lislam connaît une expansion rapide depuis les 20 dernières années, mais où la tradition polygame est antérieure à lislam, ni aux convertis dEurope de lOuest et dAmérique du Nord où les lois des Etats imposent la monogamie.
Construction et imposition dune identité musulmane transnationale
Si lon examine ces réformes juridiques à la seule lumière de la politique intérieure des pays concernés, on peut être tenté de comprendre ce qui amène les gouvernements à transiger avec les groupes fondamentalistes en plein essor. Ce serait omettre la dimension internationale de ce phénomène.
Car non seulement les différentes tentatives pour promouvoir des versions plus islamiques des lois musulmanes sont concomitantes, mais encore leurs interconnections deviennent de plus en plus évidentes : ainsi, après laffaire Sha Bano, en Inde, le gouvernement du Sri Lanka a nommé un érudit indien comme conseiller dans la Commission de réforme des lois musulmanes ; plus récemment, à lIle Maurice, le principal parti dopposition, le Parti Musulman, a proposé que la loi de statut personnel musulman en Inde serve de modèle à celle de lIle Maurice et a fait venir un conseiller indien.
Dans dautres cas, apparaissent des conseillers saoudiens, pakistanais ou iraniens. Il est important de prendre pleinement conscience de lampleur des efforts des fondamentalistes pour mettre en vigueur leur vision de la société islamique à travers ladoption de lois musulmanes sur le statut personnel.
Cest le même esprit internationaliste qui préside à lentraînement militaire des jeunes et à la formation de groupes fondamentalistes, avec les privilèges qui sy rattachent (18).
Ces efforts impliquent une vaste circulation de fonds ; une recherche sur les origines et les circuits de ces fonds pourrait permettre didentifier les connections entre le capital musulman privé, limplication des Etats dans léclosion du mouvement fondamentaliste au niveau mondial, et les groupes fondamentalistes opérant aux planx local, national et régional (19).
Lintégration personnelle, par les femmes, des politiques identitaires
Les réactions des femmes à cet état de choses montrent limpact quont les idéologies fondamentalistes non seulement sur les gouvernements et leurs décisions juridiques affectant les femmes, mais aussi sur le mouvement des femmes lui-même.
Les organisations de femmes sont variées : de celles qui participent au mouvement fondamentaliste, à celles qui uvrent pour des réformes dans le cadre de lislam, et à celles qui combattent pour la séparation du religieux et du politique et pour des lois laïques. En dépit de cette grande diversité de stratégies et de tendances, toutes ont intégré certains des concepts développés et utilisés par les fondamentalistes.
Elles ont notamment intégré la notion dun ennemi extérieur monolithique, ainsi que la crainte de trahir leur identité - définie comme identité de groupe plutôt que comme identité de femme au sein du groupe.
Dans une large mesure, elles acceptent aussi que la tradition soit définie, non comme une histoire vivante qui imprègne le présent et lavenir, mais comme une entité morte quil faut ranimer et préserver sous une forme ancienne imaginaire -. Et enfin, elles ne remettent pas en question le rôle central qui leur a été assigné dans les politiques identitaires.
Tout comme ceux qui ont longtemps vécu en absence de démocratie ont du mal à réinventer les pratiques démocratiques (même sils se sont battus pour en arriver là), les femmes ont aujourdhui du mal à imaginer librement et à forger les outils de la raison pour se démarquer des constructions idéologiques du discours fondamentaliste identitaire sur les femmes.
Il ne faut pas sous-estimer limpact de ce discours sur leur esprit. On en voit clairement les conséquences quand on assiste à leurs efforts pour remettre en cause, non seulement les pratiques fondamentalistes discriminatoires envers les femmes, mais aussi les prémisses qui les sous-tendent.
Le fait que les femmes intègrent la philosophie, les concepts et les hypothèses erronées des fondamentalistes a de nombreuses répercussions sur leurs stratégies.
Intégrer lidée que lislam est en danger et donc que la communauté est en danger - implique que, dans leur pratique, les femmes se plient à la théorie des priorités. Il devient donc facile de les manipuler politiquement. Puisque lunité du groupe est indispensable pour faire face à la menace, toutes les guerres, les tensions intercommunautaires, ou tout événement politique approprié seront utilisés pour forcer les femmes à se fondre et se confondre dans lunité nationale et à remettre à plus tard leurs revendications.
Nous pourrions en citer bien des exemples, en particulier laffaire Sheenaz Cheikh, que nous connaissons toutes (20). Quant au cas de lAlgérie, il a fait date dans la mesure où, après lindépendance, les femmes ont disparu de la scène politique et ont été forcées de renoncer à leurs demandes jusquà ces dernières années. Pendant des décennies, elles ont été totalement bernées (21). Même récemment, en Palestine, où les femmes tentent de mettre sur pied un mouvement autonome, la lutte de libération est naturellement prioritaire, et les luttes des femmes ne viendront encore quen second.
Dans les contextes musulmans, les femmes qui tentent de défendre leurs droits sont généralement accusées dêtre occidentalisées. Comme la gauche avant elles, on les accuse dimporter une idéologie étrangère quand elles demandent plus de justice sociale. Mais alors que la gauche réagissait en sappuyant sur les valeurs universelles, les femmes, pour leur part, acceptent les prémisses fondamentalistes selon lesquelles, en ce qui concerne la sphère privée, luniversalisme sert de couverture à limpérialisme occidental. Sur la question des femmes, il nest donc pas question de défendre les valeurs universelles de justice sociale. Cest pourquoi, au lieu den venir directement au fait, les femmes essaient dabord de démontrer quelles sont véritablement et authentiquement enracinées dans leur propre culture, quelles ne sont pas aliénées par des idéologies non indigènes, quelles ne font pas cause commune avec les ennemis de lextérieur.
Tentant en vain de se légitimer et de légitimer leurs luttes selon les critères fixés pour elles par les fondamentalistes, les femmes consacrent beaucoup de leur énergie et de leur temps précieux à se démarquer, en tant que féministes du Tiers Monde, des féministes occidentales - comme si lune et lautre de ces catégories nétaient que des agrégats homogènes dindividus indifférenciés et interchangeables, sans différences idéologiques, sans intérêts de classes et sans conflits. Dans une certaine mesure, on pourrait même dire que, de ce fait, les femmes acceptent la notion de la supériorité des musulmans sur les autres groupes, une xénophobie que les théologiens libéraux dénoncent comme contraire à lesprit de tolérance de lislam, mais qui, aujourdhui, fait partie intégrante des pratiques des gouvernements musulmans (22) et des fondamentalistes.
Il faut parfois beaucoup de temps pour que des individus osent transgresser le complexe de trahison, et se permettent didentifier leurs alliés, aussi bien au sein de leur communauté quà lextérieur. Cest seulement après avoir fait, encore et encore, lexpérience que le moment adéquat pour défendre les droits des femmes nest jamais atteint, mais toujours remis à plus tard, que les femmes osent enfin faire une percée hors de la forteresse de lidentité communautaire, nationale et religieuse. (Les raisons invoquées sont malheureusement parfois très convaincantes, comme cest le cas, par exemple, de la Palestine sous la botte dIsraël, ou, pour dautres raisons, du Pakistan sous Benazir (23) ou encore lors de la Guerre du Golfe).
