[*] Discours anti-israélien dans l'hebdomadaire catholique Dimanche-Express
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À lexception de la petite trentaine de pages consacrées par le P. Passelecq et B. Suchecky à lantijudaïsme de la Civiltà Cattolica, revue des jésuites de Rome, dans leur ouvrage [1], il nexiste, à notre connaissance, aucune étude fiable et documentée qui soit consacrée à la perception quavaient, des juifs et de la "question juive", la hiérarchie catholique et le clergé durant la période de référence [2].
II.1. Les Papes de lépoque moderne et les juifs
En dehors des documents, au demeurant rarissimes, qui traitent expressément de ce thème, le chercheur est contraint déplucher les discours et homélies des papes et des prélats de lépoque, et de pratiquer des sondages dans les articles de presse dalors. Mais ce labeur ingrat révèle un état de choses qui ne laisse pas de choquer. En la matière, quon fût pape, prélat, clerc ou simple fidèle, la représentation quon se faisait des juifs, la perception quon avait de leurs agissements et de leurs projets navaient souvent rien à envier aux pires divagations et affabulations médiévales.
Les propos les plus violents émanent de Pie IX (1792-1878), canonisé, il y a quelques années, par Jean Paul II. Dans une de ses contributions [3], le professeur G. Miccoli en a évoqué quelques-uns, extraits des di
"Pie IX [
] fait souvent allusion aux juifs avec des mots très durs : «chiens» devenus tels «pour leur incroyance» («et de ces chiens, ajoute le pape, il y en a beaucoup trop aujourdhui à Rome, et on les entend aboyer dans les rues et ils nous dérangent partout où ils vont») ; «bufs» qui «ne connaissent pas Dieu» et «écrivent des blasphèmes et des ob
Mentionnons également la sèche réponse du pape Pie X, sollicité par Théodore Herzl de soutenir le mouvement de retour des juifs à Sion [6] :
« Si vous allez en Palestine et que vous y installez votre peuple, nous y aurons des églises et nos prêtres seront prêts à baptiser tous vos compatriotes. »
Pie XI lui-même - tant vanté pour son encyclique (Mit brennender Sorge) contre le racisme et lidéologie nazie (1937), et sa fameuse phrase, prononcée en 1939, au cours dune audience générale : « Spirituellement, nous sommes des Sémites! » - ne sut pas percevoir la grandeur du destin juif, ni la pérennité de sa vocation. Passelecq et Suchecky citent le seul passage de Mit brennender Sorge, où sont évoqués les juifs de lépoque biblique, sous lappellation de "peuple choisi", et le commentent en ces termes [7] :
«Loin de condamner explicitement lantisémitisme, ou même davoir une parole de compassion envers les juifs persécutés en Allemagne, près de deux ans après ladoption des lois racistes de Nuremberg, ce passage rappelle, au contraire, linfidélité du peuple choisi [
] ségarant sans cesse loin de son Dieu», et «qui devait crucifier» le Christ. De ce point de vue, force est de constater que Mit brennender Sorge est en retrait par rapport au décret du Saint-Office [prononçant la dissolution de Amici Israel, dont il sera question plus loin]. Et ce dans un contexte qui rendait une telle condamnation plus urgente quen 1928.»
Et il est heureux que lEncyclique Humani Generis Unitas, contre lantisémitisme, quenvisageait le pontife, nait pas vu le jour, car les passages ci-après resteraient à la honte de lÉglise [8] :
(§ 136) «
aveuglés par des rêves de conquête temporelle et de succès matériel, les juifs perdirent ce queux-mêmes avaient recherché. Quelques âmes délite font exception à cette règle générale : les di
(§ 142) «La haute dignité que lÉglise a toujours reconnue à la mission historique du peuple juif, ses vux ardents pour sa conversion, ne laveuglent pas, cependant, sur les dangers spirituels auxquels le contact avec les juifs peut exposer les âmes. Elle nignore pas quelle doit veiller à la sécurité morale de ses enfants. Et cette obligation nest certes pas moins urgente aujourdhui que par le passé. Tant que persiste lincrédulité du peuple juif et que se maintient son hostilité contre le christianisme, lÉglise doit, par tous ses efforts, prévenir les périls que cette incrédulité et cette hostilité pourraient créer pour la foi et les murs de ses fidèles [
] Lhistoire nous apprend que lÉglise na jamais failli à ce devoir de prémunir les fidèles contre les enseignements juifs, quand les doctrines [concernées] menacent la foi. Elle na jamais sous-estimé la vigueur incroyable des reproches que Saint Étienne, premier martyr, lançait à ces juifs obstinés qui, sciemment, résistaient à lappel de la grâce : Hommes à la tête dure
(Ac 7, 51). Elle a pareillement mis en garde contre des relations trop faciles avec la communauté juive, qui pourraient introduire dans la vie chrétienne des coutumes et des façons de voir incompatibles avec son idéal.»
