Texte repris du site de Regards, Revue du Centre Communautaire Laïc Juif de Belgique.
Le dernier sondage conduit par lAnti-Defamation League (ADL) du 29 mai au 18 juin 2007 dans six pays européens (Autriche, Belgique, Hongrie, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suisse) confirme laugmentation des attitudes antisémites en Europe : 50 % des personnes sondées pensent que les Juifs sont plus fidèles envers Israël quenvers leur propre pays, 34,5 % sont daccord pour dire que les Juifs ont une trop grande influence dans le domaine de la finance, et 43 % estiment que les Juifs parlent trop de la Shoah.
Abraham Foxman, directeur de lADL, sest déclaré très soucieux du pourcentage élevé dEuropéens qui croient que les Juifs américains contrôlent la politique des Etats-Unis. Une enquête analogue publiée par lADL en mai dernier (cf. Regards 643, p. 9) et concernant cinq autres pays européens (Allemagne, Espagne, France, Italie, Pologne) indiquait une même augmentation des attitudes antisémites.
Lampleur des actes antisémites commis en 2006 confirme les résultats alarmants de ces sondages. Selon un rapport de lassociation américaine Human Rights First, publié avant la Conférence contre la discrimination et lintolérance quorganisait, les 7-8 juin 2007, à Bucarest, lOrganisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), lantisémitisme et les crimes de haine (racisme, homophobie) ont augmenté dans plusieurs pays européens (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Russie et Ukraine) en 2006.
Dans ses recommandations à la Conférence de Bucarest, lADL invitait notamment les Etats participants à documenter tous les actes de violences racistes et à multiplier les déclarations officielles dénonçant de tels actes. Depuis le début de la seconde Intifada, lADL appelle les gouvernements européens à réagir à la flambée dantisémitisme.
Vers un antisémitisme
Les actes de violence antisémite recensés en Europe ont culminé en 2004 et diminué lannée suivante. Ce « recul » relatif semblait indiquer leffet positif des initiatives dorganisations internationales combattant lantisémitisme telles lECRI (European Commission Against Racism and Intolerance), lEUMC (European Union Monitoring Center Against Racism and Xenophobia), lODIHR (Office for Democratic Institutions and Human Rights) et les Nations Unies. Les commémorations du 60e anniversaire de la libération dAuschwitz et la résolution de lAssemblée générale des Nations Unies, faisant du 27 janvier (date anniversaire de la libération du camp) le jour du souvenir de lHolocauste, aident à sensibiliser le public à lhistoire du génocide des Juifs. Les propos du président iranien Ahmadinejad montrent que les antisémites font de la négation de la Shoah une arme décisive dans leur guerre contre Israël et le peuple juif. En 2006, laffaire Ilan Halimi en France et la flambée de violences antisémites en Grande-Bretagne suggèrent que lantisémitisme européen, en progression depuis 2000, vient de franchir un nouveau seuil de violence. Un rapport, publié en avril dernier par lInstitut Roth (The Stephen Roth Institute for the Study of Contemporary Anti-Semitism and Racism in Tel Aviv University) et le Congrès juif mondial, montre que le nombre de violences antisémites a fortement augmenté en Europe en 2006. 324 faits de violences antisémites, au total, y ont été recensés, visant des personnes, des biens et des institutions (synagogues, cimetières, monuments commémoratifs). Le nombre dattaques physiques contre des personnes a doublé par rapport à 2005. Ces agressions sont le plus souvent spontanées, ce qui rend très difficile lidentification de leurs auteurs. La Grande-Bretagne et la France montrent les niveaux de violence les plus élevés.
Daprès le Rapport sur lAntisémitisme en France du Service de protection de la communauté juive (SPCJ), pour lannée 2006, marquée par lassassinat dIlan Halimi, laspect le plus inquiétant concerne les actes antisémites contre les personnes : une augmentation de 45 % des agressions physiques et une hausse de 71 % des insultes, souvent accompagnées de références à la Shoah. Les auteurs de violences qui agissent sans motivations définies sont de plus en plus nombreux. Le rapport note que depuis 2004, les actes antisémites tendent à perdre leur lien étroit avec lactualité du Proche-Orient. Ils surviennent de manière aléatoire et apparemment déconnectée du contexte international. De conjoncturel, lantisémitisme deviendrait donc structurel.
Une réalité alarmante
En Grande-Bretagne, en novembre dernier, au palais St. James, la Reine Elisabeth recevait les représentants de la communauté juive pour fêter le 350e anniversaire de la décision dOliver Cromwell autorisant les Juifs à revenir sétablir en Angleterre. Cette fête solennelle célébrant la continuité dune communauté prospère na pas fait oublier les épreuves traversées par le judaïsme britannique en 2006. Le rapport du service de surveillance communautaire (The Community Security Trust - CST) recense 594 incidents antisémites, soit le total annuel le plus élevé depuis 1984. Les agressions physiques augmentent de 37 % par rapport à 2005. Les insultes sont également en hausse de 34 %.
