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La belle âme du royaume de Belgique, Michel Rosenzweig
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14/02/03

Spécialement pour reinfo-israel.com

Etonnante Belgique, surprenant royaume, stupéfiante conscience jugeante, le spectacle offert par l’ensemble de la classe politique belge depuis dimanche dernier est affligeant.

Oui, affligeant et même lamentable. Pour la raison, pour la pensée, pour la modernité, pour la mémoire, pour l’avenir, pour les valeurs fondamentales de ce que l’on appelle la démocratie, cette invention des lumières qui nous permet de vivre en relative liberté de pensée et d’action dans le respect et la tolérance des idées et des confessions.

Oui, étonnante Belgique, qui soudainement parle d’une seule voix ! Miracle !

Voilà donc un petit royaume au bord de l’évaporation, vidé de sa substance par les querelles ineptes et médiocres des entités fédérées et des multiples baronnies qui la composent, voilà donc cette Belgique fissurée, divisée plus que jamais, et en instance de quasi divorce, qui retrouve une unicité inespérée et inédite contre l’extérieur à la faveur du calendrier électoral dont l’échéance est fixée au 18 mai. Mais elle se trompe gravement de camp, de combat et de stratégie.

C’est ainsi que nous avons pu assister, dimanche dernier, sur les plateaux de télévision à une symphonie du nouveau monde belge dirigée par notre très remarqué Ministre des affaires étrangères, le très médiatique Louis Michel, vociférant, éructant avec des accents rebelles, que la Belgique n’était pas le valet des Etats-Unis, entouré de mines approbatrices et complices, toutes couleurs politiques confondues.

La Belgique se rebiffe donc en jouant de sa belle âme sur la scène européenne, tout en s’arrimant au nouvel axe Paris, Berlin, Moscou, Pékin, colonne vertébrale vertueuse et pacifiste d’un nouvel ordre moral mondial. A se demander si la récente proposition de dépénalisation, toute relative, du cannabis, n’a pas déjà des effets stupéfiants sur ceux qui nous gouvernent, seraient-ils tous convertis au pacifisme hilare, à la faveur des vertus pacifiantes de cette remarquable plante, pourtant encore diabolisée ? Ce serait un moindre mal…

Mais quelles sont donc, plus sérieusement, les motivations impérieuses qui animent nos responsables politiques dans cette étrange posture unitaire que l’on croyait à jamais irrémédiablement perdue et improbable, dans un pays où l’on décide souvent de ne rien décider et où il faut palabrer, jour après jour, pour se mettre d’accord sur des points aussi futiles que le choix des langues des panneaux de signalisation à Bruxelles ? Car, a l’évidence, la Belgique montre, une fois de plus, que la politique étrangère est un facteur de cohésion nationale bien plus puissant que la politique intérieure, qui souffre de paralysie permanente et structurelle.

Une motivation électoraliste flattant les centaines de milliers d’arabo-musulmans et les pacifistes majoritaires, la peur de possibles attentats, un sentiment islamophile et anti-américain exacerbé, sur fond de l’émergence subite d’un embryon de conscience européenne et d’une identité nationale retrouvée? Un peu de tout cela, sûrement, mélangé dans le shaker de l’attentisme, de la non décision, de la prudence et d’une attitude de spectateur.

Il n’échappe cependant à personne que l’Europe n’a rien fait pour voler au secours des populations massacrées en ex-Yougouslavie, pire même, si l’on se remémore la pitoyable prestation des casques bleus, transformés en spectateur impuissants d’assassinat de masse ; pas plus qu’il n’échappe à ceux que la vigilance et la mémoire n’ont pas désertés, qu’en Afrique et au Moyen-Orient, l’Europe, et la Belgique en particulier, ont brillé par leur absence et leur pusillanimité dans les massacres que l’on sait.

