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Idéologies
Les Juifs sont les descendants des singes et des porcs, A. Solnick
MEMRI
THE MIDDLE EAST MEDIA RESEARCH INSTITUTE
3 septembre 2003
Titre complet : "Des religieux musulmans se basent sur des versets du Coran, des interprétations et des traditions pour affirmer : les juifs sont les descendants de singes, de porcs et dautres animaux"
Traduction française de Claude Detienne pour upjf.org.
Original anglais : sur le site de MEMRI : "Based on Koranic Verses, Interpretations, and Traditions, Muslim Clerics State: The Jews Are the Descendants of Apes, Pigs, And Other Animals" (1er nov. 2002).
Traduction française de Claude Detienne pour upjf.org.
Original anglais : sur le site de MEMRI : "Based on Koranic Verses, Interpretations, and Traditions, Muslim Clerics State: The Jews Are the Descendants of Apes, Pigs, And Other Animals" (1er nov. 2002).
Introduction
Représenter les juifs et parfois aussi les sionistes comme «les descendants de singes et de porcs» est une pratique du discours public extrêmement répandue aujourdhui dans les mondes arabe et islamique.
Par exemple, dans un sermon hebdomadaire davril 2002, le cheikh dal-Azhar Muhammad Sayyid Tantawi, religieux du rang le plus élevé dans le monde musulman sunnite, appelait les juifs «ennemis dAllah, descendants de singes et de porcs» (1).
Dans un de ses sermons, le cheikh saoudien Abd al-Rahman al-Sudayyis, imam et prédicateur à la mosquée al-Haraam la plus importante mosquée de La Mecque implorait Allah danéantir les juifs. Il préconisait aux Arabes dabandonner les initiatives de paix avec eux ; parce quils sont «le rebut du genre humain, les rats de lunivers, les violateurs de pactes et daccords, les meurtriers des prophètes, et la descendance de singes et de porcs» (2) .
«Lisez lhistoire», disait al-Sudayyis dans un autre sermon, «et vous comprendrez que les juifs dhier sont les parents maléfiques des juifs daujourdhui, qui sont une descendance maléfique, des infidèles ; ils déforment les paroles [des autres], adorent un veau, sont des meurtriers de prophètes, renient les prophéties ils sont le rebut du genre humain quAllah a maudits et transformés en singes et en porcs Tels sont les juifs, un continuum ininterrompu de tromperie, dobstination, dimmoralité, de mal et de corruption » (3).
Dans un sermon prononcé à la mosquée Said al-Jandoul dal-Taif, le cheikh saoudien Bad bin Abdallah al-Ajameh al-Ghamidi, expliquait que «les caractéristiques des juifs» étaient présentes en tous temps et en tous lieux. «Le comportement actuel des frères de singes et de porcs, leur traîtrise, leur violation des accords, leur profanation des lieux saints sont liés aux actes de leurs ancêtres au début de lIslam ce qui prouve la grande similitude qui existe entre les juifs qui vivent aujourdhui et ceux qui vivaient à laube de lIslam.» (4).
Dans un sermon daoût 2001, le cheikh Ibrahim Madhi, fonctionnaire de lAutorité palestinienne et imam de la mosquée Cheikh Ijlin, la principale mosquée de Gaza City, demanda aux Palestiniens doublier leurs dissensions internes et de tourner toutes les armes contre les juifs : « les lances doivent être dirigées contre les juifs, ennemis dAllah, la nation maudite dans le livre dAllah. Allah [les] décrivit comme des singes et des porcs, adorateurs dun veau et didoles » (5).
Voir, dans les juifs «les descendants de singes et de porcs» est également commun dans lIslam chiite. De telles affirmations se trouvent, par exemple, dans un discours prononcé en 1998 par le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah, à loccasion de la fête chiite de Ashoura. Nasrallah y regrettait que la fête coïncidât «avec le cinquantième anniversaire de la catastrophe historique affligeante et amère que représente létablissement de lÉtat des descendants de singes et de porcs les juifs sionistes sur la terre de Palestine et de Jérusalem». Il conclut son discours par ces mots : « Nous réaffirmons le slogan de la lutte contre le grand Satan et crions, comme lan dernier : Mort à lAmérique. Aux meurtriers des prophètes, les descendants de singes et de porcs, nous disons : Mort à Israël » (6).
Ces déclarations ne sont pas le fait des seuls religieux et prédicateurs. Sous leur direction, les meneurs de lopinion publique du monde arabe appellent aussi les juifs «descendants de singes et de porcs». Limage a imprégné la conscience publique jusque dans léducation des enfants. En mai 2002, Iqraa, la chaîne de télévision satellitaire égypto-saoudienne, qui, à en croire son site Web (7), a pour but de «mettre en valeur les aspects de la culture arabe islamique qui inspirent le respect», «de mettre en valeur la vraie image tolérante de lIslam et de réfuter les accusations portées contre lIslam», et «dimplanter un esprit de compréhension mutuelle et de dialogue entre les membres de la nation et douvrir des canaux de relation culturelle avec les cultures des autres nations», interrogeait une «vraie fille musulmane» de trois ans et demi à propos des juifs. Dans le programme «Le magazine de la femme musulmane », on demanda à la fillette si elle aimait les juifs ; elle répondit «Non». Quand on lui demanda pourquoi elle ne les aimait pas, elle répondit que les juifs étaient «des singes et des porcs». «Qui a dit cela ?» demanda lanimateur. La fillette répondit «Notre Dieu». «Où a-t-il dit cela ?» «Dans le Coran.» À la fin de linterview, lanimateur satisfait dit : «Aucun [parent] ne pourrait souhaiter quAllah leur donne une fille plus croyante quelle QuAllah la bénisse, de même que son père et sa mère. La prochaine génération denfants doit être une génération de vrais musulmans. Nous devons les éduquer maintenant quils sont enfants, pour quils soient de vrais musulmans.» (8).
En avril 2002, un talk-show hebdomadaire sur la chaîne de télévision satellitaire al-Jazeera, «La direction opposée» - qui prétend compter des dizaines de millions de spectateurs de par le monde -, était consacré à la question : «Le sionisme est-il pire que le nazisme ?» Lanimateur, le docteur Faisal al-Qassam, évoqua lopinion dun spectateur qui écrivait, depuis le site Web de la chaîne : «Les fils de Sion, que notre Dieu a décrits comme fils de singes et de porcs, ne seront découragés que sil y a un véritable holocauste, qui les détruira tous en une fois, en même temps que les traîtres ceux qui collaborent avec eux, la lie de cette nation [islamique].» (9).
Salim Azzouz, journaliste au quotidien dopposition égyptien al-Ahrar, affilié au Parti libéral religieux, décrit ainsi le retrait dIsraël du Liban, en 2000 : «Ils senfuirent avec juste la peau sur leurs corps, comme fuient des porcs. Et pourquoi dire comme, puisquils sont véritablement des porcs et des singes ?» (10).
Le présent article veut situer ces références aux juifs comme singes et porcs dans leur contexte religieux et historique et montrer leurs racines dans les sources religieuses musulmanes.
Chapitre 1
Les sources religieuses islamiques à propos des juifs Les descendants de singes et de porcs
Selon lIslam, les anciens juifs furent transformés en animaux pour avoir transgressé la parole de Dieu (11). Ce châtiment divin est mentionné dans les sources les plus importantes de la loi religieuse islamique, tant dans le récit de la révélation divine dans le Coran que dans les hadiths (traditions du prophète Mahomet) extrêmement fiables, compilés par les principaux savants du IXe siècle, Muslim et al-Bukhari (12), qui mentionnent aussi des souris, des lézards et dautres animaux, dans le même contexte.
Le châtiment divin contre les juifs est mentionné dans trois versets du Coran : « Ce sont ceux quAllah a rejetés, sur qui sa colère est tombée et quil a transformés les uns en singes et en porcs » (5 : 60) ; « Vous avez certainement appris la fin de ceux parmi vous qui ont transgressé le sabbat, en conséquence de quoi nous les avons condamnés : Soyez comme des singes, méprisés » (2 : 65) (13) ; et «quand, au lieu de samender, ils persistèrent davantage dans la poursuite de ce qui leur était interdit, nous les condamnâmes : Soyez comme des singes, méprisés» (14) (7 : 166).
La littérature arabe (adab) traita aussi de la transformation des juifs en animaux. Dans son traité du XIXe siècle, Le Livre des animaux, le plus grand de ces auteurs, al-Jahiz (15), signale quil est généralement pensé que le guépard, languille, la fourmi blanche, la souris et le lézard étaient à lorigine des juifs. Il mentionne la tradition qui raconte comment un sage vit un homme qui mangeait un lézard et lui dit : «Sache que tu as mangé un des cheikhs des fils dIsraël.» Il ne signale pas pourquoi ils furent changés en animaux, mais il dit que la preuve en est que «la patte du lézard ressemble à la main de lhomme» (16).
Chapitre 2
Commentaire coranique : les pécheurs chrétiens et musulmans furent aussi transformés en singes et en porcs
Bien que dans le Coran la transformation en singes et en porcs ne soit liée quaux seuls juifs, le commentaire du Coran lie aussi la transformation en singes et en porcs à des chrétiens. Le verset 5 : 112-115 raconte que les apôtres voulaient savoir si Dieu pouvait faire descendre du ciel une table chargée de nourriture. Jésus adressa cette demande à Dieu et elle fut exaucée. Mais Dieu lavertit que quiconque mangerait à la table et blasphémerait par la suite serait puni comme personne navait encore été puni. Dans son commentaire sur ce verset, le célèbre commentateur du Xe siècle, al-Tabari (17), dit que, malgré lavertissement divin, certains blasphémèrent et furent punis en étant transformés en singes et en porcs ou, dans une autre version, seulement en porcs (18).
Un autre verset qui lie des chrétiens à des singes et à des porcs est le verset 3 : 61 ; selon le commentaire de ce verset, une délégation de chrétiens de Najran vint à Médine pour débattre avec le prophète de la question : Jésus était-il fils de Dieu, comme le prétendaient les chrétiens, ou chair et sang, sans père ni mère, comme le prétendaient les musulmans ? Après avoir constaté quils ne pouvaient pas saccorder, ils décidèrent de se rencontrer à nouveau et de se maudire les uns les autres, pensant que la malédiction divine frapperait ceux dentre eux qui mentaient. Quand la délégation chrétienne vit que le Prophète avait amené avec lui ses parents de la famille de Ali bin Abu Taleb, ils furent effrayés, reconnurent sa mission prophétique et décidèrent de faire la paix avec lui, de reconnaître son autorité et de payer la jizya [impôt payé par les non-musulmans sous domination musulmane]. Selon un hadith du Prophète, cité surtout dans des sources chiites, si au lieu de cela ils lavaient maudit, ils auraient été transformés en singes et en porcs (19).
Dans les traditions islamiques, les musulmans furent aussi menacés dêtre transformés en singes et en porcs. Cependant, pour les juifs et les chrétiens, ce châtiment était un évènement du passé, tandis que, pour les musulmans, il serait infligé au jour du Jugement. Dans son article « Apes, Pigs, and the Islamic Identity », le chercheur U. Rubin indique que les musulmans menacés dêtre transformés en animaux nétaient pas des pécheurs ordinaires, mais ceux dont le péché avait une nature juive ou chrétienne. Lusage dun châtiment spécifique aux juifs et aux chrétiens avait pour but de combattre linfluence juive et chrétienne dans la société islamique, qui menaçait lunité de lidentité islamique. Lidentité islamique était censée être basée sur lunité et la moralité ; tout musulman qui imitait les juifs ou les chrétiens constituait donc une menace pour cette identité.
Lunité musulmane était menacée par les musulmans qui avaient rejeté des conceptions [musulmanes] orthodoxes et étaient suspects de suivre lexemple judéo-chrétien. Aussi, la plupart des traditions concernant des musulmans qui devaient être punis, au jour du Jugement, en étant changés en animaux, se rapportaient-elles aux Qadaris. Les Qadaris rejetaient lidée de prédestination (qadar) et leurs opinions étaient perçues, par ceux qui les combattaient, comme étant dorigine judéo-chrétienne ; aussi étaient-ils stigmatisés de la manière très spécifique dont létaient les juifs et les chrétiens, en étant, comme eux, transformés en singes et en porcs. En outre, les idées des Qadaris étaient très répandues dans la ville de Basra ; Basra est donc décrite dans les traditions comme lendroit où cette transformation devait probablement avoir lieu.
