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Incitation à la haine
Les caricatures de Mahomet conduisent «Charlie Hebdo» au tribunal, A. Bogaert
Le procès aura lieu en février prochain, avec un plaignant supplémentaire: la Ligue islamique mondiale, qui a rejoint l'UOIF et la grande mosquée de Paris, parties civiles.
22 septembre 2006
Le «procès des caricatures» de Mahomet se tiendra les 7 et 8 février prochains, au tribunal correctionnel de Paris. Un procès qui sannonce à la fois symbolique et très médiatique, et qui sera présidé par le président du tribunal de grande instance de Paris, Jean-Claude Magendie, lui-même. Cest ce qua annoncé vendredi après-midi la Cour siégeant dans la 17e chambre, celle réservée aux affaires de presse, en présence de lavocat de Philippe Val, directeur de la publication de Charlie Hebdo, ainsi que des robes noires des parties civiles, lUnion des organisations islamiques de France et la grande mosquée de Paris.
La Ligue islamique mondiale sest invitée à la dernière minute et a ajouté son nom à la liste des plaignants. Cette organisation basée en Arabie saoudite s'était déjà constituée partie civile dans le procès fait en 2002 à l'écrivain Michel Houellebecq, selon qui l'islam est «la religion la plus con». Me Salah Djemai, avocat de la Ligue islamique mondiale, dénonce «la provocation de Philippe Val, un radical et un arrogant».
Charlie Hebdo, dans son édition du 8 février 2006, a publié en Une, sous le titre Mahomet et les intégristes, un dessin du prophète disant «Cest dur dêtre aimé par des cons». Lhebdo satirique a également reproduit, en pages intérieures, les douze caricatures de Mahomet parues le 20 septembre 2005 dans un journal danois, le Jyllands-Posten. Ces dessins, et particulièrement celui représentant le prophète coiffé dune bombe en guise de turban, avaient suscité une profonde colère dans le monde musulman.
Philippe Val est donc, en tant que directeur de la publication, poursuivi pour «injure envers un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée» (art. 48 de la loi de 1881).
«Cest quand même le seul procès des caricatures du monde. Et la question de fond est: est-ce que, en France, on a le droit de critiquer la religion?», résume Richard Malka, lavocat de Charlie Hebdo. Il poursuit: «Nous pensons que oui. Ceux qui nous attaquent essaient de faire sanctionner le blasphème, sans le dire.» Confiant, il promet à laudience la présence de dix à douze témoins, «des grandes consciences et des grandes voix de lislam».
Pour Francis Szpiner, lavocat de la grande mosquée de Paris, «Charlie voudrait faire croire que cest le procès de la liberté dexpression. Nous ne reprochons pas le principe de la publication des caricatures. Nous poursuivons Charlie pour les quelques caricatures que nous estimons constituer une injure raciste». Salah Djemai renchérit: «La Ligue islamique mondiale veut sensibiliser lopinion à la montée du racisme dans ce pays. On envisage de demander l'euro symbolique. La Ligue islamique mondiale ne fait pas ça pour le fric. Le fric de M. Val est puant.»
Alexandra Bogaert
© Libération
Mis en ligne le 25 septembre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