Réactions et stratégies des femmes
Le réseau WLUML propose une sorte détape intermédiaire qui permet aux femmes qui vivent dans des contextes musulmans, lopportunité de sexprimer librement au sein dun espace protégé, sans interférence extérieure. Le réseau a entrepris un travail de recherche comparative transculturelle entre les différentes formes de lois et de modes de vie, dits musulmans, qui affectent les femmes, et donné un aperçu de leur imbrication avec les cultures locales - ce qui permet donc aux femmes de faire des distinctions essentielles, dans leur propre environnement, entre ce qui est spécifiquement religieux, ce qui découle de la tradition, et ce qui relève de lutilisation politique, de la religion et des traditions (24).
Des groupes se consacrent à la recherche de leurs antécédents féministes dans les communautés et les pays musulmans, non seulement dans le but de retrouver leur propre histoire en tant que femmes, mais aussi dans le vain espoir de mettre un terme aux accusations doccidentalisation de la droite, et détablir leur légitimité ; en exhumant des traditions pour montrer que, replacées dans leur contexte historique, celles-ci nétaient pas nécessairement défavorables aux femmes (25), on se place encore dans une perspective où les traditions sont définies comme relevant du passé et sopposent à la modernité, alors que la modernité nest que létat actuel, lévolution normale de la tradition et de la culture qui découlent du passé pour sadapter au contexte présent.
Il est toutefois important de souligner que les traditions qui étaient favorables aux femmes sont actuellement éradiquées (26). Cependant, nos législateurs introduisent de nouvelles traditions directement empruntées à la colonisation, sans jamais être accusés pour cela de trahison et de collusion avec lOccident, pas même par les groupes de femmes.
Dans ce contexte général, on peut identifier trois stratégies principales dans le mouvement des femmes des communautés et pays musulmans:
1) Ladhésion des femmes aux groupes fondamentalistes, stratégie qui peut être considérée comme une forme dentrisme.
Les organisations de femmes sont variées : de celles qui participent au mouvement fondamentaliste, à celles qui uvrent pour des réformes dans le cadre de lislam, et à celles qui combattent pour la séparation du religieux et du politique et pour des lois laïques. En dépit de cette grande diversité de stratégies et de tendances, toutes ont intégré certains des concepts développés et utilisés par les fondamentalistes.
Elles ont notamment intégré la notion dun ennemi extérieur monolithique, ainsi que la crainte de trahir leur identité - définie comme identité de groupe plutôt que comme identité de femme au sein du groupe.
Dans une large mesure, elles acceptent aussi que la tradition soit définie, non comme une histoire vivante qui imprègne le présent et lavenir, mais comme une entité morte quil faut ranimer et préserver sous une forme ancienne imaginaire -. Et enfin, elles ne remettent pas en question le rôle central qui leur a été assigné dans les politiques identitaires.
Tout comme ceux qui ont longtemps vécu en absence de démocratie ont du mal à réinventer les pratiques démocratiques (même sils se sont battus pour en arriver là), les femmes ont aujourdhui du mal à imaginer librement et à forger les outils de la raison pour se démarquer des constructions idéologiques du discours fondamentaliste identitaire sur les femmes.
Il ne faut pas sous-estimer limpact de ce discours sur leur esprit. On en voit clairement les conséquences quand on assiste à leurs efforts pour remettre en cause, non seulement les pratiques fondamentalistes discriminatoires envers les femmes, mais aussi les prémisses qui les sous-tendent.
Le fait que les femmes intègrent la philosophie, les concepts et les hypothèses erronées des fondamentalistes a de nombreuses répercussions sur leurs stratégies.
Intégrer lidée que lislam est en danger et donc que la communauté est en danger - implique que, dans leur pratique, les femmes se plient à la théorie des priorités. Il devient donc facile de les manipuler politiquement. Puisque lunité du groupe est indispensable pour faire face à la menace, toutes les guerres, les tensions intercommunautaires, ou tout événement politique approprié seront utilisés pour forcer les femmes à se fondre et se confondre dans lunité nationale et à remettre à plus tard leurs revendications.
Nous pourrions en citer bien des exemples, en particulier laffaire Sheenaz Cheikh, que nous connaissons toutes (20). Quant au cas de lAlgérie, il a fait date dans la mesure où, après lindépendance, les femmes ont disparu de la scène politique et ont été forcées de renoncer à leurs demandes jusquà ces dernières années. Pendant des décennies, elles ont été totalement bernées (21). Même récemment, en Palestine, où les femmes tentent de mettre sur pied un mouvement autonome, la lutte de libération est naturellement prioritaire, et les luttes des femmes ne viendront encore quen second.
Dans les contextes musulmans, les femmes qui tentent de défendre leurs droits sont généralement accusées dêtre occidentalisées. Comme la gauche avant elles, on les accuse dimporter une idéologie étrangère quand elles demandent plus de justice sociale. Mais alors que la gauche réagissait en sappuyant sur les valeurs universelles, les femmes, pour leur part, acceptent les prémisses fondamentalistes selon lesquelles, en ce qui concerne la sphère privée, luniversalisme sert de couverture à limpérialisme occidental. Sur la question des femmes, il nest donc pas question de défendre les valeurs universelles de justice sociale. Cest pourquoi, au lieu den venir directement au fait, les femmes essaient dabord de démontrer quelles sont véritablement et authentiquement enracinées dans leur propre culture, quelles ne sont pas aliénées par des idéologies non indigènes, quelles ne font pas cause commune avec les ennemis de lextérieur.
Tentant en vain de se légitimer et de légitimer leurs luttes selon les critères fixés pour elles par les fondamentalistes, les femmes consacrent beaucoup de leur énergie et de leur temps précieux à se démarquer, en tant que féministes du Tiers Monde, des féministes occidentales - comme si lune et lautre de ces catégories nétaient que des agrégats homogènes dindividus indifférenciés et interchangeables, sans différences idéologiques, sans intérêts de classes et sans conflits. Dans une certaine mesure, on pourrait même dire que, de ce fait, les femmes acceptent la notion de la supériorité des musulmans sur les autres groupes, une xénophobie que les théologiens libéraux dénoncent comme contraire à lesprit de tolérance de lislam, mais qui, aujourdhui, fait partie intégrante des pratiques des gouvernements musulmans (22) et des fondamentalistes.
Il faut parfois beaucoup de temps pour que des individus osent transgresser le complexe de trahison, et se permettent didentifier leurs alliés, aussi bien au sein de leur communauté quà lextérieur. Cest seulement après avoir fait, encore et encore, lexpérience que le moment adéquat pour défendre les droits des femmes nest jamais atteint, mais toujours remis à plus tard, que les femmes osent enfin faire une percée hors de la forteresse de lidentité communautaire, nationale et religieuse. (Les raisons invoquées sont malheureusement parfois très convaincantes, comme cest le cas, par exemple, de la Palestine sous la botte dIsraël, ou, pour dautres raisons, du Pakistan sous Benazir (23) ou encore lors de la Guerre du Golfe).