Le danger encouru par la moralité islamique provenait des musulmans qui adoptaient des aspects profanes de la civilisation judéo-chrétienne. La transformation eschatologique en singes et en porcs était donc également associée aux musulmans qui commettaient des péchés comme boire du vin, jouer dinstruments de musique en compagnie de chanteuses esclaves, et, parfois, porter des vêtements de soie ; dautres péchés étaient le faux témoignage, lusure et lhomosexualité. Certains de ces péchés étaient réputés spécifiques aux juifs et aux chrétiens (usure, vin, musique) ; dautres étaient lapanage de tous les non-Arabes (ornements de soie). Ces comportements étaient censés constituer une menace contre lidentité islamique ; les transgresseurs étaient donc menacés de ce châtiment judéo-chrétien classique (20).
Lidée de la transformation en animaux fut également utilisée par les deux principaux courants de lIslam, les sunnites et les chiites, dans leurs reproches mutuels. Selon la tradition chiite, le deuxième calife musulman, Omar bin al-Khattab, particulièrement admiré par les sunnites, parcourt la terre sous la forme dun hibou. Une autre tradition chiite veut que le meurtrier de Hussein bin Ali, petit-fils du Prophète admiré par les chiites, fut puni en étant changé en chien à quatre yeux. Le meurtrier fut aussi condamné à chercher désespérément de leau sans parvenir à en boire, même quand il en trouvait, parce quil avait empêché la famille de Hussein datteindre une source deau à la bataille de Karbala (21).
Inversement, la tradition sunnite affirme que certains chiites de Médine et dautres lieux furent changés en singes et en porcs, et que leurs curs et leurs visages changèrent de forme au moment de leur mort. Cela se situe dans le contexte de laccusation selon laquelle les chiites ressemblent beaucoup aux juifs, «ce qui ne devrait pas surprendre», comme lexplique le docteur Abu Muntasir al-Balaoushi, sur un site Web sunnite (22), «puisque les juifs ont inventé la chia (la religion chiite) et que [la chia] est imprégnée de croyances et principes [juifs] depuis le jour de sa création.»
Chapitre 3
Les racines historiques du châtiment
La croyance que des gens étaient transformés par une intervention surnaturelle dhabitude un châtiment divin en animaux, en statues ou en étoiles, était courante parmi les Arabes et dautres peuples avant lIslam.
Dans les sources juives et chrétiennes (Genèse, 19 : 26), la femme de Lot fut changée en colonne de sel quand elle viola linterdiction divine de regarder en arrière vers Sodome (23). Une autre histoire familière de la période préislamique est celle dIsaf et de Naila deux amants qui firent un pèlerinage à La Mecque. Quand ils se trouvèrent seuls dans la Kaabah, ils forniquèrent et furent immédiatement changés en pierre. Al-Jahiz dit que la crevette grise était, à lorigine, un couturier qui vola du fil et fut transformé en une créature qui se faufile, pour lui rappeler son crime. Al-Jahiz dit aussi que le serpent avait, auparavant, la forme dun chameau, mais que Dieu le punit en le forçant à ramper sur la terre. Des légendes iraniennes attribuent à certains animaux ours, éléphants, tortues, vautours, corbeaux, hiboux, frelons, huppes, singes, porcs, chiens et lézards des transformations qui eurent lieu après le début de lIslam. La planète Vénus était prétendument une prostituée qui monta aux cieux et devint une étoile, en vertu de sa connaissance du plus grand nom dAllah. Dans Les Mille et une nuits, des gens sont fréquemment changés en animaux et reprennent par la suite leur forme originelle, normalement par aspersion deau (24).
Différents chercheurs ont essayé dexpliquer lorigine du châtiment de transformation, mentionné dans le Coran. F. Viré soutient que le châtiment coranique tire son origine de la fameuse légende citée dans le Talmud, où certains des constructeurs de la Tour de Babel furent maudits par Dieu et transformés en singes. Il base cette histoire sur le traité talmudique Sanhedrin (25), où les constructeurs qui cherchaient à atteindre le ciel «furent divisés en trois groupes. Le premier dit : Montons et habitons là ; le deuxième dit Montons et adorons les étoiles ; et lautre dit Montons et faisons la guerre. Ceux qui dirent Montons et habitons là, Dieu les dispersa. Ceux qui dirent Montons et faisons la guerre furent transformés en singes, en fantômes, en démons et en esprits mauvais. Et ceux qui dirent Montons et adorons les étoiles, Dieu confondit pour eux les langues de toute la terre.» (26).
Ilse Lichtenstadter explique que ces versets faisaient partie de la tentative du prophète Mahomet de gagner le soutien des juifs de La Mecque, en les menaçant dun châtiment sévère sils persistaient à refuser de se joindre à lui. Elle identifie deux sources anciennes pour le châtiment de la transformation en singes, mentionné dans le Coran. Les singes jouaient un rôle dans les légendes ou dans les rituels de deux civilisations anciennes. En Inde, le dieu-singe, Hanuman, était très connu, et des récits le concernant atteignirent la péninsule arabe par lentremise du commerce des épices entre lInde et lArabie méridionale. Les anciens Égyptiens avaient le dieu-babouin Thoth, représenté dordinaire comme un singe à tête de chien. Les histoires dune race de gens à tête de chien, associés au babouin, atteignirent aussi la chrétienté. Selon une légende grecque, saint Christophe avait jadis appartenu à une race dhommes à tête de chien, et lors de sa conversion au christianisme, il lui avait été donné de parler comme un humain au lieu daboyer. Il fut martyrisé, (peut-être) pendant le règne de lempereur romain Dèce, au IIIe siècle ; son symbole est une tête de chien. Linfluence de la civilisation syro-chrétienne atteignit la péninsule arabe ; les légendes dhommes à tête de chien peuvent avoir été connues du Prophète.
Lichtenstadter décrit aussi le comportement des animaux et le châtiment auquel il correspond. Les porcs sont reliés au culte des idoles, vu quils étaient offerts en sacrifices idolâtriques, aussi le Coran interdit-il den manger. Dans des sources anciennes, le singe est identifié au mal, aux démons et au diable ; ceux qui étaient transformés en singes étaient donc bannis de la société humaine et rejetés dans la sphère du diable.
Linfluence de lidée de transformation en animaux sur la conscience musulmane est nette à travers lhistoire. En Espagne, par exemple, pendant les périodes de friction entre les différentes communautés religieuses, les musulmans appelaient les juifs «singes» et les chrétiens « porcs et chiens». En Afrique du nord, sous la dynastie musulmane aghlabide (IXe au XIe siècle), les juifs étaient obligés de porter sur lépaule un morceau de tissu avec limage dun singe, et les chrétiens devaient porter un morceau de tissu avec limage dun porc. Ils devaient aussi coller ces images sur les portes de leurs maisons respectives (28). En outre, le concept de transformation influença la loi alimentaire islamique. En général, les chiites augmentèrent le nombre danimaux supposés être dorigine humaine et interdirent leur consommation. Par exemple, le lièvre était inclus sur cette liste. Par contraste, les sunnites eurent tendance à réduire la liste ; bien quil y ait des traditions sunnites concernant des gens transformés en animaux, elles ne sont pas souvent citées par les juristes sunnites quand ils fixent les lois alimentaires (29) .
Chapitre 4
Commentaire islamique sur la transformation des juifs en singes et en porcs
A. Les circonstances du châtiment
Dans son vaste traité sur le Coran, le commentateur du Xe siècle, al-Tabari explique que les juifs furent transformés en animaux parce quils refusèrent daccepter le vendredi comme jour de repos. Les juifs, dit-il, comme les autres nations, reçurent lordre de faire du vendredi leur jour saint «à cause de ses vertus et de son importance dans les cieux et aux yeux des anges, et parce que le jour du Jugement tomberait un vendredi». Les musulmans acceptèrent le vendredi comme le jour le plus important, tandis que les juifs refusèrent, prétendant que le samedi était le meilleur jour, parce quAllah avait créé les cieux, la terre et tout le reste en six jours, et sétait reposé le septième. Les chrétiens aussi refusèrent de suivre le commandement de Dieu dhonorer le sixième jour, disant que le dimanche était le meilleur jour. Allah instruisit Jésus de les autoriser à faire du dimanche leur jour de repos pourvu quils le fassent selon certains préceptes ; cependant, les chrétiens ne suivirent pas ces préceptes et leur insubordination est mentionnée dans le Coran. Allah dit aussi à Moïse dautoriser les juifs à faire du samedi leur jour de repos, à la condition que, ce jour-là, ils sabstiennent de pêcher et de tout travail permis pendant les jours de la semaine. Cependant, les juifs ne satisfirent pas à ces conditions et cest pourquoi ils furent punis.
Les juifs qui furent transformés en animaux sont communément identifiés par le commentaire coranique à des habitants du village dIliya (30), situé sur la côte de la mer Rouge. Le commentaire coranique raconte comment Allah fit apparaître, un samedi, de grands bancs de poissons et les fit disparaître avant le coucher du soleil, pour mettre à lépreuve la foi des juifs et leur obéissance à ses commandements. Cela fut trop dur pour les juifs, qui trouvèrent des moyens de contourner linterdit divin de pêcher le samedi. Ibn Abbas, cousin du prophète Mahomet et un des premiers commentateurs du Coran, écrivit quun juif prit en secret un poisson le samedi, lattacha avec une ficelle à un piquet dans le sol. Le jour suivant, il tira le poisson et le mangea. Quand il vit quil nétait pas puni, il répéta ses actes le samedi suivant, et encore le samedi suivant. Finalement les voisins sentirent lodeur du poisson de sa cuisine, et se mirent à suivre son exemple. Longtemps ils mangèrent en secret, et Allah ne se hâta pas de les punir, mais quand ils se mirent à pêcher ouvertement et à vendre leurs prises interdites sur le marché, ils furent punis.
Al-Tabari cite une autre tactique utilisée par les juifs pour contourner linterdit. Un juif qui avait une folle envie de poisson creusa un puits avec un tunnel conduisant du puits à la mer. Le samedi, il ouvrit le tunnel de sorte que les vagues entraînent le poisson dans le puits. Le dimanche, lhomme cuisit le poisson. Lodeur du poisson en train de cuire parvint aux voisins, qui suivirent son exemple, et les juifs prirent bientôt lhabitude de manger du poisson pêché le samedi. Quand les sages les avertirent, ils prétendirent quils pêchaient le dimanche, quand ils retiraient le poisson du puits, et non le samedi quand ils ouvraient le tunnel (31).
Tous les juifs nagirent pas de la même façon. Les commentateurs du Coran identifient trois groupes dans ce contexte : certains juifs pêchèrent et violèrent le précepte divin de ne pas pêcher le samedi ; certains autres avertirent les pêcheurs du châtiment dAllah et leur interdirent de continuer à agir de la sorte. Les autres tinrent leur langue ; bien que ne mangeant pas le poisson pêché par les pêcheurs le samedi, ils ninterdirent pas aux pêcheurs de pêcher (32).
En pareille situation, quand les pêcheurs refusèrent darrêter de pêcher, ceux qui suivirent le précepte divin décidèrent quils ne voulaient plus vivre dans le même village que les pêcheurs, et ils construisirent un mur entre eux. Un jour, on ne vit pas les pêcheurs sortir de leurs maisons. Ceux qui observaient le précepte divin escaladèrent le mur et allèrent contrôler les maisons, quils trouvèrent verrouillées. Quand ils ouvrirent les portes, ils virent que tous hommes, femmes et enfants avaient été changés en singes. «Ils verrouillèrent leurs portes, le soir, quand les gens senferment dans leurs maisons, et ils se réveillèrent en singes.» (33). al-Qurtubi, commentateur andalou du Coran, au XIIIe siècle, (34) , dit que les singes identifièrent leurs parents humains, sapprochèrent deux, sentirent leurs vêtements et pleurèrent. Par contre, les humains ne purent identifier leurs parents, mais ils leur dirent : « Ne vous avons-nous pas interdit [de violer la parole de Dieu] ? Les singes firent oui de la tête.» Selon certains commentateurs, les jeunes du village devinrent des singes, tandis que les plus âgés devenaient des porcs (35).