(§ 148) «
Ce ne sont pas les victoires et les triomphes politiques que recherche lÉglise : ce ne sont pas les alliances dÉtats ou les combinaisons de la politique qui la préoccupent. Aussi se désintéresse-t-elle des problèmes dordre purement profane où le peuple juif peut se trouver impliqué. Tout en reconnaissant que les situations très diverses des juifs dans les différents pays du monde peuvent donner loccasion à de très divers problèmes dordre pratique, elle laisse la solution de ces problèmes aux pouvoirs intéressés, en insistant seulement [sur le fait] que nulle solution nest la vraie solution si elle contredit les lois très exigeantes de la justice et de la charité.»
Même position chez un membre éminent de la hiérarchie catholique, le cardinal Piazza, patriarche de Venise, qui tint des propos antisémites, déjà cités plus haut [9], et dautant plus indignes, quils figuraient dans une homélie prononcée à loccasion de la fête de lEpiphanie, le 6 janvier 1939, à lapogée du nazisme allemand et du fascisme italien.
II.2. Thématique antijuive et antisémite dans La Croix et le Pèlerin
Nous disposons dune excellente étude sur lantisémitisme du journal La Croix, due à P. Sorlin [10]. Elle se limite, comme lindique son titre, à la période 1880-1899. Mais elle fournit une telle quantité de détails et est équipée danalyses si approfondies et si éclairantes, que lon peut la considérer comme la source la plus importante pour létude de lantisémitisme et de lantijudaïsme du clergé et des fidèles catholiques en France, à la fin du XIXe siècle. À sa lumière, on comprend mieux limbrication de lantisémitisme non confessionnel et de lantijudaïsme religieux de lépoque et des décennies subséquentes, lun nourrissant lautre et réciproquement. Daprès Sorlin [11],
«on peut affirmer que le public de la Bonne Presse a été soumis, pendant vingt ans, à une intense propagande antisémite.»
Il reconnaît, toutefois, qu«au même moment, dautres publicistes catholiques combattent également le juif, mais sans apporter une telle ardeur à la lutte.» Il note encore :
«La Croix nest certes pas lorgane autorisé de lÉglise en France; mais son titre, son équipe dirigeante, sa fidélité affichée aux directives pontificales, sa volonté de ne jamais quitter le terrain catholique la font passer, aux yeux de beaucoup, pour une sorte de journal officiel du monde religieux.»
Il donne ensuite deux précisions importantes :
« Les Assomptionnistes [congrégation religieuse qui dirigeait le journal]
savent que, quand ils parlent, ils engagent en fait lÉglise [
] en ce qui concerne la question juive, aucun porte-parole autorisé de la hiérarchie ne les a publiquement désavoués.»
Et Sorlin de conclure :
«Si la Bonne Presse a largement contribué à répandre lantisémitisme, elle na réussi que parce que les catholiques étaient disposés à accueillir ses leçons. En ce sens, lexemple de La Croix est doublement intéressant : il montre à la fois ce que les chrétiens pensaient, plus ou moins con
Le matériau réuni par Sorlin est si important et si diversifié, quil nest pas possible den donner ici même une anthologie. Je me limiterai donc aux accusations les plus graves, qui ont vraisemblablement contribué à attiser la haine des juifs, au tournant du siècle et sans doute bien au-delà.
· II.2.1. Le déicide [12]
«Nous croyons que la question est toute religieuse, car le mystère de la conservation de la race juive persécutée au milieu du monde est un phénomène religieux. Quel peuple dispersé pendant des siècles au milieu des autres peuples a-t-il pu se maintenir et conserver son hégémonie pour agir ensemble au-dessus des frontières diverses?
La question du Christ et du peuple déicide domine de très haut toute cette affaire.»
«Nous semblons parfois avoir, en ce journal, la haine des juifs, et cependant nous navons de haine que pour le crime quils perpétuent à travers les siècles, le déicide.»