Réactions et stratégies des femmes
Le réseau WLUML propose une sorte détape intermédiaire qui permet aux femmes qui vivent dans des contextes musulmans, lopportunité de sexprimer librement au sein dun espace protégé, sans interférence extérieure. Le réseau a entrepris un travail de recherche comparative transculturelle entre les différentes formes de lois et de modes de vie, dits musulmans, qui affectent les femmes, et donné un aperçu de leur imbrication avec les cultures locales - ce qui permet donc aux femmes de faire des distinctions essentielles, dans leur propre environnement, entre ce qui est spécifiquement religieux, ce qui découle de la tradition, et ce qui relève de lutilisation politique, de la religion et des traditions (24).
Des groupes se consacrent à la recherche de leurs antécédents féministes dans les communautés et les pays musulmans, non seulement dans le but de retrouver leur propre histoire en tant que femmes, mais aussi dans le vain espoir de mettre un terme aux accusations doccidentalisation de la droite, et détablir leur légitimité ; en exhumant des traditions pour montrer que, replacées dans leur contexte historique, celles-ci nétaient pas nécessairement défavorables aux femmes (25), on se place encore dans une perspective où les traditions sont définies comme relevant du passé et sopposent à la modernité, alors que la modernité nest que létat actuel, lévolution normale de la tradition et de la culture qui découlent du passé pour sadapter au contexte présent.
Il est toutefois important de souligner que les traditions qui étaient favorables aux femmes sont actuellement éradiquées (26). Cependant, nos législateurs introduisent de nouvelles traditions directement empruntées à la colonisation, sans jamais être accusés pour cela de trahison et de collusion avec lOccident, pas même par les groupes de femmes.
Dans ce contexte général, on peut identifier trois stratégies principales dans le mouvement des femmes des communautés et pays musulmans:
1) Ladhésion des femmes aux groupes fondamentalistes, stratégie qui peut être considérée comme une forme dentrisme.
Dune part, on évite ainsi de remettre en cause lidentité musulmane et on se libère de la crainte de trahir ; dautre part, parce quils ont à la fois la volonté et les fonds pour le faire, les groupes fondamentalistes offrent différents avantages et gratifications à leurs membres, comme des bourses détudes, des soins médicaux gratuits, des prêts sans intérêt, etc. Les adhérentes bénéficient également de la reconnaissance sociale et parentale, de droits et dencouragements à létude (bien quelles ne puissent pas choisir librement leur discipline, certains domaines du savoir étant interdits aux femmes), et des possibilités de choisir un mari au sein du groupe au lieu de faire un mariage arrangé, etc. (27). Les fondamentalistes sont les premiers à prendre en compte et à utiliser les femmes et leurs besoins, à essayer de les toucher et à les reconnaître comme une force politique quils peuvent manuvrer et essayer de gagner à leur cause. Un nombre croissant de femmes adhèrent aux groupes fondamentalistes à travers le monde. Nous ne pouvons pas nous contenter de minimiser ce phénomène social et politique majeur en stigmatisant leur aliénation idéologique. Nous ne pouvons pas non plus nous contenter de dire quon leur propose des avantages matériels quaucun autre groupe ne leur a jamais offerts. Nous pensons quune raison déterminante de leur choix est labsence dalternative - au niveau religieux, donc identitaire - jusquà récemment (28).
Cette alternative, présentée ci-dessous, pourrait répondre aux exigences philosophiques de celles qui ne peuvent pas travailler hors du cadre religieux, actuellement confisqué par les fondamentalistes.
2) La revendication pour les droits des femmes dans le cadre de lislam, au niveau religieux et culturel.
Bien quelles ne soient pas encore très visibles, les théologiennes et les historiennes féministes existent au sein du monde musulman. Elles représentent un courant idéologique très important et offrent une réelle alternative à la stratégie précédente.
Les théologiennes en quête dun islam véritable essaient actuellement de promouvoir une théologie de la libération dans lislam, en faisant revivre la tradition de réinterprétation du Coran.
Dans lhistoire récente, des théologiens ont payé de leur vie leurs travaux de réinterprétation (29). Les théologiennes estiment que même les exégètes progressistes du Coran ne se sont pas vraiment placés du point de vue des femmes. Retournant au texte arabe original, elles proposent, dans lesprit de ce quelles pensent être le véritable islam, leur propre interprétation des versets sur lesquels les fondamentalistes fondent précisément loppression des femmes (30). En outre, elles mettent laccent sur le contexte historique du texte, qui peut mener à des interprétations plus éclairées.
Dautre part, les historiennes tentent de retracer et de faire revivre lhistoire des femmes, pour montrer le rôle historique de certaines femmes dans la transformation des coutumes et des traditions ; elles montrent également que ce rôle nétait pas, alors, perçu comme une menace pour lidentité du groupe ni une coupure davec leurs racines culturelles ou religieuses.
Ces théologiennes et ces historiennes ont longtemps uvré dans lisolement. Elles ont à présent loccasion de se rencontrer et dunir leurs forces, et aussi de toucher leur véritable auditoire, à savoir les militantes des droits des femmes qui recherchent avidement ces connaissances.
Bien que leur approche soit considérée comme une trahison par les fondamentalistes, le fait de rester dans un cadre de pensée religieux permet aux femmes de tenir tête à ces accusations et de rester convaincues que leur stratégie les rapproche de la population.
Si, toutefois, ces théologiennes et ces historiennes gagnaient une grande audience, elles paieraient aussi de leur vie, tout comme leurs homologues masculins, leur travail religieux et philosophique et le changement social quil pourrait amener.
3. Le combat des femmes pour la laïcité et pour des lois adaptées à la conception actuelle des droits humains.
Ce sont elles qui subissent les attaques les plus violentes et qui se retrouvent sans protection, parce quelles sortent du cadre religieux et culturel.
Elles affirment ne pas avoir répudié leurs identités religieuse, culturelle et nationale, mais malgré cela, elles sont exclues.
Non seulement elles sont accusées et rejetées, mais, en outre, en tant quindividu, chacune est traitée comme si sa trahison mettait en danger toute la société et lensemble du monde musulman (31).
Elles soutiennent le principe que la religion est une affaire privée qui dépend du choix des individus, et demandent la séparation de la religion et de lEtat (32). Elles sappuient sur des valeurs qui ne sont la propriété ni des musulmans, ni de lOccident, et se tournent vers linternationalisme pour fonder leur légitimité, et développer des stratégies déchanges dinformation, de soutien, et de solidarité au-delà des frontières nationales, religieuses et culturelles.
Dans leur optique, linternationalisme ne transcende ni nefface lappartenance à une structure culturo-religieuse dans laquelle elles désirent senraciner ; il nest pas non plus en contradiction avec les formes de nationalisme issues de la conscience de limpérialisme et du souvenir de lépoque coloniale.
Bien quelles ne soient quune minorité, elles représentent la seule alternative à la politique identitaire définie par les fondamentalistes, le seul espoir daccepter, en chaque individu, la coexistence didentités multiples et non conflictuelles.
Cette alternative, présentée ci-dessous, pourrait répondre aux exigences philosophiques de celles qui ne peuvent pas travailler hors du cadre religieux, actuellement confisqué par les fondamentalistes.
