« Publiée par les soins de l'auteur, la brochure de Maciej Giertych "la guerre des civilisations en Europe" m'a sérieusement inquiété », affirme ce matin, dans une déclaration écrite, Lech Kaczynski, le Président polonais. « C'est avec stupéfaction que j'ai lu ses conclusions selon lesquelles la civilisation juive née de la Torah ne peut coexister avec la civilisation chrétienne en Europe. La thèse de l'eurodéputé est contraire à l'enseignement du grand Polonais Jean-Paul II ».
17/02/07
Sur le blog de Jean Quatremer : Coulisses de Bruxelles, UE.
Lindignation est générale après la révélation, ici même, de la publication dun opuscule violemment antisémite signé par le député européen, Maciej Giertych, lun des fondateurs de la Ligue des familles polonaises (LPR) [1]. Si lantisémitisme de la LPR, qui participe au gouvernement polonais, nest pas un mystère, le fait que ce livre ait été officiellement présenté et distribué à Strasbourg, en marge dune session plénière, et que le logo du Parlement européen figure en bonne place en couverture, a choqué les opinions publiques. LUnion financerait-elle des publications affirmant froidement que la « civilisation juive » na pas sa place en Europe ?
Catherine Colonna, la ministre française aux affaires européennes, a été particulièrement choquée par laffaire : « il serait intolérable que les institutions européennes financent de tels ouvrages, même involontairement », a-t-elle immédiatement réagi. « La lutte contre toute discrimination fondée sur la race, lorigine ethnique ou la religion, figure au rang des valeurs fondamentales de lUnion européenne et est inscrite dans les traités européens qui lient chacun des Etats membres. Lantisémitisme na pas sa place dans la démocratie européenne ». Le groupe socialiste de leuroparlement est sur la même longueur dondes : il juge « tout à fait inacceptable que des fonds publics européens aient pu contribuer au financement de ce livre, qui a été publié avec le logo de notre institution ». Le Congrès juif européen, qui « dénonce avec véhémence cette publication moyenâgeuse et se réserve le droit de poursuivre en justice lauteur de ce pamphlet antisémite », « exige le remboursement au Parlement européen des frais dimpression et de diffusion ».
Sortant de son silence, le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering (Allemagne, PPE-DE) a publié tout à lheure un communiqué pour faire savoir quil était « profondément perturbé » par laffaire et quil « condamnait fortement une brochure contraire aux valeurs européennes ». Il fait aussi savoir quil a « demandé une enquête à ladministration du Parlement » afin de vérifier comment cette brochure avait été financée.
Car cest peu dire que les services du Parlement ont totalement été pris par surprise. Ils ont mis deux jours pour voir si des fonds européens avaient déjà été déboursés au profit du député antisémite. Soulagé, le porte-parole du Parlement, Jaume Duch, m'a affirmé tout à l'heure, qu'en dépit des apparences, tel nétait pas le cas : « Giertych na pour linstant pas présenté de demande de remboursement. Et sil le fait, elle sera rejetée car ce livre na aucun rapport avec lactivité parlementaire. Il y a quelques mois, il avait voulu, en vain, se faire rembourser des affiches représentant des avions nazis bombardant la Pologne ».
Le problème est que les règles internes du Parlement exigent que toute publication, pour prétendre au remboursement au titre du généreux budget de la politique de communication, affiche préalablement son logo
Or, en cas de refus, le mal est déjà fait, même si le député en est de sa poche : pour les citoyens, tout se passe comme si le Parlement avait bel et bien donné sa bénédiction. De même, Giertych a bel et bien utilisé les infrastructures du Parlement pour sa conférence de presse de présentation et pour distribuer son livre. « Giertych a abusé de la bonne foi du Parlement », semporte le libéral polonais Jan Kulakowski, qui prépare une déclaration commune des députés polonais condamnant leur « hélas ! collègue ».
« Cette affaire pose une question politique plus que juridique », reconnaît Jaume Duch. Comme le dit un fonctionnaire européen, « on avait tout prévu sauf que la bête immonde siégerait parmi nous. Il va falloir revoir nos règles internes pour éviter lutilisation abusive de notre institution ». Laffaire, qui est loin dêtre terminée, va sans doute occuper le Parlement la semaine prochaine, afin déviter que ce genre de détournement ait lieu à lavenir. Cela étant, alors que l'extrême droite siège au Parlement depuis 1979, on peut se demander pourquoi personne n'a jamais jugé utile, au nom du principe de précaution, de prévoir un contrôle a priori des brochures portant le logo de l'institution ou [une vérification] de l'objet des conférences de presse.
© Jean Quatremer
[1] Voir : Jean Quatremer, "L'opuscule antisémite qui secoue le Parlement européen", Libération, 16 février 2007.