· II.2.2. Haine des juifs envers lÉglise et les chrétiens [13]
« Il existe, dans le monde juif, une science complète pour arriver à ruiner le peuple chrétien [
] Le crucifix est un objet dhorreur aux juifs [
] Les juifs assouvissent leur haine vigoureuse contre lÉglise [
] ils déchristianisent et pillent le pays
· II.2.3. Refus de croire
«[Le juif] repousse le don du Christ
[Les juifs] renient lÉvangile, et par là retardent la libération du genre humain.»
· II.2.4. Les juifs inspirent le mépris et lhorreur
«Le nom de juifs soulève au fond des curs une horreur instinctive
[Ils inspirent] le mépris et le dégoût [
] le baptisé, qui ne doit point persécuter le juif, doit éprouver et éprouve, au fond, un sentiment de répulsion pour le peuple déicide.»
· II.2.5. Les juifs sont maudits [14]
«Il a été dit que la malédiction resterait toujours sur ce peuple
[Le judaïsme est une] religion maudite
Le peuple juif est déchu depuis le jour du déicide et de la malédiction
On doit certes beaucoup de charité aux juifs, et les papes en ont donné lexemple, mais les admettre dans la société chrétienne, cest déclarer que le déicide dont ils portent la malédiction perpétuelle ne touche plus notre génération
Oui, ils sont maudits si nous sommes chrétiens. Dès lors ne doivent-ils point au moins participer à lhorreur que cause dans la nature le serpent maudit? On chante la colombe, on na jamais de poésie pour un nid de reptiles, fussent-ils innocents. Tous les serpents qui rampent, cependant, ne sont pas venimeux, mais à tous on applique invinciblement la malédiction
On sera obligé de reconnaître quaucune société ne peut vivre avec cet élément destructeur : les maudits.»
· II.2.6. Les juifs adorateurs du diable et fomentateurs de complots [15]
«À partir de ce moment, le peuple déicide, se prosternant devant le Talmud et la Kabbale, rendit un culte officiel, bien que secret, à celui que Jésus appelle le Prince de ce monde
Dès lors, les juifs se constituèrent en société secrète gouvernée par un chef occulte, société des Fils de la Veuve. La Veuve, cest Jérusalem privée de son Temple. Les Fils de la Veuve, ce sont les juifs dispersés dans le monde, mais se reconnaissant aux signes kabbalistiques et volant, dès le premier appel, au secours les uns des autres. Le but de cette société est de détruire le royaume de Jésus-Christ.»
· II.2.7. Les juifs accusés de crimes rituels et de profanations [16]
Selon Sorlin,
«la croyance au meurtre rituel est constante dans les publications de la Bonne Presse [
] La publication douvrages "
· II.2.8. Les vices invétérés propres à la race juive [17]
Daprès Sorlin,
«à partir de 1890, le journal insiste sur les défauts des Israélites, dénonce leur caractère odieux, oppose la "race chrétienne" à la "race judaïque" pétrie de vices. Les Assomptionnistes attachent une énorme importance aux malformations physiques; ils sont ravis quand ils peuvent montrer, dans une famille juive, une accumulation de tares héréditaires [
] Aux yeux du Père Bailly [rédacteur en chef de La Croix], ladversaire des juifs est
"la race franque"; cette curieuse ethnie est décrite en des termes qui rappellent le portrait de lAryen dessiné par Drumont : le "Franc" loyal est lantithèse du juif sournois.»
Et de citer :
«Les juifs restent une race distincte et maudite; nul ne leur conteste leur génie mercantile; il faut leur reconnaître aussi leur esprit de ruse, leur absence de con
Concernant laspect physique des juifs, tel que se limaginent les religieux Assomptionnistes, Sorlin écrit encore :
«
les dessins de La Croix ou du Pèlerin visent à représenter un type juif déplaisant : le juif est trop gros, vieilli avant lâge, il offre une silhouette anormale. Le désir daccentuer les côtés ridicules est spécialement visible à propos des enfants; les Assomptionnistes, dordinaire attendris par lenfance, se montrent impitoyables pour les petits juifs, gamins malingres, sournois et difformes. Le juif est facile à reconnaître par son allure; il parle avec un accent tudesque dont La Croix samuse beaucoup.»
Et Sorlin de citer ce portrait au vitriol dun juif, tracé par labbé Loutil, lun des principaux collaborateurs du journal :
«Des yeux délavés sur une peau jaune où, par-ci par-là, poussent quelques poils de barbe sale; on dirait une croûte de gruyère qui a retenu les effilochures de la serviette. Un binocle barre, dune grosse ligne dor, un nez juif. Sur la tête, plus un cheveu, le genou absolu.»