2) La revendication pour les droits des femmes dans le cadre de lislam, au niveau religieux et culturel.
Bien quelles ne soient pas encore très visibles, les théologiennes et les historiennes féministes existent au sein du monde musulman. Elles représentent un courant idéologique très important et offrent une réelle alternative à la stratégie précédente.
Les théologiennes en quête dun islam véritable essaient actuellement de promouvoir une théologie de la libération dans lislam, en faisant revivre la tradition de réinterprétation du Coran.
Dans lhistoire récente, des théologiens ont payé de leur vie leurs travaux de réinterprétation (29). Les théologiennes estiment que même les exégètes progressistes du Coran ne se sont pas vraiment placés du point de vue des femmes. Retournant au texte arabe original, elles proposent, dans lesprit de ce quelles pensent être le véritable islam, leur propre interprétation des versets sur lesquels les fondamentalistes fondent précisément loppression des femmes (30). En outre, elles mettent laccent sur le contexte historique du texte, qui peut mener à des interprétations plus éclairées.
Dautre part, les historiennes tentent de retracer et de faire revivre lhistoire des femmes, pour montrer le rôle historique de certaines femmes dans la transformation des coutumes et des traditions ; elles montrent également que ce rôle nétait pas, alors, perçu comme une menace pour lidentité du groupe ni une coupure davec leurs racines culturelles ou religieuses.
Ces théologiennes et ces historiennes ont longtemps uvré dans lisolement. Elles ont à présent loccasion de se rencontrer et dunir leurs forces, et aussi de toucher leur véritable auditoire, à savoir les militantes des droits des femmes qui recherchent avidement ces connaissances.
Bien que leur approche soit considérée comme une trahison par les fondamentalistes, le fait de rester dans un cadre de pensée religieux permet aux femmes de tenir tête à ces accusations et de rester convaincues que leur stratégie les rapproche de la population.
Si, toutefois, ces théologiennes et ces historiennes gagnaient une grande audience, elles paieraient aussi de leur vie, tout comme leurs homologues masculins, leur travail religieux et philosophique et le changement social quil pourrait amener.
3. Le combat des femmes pour la laïcité et pour des lois adaptées à la conception actuelle des droits humains.
Ce sont elles qui subissent les attaques les plus violentes et qui se retrouvent sans protection, parce quelles sortent du cadre religieux et culturel.
Elles affirment ne pas avoir répudié leurs identités religieuse, culturelle et nationale, mais malgré cela, elles sont exclues.
Non seulement elles sont accusées et rejetées, mais, en outre, en tant quindividu, chacune est traitée comme si sa trahison mettait en danger toute la société et lensemble du monde musulman (31).
Elles soutiennent le principe que la religion est une affaire privée qui dépend du choix des individus, et demandent la séparation de la religion et de lEtat (32). Elles sappuient sur des valeurs qui ne sont la propriété ni des musulmans, ni de lOccident, et se tournent vers linternationalisme pour fonder leur légitimité, et développer des stratégies déchanges dinformation, de soutien, et de solidarité au-delà des frontières nationales, religieuses et culturelles.
Dans leur optique, linternationalisme ne transcende ni nefface lappartenance à une structure culturo-religieuse dans laquelle elles désirent senraciner ; il nest pas non plus en contradiction avec les formes de nationalisme issues de la conscience de limpérialisme et du souvenir de lépoque coloniale.
Bien quelles ne soient quune minorité, elles représentent la seule alternative à la politique identitaire définie par les fondamentalistes, le seul espoir daccepter, en chaque individu, la coexistence didentités multiples et non conflictuelles.
M.A. Hélie-Lucas
Source: Communication préparée pour la Table ronde du WIDER sur les Politiques identitaires, 8-10 octobre 1990, Helsinki, Finlande.
World Institute for Development Economics Research (WIDER)
Katajanokanlaituri 6B,
00160 Helsinki, Finlande.
Source: Communication préparée pour la Table ronde du WIDER sur les Politiques identitaires, 8-10 octobre 1990, Helsinki, Finlande.
World Institute for Development Economics Research (WIDER)
Katajanokanlaituri 6B,
00160 Helsinki, Finlande.
Notes de lauteur
(1) On assiste à différentes tentatives pour qualifier globalement le fondamentalisme, en termes politiques, religieux ou culturels, par exemple, de totalitarisme, de revivalisme, de traditionalisme, etc. Nous pensons que ces généralisations sont à la fois inadéquates et dangereuses. Voir : Roy, Oliver (1985) Fundamentalism, traditionalism and islam, in Telos no. 65, pp. 122-127. Voir aussi : Hanafi, Hassan (1987) The origins of violence in contemporary islam, Development n° 1, special issue on Culture and Ethnicity, pp. 56-61 ; et également Bassan Tibi, Neo-islamic Fundamentalism, Ibidem, pp. 62-66.
(2) De lAlgérie socialiste à la riche Arabie capitaliste, du Moyen Orient où lislam est né à lEtat pakistanais fondé en 1947 pour les musulmans ou aux pays dAfrique sub-saharienne récemment convertis, des pays arabes qui comptent près de 100% de musulmans aux minorités indiennes ou du Sri Lanka, etc.
(3) Que ce soit la Guerre du Golfe ou les émeutes dHindous-musulmans en Inde, etc.
(4) Voir, par exemple:
(1) On assiste à différentes tentatives pour qualifier globalement le fondamentalisme, en termes politiques, religieux ou culturels, par exemple, de totalitarisme, de revivalisme, de traditionalisme, etc. Nous pensons que ces généralisations sont à la fois inadéquates et dangereuses. Voir : Roy, Oliver (1985) Fundamentalism, traditionalism and islam, in Telos no. 65, pp. 122-127. Voir aussi : Hanafi, Hassan (1987) The origins of violence in contemporary islam, Development n° 1, special issue on Culture and Ethnicity, pp. 56-61 ; et également Bassan Tibi, Neo-islamic Fundamentalism, Ibidem, pp. 62-66.
(2) De lAlgérie socialiste à la riche Arabie capitaliste, du Moyen Orient où lislam est né à lEtat pakistanais fondé en 1947 pour les musulmans ou aux pays dAfrique sub-saharienne récemment convertis, des pays arabes qui comptent près de 100% de musulmans aux minorités indiennes ou du Sri Lanka, etc.
(3) Que ce soit la Guerre du Golfe ou les émeutes dHindous-musulmans en Inde, etc.
(4) Voir, par exemple:
Hélie-Lucas Marie-Aimée (1989) Stratégies of women and Womens movements in the Muslim world vis a vis fundamentalisms : from entrism to internationalism, in Women in the Middle East : Perceptions, Realities and Struggles for Liberation, ed. Haleh Afshar. London: MacMillan, 1993, 250 p.
Yazbeck Haddad, Yvonne (1984) The critic of the islamic Impact, Byron, Haines and Ellison Findlay, N.Y., Syracuse University Press.
