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Histoire
Chapitre 2 : Le mandat britannique sur la Palestine
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2.1 Comment fut créée la Jordanie ?

Le 2 novembre 1917, la Déclaration Balfour stipulait que "le gouvernement de Sa Majesté (britannique) envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays."

Le 24 juillet 1922, un mandat était accordé par la Société des Nations à la Grande-Bretagne pour "l’administration du territoire de la Palestine, qui faisait autrefois partie de l’Empire ottoman, dans des frontières à fixer par lesdites puissances en vue de mettre à exécution la Déclaration Balfour, considérant que cette déclaration comporte la reconnaissance des liens historiques du peuple juif avec la Palestine et des raisons de la reconstitution de son foyer national en ce pays."
Sir Herbert L. Samuel (1870-1963)
Sir Herbert L. Samuel

Malgré ces dispositions explicites, Herbert Samuel, un Juif britannique qui exerça le premier la fonction de Haut Commissaire de Palestine, imposa des restrictions à l’immigration juive "dans l’intérêt de la population présente" et compte tenu de "la capacité d’absorption du pays" 1. L’afflux de pionniers juifs risquait de chasser les fellahs arabes (paysans autochtones) de leur terre. C’était l’époque où moins d’un million d’habitants résidaient dans une région qui en compte maintenant plus de neuf millions. En réalité, les Britanniques limitèrent la capacité d’absorption de la Palestine en partageant le pays.

En 1921, Winston Churchill, ministre des colonies, enleva à la Palestine près des quatre cinquièmes du territoire placé par la SDN sous mandat britannique, soit quelque 90 650 km2, pour créer non pas ce qu’il était mandaté pour faire, à savoir un foyer national juif, mais un émirat arabe tout nouveau, la Transjordanie. Comme prix de consolation pour le Hedjaz et l’Arabie attribués à la famille Saoud, Churchill installa Abdallah, fils de Chérif Hussein comme émir de Transjordanie ; il le récompensait aussi de cette façon pour sa participation à la guerre contre la Turquie.

Les Britanniques allèrent plus loin dans la trahison du mandat qui leur avait été confié : ils imposèrent des restrictions sur les achats de terres par les Juifs dans ce qui restait de la Palestine, contrevenant à la clause de l’article 6 qui stipulait que "l’Administration de la Palestine… encouragerait, en coopération avec l’Agence Juive … l’établissement de Juifs dans le pays, y compris sur des terres appartenant à l’État et sur des terres en friche qui n’avaient pas été acquises comme biens publics". Dès 1949, les Britanniques, sur les 375 000 hectares de terre cultivable, avaient alloué 175 000 hectares aux Arabes et seulement 8 500 aux Juifs.1

En fin de compte, les Britanniques admirent que l’argument concernant la faculté d’absorption du pays était spécieux. La Commission Peel déclara : « L’immigration importante des années 1933-36 semblerait montrer que les Juifs sont capables d’augmenter la capacité du pays d’absorber des Juifs" 2.


2.2 Quelle politique d’immigration les Britanniques menèrent-ils dans la Palestine mandataire ?

Le désir des Britanniques d’apaiser les Arabes face à l’immigration juive créa un précédent qui servit de règle pendant la durée du Mandat . ils imposèrent des restrictions à l’immigration juive, mais autorisèrent les Arabes à entrer librement dans le pays. Apparemment, Londres n’avait pas l’impression qu’une marée d’immigrants arabes affecterait la "capacité d’absorption" du pays.

Pendant la première guerre mondiale, la population juive de Palestine déclina à cause de la guerre, de la famine, des maladies et des expulsions. En 1915, environ 83 000 Juifs vivaient en Palestine parmi 590 000 Arabes musulmans et chrétiens. Selon le recensement de 1922, la population juive était de 84 000 âmes, tandis que le nombre d’Arabes s’élevait à 643 000 3. Ainsi, la population arabe augmentait, elle, exponentiellement, alors que la population juive stagnait.