Antisemitisme.be, site Internet créé a linitiative du BESC (Bureau Exécutif de Surveillance Communautaire) et du CKJGA (Coordinatie Komité van de Joodse Gemeenten van Antwerpen), a répertorié 66 actes antisémites en Belgique, pour 2006. Cest le nombre dincidents, le plus important depuis 2001. Vingt-deux de ces actes antisémites ont été commis durant la guerre du Liban, dont la profanation du Mémorial aux Martyrs Juifs de Belgique à Anderlecht le 24 juillet. Les attaques sur les personnes physiques ont visé des Juifs orthodoxes à Anvers, Bruxelles étant plus exposée aux menaces, insultes et actes de vandalisme.
Daprès des chiffres publiés par lassociation Aktion Kinder des Holocaust, le nombre dincidents antisémites recensés en Suisse germanophone a doublé en 2006. Le même phénomène sobserve en Suisse francophone. En Espagne, un jeune musulman a poignardé un client juif dans une boucherie casher de Malaga, en février 2006.
LUnion européenne compte aujourdhui quelque 20 millions de musulmans, dont une minorité dislamistes qui, dans le cadre de leur stratégie dexpansion politico-religieuse, font tout pour raviver lantisémitisme diffus qui reste latent dans beaucoup de mentalités. Comme le montre Pierre-André Taguieff (Limaginaire du complot mondial, 2006), les théories antisémites du complot sont en vogue en cette ère de mondialisation. Sous couvert de critique de la politique israélienne, on actualise les mythes antisémites dinfanticide et de meurtre rituel, accusant les soldats israéliens dassassiner, de sang-froid, des enfants palestiniens.
Les actes antisémites commis en Europe depuis la seconde Intifada sont souvent le fait de jeunes, en partie issus de limmigration, et qui, en général, passent à lacte spontanément, de manière autonome, agressant des personnes ou des institutions juives identifiables comme telles. Des jeunes défavorisés, marginalisés, aliénés, immigrés de la seconde génération en mal de révolte, semblent prédisposés à commettre des actes antisémites. Cependant, que ce soit en Europe de lEst ou à lOuest, lextrême droite de tradition antisémite joue un rôle majeur dans les vagues de violences antijuives : insultes, menaces et vandalisme. En Allemagne, lextrême droite néo-nazie inspire clairement la majorité des profanations de cimetières et monuments commémoratifs juifs, une forme de violence antisémite dont la République fédérale allemande détient toujours le triste record européen en 2006. A Londres, en 2005, 52 % des auteurs dincidents antisémites pour lesquels on dispose dune description physique étaient des « autochtones» « blancs » !
Un nouvel antisémitisme ?
Pierre-André Taguieff (Lémergence dune judéophobie planétaire, in Outre-terre. Revue française de géopolitique, 2003) associe la résurgence de lantisémitisme à lexpansion planétaire dune nouvelle judéophobie, dont les principaux vecteurs sont la propagande islamiste et la démagogie des ultra-gauchistes, qui exploitent massivement la cause palestinienne. La nouvelle judéophobie se fonde sur lamalgame entre Juifs, Israéliens et « sionistes ». Un « antisionisme absolu », qui nie le droit à lexistence de lEtat dIsraël et considère que tous les moyens sont légitimes pour éliminer le prétendu « Etat raciste ». Les Juifs sont diabolisés, inscrits dans une puissante structure occulte (« le lobby juif mondial »), et assimilés aux sionistes, quon accuse de fascisme, dapartheid, de génocide ! A lamalgame entre sionisme et racisme de type colonialiste, sajoutent lassimilation du sionisme au nazisme et laccusation de « palestinocide ». Les Palestiniens sont transfigurés en martyrs, voire « christifiés » en peuple denfants martyrs, ce qui réactive le vieil imaginaire antijuif du meurtre rituel. Les Israéliens sont les nouveaux nazis, et les Palestiniens sont les nouveaux Juifs. Confirmant cette analyse, une étude, réalisée en Allemagne par lUniversité de Bielefeld, a montré que 50 % des interviewés comparaient la politique dIsraël envers les Palestiniens au traitement des Juifs par les Nazis sous le IIIe Reich !
Selon Georges Bensoussan (Négationnisme et antisionisme, in Revue dhistoire de la Shoah n° 166, 1999), une même hostilité envers lEtat juif et la mémoire de la Shoah rapproche aujourdhui deux discours issus dhorizons politiques opposés : celui de lextrême droite dont lantisémitisme sest orienté vers la dénonciation dIsraël, « impérialiste » et « raciste », et un discours dextrême gauche, qui dénonce lEtat juif comme une création artificielle, liée à la « mauvaise conscience » de lOccident envers les victimes juives du nazisme. Cette convergence antisioniste sassocie au révisionnisme et au négationnisme, qui minimisent la portée de lHolocauste, ou nient sa réalité, affirmant que ce « mensonge » sert à légitimer la politique dIsraël, centre du « complot sioniste planétaire » qui nous prépare une nouvelle guerre mondiale. Ils ne sont pas connus comme négationnistes, mais comment qualifier autrement ceux qui sacharnent à nazifier Israël, au mépris de toute vérité historique ? Durant un pèlerinage en Terre Sainte, début février 2007, 27 évêques allemands, menés par le cardinal Karl Lehmann, responsable de la conférence des évêques allemands, visitent Ramallah, peu après une visite à Yad Vashem. Commentant leurs impressions devant les journalistes, certains dentre eux comparent la ville palestinienne au ghetto de Varsovie [1]. En Grèce, pendant la guerre du Liban, les déclarations anti-israéliennes de représentants des partis de gauche, étaient truffées de références antisémites et de comparaisons avec la Shoah, accusant Israël dappliquer les méthodes dHitler. Leur discours na rien de neuf : en 1967, la Pologne communiste comparait déjà Israël au IIIe Reich, et le sort des Palestiniens à celui des Juifs du ghetto de Varsovie. On peut sétonner de retrouver ce même discours antisémite, 40 ans plus tard, au sein dune Union européenne démocratique et pluraliste.
