Islam
Ne pas céder à la terreur islamiste, I. Rioufol
«Churchill aussi aurait pu éviter les bombes sur Londres, en se couchant devant Hitler.»
Extraits du Bloc-notes d'Ivan Rioufol, dans Le Figaro du 15 juillet 2005
La terreur, au nom de l'Islam
A quoi bon le nier ? L'Islam est un problème pour l'Occident. Et il revient aux très nombreux musulmans éclairés, horrifiés par la barbarie qui a frappé la Grande-Bretagne en leur nom, d'admettre l'urgence d'une lecture critique du Coran. Car c'est bien le même livre qui invite à vivre paisiblement et qui attise la haine d'une poignée de fanatiques contre les «infidèles». Les quatre jeunes kamikazes de Londres, d'origine pakistanaise, étaient nés et avaient été élevés en Angleterre. Ils étaient jusqu'alors bons dévots.
Le procès en islamophobie, porté par les moralisateurs professionnels, fait le jeu des intégristes. Oeuvrant à la réislamisation de leurs «frères et soeurs», ils font obstacle à un aggiornamento du Coran, au prétexte qu'il aurait été dicté par Dieu. Ce faisant, ils justifient la perpétuation du djihad par le prosélytisme - un rapport confidentiel de l'Education nationale a montré, en juin 2004, comment le fondamentalisme s'est installé au coeur de l'école publique (1) - ou par la violence, dont le prophète guerrier sut faire usage.
La bien-pensance réprouve le procédé des citations. Elle estime que des propos belliqueux se retrouvent aussi dans la Torah ou l'Evangile. Mais c'est oublier que juifs et chrétiens ont su dépasser la lettre, tandis que l'Islam est resté un code de conduite impératif. Le Coran dit par exemple, parlant des «mécréants» (sourate 2, verset 191) : «Et tuez-les, où que vous les rencontriez (...)» ; ou encore (sourate 8, verset 17) : «Ce n'est pas vous qui les avez tués ; mais c'est Allah qui les a tués (...)», etc. (2).
Aller à la source - les appels à trucider les juifs et les chrétiens se comptent par dizaines - fait comprendre ce qu'est cette idéologie conquérante, raciste, sexiste.
[Tous les musulmans] ne se reconnaissent pas dans ces exterminateurs de «Croisés». Mais ils ne peuvent refuser de considérer la part de responsabilité du système islamique dans les dérives sectaires et mortifères. Même si les lectures extrêmes ne sont pratiquées que par 1% des membres de la communauté, cela représente, pour la seule Grande-Bretagne, 15000 à 20000 illuminés agissant au nom d'une religion dévoyée.
Les musulmans, premiers concernés
Quand l'assassin du cinéaste néerlandais Theo Van Gogh affirme, mardi devant le tribunal d'Amsterdam, avoir tué «au nom de sa religion» en se disant prêt «à refaire la même chose», il parle comme les islamistes du Moyen-Orient et d'ailleurs. Ceux-là égorgent devant des vidéos, se font sauter dans des transports en commun, dissimulent des bombes dans des marchés publics, tuent des enfants et des adolescents (32 morts à Bagdad, mercredi). Maroco-néerlandais, Mohamed Bouyeri, 27 ans, s'est présenté devant ses juges, coiffé d'un keffieh palestinien, le Coran à la main. Il est le produit de la radicalisation de descendants d'immigrés, observée aussi dans des cités françaises.
Il est trop simple d'assurer que l'intégrisme et ses terreurs cesseront lorsque le conflit israélo-palestinien sera résolu et que l'occupation en Irak aura pris fin. Ce raisonnement est partagé par la majorité des commentateurs, avec les encouragements des prêcheurs. Mais il sonne creux. Bouyeri a égorgé Van Gogh parce que le descendant du peintre critiquait l'Islam et ses entreprises de déstabilisation du monde. Il a menacé de mort la parlementaire néerlandaise et musulmane, Ayaan Hirs Ali, parce qu'elle ose dire (Bloc-notes du 20 mai 2005) : «Le problème, c'est le prophète et le Coran (...) Il y a des graines de fascisme dans l'Islam.»