Issawi, Charles, cité par Anwar H. Syed (1987) Race and Class, no. 3 vol XXVIII, Revitalising the Muslim Community. Cf. Issawi : Lislam ne privilégie pas de modes dorganisation de la production, mais ses injonctions relatives à la propriété ont des implications sur lorganisation économique. Tout dabord, il garantit le droit à la propriété des individus, des groupes et de la communauté. Beaucoup de pays africains ont en fait des économies mixtes. Leurs gouvernements contrôlent la banque, les assurances, le transport, les communications, lexploitation minière et la production industrielle à grande échelle. Ceci est en partie dû à la nationalisation dentreprises étrangères ou locales. En outre, ces gouvernements régissent le commerce et lindustrie dans le secteur privé. En tenant compte du fait que lislam désapprouve les revenus que lon n'a pas gagnés, lexploitation et lexcès dans tous les domaines, il serait également approprié de fixer des plafonds de profit dans les secteurs public et privé. Syed conclut : On saccorde à reconnaître que, depuis 661, aucun gouvernement musulman ne peut être qualifié dislamique.
(5) Cest spécialement évident quand il sagit de lOccident, ou de limpérialisme, mais cette analyse simpliste sapplique à tout autre ennemi extérieur. Sans nier limpérialisme en soi, il faudrait prendre conscience du fait quen présentant les sociétés occidentales comme entièrement homogènes, sans classes et sans castes, sans forces progressistes qui tentent de sopposer aux politiques de leurs gouvernements, on nous prive de la possibilité détablir des alliances fructueuses et de renforcer la connaissance, la prise de conscience et les activités les unes des autres. Ceci est extrêmement préjudiciable aux deux parties, car nos perspectives sen trouvent réduites. Dans nos pays, les marxistes il y a trente ans, et les féministes plus récemment, ont renoncé aux alliances positives, de crainte dêtre accusés de faire cause commune avec lOccident et dimporter des idéologies étrangères. De même, le fait que les médias occidentaux aient de plus en plus tendance à présenter lislam aujourdhui comme un démon menaçant (à la place des rouges) va mettre en branle le même mécanisme.
(6) LAlgérie est un très bon exemple de la manière dont les revendications des femmes ont été déclarées non prioritaires durant la lutte de libération et par la suite ; malgré leurs tentatives pour éviter un tel piège, il nest pas sûr que les Palestiniennes soient en mesure de faire avancer leurs revendications, alors que leur peuple subit une telle pression. Cf : Hélie-Lucas, Marie-Aimée (1988) The role of Women during the Algerian Liberation Struggle and after, in Women and the Military System, pp. 171-190, ed. Eva Isakon, Harvester-Weatsheaf, Londres.
(7) On peut voir, dans le voile des femmes, un signe de leur identité enfermée et de lapartheid de toute la société.
(8) Au cours des trente dernières années, lislam sest propagé très rapidement à travers lAfrique. Le mouvement de retour à nos traditions na pas mené à un retour à lanimisme, mais au choix de lislam - la religion des marchands desclaves - contre la Chrétienté - la religion des colonisateurs.
(9) Cf. Claudia Koonz, (1986), Mothers in the Fatherland / Women in the Family and Nazi Politics, St Martins Press, New York. Cf. Cahiers du Féminisme, novembre 1990, sur les femmes et le nazisme.
(10) Cf. Dossiers Women Living Under Muslim Laws, numéros 1 à 6 (1986-1989).
(11) Cf. M.A. Hélie-Lucas, La politique de formation en Algérie, comme indicateur dune situation de classe, Les Temps Modernes, numéro spécial, Du Maghreb, Paris, 1974. Cf. M.A. Hélie Lucas, Women in the Algerian Liberation struggle and after, Conférence présentée à lInstitut Transnational à Amsterdam, 1984.
(12) Cf. Documents Women Living Under Muslim Laws, Programme déchange (1988) et Plan dAction dAramon (1986).
(13) En 1988, le réseau Femmes sous lois musulmanes a organisé un Programme déchanges, qui a permis des séjours déchanges entre des femmes de 18 pays différents ; elles ont été accueillies par des groupes de femmes qui les ont introduites à la diversité de cultures et de pratiques, que toutes pensaient être inspirées de la religion. Elles ont ainsi pu analyser, dans leur propre situation, ce qui relève de la religion, ce qui relève de la culture et ce qui relève de lutilisation politique des deux, ou, comme le disait Salma Sobhan : cela nous aide à analyser comment tous ces fils ont servi à tisser lhabit particulier que les femmes doivent porter de gré ou de force.
(14) Le débat sur la question des femmes et la nature de lEtat est très important chez les féministes des pays musulmans ; Deniz Kandiyoti (Turquie), Haleh Afshar (Iran), Kumari Jawardena (Sri Lanka), Amrita Chhachhi (Inde), Naila Kabeer (Bengla Desh), Ayesha Jalal (Pakistan), Afsaneh Najmabadi (Iran), Margot Badran (Egypte), etc., ont écrit sur la question.
(15) Y compris en Occident : en France comme en Grande-Bretagne, le débat sur le respect des autres cultures fait rage depuis quelques années. La gauche traditionnelle, enfermée dans sa culpabilité coloniale blanche, craint tellement dêtre taxée de racisme quelle a perdu tout sens critique et est prête à couvrir des crimes contre les femmes au nom du respect de la culture, alors que les féministes tentent de sassocier aux revendications des femmes sur le plan local. Un exemple dalliance très fructueuse de ce type est lexcellente association, Femmes contre le fondamentalisme, située à Londres, qui se bat contre le fondamentalisme chrétien en Irlande, le fondamentalisme musulman et le racisme en Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne a accepté la création décoles séparées pour les jeunes musulmanes. Ces écoles ont un programme totalement différent de celui des écoles britanniques pour les jeunes Anglais et des écoles musulmanes pour les jeunes garçons musulmans. En France, les femmes (françaises et émigrées) qui poursuivent en justice les parents qui pratiquent lexcision sur leurs petites filles sont très violemment attaquées, aussi bien par les fondamentalistes de toutes obédiences, que par la gauche libérale, qui soutient le droit à la différence.
(16) Le 15 mars 1990, le Conseil révolutionnaire irakien (Iraki Revolutionary Command Council) a déclaré légal quun Irakien tue sa mère, ses épouses, ses filles, ses nièces et ses cousines paternelles si celles-ci étaient accusées de zina (fornication et adultère) ; le décret spécifiait quil ne pouvait pas être traduit en justice pour avoir agi en juge et bourreau des femmes soupçonnées, qui navaient donc aucune possibilité de tenter de prouver leur innocence. Pendant des décennies (jusquà la Guerre du Golfe), le gouvernement irakien a été le principal exemple dun Etat arabe laïque, dont les lois et les politiques nétaient pas fondées sur les interprétations coraniques ; le fait que, pour rédiger ce décret, le gouvernement irakien se soit inspiré dautres Etats musulmans (et quil soit allé plus loin, à la grande horreur des croyants qui ont élevé des protestations) est passé presque inaperçu, sauf des femmes militantes, à lintérieur et en dehors du monde musulman.
(17) A condition que lancien mari soit satisfait de la façon dont elle les élève, autrement, il peut les reprendre, car il est seul à en avoir la tutelle ; les mères ne peuvent se remarier sans perdre leurs enfants ; elles doivent également résider assez près du domicile de leur ex-mari afin que ce dernier puisse exercer son droit de contrôle sur léducation des enfants, aussi souvent quil le désire. En dautres termes, les mères servent de main-duvre à bon marché pour élever les petits enfants tandis que les pères gardent tous les droits.
