Vous êtes :
Accueil » Antisémitisme» Incitation à la haine
Incitation à la haine
Lettre ouverte de François Léotard à Mahmoud Ahmadinedjad
Un texte étonnant, un témoignage admirable. Il est à espérer que la boîte e-mail de François Léotard sera inondée de lettres de reconnaissance de Juifs et de Juifs de tous les recoins de la diaspora. (Menahem Macina).
03/08/06
Le 11 juillet 2006
Monsieur le Président,
Franchement, en commençant cette lettre, je navais pas envie de vous appeler de cette manière. Ce titre implique en effet un minimum de respect. Je le fais néanmoins parce que cest vous qui vous exprimez au nom des Iraniens. Sur les photos, je vous vois devant des foules, des visages, des mains levées. Sans doute peut-on y deviner une forme denthousiasme, en tout cas, dadhésion.
Nous avons, en Europe, connu ces foules. Cétait un mauvais moment pour nous. Une période tragique dont nous continuons à porter la honte et langoisse.
Lun des peuples les plus cultivés du monde, un peuple qui avait élevé à un haut degré la philosophie, la musique, la poésie, la science, un peuple qui avait étonné ses voisins par son rayonnement, avait sombré dans la haine, la folie raciale, lignominie.
Des dizaines de millions dindividus ont subi, dans leur chair leur culture, leur dignité, cette étrange barbarie qui se voulait un ordre nouveau. Ce furent dabord les propres ressortissants de cet Etat, des Allemands, puis peu à peu les autres, tous les autres
On appela cette folie une guerre mondiale.
Mais ce fut surtout une guerre contre ce quil y avait dhumain en nous. Les livres furent brûlés, les enfants déportés et assassinés, les intelligences brisées. Tout ce qui faisait lhonneur de lhomme fut piétiné. Et puis
Et puis, jen viens à vous : une partie de lespèce humaine, le peuple juif, fut destiné à lenfer. Oh, je vous le concède, une petite partie.
Ils nétaient ni les plus nombreux, ni les plus riches, ni même les plus influent.
Cétaient des hommes et des femmes qui avaient porté très longtemps et très loin leur foi, leurs questions sur le monde, sur Dieu, sur la nécessité de vivre ou de souffrir, sur le bonheur daimer. Généralement, ils fréquentaient les livres. Ils réfléchissaient beaucoup, ils ne comprenaient pas pourquoi on ne les aimait pas, pourquoi on les appelait des Untermensch (des "sous-hommes"), pourquoi on les considérait comme des insectes
Ils furent pourchassés dans toute lEurope, pendus, fusillés, brûlés...
Vous savez parfaitement tout cela, mais je lévoque devant vous pour trois raisons au moins :
-
La première, cest que nous (je dis "nous", cest une façon de parler) naccepterons pas que ça recommence. Je ne suis pas Juif, mais les Juifs sont, comme les Perses, mes frères en humanité.
-
La seconde, cest quils ont le droit, comme vous, comme moi, davoir une patrie. Que ce soit la France ou Israël ne change rien à laffaire.
-
La troisième raison ne vous plaira pas, mais tant pis : ce quils [les Juifs] apportent au monde (et cest probablement cela que vous voulez "rayer de la carte"), cest une conception de lhomme et de son destin qui a enrichi plusieurs siècles de civilisation et qui fait honneur au peuple juif comme à lEtat dIsraël.
Monsieur le Président, vous avez le droit dêtre nationaliste. Vous avez le droit dêtre fier de lhistoire du peuple perse. Vous avez le droit dêtre croyant et de prier le Dieu "clément et miséricordieux" comme il est dit au début de chaque sourate du Coran.
Vous pensez avoir le droit de voiler les femmes, de torturer les opposants, demprisonner les journalistes qui vous contredisent, de condamner à mort des enfants mineurs, de persécuter vos minorités.
Mais vous navez pas le droit de porter sur Israël le regard trouble, imbécile et haineux qui accompagne vos discours. Car il me semble que vous haïssez, dans cet Etat, la libre parole, la diversité des partis, le rôle de lopposition, lindépendance de la justice, la recherche universitaire et sans doute aussi
le courage. C'est-à-dire tout ce que nous sommes en droit dadmirer.
Les hommes qui ont organisé la réunion de Wannsee où fut décrété lanéantissement des Juifs dEurope sont tous morts aujourdhui. Naturellement, comme chacun dentre nous, vous suivrez ce destin.
Je souhaite seulement que, pour vous-même, pour le peuple perse, pour les jeunes enfants dIran ou dIsraël qui vous survivront, il ne vienne à personne lenvie daller cracher sur votre tombe.
© François Léotard
Mis en ligne le 03 août 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