Dans sa dissertation doctorale, Les fils dIsraël dans le Coran et dans la tradition musulmane des hadiths, le cheikh dal-Azhar Muhammad Sayyid Tantawi explique dune autre manière la transformation des juifs en singes et en porcs dans le Coran. Tantawi consacre un chapitre aux diverses façons dont Allah punit les fils dIsraël, notamment par un changement de forme. Pour expliquer le verset du Coran 5 : 60, Tantawi dit que les juifs demandèrent au prophète Mahomet en quels prophètes il croyait. Le Prophète énuméra Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob, les tribus [sic], Moïse et Jésus, et il dit quil ne faisait pas de différence entre eux. À la mention de Jésus, les juifs rejetèrent sa prophétie en disant : « Nous ne croyons pas en Jésus, ni en quiconque croit en lui [cest-à-dire Mahomet lui-même], et nous ne croyons pas que notre religion soit pire que la tienne.» Sur cette toile de fond, le Coran clarifia le mal de la religion des juifs, qu«Allah maudit et contre lesquels il se mit en colère, et il en transforma certains en singes et en porcs» (36).
Dans son traité La Vie des animaux, le savant égyptien du XVe siècle, al-Damiri (37), mentionne une autre tradition liant lattitude des juifs envers Jésus au châtiment qui leur fut infligé. Selon cette tradition exégétique, Jésus rencontra un groupe de juifs qui le calomnièrent, lui et sa mère, en disant «Voici le magicien, fils de la sorcière». Quand Jésus les entendit, il les maudit, et Allah les transforma en porcs (38). Al-Tabari présente aussi lhistoire coranique de la malédiction des juifs par Jésus (39) comme explication de leur châtiment consistant à être transformés en singes.
Dans son commentaire, al-Tabari fournit une autre explication de la transformation des juifs en porcs. Il décrit une femme, parmi les fils dIsraël, qui croyait en Allah et mena une guerre sainte contre le roi des fils dIsraël «pour la religion dAllah». Elle fit trois fois la guerre, accompagnée de gens qui croyaient en elle et la suivaient, et elle fut vaincue à trois reprises. Ses hommes furent blessés et tués, mais elle réussit à séchapper. Après la troisième tentative, elle perdit espoir et invoqua Allah : «Si cette religion avait un bouclier et un sauveur, Tu laurais déjà révélé.» Il est dit que la femme sendormit toute triste et que, pendant la nuit, Allah répondit à ses appels et changea les villageois en porcs (40).
B. Le châtiment, en termes pratiques
La plupart des commentateurs prennent les écritures dans leur sens littéral et soutiennent que les juifs furent changés physiquement en singes et en porcs, comme mentionné explicitement dans le Coran. Seul un commentateur du Coran, Mujahid (41), cité par divers autres interprètes, écrivit que les juifs ne furent pas transformés physiquement, mais que le changement fut métaphorique, comme dans ladage coranique décrivant les juifs comme «un âne portant des livres» (42) (62 : 5). Selon Mujahid, ce nest pas leur forme extérieure qui fut changée, mais plutôt leurs curs [et leurs âmes, qui devinrent semblables à celles des singes]. Mais, selon les commentateurs, Mujahid est le seul à avoir cette opinion (43).
Récemment, le mensuel du Hamas, Falastin al-Muslima, a publié une série darticles sur la façon dont Allah punit les juifs. Un chapitre était consacré au châtiment de la transformation en animaux. Lauteur de la série, Ibrahim al-Ali, suit lapproche de la plupart des commentateurs du Coran, et explique que le changement était vraiment physique. Il écrit : «Allah ninfligea le châtiment de la transformation quaux juifs. La signification du châtiment est un vrai changement dans limage du juif, et la transformation complète de la condition humaine en une condition animale un vrai changement de lapparence humaine sous la forme de véritables singes, porcs, souris et lézards La transformation fut véritable, vu quil nest pas impossible que le tout-puissant Allah, qui a créé lhomme dans sa forme humaine, soit capable de changer le juif, dhumain en animal »
Al-Ali cite la tradition selon laquelle la femme du Prophète, Aïcha, appela les juifs «les frères de singes et de porcs». Selon la tradition, «les juifs vinrent chez le Prophète et lui dirent Que le poison soit sur toi [ce qui, en arabe se prononce presque comme La paix soit sur toi]. Le Prophète répondit : Que le poison soit sur vous, et Aïcha ajouta Que le poison soit sur vous, frères de singes et de porcs, et que la malédiction et la colère dAllah soient aussi sur vous. » (44).
C. La logique qui sous-tend le châtiment
Comme le dit Ibn Kathir, commentateur du Coran, du XIVe siècle (45), tout acte a sa récompense appropriée. Il continue en expliquant pourquoi les juifs furent punis dune transformation en singes et en porcs : les juifs conspiraient pour pêcher le samedi en préparant hameçons, filets et cannes à lavance. Quand les bancs de poissons apparurent près de la côte, le samedi, ils furent pris par les filets, que les juifs avaient savamment conçus pour que les poissons ne puissent pas séchapper, ce jour-là. Le soir, les juifs vinrent ramasser le poisson ; cest alors quAllah les changea en singes, qui ressemblent le plus aux humains, mais ne sont pas vraiment humains. Les actes et subterfuges des juifs correspondaient extérieurement à la vérité, mais sy opposaient dans leur essence et leur rétribution convenait donc à leurs actions (46).
Dans un passage du mensuel du Hamas, Falastin al-Muslima, qui discute du châtiment de la transformation des juifs en animaux, le chercheur jordanien, le Dr Salah al-Khaledi, explique : «Peut-être la logique de cette transformation est-elle quAllah voulait quils soient des humains vivant comme de véritables personnes et quils réalisent leur humanité de la meilleure manière possible. Mais quand ils se révoltèrent contre les lois dAllah, ils rejetèrent la grâce divine et abandonnèrent donc leur humanité et leur honneur pour se transformer spirituellement en animaux. Alors, Allah changea [aussi] leur forme en celle de singe, et il les transforma en animaux réels, créant ainsi une corrélation entre leur image spirituelle et physique »
«Ladhésion à la loi divine est une des qualités dignes de lhomme, tandis que la révolte contre la loi divine est labolition des qualités humaines de lhomme Aussi, un homme agressif, oppresseur et pécheur abandonne-t-il ses qualités humaines au profit de qualités bestiales [en lui], et il [devient] un animal dans son âme, dans ses émotions, et dans ses traits, même sil est un homme dans son aspect extérieur Les juifs, agressifs et rebelles, étaient des singes, spirituellement et émotionnellement, dans leurs âmes, dans leur comportement et dans leurs traits. Ils ne font pas partie de la race humaine [Voir, dans les Notes, en fin de document, la NDLR dupjf.org], si ce nest dans leur forme extérieure, dans leur corps, dans leurs sens et dans leur voix. Leur transformation en singes par Allah créa une correspondance entre ce quils étaient réellement et leur aspect [extérieur].» (47).
D. Les juifs qui furent transformés eurent-ils une descendance ?
Une autre question sur laquelle se concentrèrent les commentateurs du Coran et les auteurs de la littérature en prose (Adab) est celle de savoir si les juifs qui furent changés en animaux eurent une descendance. Al-Qurtubi explique que deux approches se firent jour, à ce sujet, parmi les religieux. Selon la première, tous les singes daujourdhui sont les descendants des fils dIsraël. Cétait aussi lopinion dIbn Qutaiba (48), savant marquant du IXe siècle et auteur douvrages fameux dAdab, qui pensait que les singes étaient, à lorigine, des juifs qui se sont reproduits (49). Selon la seconde approche, les singes qui étaient des juifs neurent pas de descendance.
Aussi les singes, porcs et autres animaux daujourdhui, sont les descendants danimaux qui existaient avant le châtiment divin. Ibn Abbas, par exemple, soutenait que quiconque voyait sa forme changer ne vivait pas plus de trois jours et ne mangeait, ni ne buvait, ni ne se reproduisait. Ceux qui croient que les animaux daujourdhui sont les descendants des fils dIsraël basent leur croyance sur des traditions fiables du prophète Mahomet, selon lesquelles il avertit de ne pas manger certains animaux, par crainte quils naient été, à lorigine, des fils dIsraël. Dans la tradition des compilations fiables de Muslim et dal-Bukhari, ce qui suit est attribué au prophète Mahomet : «Un groupe des fils dIsraël et on ne sait pas ce quils firent fut perdu, et je crains quils ne soient des souris. Ne voyez-vous pas que, quand on donne aux souris du lait de chameau elles nen boivent pas, et que quand on leur donne du lait de brebis, elles en boivent ?» Comme lexplique al-Nawawi, commentateur de hadiths du XIIIe siècle (50), « La viande et le lait de chameau sont interdits aux fils dIsraël, tandis que la viande et le lait de brebis ne le sont pas. Aussi, le fait que les souris sabstiennent de boire du lait de chameau, mais non du lait de brebis, prouve quelles sont des fils dIsraël sous forme animale.»
Al-Qurtubi mentionne aussi la tradition de la compilation de Muslim, selon laquelle un lézard fut apporté au Prophète, mais quil refusa de le manger en disant : «Peut-être est-il des [gens] des générations dont la forme fut changée.» Dans Falastin al-Muslima, Ibrahim al-Ali cite aussi des traditions où le Prophète hésite à manger des lézards. Selon une des traditions, par exemple, dans la compilation des traditions acceptées comme fiables par le sage du IXe siècle, Abu Daoud (52), des gens de la suite du Prophète prirent des lézards, les rôtirent et les mangèrent. Un des lézards rôtis fut offert au Prophète, qui prit une feuille de palme et compta avec elle les doigts du lézard [qui ressemblaient à une main humaine], en disant : «Un groupe des fils dIsraël fut changé en reptiles, et je ne sais pas, peut-être que ce [lézard] fait partie de ce groupe.» Dans la tradition qui figure dans la compilation de Muslim, le Prophète était plus catégorique sur lorigine des lézards. Il est dit quun Bédouin supplia le Prophète de clarifier sa position sur la consommation des lézards, et le Prophète dit : «Allah était en colère contre une des tribus des fils dIsraël et il les changea en animaux rampant sur la terre. Je pense que ce sont eux [les lézards] ; je nen mange pas et je ne linterdis pas.»
Al-Qurtubi note que le juge andalou du XIIe siècle, Ibn al-Arabi (53), adopta le point de vue selon lequel les animaux daujourdhui sont la descendance des fils dIsraël, et il mentionne une autre tradition qui étaye lopinion dIbn al-Arabi. Certaines versions de la compilation des traditions par al-Bukhari citent les mots dAmer bin Maimoun (54) : «Pendant la Jahiliya [période préislamique], je vis un singe femelle [une guenon] qui avait commis ladultère et [les singes autour delle] la lapidèrent et je me joignis à eux pour la lapider aussi.» Selon lopinion dIbn al-Arabi, les animaux transmirent la connaissance des lois religieuses [y compris la loi sur la lapidation des adultères] de génération en génération, jusquà lépoque de bin Maimoun. Il ajoute que les juifs changèrent la [loi de la] lapidation, et Allah voulut quils la fassent respecter alors quils étaient sous leur forme différente [c.-à-d. celle de singes] (55).
Selon certaines traditions, la crainte du Prophète que les souris, les lézards et dautres animaux ne soient des humains transformés est expliquée par al-Qurtubi : "Cétait une hypothèse suggérée par le Prophète avant quil ne reçoive linspiration divine qui lui fit comprendre clairement quAllah ne donna pas de descendance à ces humains transformés. Après quil eut reçu cette inspiration, il neut plus de crainte et déclara : «Allah ne peut pas avoir détruit et tourmenté des gens et en même temps leur avoir donné une descendance. Les singes et les porcs [que nous voyons aujourdhui] existaient auparavant.»". Selon al-Qurtubi, cette tradition est des plus fiables, et elle figure dans la compilation des traditions de Muslim. Il ajoute que la tradition de manger des lézards en présence du Prophète et à sa table, sans [avoir encouru sa] condamnation prouve quils ne sont pas les descendants des fils dIsraël (56).
Comme al-Qurtubi, Ibrahim al-Ali préfère le point de vue selon lequel les juifs punis par la transformation en animaux neurent pas de descendance. Dans Falastin al-Muslima, il écrit que les juifs qui furent transformés en singes, en porcs, en lézards et en souris furent aussi punis de lincapacité de se reproduire. «Ils existèrent dans le monde aussi longtemps quAllah voulut, puis il les fit séteindre sans descendance. Restèrent [dans le monde] les singes, les porcs et autres animaux qui avaient existé avant [le châtiment divin] et ce sont eux qui se reproduisirent et laissèrent une descendance »
Mais al-Ali continue en expliquant : «lextinction des juifs punis par transformation ne signifie pas que leur châtiment ait pris fin. Le châtiment laissa son impression dans les âmes des juifs qui vinrent après eux : leur esprit, leurs opinions, leurs sentiments et leurs manières de penser qui se reflètent dans le visage et dans lapparence extérieure [au point quils en vinrent] à ressembler à leur nature et à [avoir] lapparence de singes et de porcs, et cela affecta profondément leurs manières et leur comportement.»