(18) La recherche menée par des femmes au cours de la mise en oeuvre de "Programme déchanges Femmes sous lois musulmanes" a attiré notre attention sur ce problème. Une des chercheuses qui est entrée en contact avec le groupe fondamentaliste Arkam, en Malaisie, a pu étudier leur charte : ils sont implantés dans plusieurs pays du monde musulman et dans des pays dimmigration, tels que lAustralie. Ils vivent en autarcie, possèdent des usines et font face à leurs propres besoins. Leur communauté est plus quaisée, ils ont des pensionnaires des deux sexes, évidemment séparés, qui étudient dans la communauté. Les femmes qui adhérent aux groupes fondamentalistes soutiennent généralement quelles y gagnent liberté de mouvement, bourses détude, soins médicaux gratuits pour elles et pour leur famille, prêts sans intérêts, etc.
(19) Il faut à tout prix des investigations sur la provenance et lutilisation des fonds dont disposent les fondamentalistes. Nous pensons que les sources de financement les plus évidentes ne sont pas les seules, et nous avons récemment découvert quun financement important vient des U.S.A. ; nous savons aussi que les fonds en provenance dun pays A vont dans un pays B, afin de financer la formation militaire des jeunes dun pays C. Il est donc très difficile den suivre la filière. En ce qui concerne les ventes darmes, nous souhaitons des investigations qui prennent en compte aussi bien les marchands darmes que les acheteurs.
(20) Cf. Women Living Under Muslim Laws, Dossier 1 et 2 (1986).
(21) Cf. Hélie-Lucas, Marie-Aimée (1984) Bound and Gagged by the Family Code, reproduit dans Women Living Under Muslim Laws, Dossier 5/6 (1989).
(22) Si lon se réfère non pas à lislam tel quil devrait être, mais aux musulmans tels quils sont, sous linfluence de lidéologie fondamentaliste.
(23) Sous Benazir Bhutto, les femmes pakistanaises ont reproduit lexpérience des femmes algériennes sous le socialisme spécifique : de peur de donner aux fondamentalistes des raisons pour attaquer le gouvernement légal, elles nont émis aucune revendication qui aurait pu aggraver la situation, et ont perdu ainsi un temps précieux.
(24) Cf. les Documents du Programme déchanges Femmes sous lois musulmanes (1988).
(25) La plupart des théologiens et des interprètes progressistes du Coran introduisent un facteur historique dans leur analyse de lamélioration apportée par le Prophète Mohamed dans la vie des femmes ; ainsi, ils citent son opposition au meurtre des bébés filles. Dautres font des recherches sur le droit des femmes à mettre un terme à leur mariage et à posséder des biens, etc., en se plaçant aussi bien dans la perspective des droits religieux que des droits coutumiers.
(26) Ainsi, dans la tradition arabe et du Moyen-Orient, les femmes gardaient le nom de leur père toute leur vie et sappelaient X, fille dY (ou encore X, mère de Z). Les bureaucrates nous imposent à présent la tradition occidentale du nom du mari. Etant donné le nombre de divorces et de répudiations, les femmes devront porter 4 à 5 noms différents au cours de leur vie. Leur sens de lidentité en sera certainement ébranlé. Les bureaucrates ne semblent pas troublés par lintroduction dune tradition si étrangère à la nôtre.
(27) Les femmes qui adhèrent aux mouvements fondamentalistes soutiennent quelles en tirent tous ces avantages ; ceci paraît se passer de commentaires. Cependant, il faut admettre que ni la gauche ni les gouvernements nont même prétendu pourvoir aux besoins des populations, comme les fondamentalistes lont fait. Ainsi, en Algérie, vers la fin des années 70, alors quil ny avait ni produits alimentaires sur le marché, ni vêtements à acheter dans les boutiques (à nimporte quel prix), ce sont les Frères musulmans qui distribuaient la semoule (qui sert de base pour le couscous, plat très populaire), ainsi que la robe islamique, à la mosquée, le vendredi. Cest ainsi que le modèle du hijab iranien, inconnu en Algérie, a été introduit dans notre pays. Les Frères musulmans en Algérie et les groupes fondamentalistes dans beaucoup dautres pays sont les seuls à avoir aussi bien la volonté que largent pour se permettre dêtre populistes. Cet argent vient manifestement de différents Etats, ce qui leur permet de générer des revenus et de financer leurs projets : la puissante association Arkam, à qui une militante a rendu visite en Malaisie, a des filiales dans de nombreux pays dAsie et dAfrique, ainsi que dans des pays non musulmans (telle lAustralie) ; ils possèdent des usines, produisent pour leurs propres communautés, qui vivent en autarcie, disposent de bourses détude, décoles, déducation religieuse, etc.
(28) En 1986, le réseau Femmes sous lois musulmanes décida de collecter et de diffuser linformation sur les interprétations progressistes de lislam ; ce projet a évolué ensuite vers lidentification dexégètes féministes du Coran, et la diffusion de leurs travaux. En 1988, un groupe de travail international sur linterprétation féministe du Coran a été formé et a tenu sa première réunion à Karachi, en Juillet 1990 ; depuis lors, le groupe a tenu dautres réunions et diffuse ses travaux dans le réseau Femmes sous lois musulmanes.
(29) Les interprètes progressistes du Coran ont souvent payé de leur vie leur volonté de poursuivre lIjtihad. Tahar Haddad a été persécuté en Tunisie ; ces dernières années, Ashgar Ali Engineer a échappé aux bombes, en Inde, et le Soudanais, Nour Mahmoud Mohamed Tahir, a été tué en 1984 ; ses livres ont été brûlés publiquement, son corps enterré dans un endroit tenu secret, pour éviter quil ne devienne un lieu de pèlerinage ; toute personne trouvée en possession dune copie de ses ouvrages est poursuivie.
(30) Cf. différentes publications du réseau Femmes sous lois musulmanes : Information Kit on marriage contracts and the Delegated Right of Divorce Talaq et Tafwez, 1989. Proceedings of the Meeting on Interpretations of the Koran by Women, 1991. Les femmes dans le Coran - kit dinformation préparé pour la réunion du groupe de travail sur les interprétations coraniques par les femmes, Femmes sous lois musulmanes, Karachi, Juillet 1990. Women in the Quran - information kit prepared for Women Living Under Muslim Laws, International Meeting on Quranic Interpretation by Women, July 1990, Karachi.
(31) Laffaire Rushdie illustre bien laffirmation des fondamentalistes, selon laquelle tout individu peut constituer une menace pour lensemble de lislam.
(32) Au premier rang du combat pour la laïcité et la séparation de la religion et de lEtat, il y a les Algériennes, dont les prises de position sont publiées dans le Dossier n° 9/10, Women Living Under Muslim Laws.
Yazbeck Haddad, Yvonne (1984) The critic of the islamic Impact, Byron, Haines and Ellison Findlay, N.Y., Syracuse University Press.