Au milieu des années 1920, l’immigration juive en Palestine s’accrut essentiellement par suite des lois économiques anti-juives mises en place en Pologne et de l’imposition de quotas restrictifs par Washington 4. Le nombre record d’immigrants en 1935 (voir tableau) était une réponse à la persécution croissante des Juifs dans l’Allemagne nazie. Cependant, l’administration britannique considérait ce nombre comme trop important, aussi l’Agence Juive fut-elle informée que moins d’un tiers des quotas qu’elle demandait serait autorisé en 1936 5.

Les Britanniques cédèrent encore aux exigences arabes en annonçant, dans le Livre Blanc de 1939, la création d’un État arabe indépendant dans les 10 ans et en affirmant que l’immigration juive serait limitée à 75 000 pour les cinq années à venir, au bout desquelles elle devait cesser complètement. La vente de terres aux Juifs fut également interdite sur 95% du territoire de la Palestine. Les Arabes, cependant, rejetèrent cette proposition.

L’immigration juive en Palestine 6,7
1919 1 806
1920 8 223
1921 8 294
1922 8 685
1923 8 175
1924 13 892
1925 34 386
1926 13 855
1927 3 034
1928 2 178
1929 5 249
1930 4 944
1931 4 075
1932 12 533
1933 37 337
1934 45 267
1935 66 472
1936 29 595
1937 10 629
1938 14 675
1939 31 195
1940 10 643
1941 4 592


Inversement, pendant toute la période mandataire, l’immigration arabe ne fut soumise à aucune restriction. En 1930, la Commission Simpson Hope, envoyée de Londres pour enquêter sur les émeutes arabes de 1929, déclara que la pratique britannique d’ignorer volontairement l’immigration arabe illégale à partir de l’Égypte, de la Transjordanie et de la Syrie et de ne la soumettre à aucune restriction, avait pour effet de supplanter les futurs immigrants juifs 8.

Le gouverneur britannique du Sinaï de 1922 à 1936 fit cette remarque : "Cette immigration illégale se poursuivait non seulement à partir du Sinaï mais aussi de l’Égypte, de la Transjordanie et de la Syrie, et il est très difficile de plaider la cause de la misère des Arabes si en même temps on ne pouvait pas empêcher leurs compatriotes des États voisins d’aller partager cette misère" 9.

Selon un rapport de la Commission Peel, en 1937, "le manque de terres est …dû moins à l’étendue des terres acquises par les Juifs qu’à l’augmentation de la population" arabe 10.


2.3 La politique britannique fut-elle modifiée après la seconde guerre mondiale pour permettre aux survivants de l’Holocauste de s’installer en Palestine ?

Les portes de la Palestine restèrent fermées pendant la durée de la guerre, abandonnant des centaines de milliers de Juifs d’Europe, dont beaucoup devinrent des victimes de la solution finale d’Hitler. Après la guerre, les Britanniques refusèrent de permettre aux survivants du cauchemar nazi de trouver asile en Palestine.

Le 6 juin 1946, le Président Truman demanda instamment au gouvernement britannique de soulager les souffrances des Juifs enfermés dans des camps de personnes déplacées en Europe en acceptant immédiatement 100 000 immigrants juifs.

Le ministre des Affaires étrangères britannique répondit sur un ton sarcastique que les États-Unis voulaient que les Juifs déplacés immigrent en Palestine "parce qu’ils ne voulaient pas d’un trop grand nombre d’entre eux à New York" 11. Quelques Juifs réussirent à atteindre la Palestine, beaucoup au moyen de navires délabrés que des membres d’organisations de résistance juive utilisaient pour les faire entrer clandestinement. Entre le mois d’août 1945 et la création de l’État d’Israël en mai 1948, 65 navires d’immigrants "clandestins", transportant 69 878 personnes, arrivèrent des côtes européennes. En août 1946, cependant, les Britanniques se mirent à interner ceux qu’ils attrapaient dans des camps à Chypre. Approximativement 50 000 personnes furent détenues dans ces camps, 28 000 d’entre elles étaient encore emprisonnées quand Israël déclara son indépendance.12

2.4 Quelle fut l’influence de l’immigration juive sur la population musulmane autochtone ?

La population juive augmenta de 470 0000 âmes entre la Première et la seconde guerre mondiale, tandis que la population non juive croissait de 588 000 personnes.13 En fait, la population arabe permanente augmenta de 120% entre 1922 et 1947 14.