Dans Falastin al-Muslima, Ibrahim al-Ali présente une preuve scientifique de laffirmation que les juifs furent punis de cette façon par Allah. Il déclare que les juifs inventèrent la théorie de lévolution pour se débarrasser de la honte de lancien châtiment : « Comme les juifs éprouvaient déshonneur et honte à cause de ce châtiment particulier qui les changea en frères de singes et de porcs, ils essayèrent de se débarrasser de cette accusation, avec laide de la pensée satanique qui les mena à mépriser la race humaine tout entière, en disant que lorigine [de lhomme] se trouve dans des animaux, et que [lhomme] évolua, au fil du temps, de la forme de singe à la forme humaine, grâce à la théorie du singe juif Darwin.» (57).
Conclusion
Associer les juifs avec des singes, des porcs et dautres animaux, ce qui est très répandu dans le monde arabe et musulman parmi les chiites et les sunnites, est une pratique fermement enracinée dans les plus importantes sources religieuses islamiques, et a aussi des racines dans le folklore dautres peuples anciens. Cette idée a été utilisée non seulement dans des écrits religieux mais aussi dans la prose et dans la fiction, tant dans le passé que dans le présent.
Aluma Solnick *
* Aluma Solnick est chercheuse au MEMRI.
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NOTES
[Note de la Rédaction dupjf] : Laffirmation "Ils ne font pas partie de la race humaine" rappelle étrangement cette tirade dHitler, rapportée par Rauschning, dans son livre, publié en 1939, Hitler ma dit :
«Deux mondes saffrontent! Lhomme de Dieu et lhomme de Satan! Le Juif est la dérision de lhomme. Le Juif est la créature dun autre Dieu. Il faut quil soit sorti dune autre souche humaine. LAryen et le Juif, je les oppose lun à lautre et si je donne à lun le nom dhomme, je suis obligé de donner un nom différent à lautre. Ils sont aussi éloignés lun de lautre que les espèces animales de lespèce humaine. Ce nest pas que jappelle le Juif un animal. Il est beaucoup plus éloigné de lanimal que nous, Aryens. Cest un être étranger à lordre naturel, un être hors nature." »
(1) www.palestine-info/arabic/palestoday/readers/mashhoor/22_4_01.htm.
(2) www.alraialaam.com/20-04-2002/ie5/frontpage.htm#03.
www.palestine-info.info/arabic/palestoday/dailynews/2002/apr02/20_4/detail1.htm
(3) www.alminbar.cc/alkhutab/khutbaa.asp?lmediaURL=5544, 19 avril 2002.
(4) www.alminbar.cc/alkhutab/kutbaa.asp?mediaURL=4331, non-daté.
(5) Télévision palestinienne, Autorité palestinienne, 3 août 2001.
(6) www.nasrollah.org/arabic/hassan/khitaabat/khitabat08.htm.
(7) Cf. www.iqraatv.com.
(8) Iqraa Television, Arabie saoudite / Égypte, 7 mai 2002.[Voir, sur notre site, une traduction française de cette interview: "Les Juifs sont des singes et des porcs": une musulmane de 3 ans à la TV.
(9) Extrait de la transcription officielle, al-Jazeera TV, Qatar, 15 mai 2001.
(10) Al-Ahrar, Égypte, 30 mai 2000.
(11) Le mot arabe pour ce type de transformation physique est maskh, qui signifie « changement de forme extérieure en une forme plus horrible ». Cf. Lissan al-Arab, « Maskh ».
(12) Muslim bin al-Hajjaj (mort en 875) et Muhammad bin Ismail al-Bukhari (mort en 870).
(13) Selon les commentateurs du Coran, cest une référence au châtiment de la transformation en singes bannis du bien [divin], humiliés et méprisés.
(14) Ailleurs le Coran parle en général de la transformation des infidèles (non musulmans) : « Si nous voulons, nous pouvons les changer (la masakhnhum) où ils sont » (33 : 67) Il est à noter que cest le seul passage du Coran où le terme maskh est employé, et que ce terme fait référence à un changement de forme qui a lieu au jour du Jugement. Ce concept nétait pas toujours lié à lidée de châtiment par transformation en singes et en porcs. Les premiers commentateurs du Coran étaient divisés à propos du maskh qui attend les pécheurs, proposant un nombre de possibilités comme la transformation en pierres, la claudication, ou la paralysie des bras et des jambes. Dans la littérature des hadiths également, il y a une tradition qui décrit un maskh eschatologique sans mention de singes ni de porcs. La plupart des traditions qui concernent le maskh futur décrivent une triple catastrophe annonçant le jour du Jugement : la terre souvrira et engloutira les pécheurs (hasf), [des rochers] seront jetés [du ciel] (qadhf), et il y aura une transformation dans une forme de vie inférieure (maskh). Parfois un tremblement de terre (rajf) est aussi mentionné dans ce contexte. Un examen du contexte historique de lapparition de ces traditions montre quelles sont apparues pendant les guerres civiles entre les musulmans à lépoque omeyyade. Le grand désarroi de cette époque cultiva un sens dapocalypse imminente, qui à son tour donna naissance à des traditions qui anticipaient la fin du monde et le jour du Jugement. Voir Uri Rubin, « Apes, Pigs, and the Islamic Identity », Israel Oriental Studies XVII (1997), p. 89-93.
(15) Omar bin Bahar al-Jahiz (mort en 869).
(16) Omar bin Bahar al-Jahiz, Kitab al-Hayawann.
(17) Muhammad bin Jarir al-Tabari (mort en 923).
(18) Al-Tabari, 5 : 115. Dautres sources disent quune tribu israélite qui avait manifesté un scepticisme déplacé, quand le miracle de la table fut octroyé à Jésus, fut transformée en lézards. Voir M. Cook, « Early Islamic dietary law », dans Jerusalem Studies in Arabic and Islam (JSAI) 7 (1986), p. 223.
(19) Tradition mentionnée, par exemple, dans le livre de Fakhr al-Din bin Muhammad al-Tarihi (mort en 1087), Majma al-Bahrain. Voir www.islam4u.com/almojib/4/0/4.0.2.htm.
(20) Uri Rubin, « Apes, Pigs, and the Islamic Identity », op.cit., pp. 93-102. Il est à noter que, jusquà aujourdhui, les prédicateurs islamiques découragent des transgressions comme la consommation de vin, le chant et la musique, par les menaces des hadiths contre les pécheurs, qui seront transformés en singes et en porcs. Des sermons de ce genre ne sont pas aussi fréquents que ceux qui font des juifs la descendance de ces animaux, mais sont plus fréquents que ceux qui se rapportent aux chrétiens dans ce contexte. Voir, par exemple, le sermon du prédicateur soudanais Muhammad Abd al-Karim sur le chant : www.alminbar.net/alkhutab/khutbaa.asp?mediaURL=3124.
(21) À la bataille de Karbala (680), le petit-fils du Prophète et ses hommes furent tués. Cela donna au mouvement chiite son aura de martyre. La tradition du chien à quatre yeux est reprise de « Maskh », dans Encyclopédie de lIslam, 2e édition, p. 737.
(22) Voir le site Web de la Ligue sunnite iranienne: www.isl.org.uk/article.php?sid=11.
(23) Il est intéressant de noter que le cas de la transformation de la femme de Lot ne soit pas mentionné dans la version coranique de lhistoire de Lot (Coran 11 : 81).
(24) Voir Ch. Pellat, « Maskh », Encyclopédie de lIslam, 2e édition, pp. 736-738.
(25) Traité Sanhedrin, 11 : 109a.
(26) Voir F. Viré, « Kird », Encyclopédie de lIslam, 2e édition.
(27) Ilse Lichtenstadter, « And become ye accursed apes », dans Jerusalem Studies in Arabic an Islam (JSAI) , 14 (1991), pp. 162-175.
(28) F. Viré, « Kird », Encyclopédie de lIslam, 2e édition.
(29) M. Cook, « Early Islamic dietary law », JSAI 7 (1986), pp. 223-233.
(30) Ibn Kathir (7 : 166) explique quIliya se situe sur la côte entre lÉgypte et Médine. Selon al-Damiri, Iliya se situe entre Midian et al-Tur. Dautres lieux identifiés dans le commentaire avec « le village sur la côte » sont « Median » situé entre Iliya et al-Tur (voir al-Tabari 2 : 65, Ibn Kathir 2 : 65) ou Tibériade.
(31) Ilse Lichtenstadter identifie les motifs du folklore juif qui influencèrent apparemment lexplication du châtiment donnée par al-Tabari. Lun deux est la légende du Léviathan et de la rivière Sambathion : dans la Torah, Dieu utilise le Léviathan pour vaincre les ennemis de son peuple, et dans le Talmud, le traité Baba Batra (746), raconte comment le Léviathan fut massacré par Dieu pour nourrir les justes dans lau-delà. Quant à la rivière Sambathion, il est dit que cest une rivière pleine de sable et de rochers, torrentielle pendant la semaine mais calme le samedi. Selon une autre version, la rivière est calme pendant la semaine et est en crue le samedi. Il semblerait que ce soit la version selon laquelle la rivière est en crue le samedi qui sous-tend le commentaire dal-Tabari, puisque les bancs de poissons arrivaient le samedi, mais pas pendant la semaine. Voir Ilse Lichtenstadter, « And become ye accursed apes », dans JSAI 14 (1991), pp. 159-161.
(32) Deux positions de commentateurs émergèrent concernant ce qui arriva aux juifs qui ne pêchèrent pas et nempêchèrent pas les autres de pêcher. Selon lune, seuls les vrais pécheurs furent changés en animaux, et furent alors détruits ; les deux autres groupes qui ne péchèrent pas, activement ou passivement, ne le furent pas. Selon lautre point de vue, seuls ceux qui sopposèrent explicitement et interdirent de pêcher furent sauvés, et ceux qui restèrent passifs furent aussi transformés. Voir par exemple 7 : 166.
(33) Al-Tabari 2 : 65, Ibn Kathir 2 : 65.
(34) Ibn Farraha al-Qurtubi (né en 1273).
(35) Al-Qurtubi 2 : 65.
(36) Muhammad Sayyid Tantawi, Les fils dIsraël dans le Coran et dans la tradition musulmane, Le Caire, Dar al-Shurouq, 2e édition (2000), pp. 695-697.
(37) Kamal al-Din al-Damiri (né en 1405).
(38) Kamal al-din al-Damiri, Hayat al-Hayawan, v. 1, 386.
(39) Selon le commentaire dal-Tabari sur 5 : 78, « Ceux des fils dIsraël qui ne crurent pas furent maudits par David et Jésus, fils de Marie ; cela arriva parce quils désobéirent et se livrèrent à la transgression » Voir al-Tabari 2 : 65.
(40) Al-Tabari 5 : 60.
(41) Mujahid bin Jaber al-Maki (mort vers 718-722).
(42) « Le cas de ceux qui furent sujets de la Loi de la Torah, mais qui naccomplirent pas leurs obligations envers elle, est comme celui dun âne qui porte un tas de livres. Mauvais est le cas des gens qui rejettent les signes dAllah, et Allah ne guide pas les gens malfaisants. » (62 : 5).
(43) Al-Tabari, 2 : 65, Ibn Kathir, 2 : 65, al-Qurtubi, 2 : 65.
(44) Falastin al-Muslima (Londres), septembre 1996, pp. 54-55.
(45) Ismail bin Amer Ibn Kathir (mort en 1373).
(46) Ibn Kathir 2 : 65.
(47) Falastin al-Muslima (Londres), septembre 1996, p. 54-55.
(48) Muhammad bin Abdallah Ibn Qutaiba (né en 889).
(49) « Maskh », Encyclopédie de lIslam, 2e édition, 737.
(50) Yahyah al-Nawawi (né en 1277).
(51) Cette interprétation se trouve dans larticle dIbrahim al-Ali dans Falastin al-Muslima, septembre 1996, pp. 54-55.
(52) Abou Daoud al-Sijistani (né en 889).
(53) Abu Bakr Ibn al-Arabi (né en 1148).
(54) Un des hommes importants de la deuxième génération des partisans du Prophète dans la ville de Kufa.
(55) Al-Qurtubi émet des réserves sur cette tradition, prétendant quil sagit peut-être « dune des choses attribuées dautorité à al-Bukhari ». Il dit que certains savants doutent que quelquun qui nest pas obligé par les préceptes divins puisse commettre ladultère [c.-à-d. des singes] et que les châtiments de Dieu sappliquent aussi aux animaux. Il ajoute que « si cest vrai [et que la guenon a été lapidée par dautres singes], elle faisait partie des démons [jinn], car les préceptes rituels ne sappliquent quaux hommes et aux Jinn ».
