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Incitation à la haine
Triste journée pour les Juifs en Suisse, Y. Hazanov
Texte adressé par un internaute suisse.Quelle triste journée, que ce lundi 18 avril ! Comme d’habitude, les journaux relatent l’actualité, et, comme d’habitude, chacun trouve son compte dans telle ou telle information. Il y a cependant certains faits qui doivent nous toucher tous (ce qui n’est malheureusement pas le cas, sinon de tels actes n’auraient pas lieu), car ils ont trait à l'un des aspects fondamentaux de l’existence humaine : l’égalité, quelles que soient la couleur, la religion, l’ethnie, ou la culture d’origine de l’individu concerné.
Vue de l’étranger, la Suisse semble un pays si paisible, et pourtant cela ne l’empêche pas de devoir recenser sur son territoire des actes aussi odieux que lâches et imbéciles. En effet, comment décrire l’incendie de la synagogue de Lugano ainsi que celui d’un magasin appartenant à un commerçant juif, sinon en ces termes ? La Suisse ne serait-elle plus aussi paisible ?
Genève est une ville internationale, une ville de paix, la ville d’Henry Dunant [fondateur de la Croix Rouge]! Et pourtant, que peut-on lire aujourd’hui dans l’actualité genevoise ? «Des graffitis antisémites souillent la Grande synagogue», des graffitis tels «Vive Hitler !» et «Gaze les juifs !». Que peut-il bien rester de l’image d’une Genève tolérante et ouverte, lorsqu’on se trouve confronté à de tels actes, en plein centre de la ville ? Genève ne serait-elle plus aussi paisible ?
Comme le dit le président de la CICAD, Monsieur Philippe Grumbach, bien que ces actes soient très alarmants, il ne faut pas «peindre le diable sur la muraille, Genève n'étant pas Sarcelles». Bien sûr qu’il faut relativiser les choses, juger les faits pour ce qu’ils sont et leur accorder l’importance qu’ils méritent, ni plus ni moins ; mais le temps n’est-il pas venu d’ouvrir les yeux, et d’admettre que le fléau qu’est l’antisémitisme ne s’arrête pas aux frontières ? Ce “mal” traverse toutes les barrières, si on lui en donne la possibilité.
Si l’on prend le temps d’examiner ce qui a pu amener des individus à commettre de tels actes, on se rend très vite compte que les raisons sont multiples : la couverture médiatique biaisée - et souvent pro-palestinienne – des événements du Proche-Orient, aussi bien en France, qu’en Suisse ; l’amalgame trop souvent fait entre ceux que les journalistes veulent appeler les “colons juifs” (avec toute la charge péjorative que le terme “colon” véhicule en Europe de l’Ouest, dont les pays sont, pour beaucoup, d’anciens colonisateurs encore tourmentés par la culpabilité restée ancrée dans les esprits), alors qu’il s’agit d’Israéliens, et des juifs orthodoxes de la diaspora. En effet, aujourd’hui, les Juifs, de par le monde, ne sont plus seulement assimilés aux soldats de Tsahal, mais – ce qui est pire encore - à des “colons”, extrémistes, militaristes, etc.
Mise à part cette raison évidente, il y a, bien sûr, les mythes de l’antisémitisme plus “traditionnel”, dira-t-on. Celui du fameux faux des “Protocoles des Sages de Sion”, publié actuellement partout dans le monde arabe, et disponible dans les librairies islamistes en France, ainsi que “Mein Kampf”, best-seller dans un pays tout proche de nous, la Turquie. Cet antisémitisme-là mélangé à la haine de l’Israélien, qu’un téléspectateur pourrait ressentir à la vue d’un reportage biaisé et pro-palestinien, ne peut avoir pour résultat qu’un mélange explosif, qui se traduit parfois par des insultes dans la rue, ou par des graffitis, voire par des incendies, et même par des actes bien plus graves, qui touchent à la vie humaine elle-même.
Bien qu’il faille, encore une fois, relativiser la situation, chacun doit tout de même réagir pour que de tels actes ne se produisent plus, car, si on laisse faire, les actes que l’on vient de constater ne seront que le début de quelque chose de pire.
En effet, il semble étrange de voir la similitude des faits étudiés par Jean-Paul Sartre, dans “Réflexions sur la question juive”, au début des années 1950 - alors que l’Europe n’avait pas encore admis sa culpabilité réelle dans ce qui venait de se passer et qu’il ne faisait pas bon, alors, d’être Juif -, avec ceux décrits par Alain Finkielkraut, dans “Au nom de l’autre”, écrit au début du XXIe siècle. Ce n’est pas une coïncidence. Des penseurs et des philosophes se sont interrogés sur cette question dès la naissance effective de l’antisémitisme en Europe ; et cette question, ils se la poseront tant que chacun de nous, en tant que citoyen, n’agira pas pour éradiquer ce fléau de la planète (comme toutes les autres formes de racisme - peu évoquées ici, car le propos de ce billet a surtout trait aux actes commis à Genève, le dimanche 17 avril 2005 -, actes qui, étant donné leur spécificité, nécessitent chacun une explication particulière).