II.2.9. Les juifs suppôts de lAntéchrist [18]
«[Le peuple juif] est le peuple Antéchrist ou lAntéchrist permanent [
] Les juifs proclameront un jour un faux Christ quils reconnaîtront après avoir repoussé le vrai Christ, et celui-là sera lAntéchrist, qui dominera le monde et régnera à Jérusalem [
] Lors de sa venue, ils seront assez forts pour lui donner puissance sur la terre entière
Voilà le plan écrit par le Saint-Esprit, il y a dix-neuf siècles [
] Le peuple de Dieu fut conservé autrefois
afin que, par lui, la terre entière fût préparée au Christ, le peuple déicide sera à son tour conservé au milieu des nations afin de préparer le règne de lAntéchrist [
] Nous navons pas le droit dignorer aujourdhui que le juif a la mission de faire le règne de cet Antéchrist [
] Le peuple déicide, qui sest séparé des bons anges, est conservé providentiellement pour donner cet Antéchrist, limmense malheur du monde. Ensuite, le juif se convertira. La nation de lAntéchrist est la menace suspendue sur le monde, comme le peuple du Christ est lespérance de la terre.»
· II.3.1 La Civiltà Cattolica et la «question juive»
Il est impossible de donner même un aperçu du caractère abject de certaines considérations et de jugements de valeur concernant les juifs, qui abondent au fil de dizaines darticles consacrés à la «question juive», entre 1890 et 1937, par cette revue des Pères jésuites de Rome. Le malaise saccroît encore davantage lorsquon découvre que les auteurs de référence des rédacteurs de cette revue sont les écrivains les plus antisémites de la fin du XIXe et du début du XXe s. : Léon de Poncins, Gougenot des Mousseaux, et surtout celui qui fut si justement dénommé «le pape de lantisémitisme» : Édouard Drumont [19].
Toujours daprès Passelecq et Suchecky [20], Le rédacteur anonyme de larticle intitulé «La question juive», paru dans la Civiltà Cattolica, vol IV, quad. 2071, du 25 septembre 1936, «épousait le point de vue dun essayiste français antisémite, Léon de Poncins» [21] :
«Lidéal judaïque suprême tend à transformer le monde en une société anonyme unique par actions égales; la terre entière doit devenir le capital de cette société, laquelle doit faire fructifier le travail de toutes les créatures; puis, Israël, aidé dès le départ par quelques fantoches, doit fournir le Conseil dictatorial dadministration de cette société
»
Jemprunte encore aux auteurs précités cet écho dune polémique de lannée 1938, que je résume ici brièvement. Un des anciens rédacteurs de la Civiltà Cattolica avait publié dans cette revue, en 1890, un article de facture si antisémite, que le journal fa
«Nous confessons que, dans le plan comme dans lexécution, le fa
Dans larticle précité, en réaction aux manipulations que le journaliste fa
«"Si les juifs se trouvent sur notre sol, ce nest pas innocemment, mais pour nous lenlever, à nous autres chrétiens, ou pour comploter contre notre foi", puisque finalement, "il sagit dun ennemi dont le but est de sapproprier notre terre et de nous priver du ciel". Mais semblable remède [lexpulsion par application des lois raciales] ne serait pas possible dune façon généralisée
"il contreviendrait, au contraire, au dessein de Dieu" qui exige la conversion dIsraël, bien que dispersé, en tant qu"argument concret de la vérité du christianisme" [
] Notre prédécesseur du siècle passé croit donc que la complète égalité civile accordée par le libéralisme aux juifs, qui les lia ainsi aux francs-maçons, non seulement ne leur est pas due
mais "est même pernicieuse, aussi bien pour les juifs que pour les chrétiens". Il est donc davis que, "tôt ou tard, par lamour ou par la force, on devra refaire ce quon a défait depuis cent ans dans les anciens systèmes juridiques par amour dune prétendue liberté nouvelle ou dun faux progrès
" Or, le bien-fondé de cette prévision se trouve sous nos yeux. Car aujourdhui même, "la toute-puissance à laquelle le droit révolutionnaire les avait élevés est en train de creuser sous leurs pieds un abîme dont la profondeur est comparable au sommet quils avaient atteint". On doit constater combien ce qui était dénoncé en 1890 correspond à la réalité et sest confirmé en un demi-siècle dexpérience, à savoir que "légalité que les sectateurs antichrétiens ont accordée aux juifs, partout où le gouvernement des peuples a été usurpé, a eu pour effet dassocier le judaïsme et la franc-maçonnerie dans la persécution de lÉglise catholique et délever la race juive au-dessus des chrétiens, aussi bien dans la puissance occulte que dans lopulence manifeste."»
