02/03/07
Sur le site du Crif
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Maurice Papon était le Ministre du Budget de Raymond Barre de 1978 à 1981. Est-ce quaujourdhui vous ne regrettez pas ? Raymond Barre : Premièrement, je ne le regrette pas, parce que je sais dans quelle condition, jai proposé au président de la République de nommer Papon, ministre du Budget. Cétait un grand Commis de lEtat. Je savais quà Bordeaux, cest le Général de Gaulle qui lavait maintenu. Il avait été préfet, notamment en Algérie. Très courageux. Il avait été préfet de police à Paris pendant 10 ans. Dailleurs il a payé surtout à cause de Charonne - entre nous. Le reste cétait un alibi. Moi je suis convaincu quil paye la remise en ordre quil fait, lordre quil maintient, au moment de Charonne. Il est ensuite à lAssemblée nationale où il est un parlementaire tout à fait raisonnable. Il est à la Commission des Finances, je le connais, il est rapporteur général à la Commission des finances. Et quand en 1978, je suis renommé premier ministre et que je veux diviser ce bastion quétait le ministère de léconomie et des finances. Entre un ministère de léconomie et un ministère des finances, du Budget, je choisis M. Monory pour léconomie car je savais quil était comme moi, partisan de la libération des prix et je choisis M. Papon parce quil est un modéré de lUDR - je ne sais pas encore si le RPR le supportait. Que saviez-vous de son rôle à la préfecture de Gironde ? RB : Mais personne nen parlait. A aucun moment ! Cela na paru quen 1981. Certes, le jury dhonneur que M. Papon avait réuni a dit quil navait rien fait de contraire à sa responsabilité de grand Commis de lEtat mais quil aurait pu, le cas échéant, abandonner ses fonctions. Alors nous nous trouvons devant un phénomène essentiel : est-ce que tous les fonctionnaires de lEtat, qui étaient en fonction à lépoque auraient dû abandonner leurs responsabilités ? Ou au contraire rester, pour essayer de limiter la casse si vous me permettez cette expression- et de préparer lavènement de la République qui suivrait. Est-ce que vous comprenez, M. le Premier Ministre quon puisse être coupable de ne pas désobéir ? RB : Personnellement jai plutôt le tempérament à la désobéissance. Mais quand on a des responsabilités essentielles dans un département, une région, ou à plus forte raison dans le pays, on ne démissionne pas. On démissionne lorsquil sagit vraiment dun intérêt national majeur. Ce nétait pas le cas ? RB : Ce nétait pas le cas car il fallait faire fonctionner la France. Chirac a reconnu que la France devait se regarder en face, cest considérer que lEtat comme Etat avait participé à la Shoah et donc invoquer la clause de conscience qui existe dans certaines professions. Est-ce quon ne devrait pas introduire une close de conscience dans lEtat ? RB : Mais vous avez toujours le droit de faire jouer la clause de conscience et à tout moment. Mais je reviens à ce quétait la France en 1944-1945. Pensez au nombre de fonctionnaires qui étaient en place qui ont essayé tant bien que mal de limiter ce drame qua été la persécution des Juifs et noublions pas quand même quen France cest le pays où le nombre de Juifs sauvés a été le plus élevé. Et quest-ce qui se passe à la Libération, ce pays ne peut pas seffondrer, il faut bien que ladministration demeure, sauf ceux qui ont été manifestement des serviteurs de lennemi. Je pense à Bousquet et M. Mitterrand na pas été dune sévérité extrême à légard de M. Bousquet. Alors a surgi cette affaire et M. Papon est devenu un bouc émissaire. Je ne porte pas un jugement moral sur lattitude que lon devait avoir à légard des déportations de Juifs ou non. Mais je considère quil y a dans ce pays une hypocrisie fondamentale à chercher quelques boucs émissaires alors quil faut bien le reconnaître : si le pays a continué à fonctionner, cest parce que le général de Gaulle a maintenu ceux qui étaient en place quand il le pouvait et ceux qui sétaient trop manifestés dans les voies de la collaboration, il les a envoyés en Allemagne. Noubliez pas cela, tout le personnel français qui est allé gérer la partie de lAllemagne occupée par la France est composé en grande partie de fonctionnaires de grande qualité quil aurait peut-être été nécessaire déliminer sur le plan national mais qui devaient continuer à servir le pays au plan international. Je mexcuse, je vous ai parlé très franchement. Que vous me fassiez passer pour un antisémite, pour quelquun qui ne reconnaît pas la Shoah, jai entendu cela cent fois et cela mest