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Incitation à la haine
Pas d'incendie sans feu: Vous avez dit antisémitisme ? A. Jean-Mairet
14.3.2005
Ce qui reste de la bibliothèque de la synagogue de Lugano (Cliché © Keystone)
www.ajm.ch/#incendie
La nuit passée, la synagogue et un magasin de Lugano ont été incendiés. C'est un crime grave et la police suisse va sans doute faire diligence. Au-delà, il reste la réflexion.
En Suisse, il serait exagéré de parler de problème d'antisémitisme, le pays est relativement protégé du racisme visible. La Suisse, petite, complexe, très directement démocratique, n'est guère propice aux mouvements extrémistes, qui ont besoin de réservoirs de mécontentement plus importants.
En Suisse, le malaise est plutôt diffus, gris, sourd. Ici, les Juifs ne sont pas vraiment attaqués. Ici, on est correct, jamais raciste. On a même une loi antiraciste. On tourne sept fois sa langue dans sa bouche, et on ne dit rien.
Quoique cela me semble plus vrai du côté alémanique de la Sarine, où l'on parle la langue d'un peuple qui a cru en l'antisémitisme comme on croit en une solution valable (bien que d'abord rejeté, Mein Kampf devint, il faut le rappeler, de temps en temps, un best-seller en Allemagne dès 1933 et le resta jusqu'au plus fort de la guerre) et qui se souvient de cette honte avec peut-être un peu plus d'acuité.
Ici, nous sommes plutôt anti-américains, mais sans racisme, juste par l'effet d'une sagesse molle déroulée par des intellectuels pas même bien pensants.
Néanmoins, on se souvient de ces accusations si souvent répétées, dans la presse, à l'endroit d'Israël, ou du gouvernement Sharon, ou du sionisme. On se souvient de Durban aussi, vaguement – Israël serait-il un État raciste? Des gens semblent le penser…
L'antisémitisme est peut-être un phénomène naturel, comme je le pense, mais il n'apparaît certainement pas naturellement. Il est le résultat d'efforts prolongés, d'une propagande d'envergure. Mais qu'il est difficile de reconnaître cette dernière comme telle ! Il faut tant de méchanceté - n'est-ce pas ? - pour répandre la haine : comment imaginer des efforts concertés allant dans ce sens? Au fond, c'est impensable.
C'est pourtant ce à quoi nous assistons.
Ici, à moins d'avoir l'oreille très fine, on n'entend pas dire que les Juifs volent des organes d'enfants, qu'ils utilisent du sang humain dans leurs rites religieux ou qu'ils orchestrèrent l'holocauste – en fait, une supercherie – pour justifier le sionisme.
Non, chez nous, on se contente de laisser circuler le doute, de permettre de penser qu'ils portent probablement une part de responsabilité dans ce qui leur arrive, de même que les Américains sont censés avoir allumé la haine qui détruisit le World Trade Center en 2001.
Un incendie, à cet égard, ce n'est rien. Deux incendies non plus. Mais ne pas comprendre, ce pourrait être beaucoup plus grave que la dernière fois.
Alain Jean-Mairet
© www.ajm.ch
Mis en ligne le 14 mars 2005 sur le site www.upjf.org.
En Suisse, il serait exagéré de parler de problème d'antisémitisme, le pays est relativement protégé du racisme visible. La Suisse, petite, complexe, très directement démocratique, n'est guère propice aux mouvements extrémistes, qui ont besoin de réservoirs de mécontentement plus importants.
En Suisse, le malaise est plutôt diffus, gris, sourd. Ici, les Juifs ne sont pas vraiment attaqués. Ici, on est correct, jamais raciste. On a même une loi antiraciste. On tourne sept fois sa langue dans sa bouche, et on ne dit rien.
Quoique cela me semble plus vrai du côté alémanique de la Sarine, où l'on parle la langue d'un peuple qui a cru en l'antisémitisme comme on croit en une solution valable (bien que d'abord rejeté, Mein Kampf devint, il faut le rappeler, de temps en temps, un best-seller en Allemagne dès 1933 et le resta jusqu'au plus fort de la guerre) et qui se souvient de cette honte avec peut-être un peu plus d'acuité.
Ici, nous sommes plutôt anti-américains, mais sans racisme, juste par l'effet d'une sagesse molle déroulée par des intellectuels pas même bien pensants.
Néanmoins, on se souvient de ces accusations si souvent répétées, dans la presse, à l'endroit d'Israël, ou du gouvernement Sharon, ou du sionisme. On se souvient de Durban aussi, vaguement – Israël serait-il un État raciste? Des gens semblent le penser…
L'antisémitisme est peut-être un phénomène naturel, comme je le pense, mais il n'apparaît certainement pas naturellement. Il est le résultat d'efforts prolongés, d'une propagande d'envergure. Mais qu'il est difficile de reconnaître cette dernière comme telle ! Il faut tant de méchanceté - n'est-ce pas ? - pour répandre la haine : comment imaginer des efforts concertés allant dans ce sens? Au fond, c'est impensable.
C'est pourtant ce à quoi nous assistons.
Ici, à moins d'avoir l'oreille très fine, on n'entend pas dire que les Juifs volent des organes d'enfants, qu'ils utilisent du sang humain dans leurs rites religieux ou qu'ils orchestrèrent l'holocauste – en fait, une supercherie – pour justifier le sionisme.
Non, chez nous, on se contente de laisser circuler le doute, de permettre de penser qu'ils portent probablement une part de responsabilité dans ce qui leur arrive, de même que les Américains sont censés avoir allumé la haine qui détruisit le World Trade Center en 2001.
Un incendie, à cet égard, ce n'est rien. Deux incendies non plus. Mais ne pas comprendre, ce pourrait être beaucoup plus grave que la dernière fois.
Alain Jean-Mairet
© www.ajm.ch
Mis en ligne le 14 mars 2005 sur le site www.upjf.org.











