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Incitation à la haine
Antisémitisme à la faculté de la Manouba (Tunis)
Voici le texte dun communiqué diffusé le 15 mars 2006 par lAssociation du Manifeste des libertés.
15/03/06
Le 10 mars dernier, un événement très grave sest déroulé à la faculté de la Manouba, un des principaux établissements universitaires de Tunis, à loccasion dune cérémonie en lhonneur de feu Paul Sebag.
Paul Sebag, mort en 2004, est un sociologue juif tunisien qui a consacré sa vie à la Tunisie. Membre du Parti communiste dès sa jeunesse, militant de la lutte pour lindépendance, il a fait de son pays son objet détudes, et ses livres font encore référence aujourdhui.
Bien quayant émigré en France à la fin des années 1970, il avait exprimé son désir de faire don de sa bibliothèque à luniversité de la Manouba. Cest donc linauguration du Fonds Paul-Sebag que lon célébrait le 10 mars, en présence de sa fille, de quelques-uns de ses amis juifs tunisiens et de nombreux collègues.
Cest à cette occasion que la faculté a été le théâtre dun déchaînement antisémite de la part dun groupe dune cinquantaine détudiants. Barrant le passage aux invités, ils ont crié des insultes à ladresse des participants et de la famille de Paul Sebag : «Sionistes !», «Amis des juifs !». Malgré les propos racistes qui fusaient, la cérémonie a suivi son cours, mais les étudiants sont restés devant la salle durant trois heures, continuant à manifester. Un professeur, essayant de les calmer, a même été giflé pendant que dautres personnes continuaient dêtre insultées.
Ce déchaînement antisémite de la part de jeunes étudiants, à lintérieur même de leur faculté, révèle la gravité dun problème que les Tunisiens ont longtemps essayé docculter sous le masque dune Tunisie accueillante et tolérante. Si elle a pu jadis avoir quelque réalité, cette image est depuis longtemps obsolète. Comme les autres opinions arabes, lopinion tunisienne est travaillée par la virulence des discours nationalistes xénophobes et par la rhétorique de lislam politique. Elle est, en outre, aujourdhui à lécoute des chaînes arabes les plus farouchement racistes comme «El Manar», chaîne très regardée du Hezbollah libanais. Ces courants instrumentalisent le très réel drame des Palestiniens, qui sert de justification à toutes les dérives antijuives.
Des personnes ont, certes, dénoncé, depuis plusieurs années, sans pour autant être suivies, chaque manifestation dun antisémitisme qui na cessé de gagner du terrain. Plus fréquemment, le silence, lindifférence et la politique de lautruche ont prévalu chez la plupart des intellectuels qui ont refusé de voir les ravages dune pathologie antisémite se développant particulièrement dans la jeunesse. Leur passivité a ouvert un boulevard aux offensives des discours xénophobes, qui nont trouvé aucun contre-discours capable de les arrêter. Ainsi, comme ailleurs dans le monde musulman, les intellectuels tunisiens, qui ont négligé leur devoir de transmission de lhistoire de leur pays, portent une lourde part de responsabilité dans ce qui arrive aujourdhui.
Les événements du 10 mars suscitent lindignation du corps enseignant tunisien, qui se mobilise pour exprimer enfin son refus de la dérive. Il faut espérer que ce réveil tardif mais important inaugure une véritable prise de conscience chez des secteurs plus larges de lopinion.
Dénonçant depuis sa création lantisémitisme qui se répand dans le monde arabe et musulman, le Manifeste des libertés apporte son soutien à cette mobilisation.
Le 10 mars dernier, un événement très grave sest déroulé à la faculté de la Manouba, un des principaux établissements universitaires de Tunis, à loccasion dune cérémonie en lhonneur de feu Paul Sebag.
Paul Sebag, mort en 2004, est un sociologue juif tunisien qui a consacré sa vie à la Tunisie. Membre du Parti communiste dès sa jeunesse, militant de la lutte pour lindépendance, il a fait de son pays son objet détudes, et ses livres font encore référence aujourdhui.
Bien quayant émigré en France à la fin des années 1970, il avait exprimé son désir de faire don de sa bibliothèque à luniversité de la Manouba. Cest donc linauguration du Fonds Paul-Sebag que lon célébrait le 10 mars, en présence de sa fille, de quelques-uns de ses amis juifs tunisiens et de nombreux collègues.
Cest à cette occasion que la faculté a été le théâtre dun déchaînement antisémite de la part dun groupe dune cinquantaine détudiants. Barrant le passage aux invités, ils ont crié des insultes à ladresse des participants et de la famille de Paul Sebag : «Sionistes !», «Amis des juifs !». Malgré les propos racistes qui fusaient, la cérémonie a suivi son cours, mais les étudiants sont restés devant la salle durant trois heures, continuant à manifester. Un professeur, essayant de les calmer, a même été giflé pendant que dautres personnes continuaient dêtre insultées.
Ce déchaînement antisémite de la part de jeunes étudiants, à lintérieur même de leur faculté, révèle la gravité dun problème que les Tunisiens ont longtemps essayé docculter sous le masque dune Tunisie accueillante et tolérante. Si elle a pu jadis avoir quelque réalité, cette image est depuis longtemps obsolète. Comme les autres opinions arabes, lopinion tunisienne est travaillée par la virulence des discours nationalistes xénophobes et par la rhétorique de lislam politique. Elle est, en outre, aujourdhui à lécoute des chaînes arabes les plus farouchement racistes comme «El Manar», chaîne très regardée du Hezbollah libanais. Ces courants instrumentalisent le très réel drame des Palestiniens, qui sert de justification à toutes les dérives antijuives.
Des personnes ont, certes, dénoncé, depuis plusieurs années, sans pour autant être suivies, chaque manifestation dun antisémitisme qui na cessé de gagner du terrain. Plus fréquemment, le silence, lindifférence et la politique de lautruche ont prévalu chez la plupart des intellectuels qui ont refusé de voir les ravages dune pathologie antisémite se développant particulièrement dans la jeunesse. Leur passivité a ouvert un boulevard aux offensives des discours xénophobes, qui nont trouvé aucun contre-discours capable de les arrêter. Ainsi, comme ailleurs dans le monde musulman, les intellectuels tunisiens, qui ont négligé leur devoir de transmission de lhistoire de leur pays, portent une lourde part de responsabilité dans ce qui arrive aujourdhui.
Les événements du 10 mars suscitent lindignation du corps enseignant tunisien, qui se mobilise pour exprimer enfin son refus de la dérive. Il faut espérer que ce réveil tardif mais important inaugure une véritable prise de conscience chez des secteurs plus larges de lopinion.
Dénonçant depuis sa création lantisémitisme qui se répand dans le monde arabe et musulman, le Manifeste des libertés apporte son soutien à cette mobilisation.
[Texte aimablement communiqué par L'Arche.]
Mis en ligne le 17 mars 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











