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Histoire
Chapitre 1 : Les racines d'Israël
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1.1 Quelle est la légitimité des Juifs sur le pays qu’ils appellent Israël ?


Selon une idée fausse mais cependant fort répandue, les Juifs, après avoir été forcés par les Romains de se disperser au sein de la Diaspora à la suite de la destruction du deuxième Temple de Jérusalem en l’an 70 après J.-C., seraient revenus subitement en Palestine 1 800 ans plus tard pour demander qu’on leur rende leur pays. En réalité, le peuple juif a maintenu des liens avec sa patrie historique pendant plus de 3 700 ans, en conservant une langue nationale et une civilisation propre.

Le peuple juif fonde ses droits à la terre d’Israël sur quatre plans au moins :

  • au plan religieux, Dieu a promis cette terre au patriarche Abraham ;
  • au plan national, le peuple juif s’est établi sur cette terre et l’a développée ;
  • au plan légal, la communauté internationale a accordé la souveraineté politique en Palestine au peuple juif ;
  • et au plan du droit international relatif aux conflits, ce territoire a été conquis lors de guerres défensives.

Même après la destruction du deuxième Temple de Jérusalem et le commencement de l’exil, la vie juive a continué et a souvent été prospère en Palestine. D’importantes communautés ont été rétablies à Jérusalem et à Tibériade dés le neuvième siècle. Au XIe siècle, des communautés juives ont prospéré à Rafah, à Gaza, à Ashkelon, à Jaffa et à Césarée.

Les Croisés ont massacré beaucoup de Juifs au XIIe siècle, mais, durant les deux siècles suivants, la communauté s’est reconstituée avec l’immigration à Jérusalem et en Galilée d’un grand nombre de rabbins et de pèlerins juifs. Des rabbins célèbres ont créé des communautés, notamment à Safed, à Jérusalem durant les 300 années suivantes. Au début du XIXe siècle - bien avant la naissance du mouvement sioniste moderne - plus de 10 000 Juifs vivaient déjà dans ce qui est aujourd’hui Israël 1. Les 78 années de la construction d’une nation, qui ont débuté en 1870, ont abouti à la renaissance de l’État juif.

Le "certificat de naissance" international d’Israël a été validé, pour les croyants, par la promesse de la Bible, et pour tous les autres par la présence ininterrompue de Juifs dans ce pays depuis l’époque de Josué jusqu’à aujourd’hui, par la Déclaration Balfour de 1917, par le Mandat de la Société des Nations qui intégrait la Déclaration Balfour, par la résolution de partage des Nations unies de 1947, par l’admission d’Israël à l’ONU en 1949, par le fait que la plupart des autres États l’on officiellement reconnu et, par-dessus tout, par la société créée par le peuple d’Israël en quelques décennies d’une existence nationale vigoureuse et dynamique.

« Le droit d’Israël à l’existence, comme celui de la France, des États-Unis, de l’Arabie Saoudite et de 152 autres États, est évident et sans réserve. La légitimité d’Israël n’est pas suspendue en l’air en attendant une quelconque reconnaissance…»
« Il n’existe certainement aucun autre État, grand ou petit, jeune ou vieux, qui considérerait la simple reconnaissance de son "droit à l’existence" comme une faveur, ou une concession négociable.»
Abba Eban 2.

 

1.2 D’où vient le nom "Palestine" ?


On considère généralement que le terme "Palestine" provient du nom des Philistins, un peuple égéen qui, au XIIe siècle av. J.-C., s’est établi le long de la plaine côtière méditerranéenne de ce qui est maintenant Israël et la bande de Gaza. Au deuxième siècle après J.-C., après avoir écrasé la dernière révolte juive, les Romains ont appliqué le nom Palaestina à la Judée (la partie sud de ce qui est maintenant nommé Cisjordanie) pour minimiser l’identification des Juifs avec la terre d’Israël. Le mot arabe Filastin est dérivé de ce nom latin 3.