(56) Al-Qurtubi, 2 : 65.
(57) Falastin al-Muslima (Londres), septembre 1996, pp. 54-55.
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Représenter les juifs et parfois aussi les sionistes comme «les descendants de singes et de porcs» est une pratique du discours public extrêmement répandue aujourdhui dans les mondes arabe et islamique.
Par exemple, dans un sermon hebdomadaire davril 2002, le cheikh dal-Azhar Muhammad Sayyid Tantawi, religieux du rang le plus élevé dans le monde musulman sunnite, appelait les juifs «ennemis dAllah, descendants de singes et de porcs» (1).
Dans un de ses sermons, le cheikh saoudien Abd al-Rahman al-Sudayyis, imam et prédicateur à la mosquée al-Haraam la plus importante mosquée de La Mecque implorait Allah danéantir les juifs. Il préconisait aux Arabes dabandonner les initiatives de paix avec eux ; parce quils sont «le rebut du genre humain, les rats de lunivers, les violateurs de pactes et daccords, les meurtriers des prophètes, et la descendance de singes et de porcs» (2) .
«Lisez lhistoire», disait al-Sudayyis dans un autre sermon, «et vous comprendrez que les juifs dhier sont les parents maléfiques des juifs daujourdhui, qui sont une descendance maléfique, des infidèles ; ils déforment les paroles [des autres], adorent un veau, sont des meurtriers de prophètes, renient les prophéties ils sont le rebut du genre humain quAllah a maudits et transformés en singes et en porcs Tels sont les juifs, un continuum ininterrompu de tromperie, dobstination, dimmoralité, de mal et de corruption » (3).
Dans un sermon prononcé à la mosquée Said al-Jandoul dal-Taif, le cheikh saoudien Bad bin Abdallah al-Ajameh al-Ghamidi, expliquait que «les caractéristiques des juifs» étaient présentes en tous temps et en tous lieux. «Le comportement actuel des frères de singes et de porcs, leur traîtrise, leur violation des accords, leur profanation des lieux saints sont liés aux actes de leurs ancêtres au début de lIslam ce qui prouve la grande similitude qui existe entre les juifs qui vivent aujourdhui et ceux qui vivaient à laube de lIslam.» (4).
Dans un sermon daoût 2001, le cheikh Ibrahim Madhi, fonctionnaire de lAutorité palestinienne et imam de la mosquée Cheikh Ijlin, la principale mosquée de Gaza City, demanda aux Palestiniens doublier leurs dissensions internes et de tourner toutes les armes contre les juifs : « les lances doivent être dirigées contre les juifs, ennemis dAllah, la nation maudite dans le livre dAllah. Allah [les] décrivit comme des singes et des porcs, adorateurs dun veau et didoles » (5).
Voir, dans les juifs «les descendants de singes et de porcs» est également commun dans lIslam chiite. De telles affirmations se trouvent, par exemple, dans un discours prononcé en 1998 par le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah, à loccasion de la fête chiite de Ashoura. Nasrallah y regrettait que la fête coïncidât «avec le cinquantième anniversaire de la catastrophe historique affligeante et amère que représente létablissement de lÉtat des descendants de singes et de porcs les juifs sionistes sur la terre de Palestine et de Jérusalem». Il conclut son discours par ces mots : « Nous réaffirmons le slogan de la lutte contre le grand Satan et crions, comme lan dernier : Mort à lAmérique. Aux meurtriers des prophètes, les descendants de singes et de porcs, nous disons : Mort à Israël » (6).
Ces déclarations ne sont pas le fait des seuls religieux et prédicateurs. Sous leur direction, les meneurs de lopinion publique du monde arabe appellent aussi les juifs «descendants de singes et de porcs». Limage a imprégné la conscience publique jusque dans léducation des enfants. En mai 2002, Iqraa, la chaîne de télévision satellitaire égypto-saoudienne, qui, à en croire son site Web (7), a pour but de «mettre en valeur les aspects de la culture arabe islamique qui inspirent le respect», «de mettre en valeur la vraie image tolérante de lIslam et de réfuter les accusations portées contre lIslam», et «dimplanter un esprit de compréhension mutuelle et de dialogue entre les membres de la nation et douvrir des canaux de relation culturelle avec les cultures des autres nations», interrogeait une «vraie fille musulmane» de trois ans et demi à propos des juifs. Dans le programme «Le magazine de la femme musulmane », on demanda à la fillette si elle aimait les juifs ; elle répondit «Non». Quand on lui demanda pourquoi elle ne les aimait pas, elle répondit que les juifs étaient «des singes et des porcs». «Qui a dit cela ?» demanda lanimateur. La fillette répondit «Notre Dieu». «Où a-t-il dit cela ?» «Dans le Coran.» À la fin de linterview, lanimateur satisfait dit : «Aucun [parent] ne pourrait souhaiter quAllah leur donne une fille plus croyante quelle QuAllah la bénisse, de même que son père et sa mère. La prochaine génération denfants doit être une génération de vrais musulmans. Nous devons les éduquer maintenant quils sont enfants, pour quils soient de vrais musulmans.» (8).
En avril 2002, un talk-show hebdomadaire sur la chaîne de télévision satellitaire al-Jazeera, «La direction opposée» - qui prétend compter des dizaines de millions de spectateurs de par le monde -, était consacré à la question : «Le sionisme est-il pire que le nazisme ?» Lanimateur, le docteur Faisal al-Qassam, évoqua lopinion dun spectateur qui écrivait, depuis le site Web de la chaîne : «Les fils de Sion, que notre Dieu a décrits comme fils de singes et de porcs, ne seront découragés que sil y a un véritable holocauste, qui les détruira tous en une fois, en même temps que les traîtres ceux qui collaborent avec eux, la lie de cette nation [islamique].» (9).
Salim Azzouz, journaliste au quotidien dopposition égyptien al-Ahrar, affilié au Parti libéral religieux, décrit ainsi le retrait dIsraël du Liban, en 2000 : «Ils senfuirent avec juste la peau sur leurs corps, comme fuient des porcs. Et pourquoi dire comme, puisquils sont véritablement des porcs et des singes ?» (10).
Le présent article veut situer ces références aux juifs comme singes et porcs dans leur contexte religieux et historique et montrer leurs racines dans les sources religieuses musulmanes.
Chapitre 1
Les sources religieuses islamiques à propos des juifs Les descendants de singes et de porcs
Selon lIslam, les anciens juifs furent transformés en animaux pour avoir transgressé la parole de Dieu (11). Ce châtiment divin est mentionné dans les sources les plus importantes de la loi religieuse islamique, tant dans le récit de la révélation divine dans le Coran que dans les hadiths (traditions du prophète Mahomet) extrêmement fiables, compilés par les principaux savants du IXe siècle, Muslim et al-Bukhari (12), qui mentionnent aussi des souris, des lézards et dautres animaux, dans le même contexte.
Le châtiment divin contre les juifs est mentionné dans trois versets du Coran : « Ce sont ceux quAllah a rejetés, sur qui sa colère est tombée et quil a transformés les uns en singes et en porcs » (5 : 60) ; « Vous avez certainement appris la fin de ceux parmi vous qui ont transgressé le sabbat, en conséquence de quoi nous les avons condamnés : Soyez comme des singes, méprisés » (2 : 65) (13) ; et «quand, au lieu de samender, ils persistèrent davantage dans la poursuite de ce qui leur était interdit, nous les condamnâmes : Soyez comme des singes, méprisés» (14) (7 : 166).
La littérature arabe (adab) traita aussi de la transformation des juifs en animaux. Dans son traité du XIXe siècle, Le Livre des animaux, le plus grand de ces auteurs, al-Jahiz (15), signale quil est généralement pensé que le guépard, languille, la fourmi blanche, la souris et le lézard étaient à lorigine des juifs. Il mentionne la tradition qui raconte comment un sage vit un homme qui mangeait un lézard et lui dit : «Sache que tu as mangé un des cheikhs des fils dIsraël.» Il ne signale pas pourquoi ils furent changés en animaux, mais il dit que la preuve en est que «la patte du lézard ressemble à la main de lhomme» (16).
Chapitre 2
Commentaire coranique : les pécheurs chrétiens et musulmans furent aussi transformés en singes et en porcs
Bien que dans le Coran la transformation en singes et en porcs ne soit liée quaux seuls juifs, le commentaire du Coran lie aussi la transformation en singes et en porcs à des chrétiens. Le verset 5 : 112-115 raconte que les apôtres voulaient savoir si Dieu pouvait faire descendre du ciel une table chargée de nourriture. Jésus adressa cette demande à Dieu et elle fut exaucée. Mais Dieu lavertit que quiconque mangerait à la table et blasphémerait par la suite serait puni comme personne navait encore été puni. Dans son commentaire sur ce verset, le célèbre commentateur du Xe siècle, al-Tabari (17), dit que, malgré lavertissement divin, certains blasphémèrent et furent punis en étant transformés en singes et en porcs ou, dans une autre version, seulement en porcs (18).
Un autre verset qui lie des chrétiens à des singes et à des porcs est le verset 3 : 61 ; selon le commentaire de ce verset, une délégation de chrétiens de Najran vint à Médine pour débattre avec le prophète de la question : Jésus était-il fils de Dieu, comme le prétendaient les chrétiens, ou chair et sang, sans père ni mère, comme le prétendaient les musulmans ? Après avoir constaté quils ne pouvaient pas saccorder, ils décidèrent de se rencontrer à nouveau et de se maudire les uns les autres, pensant que la malédiction divine frapperait ceux dentre eux qui mentaient. Quand la délégation chrétienne vit que le Prophète avait amené avec lui ses parents de la famille de Ali bin Abu Taleb, ils furent effrayés, reconnurent sa mission prophétique et décidèrent de faire la paix avec lui, de reconnaître son autorité et de payer la jizya [impôt payé par les non-musulmans sous domination musulmane]. Selon un hadith du Prophète, cité surtout dans des sources chiites, si au lieu de cela ils lavaient maudit, ils auraient été transformés en singes et en porcs (19).
Dans les traditions islamiques, les musulmans furent aussi menacés dêtre transformés en singes et en porcs. Cependant, pour les juifs et les chrétiens, ce châtiment était un évènement du passé, tandis que, pour les musulmans, il serait infligé au jour du Jugement. Dans son article « Apes, Pigs, and the Islamic Identity », le chercheur U. Rubin indique que les musulmans menacés dêtre transformés en animaux nétaient pas des pécheurs ordinaires, mais ceux dont le péché avait une nature juive ou chrétienne. Lusage dun châtiment spécifique aux juifs et aux chrétiens avait pour but de combattre linfluence juive et chrétienne dans la société islamique, qui menaçait lunité de lidentité islamique. Lidentité islamique était censée être basée sur lunité et la moralité ; tout musulman qui imitait les juifs ou les chrétiens constituait donc une menace pour cette identité.
Lunité musulmane était menacée par les musulmans qui avaient rejeté des conceptions [musulmanes] orthodoxes et étaient suspects de suivre lexemple judéo-chrétien. Aussi, la plupart des traditions concernant des musulmans qui devaient être punis, au jour du Jugement, en étant changés en animaux, se rapportaient-elles aux Qadaris. Les Qadaris rejetaient lidée de prédestination (qadar) et leurs opinions étaient perçues, par ceux qui les combattaient, comme étant dorigine judéo-chrétienne ; aussi étaient-ils stigmatisés de la manière très spécifique dont létaient les juifs et les chrétiens, en étant, comme eux, transformés en singes et en porcs. En outre, les idées des Qadaris étaient très répandues dans la ville de Basra ; Basra est donc décrite dans les traditions comme lendroit où cette transformation devait probablement avoir lieu.
Le danger encouru par la moralité islamique provenait des musulmans qui adoptaient des aspects profanes de la civilisation judéo-chrétienne. La transformation eschatologique en singes et en porcs était donc également associée aux musulmans qui commettaient des péchés comme boire du vin, jouer dinstruments de musique en compagnie de chanteuses esclaves, et, parfois, porter des vêtements de soie ; dautres péchés étaient le faux témoignage, lusure et lhomosexualité. Certains de ces péchés étaient réputés spécifiques aux juifs et aux chrétiens (usure, vin, musique) ; dautres étaient lapanage de tous les non-Arabes (ornements de soie). Ces comportements étaient censés constituer une menace contre lidentité islamique ; les transgresseurs étaient donc menacés de ce châtiment judéo-chrétien classique (20).