Cette croissance rapide était le résultat de plusieurs facteurs. L’immigration à partir des États voisins représentait 37% de l’immigration totale dans ce qui deviendrait l’État d’Israël. Elle était le fait d’Arabes qui voulaient profiter de l’amélioration du niveau de vie que les Juifs avaient rendue possible 15.

La population arabe s’accrut aussi grâce à l’amélioration des conditions de vie créées par les Juifs car ils asséchaient les marécages générateurs de malaria et apportaient à la région un système sanitaire et des services médicaux améliorés. Ainsi, par exemple, le taux de mortalité infantile chez les Musulmans tomba de 201 pour mille en 1925 à 94 pour mille en 1945 et l’espérance de vie s’éleva de 37 ans en 1926 à 49 ans en 1943 16.

La population arabe augmenta le plus dans les villes où d’importantes populations juives avaient créé de nouvelles possibilités économiques. De 1922 à 1947, la population non juive augmenta de 290% à Haïfa, de 131% à Jérusalem et de 158% à Jaffa. La croissance dans les villes arabes fut plus modeste : 42% à Naplouse, 78% à Jénine et 37% à Bethléem 17.

2.5 À qui appartenaient les terres qui furent vendues aux Juifs de Palestine ?

Depuis le début de la première guerre mondiale, une partie des terres de Palestine appartenait à des propriétaires absents qui vivaient au Caire, à Damas et à Beyrouth. Environ 80% des Arabes de Palestine étaient des paysans criblés de dettes, semi-nomades et des Bédouins 18.

Les Juifs évitèrent, de façon générale, d’acheter des terres dans des régions où des Arabes pouvaient être déplacés. Ils recherchaient des terres qui étaient en grande partie incultes, marécageuses, bon marché et, surtout, sans métayers. En 1920, le leader sioniste travailliste David Ben Gourion se préoccupa du sort des fellahs arabes qu’il considérait comme "l’atout le plus important de la population autochtone". Ben Gourion déclara qu’en aucune circonstance il ne fallait toucher aux terres qui appartenaient aux fellahs ou sur lesquelles ils travaillaient. Il recommanda de les aider à se libérer de leurs oppresseurs. "C’est seulement si un fellah quitte l’endroit où il est installé que nous devons lui proposer de lui acheter sa terre, à un prix décent" 19.

Après avoir acheté toutes les terres incultes disponibles, les Juifs commencèrent à acheter des terres cultivées. Beaucoup d’Arabes étaient désireux de vendre à cause de la migration vers les villes côtières et parce qu’ils avaient besoin d’argent pour investir dans l’industrie des agrumes 20. Quand John Hope Simpson arriva en Palestine en mai 1930, il fit l’observation suivante : "Ils [les Juifs] paient les terres à des prix élevés, et de plus, ils paient à certains des occupants de ces terres une somme d’argent considérable qu’ils n’étaient pas légalement tenus de payer" 21.

En 1931, Lewis French conduisit une étude sur le manque de terres des Arabes et finit par proposer de nouveaux terrains à tous les Arabes qui avaient été "dépossédés" Les représentants britanniques reçurent plus de 3 000 demandes, dont 80% furent déclarées irrecevables par le conseiller légal du gouvernement parce que les demandeurs n’étaient pas des Arabes sans terre. Il ne resta alors que 600 Arabes sans terre, dont une centaine accepta l’offre du Gouvernement 22.

En avril 1936, une nouvelle vague d’attaques arabes contre les Juifs fut initiée par un guérillero syrien du nom de Fawzi al Qawukji, commandant de l’armée de libération arabe. En novembre, quand les Britanniques envoyèrent une commission dirigée par Lord Peel pour enquêter, 89 Juifs avaient été tués et plus de 300 blessés 23. Dans son rapport, la Commission Peel constata que les réclamations des arabes au sujet de l’acquisition de terres par les Juifs étaient sans fondement. Elle fit remarquer que "bien des terres couvertes d’orangeraies étaient, au moment de leur achat, des dunes de sable ou des marécages incultes… à l’époque des premières ventes, les propriétaires ne possédaient vraisemblablement ni les ressources ni la formation nécessaires au développement de ces terres" 24. De plus, la Commission constata que la pénurie était "due moins au nombre de terres acquises par les Juifs qu’à l’augmentation de la population arabe". Le rapport concluait que la présence de Juifs en Palestine, ainsi que le travail de l’administration britannique avaient eu pour résultats des salaires plus élevés, un meilleur niveau de vie et de grandes perspectives d’emploi 25.