Les Douze Tribus d’Israël ont formé la première monarchie constitutionnelle en Palestine approximativement 1 000 ans avant J.-C. Le deuxième roi d’Israël, David, a été le premier à faire de Jérusalem la capitale nationale. Bien que la Palestine ait été ultérieurement divisée en deux royaumes distincts, l’indépendance juive sous la monarchie a duré plus de 400 ans. Pour mémoire, la République française a un peu plus de 200 ans, ce qui est approximativement l’âge des États-Unis… 4

Quand les Juifs ont commencé à immigrer en Palestine en grand nombre en 1882, moins de 250 000 Arabes vivaient dans ce pays et la majorité d’entre eux était arrivée dans les décennies précédentes. « La grande majorité de la population arabe de ces dernières décennies était composée de nouveaux venus - soit des immigrés récents ou des descendants de gens qui avaient immigré en Palestine durant les 70 années précédentes.» 5.

La Palestine n’a jamais été un pays exclusivement arabe, bien que l’arabe soit progressivement devenu la langue de la plus grande partie de la population après les invasions musulmanes du VIIe siècle. Aucun État indépendant arabe ou palestinien n’a jamais existé en Palestine. Quand un célèbre historien arabe américain, le professeur Philippe Hitti, professeur à l’Université Princeton, a témoigné contre la partition devant le Comité anglo-américain en 1946, il a déclaré que: « l’histoire ne connaît aucune entité telle que ‘Palestine’, absolument aucune.» 6. En fait, la Palestine n’est jamais mentionnée explicitement dans le Coran, où elle est plutôt désignée comme "la terre sainte" (al Arad al Muqaddash) 7.

Avant la partition, les Arabes de Palestine ne se considéraient pas comme un groupe à l’identité distincte. Lorsque le premier Congrès d’associations musulmanes et chrétiennes s’est réuni à Jérusalem en février 1919 pour choisir des représentants palestiniens à la Conférence de la paix à Paris, il a adopté la résolution suivante : « Nous considérons la Palestine comme une partie de la Syrie arabe, dont elle n’avait jamais été séparée. Nous sommes liés à elle par des liens nationaux, religieux, linguistiques, naturels, économiques et géographiques.» 8.

En 1937, un chef arabe local, Auni Bey Abd ul-Hadi, déclara à la Commission Peel, celle qui suggéra ultérieurement la partition de la Palestine : « Il n’existe aucun pays [tel que Palestine] ! La ‘Palestine’ est un terme inventé par les sionistes ! Il n’y a aucune Palestine dans la Bible. Notre pays a formé pendant des siècles une partie de la Syrie.» 9.

Le représentant du Haut Comité arabe aux Nations unies a soumis en mai 1947 une déclaration à l’Assemblée générale selon laquelle « la Palestine faisait partie de la province de Syrie» et précisant que « politiquement, les Arabes de Palestine n’étaient pas indépendants dans ce sens qu’ils ne constituaient pas une entité politique distincte». Quelques années après, Ahmed Shuqeiri, qui allait devenir, plus tard, président de l’OLP, déclara au Conseil de sécurité: « Il est de notoriété publique que la Palestine n’est rien d’autre que la Syrie du sud.» 10.

Le nationalisme arabe palestinien est dans une large mesure un phénomène postérieur à la première guerre mondiale qui n’est devenu un mouvement politique important qu’après la guerre des Six Jours en 1967 et la conquête par Israël de la rive ouest du Jourdain, appelée Cisjordanie.

1.3 Quel est l’historique de la Déclaration Balfour et quels en sont les termes ?


En 1917, la Grande-Bretagne a publié la Déclaration Balfour :

« Le Gouvernement de Sa Majesté envisage avec faveur la création en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et fera de son mieux pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant bien entendu que rien ne doit porter préjudice aux droits civils et religieux des communautés non juives qui vivent actuellement en Palestine ou aux droits et au statut politique dont bénéficient les Juifs dans tout autre pays.»