Lidée de la transformation en animaux fut également utilisée par les deux principaux courants de lIslam, les sunnites et les chiites, dans leurs reproches mutuels. Selon la tradition chiite, le deuxième calife musulman, Omar bin al-Khattab, particulièrement admiré par les sunnites, parcourt la terre sous la forme dun hibou. Une autre tradition chiite veut que le meurtrier de Hussein bin Ali, petit-fils du Prophète admiré par les chiites, fut puni en étant changé en chien à quatre yeux. Le meurtrier fut aussi condamné à chercher désespérément de leau sans parvenir à en boire, même quand il en trouvait, parce quil avait empêché la famille de Hussein datteindre une source deau à la bataille de Karbala (21).
Inversement, la tradition sunnite affirme que certains chiites de Médine et dautres lieux furent changés en singes et en porcs, et que leurs curs et leurs visages changèrent de forme au moment de leur mort. Cela se situe dans le contexte de laccusation selon laquelle les chiites ressemblent beaucoup aux juifs, «ce qui ne devrait pas surprendre», comme lexplique le docteur Abu Muntasir al-Balaoushi, sur un site Web sunnite (22), «puisque les juifs ont inventé la chia (la religion chiite) et que [la chia] est imprégnée de croyances et principes [juifs] depuis le jour de sa création.»
Chapitre 3
Les racines historiques du châtiment
La croyance que des gens étaient transformés par une intervention surnaturelle dhabitude un châtiment divin en animaux, en statues ou en étoiles, était courante parmi les Arabes et dautres peuples avant lIslam.
Dans les sources juives et chrétiennes (Genèse, 19 : 26), la femme de Lot fut changée en colonne de sel quand elle viola linterdiction divine de regarder en arrière vers Sodome (23). Une autre histoire familière de la période préislamique est celle dIsaf et de Naila deux amants qui firent un pèlerinage à La Mecque. Quand ils se trouvèrent seuls dans la Kaabah, ils forniquèrent et furent immédiatement changés en pierre. Al-Jahiz dit que la crevette grise était, à lorigine, un couturier qui vola du fil et fut transformé en une créature qui se faufile, pour lui rappeler son crime. Al-Jahiz dit aussi que le serpent avait, auparavant, la forme dun chameau, mais que Dieu le punit en le forçant à ramper sur la terre. Des légendes iraniennes attribuent à certains animaux ours, éléphants, tortues, vautours, corbeaux, hiboux, frelons, huppes, singes, porcs, chiens et lézards des transformations qui eurent lieu après le début de lIslam. La planète Vénus était prétendument une prostituée qui monta aux cieux et devint une étoile, en vertu de sa connaissance du plus grand nom dAllah. Dans Les Mille et une nuits, des gens sont fréquemment changés en animaux et reprennent par la suite leur forme originelle, normalement par aspersion deau (24).
Différents chercheurs ont essayé dexpliquer lorigine du châtiment de transformation, mentionné dans le Coran. F. Viré soutient que le châtiment coranique tire son origine de la fameuse légende citée dans le Talmud, où certains des constructeurs de la Tour de Babel furent maudits par Dieu et transformés en singes. Il base cette histoire sur le traité talmudique Sanhedrin (25), où les constructeurs qui cherchaient à atteindre le ciel «furent divisés en trois groupes. Le premier dit : Montons et habitons là ; le deuxième dit Montons et adorons les étoiles ; et lautre dit Montons et faisons la guerre. Ceux qui dirent Montons et habitons là, Dieu les dispersa. Ceux qui dirent Montons et faisons la guerre furent transformés en singes, en fantômes, en démons et en esprits mauvais. Et ceux qui dirent Montons et adorons les étoiles, Dieu confondit pour eux les langues de toute la terre.» (26).
Ilse Lichtenstadter explique que ces versets faisaient partie de la tentative du prophète Mahomet de gagner le soutien des juifs de La Mecque, en les menaçant dun châtiment sévère sils persistaient à refuser de se joindre à lui. Elle identifie deux sources anciennes pour le châtiment de la transformation en singes, mentionné dans le Coran. Les singes jouaient un rôle dans les légendes ou dans les rituels de deux civilisations anciennes. En Inde, le dieu-singe, Hanuman, était très connu, et des récits le concernant atteignirent la péninsule arabe par lentremise du commerce des épices entre lInde et lArabie méridionale. Les anciens Égyptiens avaient le dieu-babouin Thoth, représenté dordinaire comme un singe à tête de chien. Les histoires dune race de gens à tête de chien, associés au babouin, atteignirent aussi la chrétienté. Selon une légende grecque, saint Christophe avait jadis appartenu à une race dhommes à tête de chien, et lors de sa conversion au christianisme, il lui avait été donné de parler comme un humain au lieu daboyer. Il fut martyrisé, (peut-être) pendant le règne de lempereur romain Dèce, au IIIe siècle ; son symbole est une tête de chien. Linfluence de la civilisation syro-chrétienne atteignit la péninsule arabe ; les légendes dhommes à tête de chien peuvent avoir été connues du Prophète.
Lichtenstadter décrit aussi le comportement des animaux et le châtiment auquel il correspond. Les porcs sont reliés au culte des idoles, vu quils étaient offerts en sacrifices idolâtriques, aussi le Coran interdit-il den manger. Dans des sources anciennes, le singe est identifié au mal, aux démons et au diable ; ceux qui étaient transformés en singes étaient donc bannis de la société humaine et rejetés dans la sphère du diable.
Linfluence de lidée de transformation en animaux sur la conscience musulmane est nette à travers lhistoire. En Espagne, par exemple, pendant les périodes de friction entre les différentes communautés religieuses, les musulmans appelaient les juifs «singes» et les chrétiens « porcs et chiens». En Afrique du nord, sous la dynastie musulmane aghlabide (IXe au XIe siècle), les juifs étaient obligés de porter sur lépaule un morceau de tissu avec limage dun singe, et les chrétiens devaient porter un morceau de tissu avec limage dun porc. Ils devaient aussi coller ces images sur les portes de leurs maisons respectives (28). En outre, le concept de transformation influença la loi alimentaire islamique. En général, les chiites augmentèrent le nombre danimaux supposés être dorigine humaine et interdirent leur consommation. Par exemple, le lièvre était inclus sur cette liste. Par contraste, les sunnites eurent tendance à réduire la liste ; bien quil y ait des traditions sunnites concernant des gens transformés en animaux, elles ne sont pas souvent citées par les juristes sunnites quand ils fixent les lois alimentaires (29) .
Chapitre 4
Commentaire islamique sur la transformation des juifs en singes et en porcs
A. Les circonstances du châtiment
Dans son vaste traité sur le Coran, le commentateur du Xe siècle, al-Tabari explique que les juifs furent transformés en animaux parce quils refusèrent daccepter le vendredi comme jour de repos. Les juifs, dit-il, comme les autres nations, reçurent lordre de faire du vendredi leur jour saint «à cause de ses vertus et de son importance dans les cieux et aux yeux des anges, et parce que le jour du Jugement tomberait un vendredi». Les musulmans acceptèrent le vendredi comme le jour le plus important, tandis que les juifs refusèrent, prétendant que le samedi était le meilleur jour, parce quAllah avait créé les cieux, la terre et tout le reste en six jours, et sétait reposé le septième. Les chrétiens aussi refusèrent de suivre le commandement de Dieu dhonorer le sixième jour, disant que le dimanche était le meilleur jour. Allah instruisit Jésus de les autoriser à faire du dimanche leur jour de repos pourvu quils le fassent selon certains préceptes ; cependant, les chrétiens ne suivirent pas ces préceptes et leur insubordination est mentionnée dans le Coran. Allah dit aussi à Moïse dautoriser les juifs à faire du samedi leur jour de repos, à la condition que, ce jour-là, ils sabstiennent de pêcher et de tout travail permis pendant les jours de la semaine. Cependant, les juifs ne satisfirent pas à ces conditions et cest pourquoi ils furent punis.
Les juifs qui furent transformés en animaux sont communément identifiés par le commentaire coranique à des habitants du village dIliya (30), situé sur la côte de la mer Rouge. Le commentaire coranique raconte comment Allah fit apparaître, un samedi, de grands bancs de poissons et les fit disparaître avant le coucher du soleil, pour mettre à lépreuve la foi des juifs et leur obéissance à ses commandements. Cela fut trop dur pour les juifs, qui trouvèrent des moyens de contourner linterdit divin de pêcher le samedi. Ibn Abbas, cousin du prophète Mahomet et un des premiers commentateurs du Coran, écrivit quun juif prit en secret un poisson le samedi, lattacha avec une ficelle à un piquet dans le sol. Le jour suivant, il tira le poisson et le mangea. Quand il vit quil nétait pas puni, il répéta ses actes le samedi suivant, et encore le samedi suivant. Finalement les voisins sentirent lodeur du poisson de sa cuisine, et se mirent à suivre son exemple. Longtemps ils mangèrent en secret, et Allah ne se hâta pas de les punir, mais quand ils se mirent à pêcher ouvertement et à vendre leurs prises interdites sur le marché, ils furent punis.
Al-Tabari cite une autre tactique utilisée par les juifs pour contourner linterdit. Un juif qui avait une folle envie de poisson creusa un puits avec un tunnel conduisant du puits à la mer. Le samedi, il ouvrit le tunnel de sorte que les vagues entraînent le poisson dans le puits. Le dimanche, lhomme cuisit le poisson. Lodeur du poisson en train de cuire parvint aux voisins, qui suivirent son exemple, et les juifs prirent bientôt lhabitude de manger du poisson pêché le samedi. Quand les sages les avertirent, ils prétendirent quils pêchaient le dimanche, quand ils retiraient le poisson du puits, et non le samedi quand ils ouvraient le tunnel (31).
Tous les juifs nagirent pas de la même façon. Les commentateurs du Coran identifient trois groupes dans ce contexte : certains juifs pêchèrent et violèrent le précepte divin de ne pas pêcher le samedi ; certains autres avertirent les pêcheurs du châtiment dAllah et leur interdirent de continuer à agir de la sorte. Les autres tinrent leur langue ; bien que ne mangeant pas le poisson pêché par les pêcheurs le samedi, ils ninterdirent pas aux pêcheurs de pêcher (32).
En pareille situation, quand les pêcheurs refusèrent darrêter de pêcher, ceux qui suivirent le précepte divin décidèrent quils ne voulaient plus vivre dans le même village que les pêcheurs, et ils construisirent un mur entre eux. Un jour, on ne vit pas les pêcheurs sortir de leurs maisons. Ceux qui observaient le précepte divin escaladèrent le mur et allèrent contrôler les maisons, quils trouvèrent verrouillées. Quand ils ouvrirent les portes, ils virent que tous hommes, femmes et enfants avaient été changés en singes. «Ils verrouillèrent leurs portes, le soir, quand les gens senferment dans leurs maisons, et ils se réveillèrent en singes.» (33). al-Qurtubi, commentateur andalou du Coran, au XIIIe siècle, (34) , dit que les singes identifièrent leurs parents humains, sapprochèrent deux, sentirent leurs vêtements et pleurèrent. Par contre, les humains ne purent identifier leurs parents, mais ils leur dirent : « Ne vous avons-nous pas interdit [de violer la parole de Dieu] ? Les singes firent oui de la tête.» Selon certains commentateurs, les jeunes du village devinrent des singes, tandis que les plus âgés devenaient des porcs (35).
Dans sa dissertation doctorale, Les fils dIsraël dans le Coran et dans la tradition musulmane des hadiths, le cheikh dal-Azhar Muhammad Sayyid Tantawi explique dune autre manière la transformation des juifs en singes et en porcs dans le Coran. Tantawi consacre un chapitre aux diverses façons dont Allah punit les fils dIsraël, notamment par un changement de forme. Pour expliquer le verset du Coran 5 : 60, Tantawi dit que les juifs demandèrent au prophète Mahomet en quels prophètes il croyait. Le Prophète énuméra Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob, les tribus [sic], Moïse et Jésus, et il dit quil ne faisait pas de différence entre eux. À la mention de Jésus, les juifs rejetèrent sa prophétie en disant : « Nous ne croyons pas en Jésus, ni en quiconque croit en lui [cest-à-dire Mahomet lui-même], et nous ne croyons pas que notre religion soit pire que la tienne.» Sur cette toile de fond, le Coran clarifia le mal de la religion des juifs, qu«Allah maudit et contre lesquels il se mit en colère, et il en transforma certains en singes et en porcs» (36).