Le Roi Abdallah de Transjordanie écrivit dans ses mémoires :

"Il semble tout à fait clair à tous, à la fois d’après la carte tracée par la Commission Simpson et d’après une autre élaborée par la Commission Peel, que les Arabes sont aussi enclins à vendre leurs terres qu’à geindre et pleurer inutilement 26.

Même au plus fort de la révolte arabe en 1938, le Haut Commissaire britannique pour la Palestine pensait que les propriétaires arabes se plaignaient des ventes aux Juifs pour faire monter les prix des terres qu’ils désiraient vendre. Beaucoup de propriétaires arabes avaient été tellement terrorisés par les rebelles arabes, qu’ils avaient décidé de quitter la Palestine et de vendre leurs biens aux Juifs 27.

Les Juifs achetaient à de riches propriétaires terriens, à des prix exorbitants, de petites étendues de terres arides. "En 1944, les Juifs payaient en Palestine, entre 2 000 et 2 200 dollars l’hectare, des terres le plus souvent arides ou semi-arides ; la même année, de riches terres noires se vendaient dans l’Iowa à 220 dollars l’hectare" 28.

En 1947, les possessions juives en Palestine se montaient à 926 000 hectares. Environ 90 000 de ces hectares furent achetés au gouvernement mandataire ; 60 000 furent achetés à différentes églises et 775 000 à des Arabes. L’analyse des achats de terrains de 1880 à 1948 montre que 73% des terrains juifs avaient été achetés à de gros propriétaires terriens et non à de pauvres fellahs 29.

Parmi ceux qui vendaient des terres, on comptait les maires de Gaza, de Jérusalem et de Jaffa. Asad el-Shuqeiri, érudit religieux musulman et père d’Ahmed Shuqeiri, ancien président de l’OLP, reçut de l’argent juif pour ses terres. Même le Roi Abdallah loua des terres aux Juifs. En fait, beaucoup de leaders du mouvement nationaliste arabe, y compris des membres du Conseil Suprême Musulman, vendirent des terres aux Juifs 30.


2.6 De 1920 à 1930, quelle politique l’administration britannique de Palestine poursuivit-elle vis-à-vis des populations juive et musulmane ?

En 1921, Hadj Amin el-Husseini commença le premier à organiser de petits groupes d’escadrons-suicides, les fedayins, pour terroriser les Juifs. Hadj Amin espérait répéter l’action réussie de Kemal Atatürk en Turquie, en chassant les Juifs de Palestine exactement comme Kemal avait chassé les envahisseurs grecs de son pays 31. Les Arabes radicaux purent acquérir de l’influence parce que l’Administration britannique ne voulait pas prendre de mesures efficaces contre eux jusqu’au moment où ils finirent par se révolter contre la domination britannique. Le colonel Richard Meinertzhagen, ancien chef du service de renseignements britanniques au Caire, et plus tard principal représentant politique de la Palestine et de la Syrie, écrivit dans son journal que les responsables politiques britanniques "penchaient pour l’exclusion du sionisme en Palestine".

Les Britanniques encouragèrent les Arabes de Palestine à attaquer les Juifs. Selon Meinertzhagen, le Colonel Waters Taylor (conseiller financier de l’Administration Militaire de Palestine 1919-1923) rencontra Hadj Amin quelques jours avant Pâques, en 1920, et lui dit "qu’il avait une grande occasion, à Pâques, de montrer au monde… que le Sionisme était impopulaire, non seulement auprès de l’Administration de Palestine mais aussi auprès de Whitehall et que si des troubles suffisamment violents se produisaient à Pâques, à Jérusalem, le Général Bols [Administrateur en chef de la Palestine, 1919-20] ainsi que le Général Allenby [Commandant des forces égyptiennes, 1917-19, ensuite Haut Commissaire d’Égypte] recommanderaient l’abandon du Foyer juif. Walters-Taylor expliquait que la liberté ne pouvait s’obtenir que par la violence 32.