En conclusion, pour mieux comprendre comment des gens dÉglise, qui nétaient nullement antisémites, au sens que nous donnons aujourdhui à cette épithète, pouvaient tenir des propos que nous percevons aujourdhui comme tels, on fera bien de lire attentivement et de méditer ce passage du livre de Passelecq et Suchecky [25] :
«Force est de constater à notre tour que, au-delà des questions de forme, ces différents articles [de la Civiltà Cattolica] sont en communion desprit avec cet antisémitisme "politico-étatique" dont parlait Gustav Gundlach [26], en 1930, "permis du moment quil combat, avec des moyens moraux et légaux, une influence réellement néfaste de la partie juive du peuple dans les domaines de léconomie, de la politique, du théâtre, du cinéma, de la presse, de la
Et à qui croirait quon ne trouve plus de telles élucubrations sous des plumes catholiques, après le Concile Vatican II, on signalera ce morceau danthologie, qui date de 1968, et est dû à un savant exégète dominicain qui a gratifié la recherche de travaux qui font autorité [27] :
«Sur le plan de l'histoire du salut, le peuple juif comme tel a commis une faute spéciale, correspondant à sa mission spéciale, que le Nouveau Testament enseigne clairement et que la théologie chrétienne ne peut méconnaître. Cette faute peut se comparer, d'une certaine manière, au péché originel : sans engager la responsabilité de chaque de
[1] Cf. Passelecq, LEncyclique , pp. 166-193.
[2] Par contre, on consultera avec profit lexcellent ouvrage (hélas! quasiment introuvable) consacré à lantisémitisme du Journal La Croix, à la fin du XIXe siècle : P. Sorlin, «La Croix» et les Juifs (1880-1899). Contribution à lhistoire de lantisémitisme contemporain, Grasset, Paris, 1967, p. 147. Ci-après : Sorlin, La Croix.
[3] Giovanni Miccoli, «Un nouveau protagoniste du complot antichrétien à la fin du XIXe siècle», in Juifs et Chrétiens entre ignorance, hostilité et rapprochement (1898-1998), Actes du Colloque des 18 et 19 novembre 1998, à Lille. Textes rassemblés et édités par Annette Becker, Daniel Delmaire, Frédéric Gugelot, Université Charles-de-Gaulle Lille 3, 2002, p. 21. Ci-après Miccoli, Actes.
[4] La référence (cf. Miccoli, Actes, note 28, p. 21) est à Discorsi del Sommo pontefice Pio IX pronunziati in Vaticano ai fedeli di Roma e dellorbe dal principio della sua prigionia fino al presente, per la prima volta raccolti e pubblicati dal Padre don Pasquale de Franciscis di Pii Operai, vol I-IV, Roma, 1874-1878 (ci-après, Discorsi). Le Prof. Miccoli fait remarquer que ces textes «furent revus personnellement par le pape».
[5] La violence de ces invectives sexplique (mais ne se justifie pas) par la mentalité obsidionale de lEglise dalors, en général, et de Pie IX, en particulier. Le prof. Miccoli lexplique ainsi (Miccoli, Actes, p. 21, et note 27) : «La mise en question et ensuite la chute du pouvoir temporel des papes furent considérées comme lexpression suprême dune attaque qui se veut décisive contre lEglise et son chef. La nouvelle condition des Juifs de Rome en est le premier scandale : dans les écoles, ils occupent les postes qui appartenaient auparavant à lélite catholique ; ils jugent les chrétiens à Rome, siège de la chrétienté ; ils achètent des maisons et des terres ; ils exercent un rôle qui veut contredire le destin que Dieu leur a réservé.» (Cf. Lettera agli Israeliti dispersi sulla condotta dei loro correligionari a Roma durante la prigionia di Pio IX al Vaticano, scritta dagli abbati Léman, israeliti converti al cattolicismo, Lione 15 agosto, Roma, 1873). «Cest la condition générale même de lEglise qui rappelle la condition des origines, cest lattitude des gouvernements et des élites dominantes qui évoque le cri blasphématoire que les juifs avaient lancé contre le Christ : "Nolumus hunc regnare super nos" [Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous] (Miccoli, Actes, p. 21, note 29 : «Cf. R. Ballerini, «I peccati dEuropa », dans La Civiltà Cattolica, 27, 1876, vol III, p. 388 et ss.»). Et Miccoli de poursuivre : «Les révolutionnaires du présent revêtent les caractéristiques des juifs du passé, ce sont les "nouveaux juifs", les "nouveaux pharisiens", ils présentent des caractéristiques identiques à celles qui avaient distingué les juifs pendant des siècles : impiété, haine insensée envers le Christ et sa religion, obstination dans le mal, perversité dune génération qui continue de refuser les lumières de la grâce, adoration et amour de la matière, soif dor.» (Miccoli, Actes, p. 21, note 30 : «Cf. Pio IX, Discorsi, op. cit., respectivement III, pp. 146, 203, et 77 : I, p. 291 ; II, p. 89 ; IV, pp. 354 et 116
»).