Dans son traité La Vie des animaux, le savant égyptien du XVe siècle, al-Damiri (37), mentionne une autre tradition liant lattitude des juifs envers Jésus au châtiment qui leur fut infligé. Selon cette tradition exégétique, Jésus rencontra un groupe de juifs qui le calomnièrent, lui et sa mère, en disant «Voici le magicien, fils de la sorcière». Quand Jésus les entendit, il les maudit, et Allah les transforma en porcs (38). Al-Tabari présente aussi lhistoire coranique de la malédiction des juifs par Jésus (39) comme explication de leur châtiment consistant à être transformés en singes.
Dans son commentaire, al-Tabari fournit une autre explication de la transformation des juifs en porcs. Il décrit une femme, parmi les fils dIsraël, qui croyait en Allah et mena une guerre sainte contre le roi des fils dIsraël «pour la religion dAllah». Elle fit trois fois la guerre, accompagnée de gens qui croyaient en elle et la suivaient, et elle fut vaincue à trois reprises. Ses hommes furent blessés et tués, mais elle réussit à séchapper. Après la troisième tentative, elle perdit espoir et invoqua Allah : «Si cette religion avait un bouclier et un sauveur, Tu laurais déjà révélé.» Il est dit que la femme sendormit toute triste et que, pendant la nuit, Allah répondit à ses appels et changea les villageois en porcs (40).
B. Le châtiment, en termes pratiques
La plupart des commentateurs prennent les écritures dans leur sens littéral et soutiennent que les juifs furent changés physiquement en singes et en porcs, comme mentionné explicitement dans le Coran. Seul un commentateur du Coran, Mujahid (41), cité par divers autres interprètes, écrivit que les juifs ne furent pas transformés physiquement, mais que le changement fut métaphorique, comme dans ladage coranique décrivant les juifs comme «un âne portant des livres» (42) (62 : 5). Selon Mujahid, ce nest pas leur forme extérieure qui fut changée, mais plutôt leurs curs [et leurs âmes, qui devinrent semblables à celles des singes]. Mais, selon les commentateurs, Mujahid est le seul à avoir cette opinion (43).
Récemment, le mensuel du Hamas, Falastin al-Muslima, a publié une série darticles sur la façon dont Allah punit les juifs. Un chapitre était consacré au châtiment de la transformation en animaux. Lauteur de la série, Ibrahim al-Ali, suit lapproche de la plupart des commentateurs du Coran, et explique que le changement était vraiment physique. Il écrit : «Allah ninfligea le châtiment de la transformation quaux juifs. La signification du châtiment est un vrai changement dans limage du juif, et la transformation complète de la condition humaine en une condition animale un vrai changement de lapparence humaine sous la forme de véritables singes, porcs, souris et lézards La transformation fut véritable, vu quil nest pas impossible que le tout-puissant Allah, qui a créé lhomme dans sa forme humaine, soit capable de changer le juif, dhumain en animal »
Al-Ali cite la tradition selon laquelle la femme du Prophète, Aïcha, appela les juifs «les frères de singes et de porcs». Selon la tradition, «les juifs vinrent chez le Prophète et lui dirent Que le poison soit sur toi [ce qui, en arabe se prononce presque comme La paix soit sur toi]. Le Prophète répondit : Que le poison soit sur vous, et Aïcha ajouta Que le poison soit sur vous, frères de singes et de porcs, et que la malédiction et la colère dAllah soient aussi sur vous. » (44).
C. La logique qui sous-tend le châtiment
Comme le dit Ibn Kathir, commentateur du Coran, du XIVe siècle (45), tout acte a sa récompense appropriée. Il continue en expliquant pourquoi les juifs furent punis dune transformation en singes et en porcs : les juifs conspiraient pour pêcher le samedi en préparant hameçons, filets et cannes à lavance. Quand les bancs de poissons apparurent près de la côte, le samedi, ils furent pris par les filets, que les juifs avaient savamment conçus pour que les poissons ne puissent pas séchapper, ce jour-là. Le soir, les juifs vinrent ramasser le poisson ; cest alors quAllah les changea en singes, qui ressemblent le plus aux humains, mais ne sont pas vraiment humains. Les actes et subterfuges des juifs correspondaient extérieurement à la vérité, mais sy opposaient dans leur essence et leur rétribution convenait donc à leurs actions (46).
Dans un passage du mensuel du Hamas, Falastin al-Muslima, qui discute du châtiment de la transformation des juifs en animaux, le chercheur jordanien, le Dr Salah al-Khaledi, explique : «Peut-être la logique de cette transformation est-elle quAllah voulait quils soient des humains vivant comme de véritables personnes et quils réalisent leur humanité de la meilleure manière possible. Mais quand ils se révoltèrent contre les lois dAllah, ils rejetèrent la grâce divine et abandonnèrent donc leur humanité et leur honneur pour se transformer spirituellement en animaux. Alors, Allah changea [aussi] leur forme en celle de singe, et il les transforma en animaux réels, créant ainsi une corrélation entre leur image spirituelle et physique »
«Ladhésion à la loi divine est une des qualités dignes de lhomme, tandis que la révolte contre la loi divine est labolition des qualités humaines de lhomme Aussi, un homme agressif, oppresseur et pécheur abandonne-t-il ses qualités humaines au profit de qualités bestiales [en lui], et il [devient] un animal dans son âme, dans ses émotions, et dans ses traits, même sil est un homme dans son aspect extérieur Les juifs, agressifs et rebelles, étaient des singes, spirituellement et émotionnellement, dans leurs âmes, dans leur comportement et dans leurs traits. Ils ne font pas partie de la race humaine [Voir, dans les Notes, en fin de document, la NDLR dupjf.org], si ce nest dans leur forme extérieure, dans leur corps, dans leurs sens et dans leur voix. Leur transformation en singes par Allah créa une correspondance entre ce quils étaient réellement et leur aspect [extérieur].» (47).
D. Les juifs qui furent transformés eurent-ils une descendance ?
Une autre question sur laquelle se concentrèrent les commentateurs du Coran et les auteurs de la littérature en prose (Adab) est celle de savoir si les juifs qui furent changés en animaux eurent une descendance. Al-Qurtubi explique que deux approches se firent jour, à ce sujet, parmi les religieux. Selon la première, tous les singes daujourdhui sont les descendants des fils dIsraël. Cétait aussi lopinion dIbn Qutaiba (48), savant marquant du IXe siècle et auteur douvrages fameux dAdab, qui pensait que les singes étaient, à lorigine, des juifs qui se sont reproduits (49). Selon la seconde approche, les singes qui étaient des juifs neurent pas de descendance.
Aussi les singes, porcs et autres animaux daujourdhui, sont les descendants danimaux qui existaient avant le châtiment divin. Ibn Abbas, par exemple, soutenait que quiconque voyait sa forme changer ne vivait pas plus de trois jours et ne mangeait, ni ne buvait, ni ne se reproduisait. Ceux qui croient que les animaux daujourdhui sont les descendants des fils dIsraël basent leur croyance sur des traditions fiables du prophète Mahomet, selon lesquelles il avertit de ne pas manger certains animaux, par crainte quils naient été, à lorigine, des fils dIsraël. Dans la tradition des compilations fiables de Muslim et dal-Bukhari, ce qui suit est attribué au prophète Mahomet : «Un groupe des fils dIsraël et on ne sait pas ce quils firent fut perdu, et je crains quils ne soient des souris. Ne voyez-vous pas que, quand on donne aux souris du lait de chameau elles nen boivent pas, et que quand on leur donne du lait de brebis, elles en boivent ?» Comme lexplique al-Nawawi, commentateur de hadiths du XIIIe siècle (50), « La viande et le lait de chameau sont interdits aux fils dIsraël, tandis que la viande et le lait de brebis ne le sont pas. Aussi, le fait que les souris sabstiennent de boire du lait de chameau, mais non du lait de brebis, prouve quelles sont des fils dIsraël sous forme animale.»
Al-Qurtubi mentionne aussi la tradition de la compilation de Muslim, selon laquelle un lézard fut apporté au Prophète, mais quil refusa de le manger en disant : «Peut-être est-il des [gens] des générations dont la forme fut changée.» Dans Falastin al-Muslima, Ibrahim al-Ali cite aussi des traditions où le Prophète hésite à manger des lézards. Selon une des traditions, par exemple, dans la compilation des traditions acceptées comme fiables par le sage du IXe siècle, Abu Daoud (52), des gens de la suite du Prophète prirent des lézards, les rôtirent et les mangèrent. Un des lézards rôtis fut offert au Prophète, qui prit une feuille de palme et compta avec elle les doigts du lézard [qui ressemblaient à une main humaine], en disant : «Un groupe des fils dIsraël fut changé en reptiles, et je ne sais pas, peut-être que ce [lézard] fait partie de ce groupe.» Dans la tradition qui figure dans la compilation de Muslim, le Prophète était plus catégorique sur lorigine des lézards. Il est dit quun Bédouin supplia le Prophète de clarifier sa position sur la consommation des lézards, et le Prophète dit : «Allah était en colère contre une des tribus des fils dIsraël et il les changea en animaux rampant sur la terre. Je pense que ce sont eux [les lézards] ; je nen mange pas et je ne linterdis pas.»
Al-Qurtubi note que le juge andalou du XIIe siècle, Ibn al-Arabi (53), adopta le point de vue selon lequel les animaux daujourdhui sont la descendance des fils dIsraël, et il mentionne une autre tradition qui étaye lopinion dIbn al-Arabi. Certaines versions de la compilation des traditions par al-Bukhari citent les mots dAmer bin Maimoun (54) : «Pendant la Jahiliya [période préislamique], je vis un singe femelle [une guenon] qui avait commis ladultère et [les singes autour delle] la lapidèrent et je me joignis à eux pour la lapider aussi.» Selon lopinion dIbn al-Arabi, les animaux transmirent la connaissance des lois religieuses [y compris la loi sur la lapidation des adultères] de génération en génération, jusquà lépoque de bin Maimoun. Il ajoute que les juifs changèrent la [loi de la] lapidation, et Allah voulut quils la fassent respecter alors quils étaient sous leur forme différente [c.-à-d. celle de singes] (55).
Selon certaines traditions, la crainte du Prophète que les souris, les lézards et dautres animaux ne soient des humains transformés est expliquée par al-Qurtubi : "Cétait une hypothèse suggérée par le Prophète avant quil ne reçoive linspiration divine qui lui fit comprendre clairement quAllah ne donna pas de descendance à ces humains transformés. Après quil eut reçu cette inspiration, il neut plus de crainte et déclara : «Allah ne peut pas avoir détruit et tourmenté des gens et en même temps leur avoir donné une descendance. Les singes et les porcs [que nous voyons aujourdhui] existaient auparavant.»". Selon al-Qurtubi, cette tradition est des plus fiables, et elle figure dans la compilation des traditions de Muslim. Il ajoute que la tradition de manger des lézards en présence du Prophète et à sa table, sans [avoir encouru sa] condamnation prouve quils ne sont pas les descendants des fils dIsraël (56).
Comme al-Qurtubi, Ibrahim al-Ali préfère le point de vue selon lequel les juifs punis par la transformation en animaux neurent pas de descendance. Dans Falastin al-Muslima, il écrit que les juifs qui furent transformés en singes, en porcs, en lézards et en souris furent aussi punis de lincapacité de se reproduire. «Ils existèrent dans le monde aussi longtemps quAllah voulut, puis il les fit séteindre sans descendance. Restèrent [dans le monde] les singes, les porcs et autres animaux qui avaient existé avant [le châtiment divin] et ce sont eux qui se reproduisirent et laissèrent une descendance »
Mais al-Ali continue en expliquant : «lextinction des juifs punis par transformation ne signifie pas que leur châtiment ait pris fin. Le châtiment laissa son impression dans les âmes des juifs qui vinrent après eux : leur esprit, leurs opinions, leurs sentiments et leurs manières de penser qui se reflètent dans le visage et dans lapparence extérieure [au point quils en vinrent] à ressembler à leur nature et à [avoir] lapparence de singes et de porcs, et cela affecta profondément leurs manières et leur comportement.»
Dans Falastin al-Muslima, Ibrahim al-Ali présente une preuve scientifique de laffirmation que les juifs furent punis de cette façon par Allah. Il déclare que les juifs inventèrent la théorie de lévolution pour se débarrasser de la honte de lancien châtiment : « Comme les juifs éprouvaient déshonneur et honte à cause de ce châtiment particulier qui les changea en frères de singes et de porcs, ils essayèrent de se débarrasser de cette accusation, avec laide de la pensée satanique qui les mena à mépriser la race humaine tout entière, en disant que lorigine [de lhomme] se trouve dans des animaux, et que [lhomme] évolua, au fil du temps, de la forme de singe à la forme humaine, grâce à la théorie du singe juif Darwin.» (57).
