Dimanche EXPRESS N° 16 - 20 avril 2008 TEMPS PRESENT p. 3

Les trois-quarts des 721 km du mur, une fois terminé,
se trouveront à lintérieur de la Cisjordanie et non le long de la Ligne Verte (frontalière)

Privés deau, de terres et de moyens de subsistance, les Palestiniens de Bethléem étouffent derrière les murs quIsraël persiste à ériger en toute illégalité. Tandis que sur les collines avoisinantes, de nouvelles colonies juives continuent de restreindre leur territoire. Les chrétiens en sont réduits à quitter la cité natale du Christ.
Bethléem nest normalement quà 20 minutes de Jérusalem mais il faut franchir plusieurs points de contrôle pour y arriver. Des murs infranchissables enserrent insolemment les quartiers de la ville, au prix de destructions, brisant bien plus que la vue, la vie des personnes, des familles et de la société tout entière.
Au détour dune ruelle, un bâtiment criblé par des tirs dobus en dessous desquels est inscrit « Love ». Ironie ? En face, des plaques de béton hautes de 10 mètres, sur lesquelles des artistes étrangers ont dessiné des escaliers ou des pas sévadant vers le sommet, comme pour faire rêver de liberté. Installés là depuis 1948, suite à lexpulsion de leurs villages, les réfugiés du camp voisin, privés de tout horizon, ne sy trompent pas. Ils préfèrent dailleurs ne pas voir camoufler aux yeux du monde extérieur lhorreur placée sous leur nez.
Au centre-ville, la basilique de la Nativité est déserte, tout comme les magasins, restaurants ou hôtels, destinés aux pèlerins. Peu attirant de pénétrer dans un ghetto ! Du reste la visite des lieux saints effectuée, les tour-opérateurs israéliens incitent les clients à loger dans les colonies ou les terres israéliennes.
"Si cela continue, la chrétienté pourrait disparaître du berceau où elle est née. Non pas pour des questions religieuses - hormis quelques cas isolés -, puisque nous avons vécu pendant des siècles en bonne entente avec les musulmans. Bethléem avait survécu parce quelle était restée ouverte au monde, accueillant des pèlerins pendant des siècles. Les pèlerins doivent revenir ici, ils seront en toute sécurité",
insiste Leila Sansour, une chrétienne dorigine palestinienne, rentrée au pays pour fonder lassociation "Open Bethléem" (1) et faire découvrir aux délégations internationales la réalité du terrain. Ceux qui feront halte côté palestinien seront dailleurs agréablement surpris par la vieille tradition de lhospitalité, chère aux Arabes.
Le mur commencé en 2004 sépare déjà Bethléem de Jérusalem, la ville sur, et des villages voisins. Le 9 juillet 2004, linstance judiciaire des Nations Unies a déclaré la construction illégale et appelé Israël à larrêter immédiatement. Mais aujourdhui encore, les bulldozers continuent impunément de dévaster et dériger des barrières de béton à travers les champs doliviers palestiniens. Les paysans se voient dépossédés ou privés de laccès à leurs terres. Sur une colline avoisinante, les salésiens, propriétaires du domaine agricole et viticole de Crémisan, source demplois et de revenus pour la population locale, vont voir incessamment une partie de leur propriété passer de lautre côté du mur et annexée de facto par les autorités israéliennes. Sans autre concertation et en violation de lavis rendu par la Cour Internationale de Justice, soulignent les religieux.
"Les habitants nont plus quun seul désir : émigrer pour échapper à une mort lente",
commente le maire palestinien de la ville encerclée. Sans armée, sans emploi ni avenir, les jeunes nont que des pierres pour crier leur désespoir. David contre Goliath...

Des religieux écoeurés
"Avec le mur, qui peut franchir à temps -, les check-points [points de contrôle] pour venir à lhôpital, assister aux enterrements ou aux mariages ou tout simplement vendre sa récolte ? Aux points de passage, des femmes enceintes ont dû accoucher, des enfants comme des adultes, dont létat de santé nécessitait des soins urgents sont morts parce que les militaires israéliens les ont délibérément fait attendre. Les punitions collectives, lhomme humilié, enfermé, cen est trop !",
sexclame, de guerre lasse, une religieuse âgée.
"En été, sous la canicule, nous sommes privés deau car elle est pompée ici pour alimenter les collines de loccupant. Nous devons nous contenter de nos citernes sur les toits. Nous sommes des sans-papiers : il faut sans cesse renouveler les documents."
Découragée de voir lune de leurs surs refoulée à un point de contrôle après 30 ans de résidence sur le territoire et embarquée manu militari, la nuit tombée, dans un bus vers un pays voisin, la religieuse a écrit le 6 mars dernier au délégué apostolique de Jérusalem :
"Israël, avec sa toute puissance daujourdhui, mais également avec sa population au passé tragique, perdrait-il toutes ses valeurs relatives au respect et à la dignité de lhomme ? Si cet Etat ne souhaite plus la présence de religieuses chrétiennes en Terre Sainte, quil le fasse publiquement et correctement savoir, mais quil cesse immédiatement ces traitements humiliants et non conformes aux droits de la personne."
(1) www.openbethlehem.org Courriel : openbethlehem@openbethlehem.org
Béatrice Petit
© Dimanche Express
Merci pour cette vigoureuse dénonciation. Je voudrais ajouter :- "commente le maire palestinien de la ville encerclée" [texte impeccable mais on aurait pu mettre en rouge la ville encerclée. Il est vrai qu'il y a déjà assez de rouge, bien justifié.- à travers les champs doliviers palestiniens [Il n'est pas innocent de choisir les champs d'oliviers palestiniens : 'comme si on tuait la paix, et paix offerte par les Palestiniens.- les salésiens... vont voir incessamment une partie de leur propriété passer de lautre côté du mur [comme par un tour de passe-passe]. (je ne maîtrise plus les couleurs: ce devrait en noir!)- et on termine adéquatement sur l'adjuration à Israël... quil cesse immédiatement... adressée par une religieuse responsable au délégué apostolique de Jérusalem.Tout l'article est habile.Je remarque, dans le bandeau de l'hebdomadaire, la reproduction, comme en médaillon, des lettres grecques chi-rhô, la paix du Christ.Que cet hebdomadaire existe, généreusement distribué par l'Eglise locale, est une opportunité soit d'enseignement soit d'endoctrinement. Il faut choisir.
Mis en ligne le 16 avril 2008, par M.