Issawi, Charles, cité par Anwar H. Syed (1987) Race and Class, no. 3 vol XXVIII, Revitalising the Muslim Community. Cf. Issawi : Lislam ne privilégie pas de modes dorganisation de la production, mais ses injonctions relatives à la propriété ont des implications sur lorganisation économique. Tout dabord, il garantit le droit à la propriété des individus, des groupes et de la communauté. Beaucoup de pays africains ont en fait des économies mixtes. Leurs gouvernements contrôlent la banque, les assurances, le transport, les communications, lexploitation minière et la production industrielle à grande échelle. Ceci est en partie dû à la nationalisation dentreprises étrangères ou locales. En outre, ces gouvernements régissent le commerce et lindustrie dans le secteur privé. En tenant compte du fait que lislam désapprouve les revenus que lon n'a pas gagnés, lexploitation et lexcès dans tous les domaines, il serait également approprié de fixer des plafonds de profit dans les secteurs public et privé. Syed conclut : On saccorde à reconnaître que, depuis 661, aucun gouvernement musulman ne peut être qualifié dislamique.
(5) Cest spécialement évident quand il sagit de lOccident, ou de limpérialisme, mais cette analyse simpliste sapplique à tout autre ennemi extérieur. Sans nier limpérialisme en soi, il faudrait prendre conscience du fait quen présentant les sociétés occidentales comme entièrement homogènes, sans classes et sans castes, sans forces progressistes qui tentent de sopposer aux politiques de leurs gouvernements, on nous prive de la possibilité détablir des alliances fructueuses et de renforcer la connaissance, la prise de conscience et les activités les unes des autres. Ceci est extrêmement préjudiciable aux deux parties, car nos perspectives sen trouvent réduites. Dans nos pays, les marxistes il y a trente ans, et les féministes plus récemment, ont renoncé aux alliances positives, de crainte dêtre accusés de faire cause commune avec lOccident et dimporter des idéologies étrangères. De même, le fait que les médias occidentaux aient de plus en plus tendance à présenter lislam aujourdhui comme un démon menaçant (à la place des rouges) va mettre en branle le même mécanisme.
(6) LAlgérie est un très bon exemple de la manière dont les revendications des femmes ont été déclarées non prioritaires durant la lutte de libération et par la suite ; malgré leurs tentatives pour éviter un tel piège, il nest pas sûr que les Palestiniennes soient en mesure de faire avancer leurs revendications, alors que leur peuple subit une telle pression. Cf : Hélie-Lucas, Marie-Aimée (1988) The role of Women during the Algerian Liberation Struggle and after, in Women and the Military System, pp. 171-190, ed. Eva Isakon, Harvester-Weatsheaf, Londres.
(7) On peut voir, dans le voile des femmes, un signe de leur identité enfermée et de lapartheid de toute la société.
(8) Au cours des trente dernières années, lislam sest propagé très rapidement à travers lAfrique. Le mouvement de retour à nos traditions na pas mené à un retour à lanimisme, mais au choix de lislam - la religion des marchands desclaves - contre la Chrétienté - la religion des colonisateurs.
(9) Cf. Claudia Koonz, (1986), Mothers in the Fatherland / Women in the Family and Nazi Politics, St Martins Press, New York. Cf. Cahiers du Féminisme, novembre 1990, sur les femmes et le nazisme.
(10) Cf. Dossiers Women Living Under Muslim Laws, numéros 1 à 6 (1986-1989).
(11) Cf. M.A. Hélie-Lucas, La politique de formation en Algérie, comme indicateur dune situation de classe, Les Temps Modernes, numéro spécial, Du Maghreb, Paris, 1974. Cf. M.A. Hélie Lucas, Women in the Algerian Liberation struggle and after, Conférence présentée à lInstitut Transnational à Amsterdam, 1984.
(12) Cf. Documents Women Living Under Muslim Laws, Programme déchange (1988) et Plan dAction dAramon (1986).
(13) En 1988, le réseau Femmes sous lois musulmanes a organisé un Programme déchanges, qui a permis des séjours déchanges entre des femmes de 18 pays différents ; elles ont été accueillies par des groupes de femmes qui les ont introduites à la diversité de cultures et de pratiques, que toutes pensaient être inspirées de la religion. Elles ont ainsi pu analyser, dans leur propre situation, ce qui relève de la religion, ce qui relève de la culture et ce qui relève de lutilisation politique des deux, ou, comme le disait Salma Sobhan : cela nous aide à analyser comment tous ces fils ont servi à tisser lhabit particulier que les femmes doivent porter de gré ou de force.
(14) Le débat sur la question des femmes et la nature de lEtat est très important chez les féministes des pays musulmans ; Deniz Kandiyoti (Turquie), Haleh Afshar (Iran), Kumari Jawardena (Sri Lanka), Amrita Chhachhi (Inde), Naila Kabeer (Bengla Desh), Ayesha Jalal (Pakistan), Afsaneh Najmabadi (Iran), Margot Badran (Egypte), etc., ont écrit sur la question.
(15) Y compris en Occident : en France comme en Grande-Bretagne, le débat sur le respect des autres cultures fait rage depuis quelques années. La gauche traditionnelle, enfermée dans sa culpabilité coloniale blanche, craint tellement dêtre taxée de racisme quelle a perdu tout sens critique et est prête à couvrir des crimes contre les femmes au nom du respect de la culture, alors que les féministes tentent de sassocier aux revendications des femmes sur le plan local. Un exemple dalliance très fructueuse de ce type est lexcellente association, Femmes contre le fondamentalisme, située à Londres, qui se bat contre le fondamentalisme chrétien en Irlande, le fondamentalisme musulman et le racisme en Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne a accepté la création décoles séparées pour les jeunes musulmanes. Ces écoles ont un programme totalement différent de celui des écoles britanniques pour les jeunes Anglais et des écoles musulmanes pour les jeunes garçons musulmans. En France, les femmes (françaises et émigrées) qui poursuivent en justice les parents qui pratiquent lexcision sur leurs petites filles sont très violemment attaquées, aussi bien par les fondamentalistes de toutes obédiences, que par la gauche libérale, qui soutient le droit à la différence.
(16) Le 15 mars 1990, le Conseil révolutionnaire irakien (Iraki Revolutionary Command Council) a déclaré légal quun Irakien tue sa mère, ses épouses, ses filles, ses nièces et ses cousines paternelles si celles-ci étaient accusées de zina (fornication et adultère) ; le décret spécifiait quil ne pouvait pas être traduit en justice pour avoir agi en juge et bourreau des femmes soupçonnées, qui navaient donc aucune possibilité de tenter de prouver leur innocence. Pendant des décennies (jusquà la Guerre du Golfe), le gouvernement irakien a été le principal exemple dun Etat arabe laïque, dont les lois et les politiques nétaient pas fondées sur les interprétations coraniques ; le fait que, pour rédiger ce décret, le gouvernement irakien se soit inspiré dautres Etats musulmans (et quil soit allé plus loin, à la grande horreur des croyants qui ont élevé des protestations) est passé presque inaperçu, sauf des femmes militantes, à lintérieur et en dehors du monde musulman.