Hadj Amin suivit le conseil du Colonel et fomenta une émeute. Les Britanniques retirèrent leurs troupes ainsi que la police juive de Jérusalem, ce qui permit à la populace arabe d’attaquer les Juifs et de mettre à sac leurs boutiques. À cause du rôle manifeste de Hadj Amin dans le déclenchement du pogrom, les Britanniques décidèrent de l’arrêter. Hadj Amin s’échappa, cependant, et fut condamné à 10 ans de prison par contumace.

Un an plus tard, quelques Britanniques pro-Arabes persuadèrent le Haut Commissaire Herbert Samuel de gracier Hadj Amin et de le nommer au poste de Mufti. À l’inverse, Vladimir Jabotinsky et plusieurs de ses partisans, qui avaient créé une Organisation de Défense juive pendant les troubles, furent condamnés à 15 ans d’emprisonnement 33.

Samuel rencontra Hadj Amin le 11 avril 1921 et reçut l’assurance que "sa famille et lui-même useraient de leur influence pour assurer la tranquillité".Trois semaines plus tard, des émeutes, à Jaffa et ailleurs, causèrent la mort de 43 Juifs 34.

Hadj Amin consolida son pouvoir et prit le contrôle de tous les fonds religieux musulmans de Palestine. Il usa de son autorité pour prendre le contrôle des mosquées, des écoles et des tribunaux. Nul Arabe ne pouvait espérer occuper un poste d’influence sans être loyal envers le Mufti. Son pouvoir était si absolu que « aucun musulman de Palestine ne pouvait naître ni mourir sans en référer à Hadj Amin" 35. Les hommes de main du Mufti s’assuraient aussi qu’il ne rencontrerait aucune opposition, en tuant systématiquement les Arabes de Palestine des clans rivaux qui envisageaient une coopération avec les Juifs.

En tant que porte-parole des Arabes de Palestine, Hadj Amin ne demanda pas à la Grande Bretagne de leur accorder l’indépendance. Au contraire, dans une lettre à Churchill de 1921, il demandait que la Palestine soit réunie à la Syrie et à la Transjordanie 36.

Les Arabes constatèrent que les émeutes étaient une arme politique efficace, à cause de l’attitude laxiste des Britanniques et de leur réaction envers la violence contre les Juifs. Dans la gestion de toutes les émeutes, les Britanniques faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour empêcher les Juifs de se protéger, mais faisaient peu ou pas du tout d’efforts pour empêcher les Arabes de les attaquer. Après chaque explosion de violence, une commission britannique essayait d’établir la cause de cette violence. La conclusion était toujours la même : les Arabes avaient peur d’être déplacés par les Juifs. Pour arrêter les émeutes, les commissions recommandaient que des restrictions soient imposées à l’immigration juive. Les Arabes en vinrent ainsi à prendre conscience qu’ils pouvaient toujours arrêter l’afflux de Juifs en organisant une émeute.

Ce cycle de violences débuta après une série d’émeutes en mai 1921. Alors qu’ils n’avaient pas réussi à protéger la communauté juive de la populace arabe, les Britanniques nommèrent la Commission Haycraft pour enquêter sur les raisons de la violence. Bien que la commission eût conclu que les Arabes avaient été les agresseurs, elle tenta de trouver une explication à l’attaque : "La cause fondamentale des émeutes était un sentiment de mécontentement et d’hostilité envers les Juifs de la part des Arabes, dû à des causes politiques et économiques, et en rapport avec l’immigration juive et la conception de leur politique sioniste…" 37. Une des conséquences de la violence fut l’institution d’une interdiction temporaire de l’immigration juive.

La peur des Arabes d’être "déplacés" ou "dominés" était utilisée comme prétexte pour leurs attaques impitoyables contre des agriculteurs juifs. Il faut remarquer aussi que ces émeutes n’étaient pas inspirées par une ferveur nationaliste - elle eût été dirigée contre les maîtres britanniques -, mais par des conflits et des malentendus ethniques.