Selon la Commission Peel, nommée par le Gouvernement britannique pour enquêter sur les causes des émeutes arabes en 1936, « il était entendu au moment de la Déclaration Balfour que le territoire dans lequel le foyer national juif devait être créé comprendrait la totalité de la Palestine historique, y compris la Transjordanie.» 11.

Le but du Mandat sur la Palestine confié à la Grande Bretagne était de donner à la Déclaration Balfour une réalité concrète. Ce mandat se référait spécifiquement aux « rapports historiques du peuple juif avec la Palestine» et à la validité morale de « la reconstitution de leur foyer national dans ce pays.» Le terme "reconstitution" se réfère à l’ancienneté du foyer des Juifs en Palestine. En outre, les autorités britanniques ont reçu pour tâche de s’efforcer par tous les moyens de faciliter l’immigration juive, encourager l’établissement des Juifs sur la terre et de "garantir" le foyer national juif. Le mot "Arabe" ne figure pas dans le Mandat 12.

Le Mandat a été formellement adopté par les gouvernements de 52 États membres de la Société des Nations le 24 juillet 1922.


La Palestine mandataire
La Palestine mandataire


1.4 Quelle était l’opinion du monde en général et des Arabes en particulier sur la colonisation juive en Palestine au moment de la Déclaration Balfour ?


Pendant plusieurs siècles, la Palestine a été une étendue de collines érodées, de déserts sablonneux et de marais paludéens, oubliée du monde, peu peuplée et à peine cultivée. En 1880, le consul américain à Jérusalem signala que le déclin historique de la région continuait. Selon ses termes, « la population et la richesse de la Palestine (n’avaient) pas augmenté pendant les quarante dernières années.» 13.

Le rapport de la "Commission Royale sur la Palestine" décrit ainsi la Plaine Maritime, en 1913 : « La route menant de Gaza vers le Nord était une piste utilisable seulement en été pour les chameaux et les chariots… Il n’y avait pas d’orangeraie, de verger ou de vignoble avant [le village juif de] Yavné… Les maisons étaient faites de boue séchée. Elles n’avaient pas de fenêtre…. Les charrues étaient en bois… Les rendements étaient très faibles… Les conditions sanitaires dans le village étaient épouvantables. Il n’y avait pas d’école… La partie occidentale, vers la mer, était presque un désert… Les villages dans cette région étaient peu nombreux et peu peuplés. On y voyait de nombreux villages en ruines, car en raison de la fréquence du paludisme, beaucoup avaient été abandonnés par leurs habitants.» 14.

Lewis French, le Directeur britannique du développement rédigeait des appréciations à peu près similaires sur la Palestine : « Nous l’avons trouvée habitée par des fellahs vivant dans des taudis de boue séchée et souffrant d’un paludisme endémique. De vastes régions étaient en friche. Les fellahs, quand ils n’étaient pas eux-mêmes voleurs de bétail, étaient toujours prêts à héberger ceux-ci et d’autres délinquants. Les parcelles de terre changeaient de mains chaque année. Il y avait peu de sécurité publique, et le lot du fellah était une succession de pillages et de chantages de la part de ses voisins, les Bédouins.» 15.

Étonnamment, beaucoup de gens qui n’éprouvaient aucune sympathie pour la cause sioniste estimaient cependant que les Juifs amélioreraient la condition des Arabes de Palestine. Par exemple, Dawood Barakat, rédacteur du journal égyptien, Al-Ahram, écrivait : « Il est absolument nécessaire qu’une entente soit réalisée entre les sionistes et les Arabes, car la guerre des mots ne peut faire que du mal. Le pays a besoin des sionistes : l’argent qu’ils apporteront, leurs connaissances et leur intelligence, ainsi que l’ardeur au travail qui les caractérise, contribueront sans aucun doute à la renaissance du pays.» 16