totalement égal. Mais ce que je viens de dire, je le répète. Et comme M. Papon avait été un ministre parfait, quand il y a eu à Bordeaux son jugement, nous avons été deux hommes politiques à aller porter témoignage : Olivier Guichard quon ne peut pas soupçonner et moi-même comme ancien Premier Ministre. Alors je voudrais que cela soit clair. Pourquoi Papon na-t-il pas exprimé des regrets ? RB: M. Papon a pu expliquer quil sest retrouvé dans beaucoup de cas dans lobligation - soit du fait de Vichy soit du fait des autorités allemandes - de se livrer à des actes répréhensibles et quil était resté pour essayer de limiter la casse, mais il lui a manqué la phrase disant que ce qui avait été fait sous son autorité était quand même regrettable et quil lavait fait parce quil pensait que cétait son devoir de le faire. Je crois que cest cela et il na jamais rien dit ensuite, parce que M. Papon était un homme fier. Cest un homme qui exerçait de grandes responsabilités, ce nétait pas quelquun à dire : « je regrette ce que jai fait ». Regrettez-vous davoir eu ce mot lors de lattentat de la rue Copernic: « un attentat odieux qui voulait frapper les Juifs se trouvant dans cette synagogue et qui a frappé des Français innocents qui traversaient la rue Copernic ». ? RB: Non, je me souviens très bien du climat dans lequel jai dit cela. Noubliez pas que dans la même déclaration, je dis que la Communauté juive ne peut pas être séparée de la Communauté française. Quand on cite on cite en entier. Et la campagne qui a été faite par le lobby juif le plus lié à la gauche, venait du fait que nous étions en climat électoral et moi cela ne ma pas impressionné et ils peuvent continuer à le répéter. Mais pourquoi « Français innocents » ? RB: Mais oui parce cétait des Français qui circulaient dans la rue et qui se trouvent fauchés parce quon veut faire sauter une synagogue. Alors, ceux qui voulaient sen prendre aux Juifs, ils auraient pu faire sauter la synagogue et les juifs. Mais pas du tout, ils font un attentat aveugle et y a 3 Français, non juifs, cest une réalité, non juifs. Et cela ne veut pas dire que les Juifs, eux ne sont pas Français. Oui, mais « Innocents » ? RB: Parce que ce qui était la caractéristique de ceux qui faisaient lattentat cétait de châtier des Juifs coupables. A leurs yeux ! RB: A leurs yeux mais bien sûr. Aux miens, les Français nétaient pas du tout liés à cette affaire. Non, je suis très clair sur ce point. Dailleurs, aucun de mes amis juifs et jen compte ne ma fait grief là-dessus. Là, je tiens à vous dire que sur cette affaire, je considère que le lobby juif pas seulement en ce qui me concerne est capable de monter des opérations qui sont indignes et je tiens à le dire publiquement. Bruno Gollnisch, conseiller municipal de R. Barre à Lyon pendant 6 ans. Après sa condamnation vous avez dit que cétait quelquun de bien, alors quil venait dêtre condamné pour propos négationnistes. Le regrettez-vous ? RB: Voilà, vous revenez aujourdhui avec toutes les petites critiques sordides que jai entendues. Et je vais mettre les choses au point. Gollnish était mon collègue à Caen, il est universitaire, je le connaissais, je ne le fréquentais pas pour la raison bien simple quil nétait pas de mon bord. Il est élu car il y avait à Lyon, au moins 15 à 20% de la population qui votait FN. Il est élu, il devient membre du conseil municipal. Il se conduit correctement. Toutes les fois où il veut introduire des considérations qui lui sont propres dans les débats du Conseil municipal, je lui demande de se taire et il le fait. Pour le reste, pour tout ce dont il est chargé, comme conseiller municipal, il fait les choses dune manière tout à fait correcte. Moi je suis quelquun qui considère que les gens peuvent avoir leur opinion, cest leur opinion et par ailleurs, quand je les ai vus fonctionner dans un climat particulier, je reconnais leurs qualités. Et ce que jai dit simplement cest que, certes, je blâmais les propos de M. Gollnisch, mais jai tellement entendu les propos de M. Gollnish à Lyon que cela finissait par ne plus mémouvoir. Quand on entend à longueur de journée tout ce qui se dit à droite et à gauche, à la fin on n'y porte plus attention. Et jai dit en parlant de Gollnisch que je blâmais ce quil avait dit, mais que pour le reste je lavais connu et que cétait un homme bien. Cétait un bon conseiller municipal et que ceux qui ne sont pas satisfaits de cela, pensent ce quils veulent. |
Mis en ligne le 06 mars 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org











