10/07/09
Extrait du chapitre intitulé « Linkage : The Mother of all Myths », tiré du livre de Dennis Ross et David Makovsky, Myths, Illusions, and Peace.
Texte publié par le New York Times, du 7 juillet, sous le titre "Myths, Illusions, and Peace"
Traduction française : Menahem Macina pour upjf.org
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L'inférence de dépendance: source de tous les mythes
De tous les mythes politiques qui nous ont empêchés de réaliser de vrais progrès au Moyen-Orient, il en est un qui se distingue par son impact et sa longévité: cest l'idée que si le conflit palestinien était résolu, tous les autres conflits du Moyen-Orient fondraient comme neige au soleil. Cest largument de l'"inférence de dépendance". Les Néo-conservateurs lont toujours rejeté, en raison de leur scepticisme concernant les intentions arabes et leur conviction apparentée selon laquelle le conflit israélo-palestinien ne peut être résolu. Tandis que les réalistes en ont toujours été les pourvoyeurs les plus déterminés, ce mythe surpasse tous les autres et sest avéré étonnamment résistant ici, à léchelle internationale, et au Moyen-Orient. En fait, peu didées ont été aussi régulièrement et puissamment favorisées, tant par des profanes que par des acteurs politiques et des dirigeants.
Il ne faut pas chercher bien loin pour trouver des exemples de la diffusion de cette notion. Notons les mots du président égyptien Hosni Mubarak, début 2008, quand, debout près de Georges W. Bush, au cours dune conférence de presse conjointe, suite à leurs entretiens dans la station balnéaire de Sharm el-Sheikh, dans le Sinaï, il relatait leur conversation :
« Jinsiste sur le fait que la question palestinienne, est, bien sûr, le cur du problème et du conflit du Moyen-Orient, et ce qui permet de juguler la crise et la tension dans la région, et le meilleur moyen de faire face à ce qui se passe dans le monde, dans notre région, jentends par là lescalade de la violence, lextrémisme et le terrorisme. »
Le Roi Abdullah de Jordanie a invoqué un argument très semblable lors dun entretien avec une chaîne de télévision américaine, en 2006:
« Je ne cesse de dire que la Palestine est le nud [du problème]. Elle est liée à tout ce qui se passe en Iraq. Elle est liée à ce qui se passe au Liban. »
Les dirigeants du Moyen-Orient ne sont pas les seuls à estimer que la question palestinienne est au cur de tous les autres problèmes régionaux. Brent Scowcroft, ancien conseiller à la sécurité nationale des Présidents Gerald Ford et George H.W. Bush, fait écho à ce point fondamental, dans un livre publié, début 2007 :
"Un effort vigoureusement renouvelé pour résoudre le conflit israélo-arabe pourrait changer fondamentalement et la dynamique de la région, et le calcul stratégique de ses principaux dirigeants. Un réel progrès mettrait lIran dans une position plus défensive. Le Hezbollah et le Hamas perdraient leur principe de ralliement. Des alliés des Américains, tels LEgypte, lArabie Saoudite et les Etats du Golfe, auraient toute liberté pour soutenir la stabilisation de lIraq. Et lIraq serait finalement considéré par tout le monde comme un pays-clé, quil fallait utiliser correctement pour la recherche de la sécurité régionale."
Pareillement, le Groupe dEtude de lIraq, co-présidé par James Baker et Lee Hamilton, mettait l'accent sur l'idée d'inférence de dépendance:
"Pour le dire simplement, toutes les questions-clé du Moyen-Orient le conflit israélo-arabe, l'Iraq, l'Iran, la nécessité de réformes politiques et économiques, ainsi que l'extrémisme et le terrorisme sont inextricablement liées."
Des déclarations aussi audacieuses sont rarement compétentes. En effet, elles sont guidées par une hypothèse centrale : mettre fin au conflit israélo-arabe est la condition préalable au traitement des maladies du Moyen-Orient. Solutionnez-le, et vous mettrez fin à tous les autres conflits. Echouez, et linstabilité voire la guerre submergeront toute la région.
Le problème majeur de ce présupposé est quil nest pas vrai. Il y a eu des dizaines de conflits et des coups dEtat sans nombre au Moyen-Orient depuis la naissance dIsraël en 1948, et la plupart navaient aucun lien avec le conflit israélo-arabe. Par exemple, le coup dEtat iraqien de 1958, la crise libanaise de 1958, la guerre civile yéménite de 1962-1968 (y compris les guerres civiles des années 1980 et 1990), la révolte des Kurdes iraqiens, en 1974, la guerre frontalière égypto-libyenne de 1977, la Guerre Iran-Iraq de 1980-1988, la Guerre du Golfe Persique de 1990-1991 (y compris les révoltes iraqo-kurdes et iraqo-chiites de la même année), les conflits frontaliers yéméno-érythréen et saoudo-yéménite du milieu des années 1990, et la Guerre Etats-Unis-Iraq, qui a débuté en 2003.
Beaucoup de ces conflits ont été longs, sanglants et très onéreux. La Guerre Iran-Iraq a duré huit ans et demi, a coûté des centaines de milliards de dollars, et a fait entre six cent mille et un million de morts. Mais ce conflit, comme les autres énumérés ci-dessus, se serait produit, même si le conflit israélo-arabe avait été réglé.
Puisque les origines de tant de crises et de rivalités régionales nont aucun lien avec le conflit israélo-arabe, il est difficile denvisager que sa résolution dénouerait dautres impasses régionales, ou autres sources dinstabilité. LIran, par exemple, ne persévère pas dans ses ambitions nucléaires parce quil y a un conflit israélo-arabe. Les groupes sectaires dIraq ne mettraient pas soudain de côté leurs guerres intestines si la question palestinienne était résolue. Comme tant de conflits régionaux, ces combats ont leur dynamique propre.
De plus, si tragique que soit devenu le conflit entre Israéliens et Palestiniens, il na pas débordé au point de déstabiliser le Moyen-Orient. Il y a eu deux Intifadas, ou révoltes palestiniennes, dont lune a duré de 2000 à 2005 et coûté la vie à 4 000 Palestiniens et 1 000 Israéliens, mais pas un seul dirigeant arabe na été renversé, ni aucun régime déstabilisé, de ce fait. Ce conflit est resté local, confiné à une petite aire géographique. Pourtant largument de l'inférence de dépendance perdure jusquà ce jour et a de puissants promoteurs.
Pourquoi persiste-t-il ? Et pourquoi est-il accepté par de hauts décisionnaires politiques comme si les faits quil invoque étaient exacts ?
© Dennis Ross et David Makovsky
Mis en ligne le 10 juillet 2009, par