En 1929, des provocateurs arabes réussirent à convaincre les masses que les Juifs avaient des visées sur le Mont du Temple. Une cérémonie religieuse au Mur Occidental, (le Mur des Lamentations) qui fait partie du Mont du Temple, servit de catalyseur à des émeutes arabes contre les Juifs, émeutes qui, après Jérusalem, se répandirent dans d’autres villes et villages, y compris Safed et Hébron.

De nouveau, l’Administration britannique ne fit aucun effort pour empêcher la violence et, une fois celle-ci déclenchée, les Britanniques ne firent rien pour protéger la population juive. Au bout de six jours de destructions, les Britanniques finirent par faire venir des troupes pour réprimer les troubles. À ce moment-là, pratiquement toute la population juive de Hébron avait fui ou avait été tuée. En tout, 133 Juifs furent tués et 399 blessés au cours des pogroms 38.

Après la fin des émeutes, les Britanniques ordonnèrent une enquête dont le résultat fut le Livre Blanc Passfield. Il précisait que "l’immigration, l’achat de terres et la politique de colonisation de l’Organisation sioniste étaient déjà ou deviendraient probablement préjudiciables à la croissance de l’économie arabe…" 39. Ceci, bien sûr, signifiait qu’il était nécessaire d’imposer des restrictions non seulement à l’immigration juive mais aussi aux achats de terres.


2.7 Quels furent les liens entre le Mufti Hadj Amin al-Husseini et le régime hitlérien ?

En 1941, Hadj Amin al-Husseini s’enfuit en Allemagne et rencontra Adolf Hitler, Heinrich Himmler, Joachim Von Ribbentrop et d’autres chefs nazis. Il voulait les persuader d’étendre au monde arabe le programme anti-juif des Nazis. Le Mufti envoya à Hitler 15 avant-projets de déclarations concernant le Moyen Orient qu’il demandait à l’Allemagne et à l’Italie de faire. L’une d’elles en appelait aux deux pays pour qu’ils déclarent illégal le Foyer juif en Palestine. De plus, "ils accordent à la Palestine et aux autres pays arabes le droit de résoudre le problème des éléments juifs en Palestine et dans les autres pays arabes, conformément à l’intérêt des Arabes et au moyen de la même méthode qui permet de régler la question dans les pays de l’Axe" 40.

En novembre 1941, le Mufti rencontra Hitler, qui lui dit que les Juifs étaient ses pires ennemis. Le Führer, cependant, repoussa la demande du Mufti d’une déclaration en faveur des Arabes, car il estimait que ce n’était pas le moment. Le Mufti présenta à Hitler ses "remerciements pour la sympathie qu’il avait toujours montrée pour la cause arabe et en particulier pour la cause palestinienne, et qu’il avait clairement exprimée dans ses discours publics… Les Arabes étaient les amis naturels de l’Allemagne car ils avaient les mêmes ennemis que l’Allemagne, à savoir… les Juifs…". Hitler répondit :

"L’Allemagne soutenait une guerre sans compromis contre les Juifs. Cela comprenait naturellement une opposition active au Foyer national juif en Palestine… L’Allemagne fournirait une aide concrète et pratique aux Arabes impliqués dans le même combat… L’objectif de l’Allemagne [est] uniquement la destruction de l’élément juif résidant dans la sphère arabe… À ce moment-là, le Mufti serait le porte-parole le plus digne de foi du monde arabe".

Le Mufti remercia Hitler avec effusion 41.

En 1945, la Yougoslavie chercha à inculper le Mufti pour crimes de guerre, à cause de son rôle dans le recrutement pour les SS de 20 000 volontaires musulmans, qui participèrent au massacre de Juifs en Croatie et en Hongrie. Cependant, il s’évada d’une prison française en 1946 et continua le combat contre les Juifs à partir du Caire et plus tard de Beyrouth. Il mourut en 1974. La famille Husseini continua à jouer un rôle dans les affaires palestiniennes, avec Faysal Husseini [décédé depuis¤, dont le père, neveu du Mufti, était considéré comme l’un des principaux porte-parole dans les territoires jusqu’à sa mort en mai 2001.