[6] Lapide, Rome, p. 124, qui cite les carnets de Herzl. Voir aussi A. Elon, La rivolta degli ebrei, Milan, 1967, pp. 471-472.
[7] Passelecq, LEncyclique, p. 153.
[8] Ibid., pp. 286 et 289. Les auteurs rapportent, à ce sujet (Ibid., p. 56), lexclamation du jésuite Johannes H. Nota, dans son article, "Édith Stein und der Entwurf für eine Enzyklika gegen Rassismus und Antisemitismus", Freiburger Rundbrief, 1975, p. 38 : «Quand on replace ces phrases dans le contexte de la législation raciste adoptée en Allemagne à cette époque, on peut dire aujourdhui : Dieu soit béni de ce que ce projet ne soit resté quun projet!».
[9] Voir note 53, ci-dessus.
[10] Sorlin, La Croix, op. cit.
[11] Op. cit., pp. 222-224.
[12] Op. cit., p. 132, 134.
[13] Ibid., p. 134.
[14] Ibid., p. 136, 137.
[15] Ibid., p. 138.
[16] Ibid., pp. 142, 143.
[17] Ibid., pp. 162-163.
[18] Ibid., pp. 150-153.
[19] Sur ce personnage, on peut lire M. Winock, Edouard Drumont et Cie : antisémitisme et fascisme en France, Seuil, Paris 1982.
[20] Passelecq, LEncyclique, p. 167 et note 51.
[21] Passage extrait de Léon de Poncins, La Mystérieuse Internationale juive, Beauchesne, Paris, 1936, pp. 207-211. Cité par Passelecq, LEncyclique, p. 167.
[22] Cité par Passelecq, LEncyclique, p. 173, et cf. n. 173).
[23] Louvrage susmentionné (Passelecq, LEncyclique, p. 174) fait remarquer que la riposte du P. Rosa (sous le titre "La question juive et la Civiltà cattolica", dans le numéro du 22 septembre 1938) à cette manipulation fasciste dune série darticles, alors vieux de près dun demi-siècle, intervenait « trois semaines après la promulgation du premier décret-loi antisémite en Italie (expulsion des juifs étrangers), deux semaines après la célèbre déclaration de Pie XI selon laquelle lantisémitisme est inadmissible
, et au moment même à un ou deux jours près où John LaFarge [lun des auteurs du projet dencyclique sur le racisme et lantisémitisme] remettait à Rome les projets dHumani Generis Unitas [titre de la dite encyclique, qui ne vit jamais le jour] ».
[24] Ibid., pp. 175-177.
[25] Ibid., p. 178.
[26] Sur ce religieux, lun des trois pères jésuites attelés à la rédaction du projet de lEncyclique Humani Generis Unitas on trouvera quelques éléments biographiques chez Passelecq et Suchecky, voir Passelecq, Op. cit., pp. 87 et ss. et à la note 4, p. 88.
[27] Pierre Benoît, Exégèse et théologie, vol. III, Cerf, Paris 1968, pp. 420 et 440. Les italiques sont nôtres.
[28] Conception similaire chez un autre grand dominicain, théologien cette fois : « cest pourquoi il y a si souvent quelque chose de si révolutionnaire et dinquiétant dans laction des Juifs.» Cf. Y. Congar, L'Église catholique devant la question raciale, publication de l'Unesco, Paris, 1953, p. 27. Ci-après : Congar, Question raciale.
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Mis en ligne le 08 mai 2008, par M.