Il n’échappera non plus à quiconque se réclame du bon sens, que la position de la Belgique, s’arrimant à l’Axe de la contre-alliance du «Bien», renforce considérablement l’Axe du «Mal», les réseaux terroristes et la nébuleuse islamiste grandissante. Saddam Hussein et Bin Laden doivent probablement boire du petit lait concentré dans leur grotte respective, en sirotant du thé, tandis que le monde arabe doit se réjouir de ce néo-pacifisme du troisième millénaire.

Et il n’échappera pas non plus aux familiers de la Belgique, que la culture du compromis et du consensus mou peut soudainement être dépassée, tout comme les multiples micros-dissensions de nos partis politiques quand il s’agit de s’unir contre l’extérieur. Comble du paradoxe et de l’ingratitude : alors que nos alliés les plus fidèles, quoi que certains en pensent, nous demandent un soutien politique et logistique à une probable offensive contre Bagdad, notamment pour défendre la Turquie, candidate à l’Union Européenne soutenue par la Belgique et gouvernée par des «islamistes modérés» - expression oxymore [1] -, la Belgique, qui a été protégée pendant des décennies contre la menace soviétique, se permet, s’autorise une position empreinte d’une arrogance qui n’a rien à envier à celle qu’elle impute aux Etats-Unis. A-t-on oublié, au passage, les fusées Persching aujourd’hui démantelées. On en est donc effectivement à se demander à qui profite cette subite obstruction radicale.

Dire que la Belgique n’est pas le valet des Etats-Unis c’est oublier un peu vite que la Belgique ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans l’aide et le soutien économique, politique et militaire des Etats-Unis depuis 1945, c’est aussi, comme on dit vulgairement, cracher dans la soupe, une soupe qui risque bien de devenir amère à l’avenir. De plus, entre la Belgique et les Etats-Unis, ce n’est pas d’une relation de valet à «chef» dont il s’agit, comme l’a asséné Louis Michel, mais bien d’une relation de vassalité, qui n’est un secret pour personne. Or, cette relation du vassal à son suzerain est basée sur une reconnaissance mutuelle et un échange de bons procédés et de services rendus, étant entendu que les positions de puissance et de pouvoir sont, de toute évidence, inégales et connues de tous. La vassalité de la Belgique est une réalité qui ne date pas d’aujourd’hui, sauf pour les incultes et les naïfs, et il est piquant de relever que, lorsque cette relation de vassalité profite à notre pays, elle ne pose aucun problème. Ne parle-t-on pas dans ce cas de «partenariat», expression hautement diplomatique, qui masque la relation dominant dominé de la vassalité? Comme on dit communément, c’est «donnant donnant», un des piliers de la mécanique politicienne belge pourtant quotidiennement à l’œuvre dans notre pays, à tous les niveaux de pouvoir, et qui semble, ici, étrangement oublié.

Même le pragmatisme économique le plus élémentaire semble ici s’évanouir dans une obscure convergence qui tient plus d’une politique suspecte de la réaction à court terme, que d’une réelle politique étrangère à long terme. Ainsi la courageuse petite Belgique, dont la justice d’incompétence universelle tarde à faire le ménage en sa propre demeure sur bien des affaires déjà évoquées ici, et dont la gravité n’est plus à démontrer, n’hésite pas à déployer des trésors d’ingéniosité juridique et politique pour se mettre à dos, non seulement les Etats-Unis, mais l’Etat d’Israël, puisque ce dernier vient de rappeler officiellement son ambassadeur, au lendemain de l’arrêt surprenant de la Cour de cassation, qui confirme la compétence universelle de la Belgique dans l’«affaire Sharon», le premier Ministre de l’Etat d’Israël, récemment élu par une majorité sans équivoque, et que Le Soir présente aujourd’hui sous la caricature de l’assassin, avec cette délicate légende : Sharon sauvé par son immunité.