2.8 Pourquoi y eut-il des victimes civiles lorsque l’Irgoun fit sauter le siège de l’État-major britannique situé dans l’Hôtel du Roi David en 1946 ?

L’Hôtel du Roi David était le siège de l’État-major britannique et du Département d’Enquête Criminelle Britannique. L’Irgoun le choisit comme cible après l’irruption de troupes britanniques dans les locaux de l’Agence Juive, le 29 juin 1946, et la confiscation de nombreux documents. Environ à la même époque, plus de 2 500 Juifs dans toute la Palestine étaient arrêtés. Des dossiers contenant des renseignements sur les opérations de l’Agence juive, y compris sur ses activités secrètes dans les pays arabes, furent emportés à l’Hôtel du Roi David.

Une semaine plus tard, la nouvelle d’un massacre de 40 Juifs dans un pogrom en Pologne rappela aux Juifs de Palestine comment la politique restrictive d’immigration avait condamné à mort des milliers de personnes.

Le chef de l’Irgoun, Menachem Begin, insista sur sa volonté d’épargner les civils et affirma qu’ils avaient donné trois coups de téléphone, un à l’hôtel, un autre au Consulat Français, et un troisième au Palestine Post, avertissant que des explosifs placés au King David seraient bientôt mis à feu.

Le 22 juillet 1946, les coups de téléphone furent donnés. L’hôtel avait été apparemment prévenu, mais avait ignoré la menace. Begin cite les paroles d’un responsable britannique censé, avoir refusé d’évacuer le bâtiment : « Nous n’avons pas d’ordres à recevoir des Juifs » avait-il dit 42. En conséquence, quand les bombes explosèrent, le nombre des victimes fut élevé : il y eut au total 91 tués et 45 blessés. 15 Juifs se trouvaient parmi les victimes. L’explosion fit peu de blessés parmi les personnes qui se trouvaient dans l’hôtel même 43.

King David Hotel, 1946
Le King David après l’attentat

Le Conseil National Juif dénonça l’explosion de l’Hôtel du Roi David 44.

Pendant des décennies, les Britanniques nièrent avoir été avertis. En 1979, cependant, un membre du Parlement britannique produisit des preuves que l’Irgoun avait vraiment lancé un avertissement. Il présenta le témoignage d’un officier britannique qui avait entendu d’autres officiers au bar de l’hôtel plaisanter sur une menace sioniste à l’encontre du Quartier Général. L’officier qui avait surpris cette conversation quitta l’hôtel aussitôt et survécut 45.