Conclusion
Associer les juifs avec des singes, des porcs et dautres animaux, ce qui est très répandu dans le monde arabe et musulman parmi les chiites et les sunnites, est une pratique fermement enracinée dans les plus importantes sources religieuses islamiques, et a aussi des racines dans le folklore dautres peuples anciens. Cette idée a été utilisée non seulement dans des écrits religieux mais aussi dans la prose et dans la fiction, tant dans le passé que dans le présent.
Aluma Solnick *
* Aluma Solnick est chercheuse au MEMRI.
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NOTES
[Note de la Rédaction dupjf] : Laffirmation "Ils ne font pas partie de la race humaine" rappelle étrangement cette tirade dHitler, rapportée par Rauschning, dans son livre, publié en 1939, Hitler ma dit :
«Deux mondes saffrontent! Lhomme de Dieu et lhomme de Satan! Le Juif est la dérision de lhomme. Le Juif est la créature dun autre Dieu. Il faut quil soit sorti dune autre souche humaine. LAryen et le Juif, je les oppose lun à lautre et si je donne à lun le nom dhomme, je suis obligé de donner un nom différent à lautre. Ils sont aussi éloignés lun de lautre que les espèces animales de lespèce humaine. Ce nest pas que jappelle le Juif un animal. Il est beaucoup plus éloigné de lanimal que nous, Aryens. Cest un être étranger à lordre naturel, un être hors nature." »
(1) www.palestine-info/arabic/palestoday/readers/mashhoor/22_4_01.htm.
(2) www.alraialaam.com/20-04-2002/ie5/frontpage.htm#03.
www.palestine-info.info/arabic/palestoday/dailynews/2002/apr02/20_4/detail1.htm
(3) www.alminbar.cc/alkhutab/khutbaa.asp?lmediaURL=5544, 19 avril 2002.
(4) www.alminbar.cc/alkhutab/kutbaa.asp?mediaURL=4331, non-daté.
(5) Télévision palestinienne, Autorité palestinienne, 3 août 2001.
(6) www.nasrollah.org/arabic/hassan/khitaabat/khitabat08.htm.
(7) Cf. www.iqraatv.com.
(8) Iqraa Television, Arabie saoudite / Égypte, 7 mai 2002.[Voir, sur notre site, une traduction française de cette interview: "Les Juifs sont des singes et des porcs": une musulmane de 3 ans à la TV.
(9) Extrait de la transcription officielle, al-Jazeera TV, Qatar, 15 mai 2001.
(10) Al-Ahrar, Égypte, 30 mai 2000.
(11) Le mot arabe pour ce type de transformation physique est maskh, qui signifie « changement de forme extérieure en une forme plus horrible ». Cf. Lissan al-Arab, « Maskh ».
(12) Muslim bin al-Hajjaj (mort en 875) et Muhammad bin Ismail al-Bukhari (mort en 870).
(13) Selon les commentateurs du Coran, cest une référence au châtiment de la transformation en singes bannis du bien [divin], humiliés et méprisés.
(14) Ailleurs le Coran parle en général de la transformation des infidèles (non musulmans) : « Si nous voulons, nous pouvons les changer (la masakhnhum) où ils sont » (33 : 67) Il est à noter que cest le seul passage du Coran où le terme maskh est employé, et que ce terme fait référence à un changement de forme qui a lieu au jour du Jugement. Ce concept nétait pas toujours lié à lidée de châtiment par transformation en singes et en porcs. Les premiers commentateurs du Coran étaient divisés à propos du maskh qui attend les pécheurs, proposant un nombre de possibilités comme la transformation en pierres, la claudication, ou la paralysie des bras et des jambes. Dans la littérature des hadiths également, il y a une tradition qui décrit un maskh eschatologique sans mention de singes ni de porcs. La plupart des traditions qui concernent le maskh futur décrivent une triple catastrophe annonçant le jour du Jugement : la terre souvrira et engloutira les pécheurs (hasf), [des rochers] seront jetés [du ciel] (qadhf), et il y aura une transformation dans une forme de vie inférieure (maskh). Parfois un tremblement de terre (rajf) est aussi mentionné dans ce contexte. Un examen du contexte historique de lapparition de ces traditions montre quelles sont apparues pendant les guerres civiles entre les musulmans à lépoque omeyyade. Le grand désarroi de cette époque cultiva un sens dapocalypse imminente, qui à son tour donna naissance à des traditions qui anticipaient la fin du monde et le jour du Jugement. Voir Uri Rubin, « Apes, Pigs, and the Islamic Identity », Israel Oriental Studies XVII (1997), p. 89-93.
(15) Omar bin Bahar al-Jahiz (mort en 869).
(16) Omar bin Bahar al-Jahiz, Kitab al-Hayawann.
(17) Muhammad bin Jarir al-Tabari (mort en 923).
(18) Al-Tabari, 5 : 115. Dautres sources disent quune tribu israélite qui avait manifesté un scepticisme déplacé, quand le miracle de la table fut octroyé à Jésus, fut transformée en lézards. Voir M. Cook, « Early Islamic dietary law », dans Jerusalem Studies in Arabic and Islam (JSAI) 7 (1986), p. 223.
(19) Tradition mentionnée, par exemple, dans le livre de Fakhr al-Din bin Muhammad al-Tarihi (mort en 1087), Majma al-Bahrain. Voir www.islam4u.com/almojib/4/0/4.0.2.htm.
(20) Uri Rubin, « Apes, Pigs, and the Islamic Identity », op.cit., pp. 93-102. Il est à noter que, jusquà aujourdhui, les prédicateurs islamiques découragent des transgressions comme la consommation de vin, le chant et la musique, par les menaces des hadiths contre les pécheurs, qui seront transformés en singes et en porcs. Des sermons de ce genre ne sont pas aussi fréquents que ceux qui font des juifs la descendance de ces animaux, mais sont plus fréquents que ceux qui se rapportent aux chrétiens dans ce contexte. Voir, par exemple, le sermon du prédicateur soudanais Muhammad Abd al-Karim sur le chant : www.alminbar.net/alkhutab/khutbaa.asp?mediaURL=3124.
(21) À la bataille de Karbala (680), le petit-fils du Prophète et ses hommes furent tués. Cela donna au mouvement chiite son aura de martyre. La tradition du chien à quatre yeux est reprise de « Maskh », dans Encyclopédie de lIslam, 2e édition, p. 737.
(22) Voir le site Web de la Ligue sunnite iranienne: www.isl.org.uk/article.php?sid=11.
(23) Il est intéressant de noter que le cas de la transformation de la femme de Lot ne soit pas mentionné dans la version coranique de lhistoire de Lot (Coran 11 : 81).
(24) Voir Ch. Pellat, « Maskh », Encyclopédie de lIslam, 2e édition, pp. 736-738.
(25) Traité Sanhedrin, 11 : 109a.
(26) Voir F. Viré, « Kird », Encyclopédie de lIslam, 2e édition.
(27) Ilse Lichtenstadter, « And become ye accursed apes », dans Jerusalem Studies in Arabic an Islam (JSAI) , 14 (1991), pp. 162-175.
(28) F. Viré, « Kird », Encyclopédie de lIslam, 2e édition.
(29) M. Cook, « Early Islamic dietary law », JSAI 7 (1986), pp. 223-233.
(30) Ibn Kathir (7 : 166) explique quIliya se situe sur la côte entre lÉgypte et Médine. Selon al-Damiri, Iliya se situe entre Midian et al-Tur. Dautres lieux identifiés dans le commentaire avec « le village sur la côte » sont « Median » situé entre Iliya et al-Tur (voir al-Tabari 2 : 65, Ibn Kathir 2 : 65) ou Tibériade.
(31) Ilse Lichtenstadter identifie les motifs du folklore juif qui influencèrent apparemment lexplication du châtiment donnée par al-Tabari. Lun deux est la légende du Léviathan et de la rivière Sambathion : dans la Torah, Dieu utilise le Léviathan pour vaincre les ennemis de son peuple, et dans le Talmud, le traité Baba Batra (746), raconte comment le Léviathan fut massacré par Dieu pour nourrir les justes dans lau-delà. Quant à la rivière Sambathion, il est dit que cest une rivière pleine de sable et de rochers, torrentielle pendant la semaine mais calme le samedi. Selon une autre version, la rivière est calme pendant la semaine et est en crue le samedi. Il semblerait que ce soit la version selon laquelle la rivière est en crue le samedi qui sous-tend le commentaire dal-Tabari, puisque les bancs de poissons arrivaient le samedi, mais pas pendant la semaine. Voir Ilse Lichtenstadter, « And become ye accursed apes », dans JSAI 14 (1991), pp. 159-161.
(32) Deux positions de commentateurs émergèrent concernant ce qui arriva aux juifs qui ne pêchèrent pas et nempêchèrent pas les autres de pêcher. Selon lune, seuls les vrais pécheurs furent changés en animaux, et furent alors détruits ; les deux autres groupes qui ne péchèrent pas, activement ou passivement, ne le furent pas. Selon lautre point de vue, seuls ceux qui sopposèrent explicitement et interdirent de pêcher furent sauvés, et ceux qui restèrent passifs furent aussi transformés. Voir par exemple 7 : 166.
(33) Al-Tabari 2 : 65, Ibn Kathir 2 : 65.
(34) Ibn Farraha al-Qurtubi (né en 1273).
(35) Al-Qurtubi 2 : 65.
(36) Muhammad Sayyid Tantawi, Les fils dIsraël dans le Coran et dans la tradition musulmane, Le Caire, Dar al-Shurouq, 2e édition (2000), pp. 695-697.
(37) Kamal al-Din al-Damiri (né en 1405).
(38) Kamal al-din al-Damiri, Hayat al-Hayawan, v. 1, 386.
(39) Selon le commentaire dal-Tabari sur 5 : 78, « Ceux des fils dIsraël qui ne crurent pas furent maudits par David et Jésus, fils de Marie ; cela arriva parce quils désobéirent et se livrèrent à la transgression » Voir al-Tabari 2 : 65.
(40) Al-Tabari 5 : 60.
(41) Mujahid bin Jaber al-Maki (mort vers 718-722).
(42) « Le cas de ceux qui furent sujets de la Loi de la Torah, mais qui naccomplirent pas leurs obligations envers elle, est comme celui dun âne qui porte un tas de livres. Mauvais est le cas des gens qui rejettent les signes dAllah, et Allah ne guide pas les gens malfaisants. » (62 : 5).
(43) Al-Tabari, 2 : 65, Ibn Kathir, 2 : 65, al-Qurtubi, 2 : 65.
(44) Falastin al-Muslima (Londres), septembre 1996, pp. 54-55.
(45) Ismail bin Amer Ibn Kathir (mort en 1373).
(46) Ibn Kathir 2 : 65.
(47) Falastin al-Muslima (Londres), septembre 1996, p. 54-55.
(48) Muhammad bin Abdallah Ibn Qutaiba (né en 889).
(49) « Maskh », Encyclopédie de lIslam, 2e édition, 737.
(50) Yahyah al-Nawawi (né en 1277).
(51) Cette interprétation se trouve dans larticle dIbrahim al-Ali dans Falastin al-Muslima, septembre 1996, pp. 54-55.
(52) Abou Daoud al-Sijistani (né en 889).
(53) Abu Bakr Ibn al-Arabi (né en 1148).
(54) Un des hommes importants de la deuxième génération des partisans du Prophète dans la ville de Kufa.
(55) Al-Qurtubi émet des réserves sur cette tradition, prétendant quil sagit peut-être « dune des choses attribuées dautorité à al-Bukhari ». Il dit que certains savants doutent que quelquun qui nest pas obligé par les préceptes divins puisse commettre ladultère [c.-à-d. des singes] et que les châtiments de Dieu sappliquent aussi aux animaux. Il ajoute que « si cest vrai [et que la guenon a été lapidée par dautres singes], elle faisait partie des démons [jinn], car les préceptes rituels ne sappliquent quaux hommes et aux Jinn ».
(56) Al-Qurtubi, 2 : 65.
(57) Falastin al-Muslima (Londres), septembre 1996, pp. 54-55.
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© MEMRI pour la traduction anglaise et upjf.org pour la traduction française
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Mis en ligne le 03 septembre 2003, par M. Macina, sur le site upjf.org