Ariel Sharon, qui, jusqu’à preuve du contraire, rappelons-le, est encore présumé innocent, à moins que la justice belge ne se réforme prochainement, les limites du supportable ayant été franchies, on ne s’étonnera plus de rien. Voilà une bien curieuse justice qui, simultanément, vient de renvoyer en correctionnelle, cinq ans après les faits (vous avez bien lu, 5 ans!), les ex-gendarmes responsables de la mort de Semira Adamu [2] (vous avez dit immunité ?), et qui se précipite, avec l’exécutif, pour confirmer la possibilité d’inculper, d’arrêter et de juger Ariel Sharon, dès la fin de son mandat de premier Ministre, ainsi que d’autres citoyens israéliens qui seraient «prévenus», mais sans immunité, et donc plus exposés aux foudres de notre magnifique justice universelle.

On comprend maintenant mieux pourquoi Freud considérait le mégalomaniaque palais de justice de Bruxelles comme un monument unique en Europe, et l’on compatit avec le peuple marollien (le peuple du cœur de Bruxelles), qui, écrasé sous le mastodonte au XIXe siècle, et avec une ironie bien de chez nous, immortalisa son architecte d’un «schieven architekte» (architecte de travers, autrement dit, fêlé).

Mais que l’on ne s’y trompe pas, cette «magnifique victoire», est l’œuvre d’hommes politiques avant tout, car la Cour de cassation ne fait que son travail d’interprétation et elle rend son verdict en demi-teinte, à la Belge. En un sens, le système fonctionne ici parfaitement.
Les vrais responsables de cette incroyable course juridique sont ceux qui, animés de sentiments d’apparence très louable, se cachent derrière un antisémitisme à peine feutré et bien intégré.
Ce sont les mêmes qui s’étant précipités au Liban pour rencontrer le vrai responsable des massacres de Sabra et Chatila, Elie Hobeika - récemment et étrangement éliminé -, ont mis toute leur énergie pour arriver à leurs fins.
Car il est nécessaire de rappeler ici, avec force et solennité, que ni Ariel Sharon ni aucun soldat de Tsahal n’ont de sang sur les mains dans cette affaire. Il appartient désormais aux historiens et à la justice de faire toute la lumière sur ce crime de masse que l’on tente d’attribuer à Israël et aux juifs de la diaspora.

Le monde marche la tête à l’envers : tandis que les visiteurs européens se précipitent à Bagdad, les uns pour cirer les pompes de Saddam, les autres pour prévenir un désastre humanitaire, sans oublier les héros qui s’enrôlent dans les brigades révolutionnaires, et les illuminés qui sont prêts à se constituer en boucliers humains, à Paris, lundi dernier, une horde de nazis - car il n’y a pas d’autre nom pour qualifier ces gens – hurlaient, à l’unisson avec leur chef, Mohamed Latrèche (Président du parti musulman de France) et le négationniste Serge Thion, des slogans haineux et assassins, appelant à la destruction d’Israël et des juifs et incitant la foule au Jihad et au sacrifice 'islamikaze', le tout devant les policiers, les CRS et les renseignements généraux, muets et spectateurs.

On frémit déjà à l’annonce récente de la constitution, à Anvers, d’une liste de front «résist», alliance entre communistes du PTB (Parti du Travail de Belgique) et l’AEL (Ligue Arabe Européenne d’Abou Yayah).

Pauvre Belgique.


Michel Rosenzweig

Philosophe


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Notes de la rédaction de reinfo-israel.com

[1] Forme francisée de "oxymoron", «terme de rhétorique désignant une alliance de deux mots incompatibles, à des fins stylistiques». (Le Robert, Dictionnaire Historique de la Langue Française).

[2] Nigériane de 20 ans, morte le mardi 22 septembre 1998, après un coma de plusieurs heures, consécutif à une tentative d'expulsion musclée réalisée par la gendarmerie belge, sur l'ordre de l'Office des Etrangers. Pour plus de détails, voir : www.bok.net/pajol/international/belgique/semira/semira.html

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