Notes

1 Aron Cohen, Israël et le Monde Arabe, (NY : Funk et Wagnalls, 1970), p. 172 ; Howard Sachar, Histoire d’Israël : De la naissance du sionisme à nos jours, NY : Alfred A. Knopf, 1979), p. 146
2 Moshe Aumann, La possession des terres en Palestine 1880-1948, extrait de Michael Curtis et autres, Les Palestiniens, (NJ : Transaction Books, 1975), p. 25.
3 Rapport de la Commission Royale sur la Palestine (le rapport Peel), (Londres 1937), p. 300. [Ci-après, Rapport de la Commission Royale sur la Palestine].
4 Arieh Avneri, Le grief de dépossession, (Tel Aviv : Hidekel Press, 1984), p. 28 ; et Yehoshua Porath, L’émergence du Mouvement National Arabe Palestinien, 1918-1929, (Londres : Frank Cass, 1974), p. 17-18 .
5 Porath (1974), p. 18
6 Cohen, p. 53.
7 Yehoshua Porath, Le mouvement national arabe palestinien : des émeutes à la révolte, 1929-1939, vol.2, (Londres : Frank Cass et Co., Ltd, 1977), p. 17-18, 39.
8 John Hope Simpson, La Palestine : Rapport sur l’immigration, la colonisation des terres et le développement, (Londres, 1930, p. 126.)
9 Rapport de la Commission Royale sur la Palestine, p. 29
10 Rapport de la Commission Royale sur la Palestine, p. 242.
11 Georges Lenczowski, Les Présidents américains et le Moyen Orient.
12 Cohen p. 174.
13 Dov Friedlander et Calvin Goldscheider, La population d’Israël, (NY : Columbia Press, 1979), p. 30.
14 Avneri, p. 254.
15 Curtis, p. 38.
16 Avneri, p. 264 ; Cohen p. 60
17 Avneri, p. 254-255.
18 Moshe Aumann, La possession des terres en Palestine 1880-1948, (Jérusalem : Commission universitaire sur le Moyen Orient, p. 1976), p. 5
19 Shabtai Teveth, Ben Gourion et les Arabes de Palestine : De la paix à la guerre, (Londres, Oxford University Press, 1985) p. 32.
20 Porath, p. 80, 84.
21 Rapport Hope Simpson, p. 51.
22 Avneri, p. 149-158 ; Cohen, p. 37 ; fondé sur le rapport sur le développement de l’agriculture et la colonisation des terres en Palestine, de Lewis French, (décembre 1931, Supplément ; Rapport, avril 1932) et matériel soumis à la Commission Royale sur la Palestine.
23 Netanel Lorch, Une longue guerre, (Jérusalem : Keter, 1976), p. 27 ; Sachar, p. 201.
24 Rapport de la Commission Royale sur la Palestine (1937), p. 242.
25 La Commission Royale sur la Palestine (1937), p. 241-242
26 Le Roi Abdallah, Mes Mémoires complets, (Londres Longman Group, Ltd, 1978), p. 88-89.
27 Porath (77), p. 88-89.
28 Aumann, p. 13.
29 Abraham Granott, Le système des terres en Palestine, (Londres, Eyre et Spottiswoode, 1952), p. 278.
30 Avneri, p. 179-180, 224-225, 232-234 ; Porath (77), p. 72-73.
31 Jon Kimche, Il aurait pu y avoir la paix : l’histoire inédite des raisons de notre échec en Palestine et de nouveau en Israël, (Angleterre : Dial Press, 1973), p. 189.
32 Richard Meinertzhagen, Journal des événements du Moyen Orient 1917-1956, (Londres : The Cresset Press, 1959), p. 49, 82, 97.
33 Samuel Katz, Réalités sur le champ de bataille et fantasmes en Palestine, (NY : Bantam Books, 1977), p. 63-65 ; Howard Sachar, Histoire d’Israël : De la naissance du sionisme à nos jours, (NY : Alfred Knopf, 1979), p.97.
34 Paul Johnson, Les Temps Modernes : Le Monde, des années 20 aux années 90, (NY : Harper& Row, 1983), p.438.
35 Larry Collins et Dominique Lapierre, Oh, Jérusalem ! (Robert Laffont, 1972), p. 52.
36 Kimche, p. 211.
37 Ben Halpern, L’idée d’un État juif, (MA : Harvard University Press, 1969), p. 323.
38 Sachar, p. 174.
39 Halpern, p. 201.
40 « Le complot du Grand Mufti pour se débarrasser de tous les Juifs du Moyen Orient », "Réponse, (Automne 1991), p.2-3.
41 Procès-verbal de la conversation entre le Führer et le Grand Mufti de Jérusalem, le 28 novembre 1941, en présence du Ministre des Affaires Etrangères du Reich et du Ministre Grobba, à Berlin, Documents sur la Politique étrangère allemande, 1918-1945, Série D, Vol. XIII, Londres, 1964, p. 881 et suivantes dans Walter Lacquer et Barry Rubin, The Israël-Arab Reader, (NY : Documents d’archives, 1984), p. 79-84.
42 Menachem Begin, La Révolte, (NY : Nash Publishing, 1977), p. 224.
43 J. Bowyer Bell, Sion et l’emploi de la terreur (NY : Nash Publishing, 1977), p. 172.
44 Anne Sinai et I. Robert Sinai, Israël et les Arabes : Prélude à l’État juif (NY : Document d’archives, 1972), p. 83
45 Benjamin Netanyahu, ed., Le Terrorisme International : défi et réponse, Actes de la Conférence de Jérusalem sur le terrorisme international, 25 juillet 1979 (Jérusalem : L’institut Jonathan, 1980), p. 45.


Mitchell G. Bard, Myths and Facts on the Middle-East Conflicts
Traduction : Suzy Sternberg
Adaptation française : Liliane Messika
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