Même un éminent nationaliste arabe a cru que le retour des Juifs dans leur patrie aiderait à ressusciter le pays. D’après le Sharif Hussein, gardien des lieux saints musulmans en Arabie : « Les ressources du pays ne sont encore qu’une terre vierge que les immigrants juifs sauront développer. Une des choses les plus étonnantes jusqu’à une époque récente était le fait que les Arabes de Palestine avaient l’habitude de quitter leur pays pour circuler un peu partout. Leur sol natal n’arrivait pas à les retenir, et pourtant, leurs ancêtres y avaient vécu pendant mille ans. En même temps nous avons vu les Juifs étrangers affluer en Palestine depuis la Russie, l’Allemagne, l’Autriche, l’Espagne, l’Amérique… La raison primordiale ne pouvait pas échapper à ceux qui étaient suffisamment perspicaces. Ils savaient que le pays représentait, pour ses fils d’origine (abna’ ihilasliyin), malgré toutes leurs divergences, une patrie sacrée et bien-aimée. Le retour de ces exilés (jaliya) dans leur patrie se révélera, matériellement et spirituellement, une école expérimentale pour leurs frères qui se trouvent avec eux dans les champs, les usines, les commerces et dans tous les domaines en relation avec labeur et travail. » 17.

Comme Hussein l’avait prévu, la renaissance de la Palestine et la croissance de sa population ne se produisirent qu’après le retour des Juifs en grand nombre.

L’émir Fayçal, quant à lui, signa un accord avec Haïm Weizmann et d’autres dirigeants sionistes, pendant la Conférence de la paix, à Paris, en 1919. Le fils de Sharif Hussein, le chef de la révolte arabe contre les Turcs, reconnut « la parenté ethnique et les liens anciens qui existaient entre les Arabes et le peuple juif » et conclut que « les moyens les plus sûrs de réaliser leurs aspirations nationales passaient par une collaboration aussi étroite que possible en vue du développement des États arabes et de la Palestine. » En outre, la déclaration stipulait que la Déclaration Balfour devrait être concrètement mise en oeuvre et demandait que toutes les mesures nécessaires soient prises « pour encourager et promouvoir l’immigration de Juifs en Palestine sur une grande échelle, et pour établir aussi rapidement que possible les immigrants juifs sur la terre au moyen d’une colonisation plus dense et d’une culture intensive de la terre. » 18.

Fayçal liait son acceptation de la Déclaration Balfour à la réalisation des promesses d’indépendance faites aux Arabes par les Britanniques pendant la guerre, lesquelles promesses n’ont pas été tenues.

Si l’accord Weizmann-Faiçal n’a jamais été officiellement promulgué, il est cependant significatif car il démontre que les aspirations juives et arabes ne sont pas nécessairement exclusives les unes des autres
).
 
 
1.5 Qui a intérêt à prétendre que le sionisme équivaut à du racisme ?
 

En 1975, l’Assemblée générale de l’ONU adopta une résolution assimilant le sionisme au racisme. Dans la réponse pleine d’humour qu’il fit à la résolution, l’Ambassadeur d’Israël à l’ONU, Haïm Herzog, nota que le choix du moment ne manquait pas d’ironie, puisque le vote intervenait exactement 37 ans après la Nuit de cristal.

Le sionisme est le mouvement de libération nationale du peuple juif qui estime que les Juifs, comme tous les autres peuples, ont droit à une patrie.

L’histoire a démontré à de nombreuses reprises que la sécurité du peuple juif ne pouvait reposer que sur l’existence d’une patrie. Le sionisme considère que le peuple juif se définit par l’origine commune, la religion, la culture et l’histoire.

La réalisation du rêve sioniste est incarnée par presque cinq millions de Juifs, provenant de plus de 100 pays, qui sont citoyens israéliens. Approximativement un million d’Arabes musulmans et chrétiens, des Druzes, des Baha’is, des Circassiens et d’autres groupes ethniques sont aussi représentés au sein de la population d’Israël. La présence en Israël de milliers de Juifs noirs - en provenance d’Éthiopie, du Yémen et d’Inde - est la meilleure preuve que le sionisme n’est pas raciste. Dans une série de ponts aériens historiques, appelés "Moise" (1984), "Josué" (1985) et "Salomon" (1991), Israël a secouru près de 42 000 membres de la très ancienne communauté juive éthiopienne.