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Dates-clé, liées aux flambées antisémites en Europe
· Septembre 2000 : Début de la seconde Intifada.
· Septembre 2001 Conférence mondiale contre le racisme à Durban.
· 27 janvier 2005 : Commémorations internationales de la libération du camp dAuschwitz.
· Octobre 2005 : Le Président iranien menace de « rayer Israël de la carte ».
· 1er Novembre 2005 : LONU fait du 27 janvier le « jour du souvenir de lHolocauste ».
· Février 2006 : Laffaire Ilan Halimi.
· Juillet-août 2006 : 2e guerre du Liban.
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L'académie de la haine antisémite
En Ukraine, où vivent 200 à 400 000 Juifs, lAcadémie interrégionale de gestion du personnel MAUP -, qui compte plus de 50.000 étudiants, est la plus grande institution universitaire privée et aussi le premier centre dagitation et de propagande antisémite du pays. Son président, Georgy Tschokin, dirigeant dun parti dextrême droite, accuse les Juifs dêtre à lorigine de tous les crimes du régime soviétique. En mars 2006, avec une délégation de la MAUP, il se rendait en pèlerinage sur la tombe du petit Andrei Yuschinsky, dont la mort fut à lorigine du procès de Mendel Beilis, un cas célèbre daccusation de meurtre rituel. Tschokin fait campagne pour que lEglise orthodoxe canonise Yuschinsky. Il entretient dexcellentes relations avec lIran et a exprimé son soutien aux déclarations génocidaires du président Ahmadinejad. Le néo-nazi américain, David Duke, enseigne à la MAUP, qui lui a décerné un doctorat pour sa thèse sur le sionisme. Aux côtés du négationniste, Serge Thion, Duke était lun des principaux orateurs du symposium « Le sionisme, menace pour la paix mondiale », organisé en juin 2005, à Kiev, par la MAUP.
En septembre 2006, lors des commémorations du massacre de Babi Yar, le président Yushchenko affirmait son refus de tolérer toute manifestation de haine religieuse ou ethnique en Ukraine. Le ministre de lEducation retirait alors laccréditation de 14 branches régionales de la MAUP. Fin février 2007, lADL demandait au gouvernement de réagir à une vague dactes antisémites récents, dont la profanation du monument de la Shoah et du cimetière juif dOdessa, le 18 février, et de mettre fin aux activités régionales de la MAUP. Le 20 février, la Cour des affaires économiques de Kiev annulait la décision du ministre de lEducation : un encouragement aux violences antisémites et au discours « académique » qui les inspire.
Le pays le plus antisémite d'Europe
En Hongrie, les actes antisémites visant des personnes sont rares, mais la haine du Juif sexprime par le vandalisme (cimetières juifs et synagogues) et les slogans des supporters de football. Différents groupes politiques se réclament de lhéritage des "Croix fléchées", de sinistre mémoire, dont le « parti hongrois de la justice et de la vie » (MIEP), dirigé par Istvan Csurka, antiglobaliste, antisémite et négationniste, qui dénonce lappauvrissement de la Hongrie, inféodée aux intérêts américano-israéliens. Le 15 mars dernier, suite à une information officielle annonçant que les commémorations de lanniversaire de la révolution hongroise de 1848 seraient perturbées par des groupes anti-gouvernementaux, le responsable de la principale organisation juive de Hongrie invitait les Juifs à quitter le pays, de peur de nouvelles violences antisémites.
Ce canular de Pourim nexprime que trop bien les inquiétudes de la communauté juive face à lantisémitisme des manifestations organisées par lopposition, lautomne dernier, lors des commémorations de la révolution hongroise de 1956. Le sondage réalisé pour lADL en Hongrie (cf. supra) confirme cette montée dantisémitisme. Ainsi, 58 % des Hongrois sondés pensent que les Juifs parlent trop de la Shoah.
Roland Baumann
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Notes de la Rédaction dupjf.org
[1] Voir : "Lambassadeur israélien critique les amalgames des évêques catholiques" ; "Le Président des évêques allemands déplore les comparaisons, odieuses pour Israël, de certains dentre eux".
[2] Sur ce mouvement, voir larticle, "Parti des Croix fléchées", sur le site de Wikipedia.
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© Regards
Mis en ligne le 05 septembre 2007, par M.