Les nouveaux musulmans d'Europe ont choisi de vivre en harmonie dans un Occident laïc et tolérant. Leur religion n'est pas en cause. Cependant, la montée en puissance d'un obscurantisme se comportant en pays conquis devrait les inciter à porter témoignage de leur attachement à la démocratie, en acceptant d'ouvrir les yeux sur la face noire d'un islam perverti, qui exalte la mort. Tony Blair a eu raison de se dire «fier», lundi, de la communauté de Grande-Bretagne qui a condamné les «actes impies». Mais cette réprobation était la moindre des choses.
Pourquoi ne pas aller plus loin ? Des musulmans ont su se mobiliser, en 2003, pour dénoncer, avec bien d'autres, la guerre en Irak. De semblables manifestations contre le terrorisme islamiste seraient un message autrement plus lisible, aux yeux d'une opinion inquiète, que les communiqués d'indignation.
Résistance : l'exemple anglais
Ce que l'Europe pacifiste se refuse à voir : c'est une guerre qui a été déclarée contre l'Occident par l'islamisme, le 11 septembre 2001, avec les attentats contre New York et Washington. C'est cette même guerre qui a frappé Madrid le 11 mars 2004, Londres le 7 juillet 2005 et qui menace chaque pays d'Europe, y compris la France. Cette même guerre qui, partout dans le monde en réalité, oppose les Fous de Dieu aux autres religions, y compris les musulmans sécularisés d'Europe et les animistes du Darfour. Et il faudrait applaudir ce totalitarisme en marche ?
Pour avoir souvent dénoncé ici l'esprit capitulard des «antiguerre», prêts à acheter leur sécurité au prix de compréhensions apportées à l'islamisme et de concessions faites aux tyrannies moyen-orientales, l'attitude des Britanniques sauve l'honneur. Alors que Jose Luis Zapatero avait, après le 11 mars 2004, retiré les troupes espagnoles d'Irak, Tony Blair et son peuple montrent, une nouvelle fois, ce qu'est le courage. Même le chauffeur du bus de la ligne 30, soufflé par une des quatre bombes, a repris son travail lundi. Chapeau bas.
Les démocraties ne sont pas coupables de leur réussite. Or, en refusant de désigner leur ennemi - le «nazislamisme» et son culte de l'homme supérieur - et la nature du danger - une guerre mondiale d'un type nouveau -, elles se comportent comme si elles acceptaient déjà d'être soumises. La commémoration, cette semaine, du dixième anniversaire du massacre de 8 000 musulmans de Srebrenica par des Serbes ne doit pas exonérer pour autant le fondamentalisme. Qui parle du sort des chrétiens des Balkans, notamment au Kosovo ?
Il est beaucoup reproché à George W. Bush et à Tony Blair d'avoir attisé la fureur d'al-Qaida par leur intervention en Irak : elle aura pourtant chassé un dictateur qui subventionnait les familles des bombes humaines palestiniennes et qui avait applaudi au 11 septembre. Et, si les deux chefs d'Etat ont commis des erreurs - mais comment combattre efficacement une nébuleuse ? -, ils restent les figures symbolisant la résistance des démocraties face à la «culture de la haine». Churchill aussi aurait pu éviter les bombes sur Londres, en se couchant devant Hitler.
Ivan Rioufol
© I. Rioufol et Le Figaro
(1) Rapport Obin «sur les signes et manifestations d'appartenances religieuses dans les établissements scolaires», déjà cité ici. [Lire le texte du rapport "Enseigner un métier pour demain" http://www.education.gouv.fr/rapport/obin.pdf, en format pdf. Note de Menahem Macina.]
(2) La traduction est celle proposée par l'Union des organisations islamiques de France sur son site Internet.
[Texte diffusé par le Centre d'Information et de Documentation Démocratie et Moyen-Orient (CID), à Bruxelles. Il nous a été aimablement communiqué par Norbert Lipszyc.]
Mis en ligne le 22 juillet 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org











