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Delors et Barre à la TV: pas d'antisémitisme en France, R. Arbez
17/02/04Lundi soir, lors de l'émission présentée par l'ex-directeur de l'information de France2, Olivier Mazerolle, 100 minutes pour convaincre, le journaliste Alain Duhamel introduit soudain, dans le débat consacré à la recherche scientifique, cette question posée aux deux invités, Raymond Barre et Jacques Delors: "Pensez-vous qu'il y a vraiment de l'antisémitisme en France?"
Sourcils froncés, la réponse se fait immédiate et identique de la part des deux icônes politiques, droite et gauche unanimes, (par ailleurs tous les deux catholiques pratiquants): "oh! non, il n'y a rien de tel en France"…
Et Delors d’ajouter : "Bien sûr, il y a sans doute, çà et là de l'exaspération dans les milieux maghrébins, mais c'est compréhensible, en raison du conflit israélo-palestinien".
Alors que, dans le même temps, le président Chirac, au cours de l'accueil du président de l'Etat d'Israël, à l'Elysée, reconnaît qu'il y a de l'antisémitisme en France et qu'il faut le combattre avec rigueur… Alors qu'avec force, Nicolas Sarkozy dénonce l'antisémitisme des banlieues et s'engage courageusement à en poursuivre tous les auteurs.
On retrouve donc, dans les deux réponses de Messieurs Delors et Barre, sans doute exprimées en toute bonne foi, la vieille rhétorique qui consiste à nier l'évidence pour la conjurer, et à concéder éventuellement qu'au cas où le problème existerait, ce serait, bien entendu, la faute des Juifs eux-mêmes.
Et on assiste une fois de plus, chez des responsables politiques censés avoir une vision lucide de l'avenir, à une démonstration, d'une part, de l'emprise idéologique substituée à l'analyse réelle des faits, et, d'autre part, à une ignorance abyssale de la culture islamique et de ses cibles discriminatoires traditionnelles.
Car le problème n'est pas simplement conjoncturel: il est structurel, ce qui n'a rien de rassurant, quelles que soient les incantations anesthésiantes lancées à un auditoire inquiet.
Ici se mêlent l'interprétation française dominante du conflit israélo-palestinien: "tout est de la faute d'Israël", avec la vision irénique d'un islam "tolérant et pacifique", qui ne serait constitué que de modérés.
Le cardinal Tucci, directeur de Radio Vatican, a tout de même rappelé récemment que l'antisémitisme islamique est l'un des pires, et qu'il empoisonne les relations interreligieuses [Voir : "Un Cardinal: Antisémitisme musulman, le pire qui soit".
C'est le moins qu'on puisse dire. Encore faut-il que cela soit dit!
Après des réactions comme celles de Messieurs Barre et Delors, comment s'étonner ensuite de voir une partie du public mettre en doute la pertinence des propos des politiciens, lorsque la réalité du terrain est en constant décalage avec la langue de bois officielle?
Lorsque le climat social se dégrade et que chaque jour apporte son lot d'exactions diverses, on est en droit d'attendre de la franchise et du courage, c'est-à-dire de la compétence, de la part des analystes et des porte-parole politiques.
Alain René Arbez, prêtre, Genève
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Mis en ligne le 17 février 2004 sur le site www.upjf.org