Chacun pourra méditer cette citation extraite de l’essai de Jean-Paul Sartre, “Réflexions sur la question juive” (1954) :
“Pas un Français ne sera en sécurité tant qu’un Juif, en France et dans le monde entier, pourra craindre pour sa vie”.
Youri Hazanov
Mis en ligne le 18 avril 2005, par M. Macina, sur le site www.upjf.org.
Vue de l’étranger, la Suisse semble un pays si paisible, et pourtant cela ne l’empêche pas de devoir recenser sur son territoire des actes aussi odieux que lâches et imbéciles. En effet, comment décrire l’incendie de la synagogue de Lugano ainsi que celui d’un magasin appartenant à un commerçant juif, sinon en ces termes ? La Suisse ne serait-elle plus aussi paisible ?
Genève est une ville internationale, une ville de paix, la ville d’Henry Dunant [fondateur de la Croix Rouge]! Et pourtant, que peut-on lire aujourd’hui dans l’actualité genevoise ? «Des graffitis antisémites souillent la Grande synagogue», des graffitis tels «Vive Hitler !» et «Gaze les juifs !». Que peut-il bien rester de l’image d’une Genève tolérante et ouverte, lorsqu’on se trouve confronté à de tels actes, en plein centre de la ville ? Genève ne serait-elle plus aussi paisible ?
Comme le dit le président de la CICAD, Monsieur Philippe Grumbach, bien que ces actes soient très alarmants, il ne faut pas «peindre le diable sur la muraille, Genève n'étant pas Sarcelles». Bien sûr qu’il faut relativiser les choses, juger les faits pour ce qu’ils sont et leur accorder l’importance qu’ils méritent, ni plus ni moins ; mais le temps n’est-il pas venu d’ouvrir les yeux, et d’admettre que le fléau qu’est l’antisémitisme ne s’arrête pas aux frontières ? Ce “mal” traverse toutes les barrières, si on lui en donne la possibilité.
Si l’on prend le temps d’examiner ce qui a pu amener des individus à commettre de tels actes, on se rend très vite compte que les raisons sont multiples : la couverture médiatique biaisée - et souvent pro-palestinienne – des événements du Proche-Orient, aussi bien en France, qu’en Suisse ; l’amalgame trop souvent fait entre ceux que les journalistes veulent appeler les “colons juifs” (avec toute la charge péjorative que le terme “colon” véhicule en Europe de l’Ouest, dont les pays sont, pour beaucoup, d’anciens colonisateurs encore tourmentés par la culpabilité restée ancrée dans les esprits), alors qu’il s’agit d’Israéliens, et des juifs orthodoxes de la diaspora. En effet, aujourd’hui, les Juifs, de par le monde, ne sont plus seulement assimilés aux soldats de Tsahal, mais – ce qui est pire encore - à des “colons”, extrémistes, militaristes, etc.
Mise à part cette raison évidente, il y a, bien sûr, les mythes de l’antisémitisme plus “traditionnel”, dira-t-on. Celui du fameux faux des “Protocoles des Sages de Sion”, publié actuellement partout dans le monde arabe, et disponible dans les librairies islamistes en France, ainsi que “Mein Kampf”, best-seller dans un pays tout proche de nous, la Turquie. Cet antisémitisme-là mélangé à la haine de l’Israélien, qu’un téléspectateur pourrait ressentir à la vue d’un reportage biaisé et pro-palestinien, ne peut avoir pour résultat qu’un mélange explosif, qui se traduit parfois par des insultes dans la rue, ou par des graffitis, voire par des incendies, et même par des actes bien plus graves, qui touchent à la vie humaine elle-même.
Bien qu’il faille, encore une fois, relativiser la situation, chacun doit tout de même réagir pour que de tels actes ne se produisent plus, car, si on laisse faire, les actes que l’on vient de constater ne seront que le début de quelque chose de pire.
En effet, il semble étrange de voir la similitude des faits étudiés par Jean-Paul Sartre, dans “Réflexions sur la question juive”, au début des années 1950 - alors que l’Europe n’avait pas encore admis sa culpabilité réelle dans ce qui venait de se passer et qu’il ne faisait pas bon, alors, d’être Juif -, avec ceux décrits par Alain Finkielkraut, dans “Au nom de l’autre”, écrit au début du XXIe siècle. Ce n’est pas une coïncidence. Des penseurs et des philosophes se sont interrogés sur cette question dès la naissance effective de l’antisémitisme en Europe ; et cette question, ils se la poseront tant que chacun de nous, en tant que citoyen, n’agira pas pour éradiquer ce fléau de la planète (comme toutes les autres formes de racisme - peu évoquées ici, car le propos de ce billet a surtout trait aux actes commis à Genève, le dimanche 17 avril 2005 -, actes qui, étant donné leur spécificité, nécessitent chacun une explication particulière).
Chacun pourra méditer cette citation extraite de l’essai de Jean-Paul Sartre, “Réflexions sur la question juive” (1954) :
“Pas un Français ne sera en sécurité tant qu’un Juif, en France et dans le monde entier, pourra craindre pour sa vie”.
Youri Hazanov
Mis en ligne le 18 avril 2005, par M. Macina, sur le site www.upjf.org.











