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Réactions au film 'La Passion', en France et dans des pays arabes
Résumé de 4 dépêches AFP des 24 et 25 mars 20041. Karmitz refuse de programmer "La Passion du Christ", qu'il juge "fasciste"
Selon l’AFP, Marin Karmitz, patron de la société MK2, a refusé de programmer dans son réseau de salles "La Passion du Christ" de Mel Gibson, qu'il juge "fasciste", "antisémite" et "d'une violence inouïe".
"Voir un homme torturé pendant deux heures, [tout en tenant un cornet de] pop corn à la main, est quelque chose qui me révulse", a-t-il déclaré.
Karmitz juge le film fasciste, révisionniste et antisémite. Il n’hésite pas à affirmer qu’on y "aperçoit toute une internationale de l'intégrisme religieux, un martyrologe fondé sur la violence, le mépris des corps et la haine de l'humain. Selon lui, le danger de cette violence et son fascisme viennent de la disparition de la parole". C'est un film aphasique. Si on doit le résumer, c'est l'histoire d'un pauvre homme qu'on pique dans une forêt, et qu'on torture pendant deux heures. On ne sait rien d'autre de lui. Il ne dit rien. On entend des vociférations et des cris".
Pour ce qui est du caractère révisionniste qu’il attribue au film il déclare : "Des spécialistes plus compétents que moi ont relevé des erreurs. On voit une caricature de Romains et, évidemment, des juifs…"
A ses yeux l’antisémitisme du film ne fait pas de doute : "les responsables de cette violence sont très nettement désignés. Ce sont les juifs dans leur ensemble puisqu'on voit le peuple, hurlant et caricaturé, demandant la peau de ce pauvre homme aux Romains. Donc on désigne un bouc émissaire, responsable de ce massacre".
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2. En France : embarras des responsables religieux
Des représentants de l'Eglise catholique et de la Fédération protestante ont déjà découvert "La Passion" lors de projections organisées spécialement à leur intention. Vendredi, ce sera au tour de membres du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France).
Plusieurs évêques (dont le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris) ainsi que des théologiens et des animateurs du dialogue avec le judaïsme ont vu le film.
Selon l’AFP, tout et son contraire a été dit au sujet de ce film : l'archevêque américain John Foley, conseiller de Jean Paul II pour les médias, a ainsi estimé qu'il n'avait "rien d'antisémite".
En revanche, précise l’Agence de Presse, en Allemagne, les Eglises chrétiennes et le Conseil central des juifs ont estimé que "l'interprétation du film risque de relancer les préjugés antisémites".
Le cardinal Lustiger, l'un des principaux artisans du dialogue judéo-chrétien, n'a pas souhaité pour l'instant s'exprimer sur le film lui-même. Lors d'une émission spéciale qui devait être diffusée mercredi soir sur la chaîne catholique KTO, il s'est contenté de souligner les limites de la représentation cinématographique de la Passion, comparée au sens de la liturgie chrétienne.
"L'amour de Dieu et la profondeur du pêché ne se mesurent pas en litres d'hémoglobine", souligne-t-il notamment.
La conférence épiscopale laisse entendre qu'il ne devrait pas y avoir de position officielle de l'Eglise de France. Selon des témoins, les réactions des premiers spectateurs ont été très partagées. Certains ont été bouleversés, d'autres ont détesté. Dans l'hebdomadaire La Vie, le jésuite Paul Valadier se dit "atterré" par un film "obscène", "profondément antihumain et antichrétien".
Le pasteur protestant Paulette Marquet a déclaré en revanche à l'AFP que "par rapport à d'autres films sur Jésus, celui-ci n'est pas indigne".
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3. "La Passion du Christ" autorisé en Egypte, mais pas pour les mineurs
Le film sera projeté à partir du 31 mars au Caire puis à Alexandrie (nord) et dans d'autres villes, mais il sera interdit aux mineurs, a précisé Gaby Khouri à l'AFP. La direction du contrôle cinématographique a expliqué la restriction qu'elle a imposée pour les mineurs par la violence de certaines scènes.
Le film sera sous-titré en anglais et en arabe. La version originale est en araméen, la langue utilisée à l'époque du Christ.
L'Egypte compte une communauté chrétienne forte d'environ 5 millions de membres, selon les statistiques officielles, et de 10 millions, selon les estimations de l'Eglise copte.
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4. "La Passion du Christ" connaît un succès au Liban et fait un tabac en Syrie
Projeté depuis une semaine dans plusieurs salles à Beyrouth, et à travers le pays, le film semble très apprécié du public, d'autant plus que l'église maronite l'a jugé "impressionnant" et "pas antisémite".
"Le public vient nombreux voir "La Passion", mais il n'y pas un rush exceptionnel. Il a le même succès qu'un autre film à succès", a indiqué à l'AFP le responsable d'une grande salle de la capitale.
A la question de savoir si des spectateurs quittent la salle en raison de la violence du film et de la cruauté de certaines images, le préposé au guichet d'une salle a eu pour seule réponse: "Est-il imaginable qu'on sorte d'un film pareil?".
Le film est toutefois interdit aux moins de 15 ans.
Au Liban, le film a été visionné en avant-première par le président libanais Emile Lahoud, qui l'a beaucoup apprécié.
C'est un film "très douloureux, extrêmement impressionnant, nous n'y avons pas vu de l'antisémitisme", a déclaré le cardinal Nasrallah Sfeir, chef de l'Eglise maronite patriarche maronite, , la plus importante communauté chrétienne du Liban, après avoir vu le film dans une salle de Jounieh, au nord de Beyrouth.
Mais c'est surtout à Damas, que le film semble faire un tabac depuis sa sortie en salles le 17 mars. En raison du succès du film, une séance a été ajoutée aux trois séances quotidiennes, et les spectateurs achètent souvent les billets dès le matin pour être sûrs d'avoir une place. Beaucoup y vont en famille.
"En sortant du film, projeté en araméen et en latin avec des sous-titres arabes, j'ai vu beaucoup de gens pleurer, mais j'ai trouvé les scènes de torture excessives", raconte Fayez Wehbé.
"Le fait que le film soit projeté dans le contexte actuel de conflit au Proche-Orient, opposant Israël et Arabes, n'est pas étranger au grand succès du film", estime un autre spectateur.
Ailleurs dans le monde arabe, le dirigeant palestinien Yasser Arafat a visionné "La Passion" dans son QG à Ramallah (Cisjordanie), et l'a trouvé "émouvant".
Le Qatar, une monarchie musulmane du Golfe, a commencé dimanche la projection du film.
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D’après des dépêches AFP communiquées par le Centre d'Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient (CID) à Bruxelles.
Pour toute question plus approfondie, écrire à cid1@skynet.be.
Mis en ligne le 26 mars 2004 sur le site www.upjf.org











