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Idéologies
Le Saigneur des Agneaux (à propos de "La Passion"), Abbé Arbez
23/03/04Voir ou ne pas voir le film de Gibson "La Passion du Christ"…
Le flot des commentaires contradictoires sur le scénario est déjà aussi abondant que l’hémoglobine sur la pellicule.
Le film est-il antisémite ? Pour en juger, il ne faut évidemment pas se placer du point de vue culturel popularisé depuis vingt siècles, et dont Jean-Paul II a dénoncé le parti pris grossièrement anti-juif. Il y a plus de 40 ans, le Concile Vatican II avait déjà aboli la théologie de la substitution qui, en accusant les Juifs de déicide, prétendait que l’Eglise avait disqualifié et remplacé Israël.
On détient aujourd’hui assez d’éléments historiques pour savoir que c’est une petite faction de contemporains de Jésus, surtout du parti sadducéen, qui l’a conduit devant Ponce-Pilate, procurateur romain, seul habilité à prononcer une sentence de mort. Dans l’évangile de Luc, chapitre 23 verset 27, on peut d’ailleurs lire que, lors de son chemin de croix, « Jésus était suivi d’une grande masse du peuple et de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur son sort ».
"La Passion du Christ", version Hollywood, a bénéficié d’une publicité tapageuse. Mais, suite à des protestations émanant de spécialistes officiels catholiques, et d’associations juives américaines, Mel Gibson a décidé de modifier à la dernière minute certains passages de son film présentant de manière caricaturale les gentils Romains face aux méchants Juifs. Cela suffira-t-il à lever l’ambiguté du script ? On peut en douter.
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Matraqué par les images de violence extrême - chère au metteur en scène -, le spectateur va ressortir de là persuadé que ce sont les Juifs qui ont crucifié Jésus dans une haine aveugle. Alors que le sens profond du Golgotha est ailleurs: à travers Jésus, cloué sur le gibet, c’est tout le peuple juif opprimé qui est manifesté dans sa souffrance, et au-delà, c’est toute l’humanité prisonnière du mal et éprouvée dans sa chair qui attend d’être sauvée par l’amour, dont Dieu seul est la source.
Contrairement à ce que l’on pourrait déduire du film, c’est par le don et la compassion que Jésus ouvre une brèche de salut, pas par l’accusation d’Israël.
Mais il y a plus grave encore, dans le message délivré par Mel Gibson : alors que les évangiles, sur lesquels il a basé son scénario, articulent la passion à la résurrection, le film se focalise uniquement sur les scènes de supplice et de violence. Il manque l’essentiel, la victoire de la vie sur la mort ! Aucune trace, ni des appels de Jésus à vivre dans l’esprit des Ecritures, ni de la table eucharistique, aucune lueur pascale dans ce tourment sadique lourd de culpabilité.
Bouleversés par l’émotion sous le choc des coups exhibés en gros plan, les spectateurs quittent les salles obscures sans pour autant trouver la lumière d’espérance à laquelle ils auraient droit, après avoir supporté tant de violence savamment cadrée.
Que faire de ce traumatisme des sens lorsque on est jeune et que l’on croit naïvement que tout ce qui passe sur un écran de TV ou de cinéma est forcément véridique ?
« Tu ne sacraliseras pas l’image fabriquée » serait-on tenté de dire au public.
Mais a-t-il le recul nécessaire pour en juger et se faire son opinion avec discernement ?
Abbé Alain René Arbez, Genève
© upjf.org
Mis en ligne le 24 mars 2004 sur le site www.upjf.org