(17) A condition que lancien mari soit satisfait de la façon dont elle les élève, autrement, il peut les reprendre, car il est seul à en avoir la tutelle ; les mères ne peuvent se remarier sans perdre leurs enfants ; elles doivent également résider assez près du domicile de leur ex-mari afin que ce dernier puisse exercer son droit de contrôle sur léducation des enfants, aussi souvent quil le désire. En dautres termes, les mères servent de main-duvre à bon marché pour élever les petits enfants tandis que les pères gardent tous les droits.
(18) La recherche menée par des femmes au cours de la mise en oeuvre de "Programme déchanges Femmes sous lois musulmanes" a attiré notre attention sur ce problème. Une des chercheuses qui est entrée en contact avec le groupe fondamentaliste Arkam, en Malaisie, a pu étudier leur charte : ils sont implantés dans plusieurs pays du monde musulman et dans des pays dimmigration, tels que lAustralie. Ils vivent en autarcie, possèdent des usines et font face à leurs propres besoins. Leur communauté est plus quaisée, ils ont des pensionnaires des deux sexes, évidemment séparés, qui étudient dans la communauté. Les femmes qui adhérent aux groupes fondamentalistes soutiennent généralement quelles y gagnent liberté de mouvement, bourses détude, soins médicaux gratuits pour elles et pour leur famille, prêts sans intérêts, etc.
(19) Il faut à tout prix des investigations sur la provenance et lutilisation des fonds dont disposent les fondamentalistes. Nous pensons que les sources de financement les plus évidentes ne sont pas les seules, et nous avons récemment découvert quun financement important vient des U.S.A. ; nous savons aussi que les fonds en provenance dun pays A vont dans un pays B, afin de financer la formation militaire des jeunes dun pays C. Il est donc très difficile den suivre la filière. En ce qui concerne les ventes darmes, nous souhaitons des investigations qui prennent en compte aussi bien les marchands darmes que les acheteurs.
(20) Cf. Women Living Under Muslim Laws, Dossier 1 et 2 (1986).
(21) Cf. Hélie-Lucas, Marie-Aimée (1984) Bound and Gagged by the Family Code, reproduit dans Women Living Under Muslim Laws, Dossier 5/6 (1989).
(22) Si lon se réfère non pas à lislam tel quil devrait être, mais aux musulmans tels quils sont, sous linfluence de lidéologie fondamentaliste.
(23) Sous Benazir Bhutto, les femmes pakistanaises ont reproduit lexpérience des femmes algériennes sous le socialisme spécifique : de peur de donner aux fondamentalistes des raisons pour attaquer le gouvernement légal, elles nont émis aucune revendication qui aurait pu aggraver la situation, et ont perdu ainsi un temps précieux.
(24) Cf. les Documents du Programme déchanges Femmes sous lois musulmanes (1988).
(25) La plupart des théologiens et des interprètes progressistes du Coran introduisent un facteur historique dans leur analyse de lamélioration apportée par le Prophète Mohamed dans la vie des femmes ; ainsi, ils citent son opposition au meurtre des bébés filles. Dautres font des recherches sur le droit des femmes à mettre un terme à leur mariage et à posséder des biens, etc., en se plaçant aussi bien dans la perspective des droits religieux que des droits coutumiers.
(26) Ainsi, dans la tradition arabe et du Moyen-Orient, les femmes gardaient le nom de leur père toute leur vie et sappelaient X, fille dY (ou encore X, mère de Z). Les bureaucrates nous imposent à présent la tradition occidentale du nom du mari. Etant donné le nombre de divorces et de répudiations, les femmes devront porter 4 à 5 noms différents au cours de leur vie. Leur sens de lidentité en sera certainement ébranlé. Les bureaucrates ne semblent pas troublés par lintroduction dune tradition si étrangère à la nôtre.
(27) Les femmes qui adhèrent aux mouvements fondamentalistes soutiennent quelles en tirent tous ces avantages ; ceci paraît se passer de commentaires. Cependant, il faut admettre que ni la gauche ni les gouvernements nont même prétendu pourvoir aux besoins des populations, comme les fondamentalistes lont fait. Ainsi, en Algérie, vers la fin des années 70, alors quil ny avait ni produits alimentaires sur le marché, ni vêtements à acheter dans les boutiques (à nimporte quel prix), ce sont les Frères musulmans qui distribuaient la semoule (qui sert de base pour le couscous, plat très populaire), ainsi que la robe islamique, à la mosquée, le vendredi. Cest ainsi que le modèle du hijab iranien, inconnu en Algérie, a été introduit dans notre pays. Les Frères musulmans en Algérie et les groupes fondamentalistes dans beaucoup dautres pays sont les seuls à avoir aussi bien la volonté que largent pour se permettre dêtre populistes. Cet argent vient manifestement de différents Etats, ce qui leur permet de générer des revenus et de financer leurs projets : la puissante association Arkam, à qui une militante a rendu visite en Malaisie, a des filiales dans de nombreux pays dAsie et dAfrique, ainsi que dans des pays non musulmans (telle lAustralie) ; ils possèdent des usines, produisent pour leurs propres communautés, qui vivent en autarcie, disposent de bourses détude, décoles, déducation religieuse, etc.
(28) En 1986, le réseau Femmes sous lois musulmanes décida de collecter et de diffuser linformation sur les interprétations progressistes de lislam ; ce projet a évolué ensuite vers lidentification dexégètes féministes du Coran, et la diffusion de leurs travaux. En 1988, un groupe de travail international sur linterprétation féministe du Coran a été formé et a tenu sa première réunion à Karachi, en Juillet 1990 ; depuis lors, le groupe a tenu dautres réunions et diffuse ses travaux dans le réseau Femmes sous lois musulmanes.
(29) Les interprètes progressistes du Coran ont souvent payé de leur vie leur volonté de poursuivre lIjtihad. Tahar Haddad a été persécuté en Tunisie ; ces dernières années, Ashgar Ali Engineer a échappé aux bombes, en Inde, et le Soudanais, Nour Mahmoud Mohamed Tahir, a été tué en 1984 ; ses livres ont été brûlés publiquement, son corps enterré dans un endroit tenu secret, pour éviter quil ne devienne un lieu de pèlerinage ; toute personne trouvée en possession dune copie de ses ouvrages est poursuivie.
(30) Cf. différentes publications du réseau Femmes sous lois musulmanes : Information Kit on marriage contracts and the Delegated Right of Divorce Talaq et Tafwez, 1989. Proceedings of the Meeting on Interpretations of the Koran by Women, 1991. Les femmes dans le Coran - kit dinformation préparé pour la réunion du groupe de travail sur les interprétations coraniques par les femmes, Femmes sous lois musulmanes, Karachi, Juillet 1990. Women in the Quran - information kit prepared for Women Living Under Muslim Laws, International Meeting on Quranic Interpretation by Women, July 1990, Karachi.
(31) Laffaire Rushdie illustre bien laffirmation des fondamentalistes, selon laquelle tout individu peut constituer une menace pour lensemble de lislam.
(32) Au premier rang du combat pour la laïcité et la séparation de la religion et de lEtat, il y a les Algériennes, dont les prises de position sont publiées dans le Dossier n° 9/10, Women Living Under Muslim Laws.
---------------------
© Women Living Under Muslim Laws
Mis en ligne le 02 novembre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