Beaucoup de chrétiens ont traditionnellement appuyé les buts et les idéaux du sionisme. Le caractère ouvert et démocratique d’Israël et la protection qu’il accorde consciencieusement aux droits religieux et politiques des chrétiens et des musulmans sont une réfutation tangible de l’accusation d’exclusion.

Après que "l’Opération Moise" ait été rendue publique, William Safire écrivit que, « pour la première fois dans histoire, des milliers de Noirs sont amenés dans un pays, non pas enchaînés, mais dans la dignité, non pas en tant qu’esclaves, mais comme citoyens. » 19.


À l’inverse, on ne peut obtenir la citoyenneté dans les États arabes qu’en étant issu de parents possédant déjà la nationalité. Il est presque impossible de devenir citoyen par naturalisation dans beaucoup d’États arabes, notamment l’Algérie, l’Arabie Saoudite et le Koweït. La législation de plusieurs États arabes facilite la naturalisation d’Arabes étrangers, à la notable exception des Arabes de Palestine. La Jordanie, pour sa part, a adopté en 1954 sa propre "loi du retour", accordant la citoyenneté à tous les anciens résidents arabes palestiniens, à l’exception des Juifs 20.

Condamner l’aspiration des Juifs à l’autodétermination, et elle seule, est en soi une forme de racisme. « Un monde qui a fermé ses portes aux Juifs qui cherchaient à fuir les persécutions n’est pas qualifié moralement pour se plaindre de ce qu’Israël donne la préférence aux Juifs », a écrit Alan Dershowitz, avocat spécialisé dans les droits civiques 21.

Contacté en 1968 par un étudiant de Harvard, qui s’en prenait au sionisme, Martin Luther King lui répondit : « Quand les gens critiquent les sionistes, ils visent les Juifs. Vous parlez de l’antisémitisme. » 22.

La résolution de l’ONU de 1975 [établissant que le sionisme est un racisme] s’inscrivait dans le cadre d’une campagne anti-israélienne menée par l’URSS et les pays arabes, à l’époque de la Guerre froide. Presque tous les pays non arabes qui soutenaient la résolution ont formulé des excuses et ont modifié leur position. Quand l’Assemblée générale a décidé, en 1991, d’annuler la résolution, seuls quelques États arabes et musulmans, ainsi que Cuba, la Corée du Nord et le Vietnam s’y sont opposés.

En 2001, les États arabes ont, encore une fois, cherché à délégitimer Israël en essayant d’introduire l’équation "sionisme = racisme" à l’ordre du jour de la Conférence mondiale de l’ONU contre le racisme, qui devait s’ouvrir le 31 août à Durban, Afrique du Sud. Les résolutions prises à Durban par les ONG ne traitaient d’ailleurs que des relations israélo-palestiniennes, ce qui réduisait cette conférence, censée s’occuper du racisme et de l’esclavage sur une planète comptant 5 milliards d’habitants, à un conflit régional concernant 10 millions d’entre eux. Aucune mention n’était faite de l’esclavage encore en vigueur dans de nombreux pays arabes, ni du statut des femmes dans de nombreux pays du monde, où leur sort n’était guère plus enviable (notamment l’Afghanistan avant le 11 septembre 2001).


1.6 Pourquoi les sionistes ne pouvaient-ils choisir un autre pays que la Palestine pour réaliser les aspirations du peuple juif au retour ?

Vers la fin du XIXe siècle, la montée d’un antisémitisme religieux et raciste a provoqué un renouveau de pogroms en Russie et en Europe de l’Est, brisant les espoirs d’égalité et de tolérance. Cela encouragea l’immigration juive en Palestine en provenance d’Europe.

Simultanément, une vague de Juifs immigra en Palestine en provenance du Yémen, du Maroc, d’Irak et de Turquie. Ces Juifs ne savaient rien du sionisme politique de Théodore Herzl, ou des pogroms en Europe. Ils étaient motivés par le rêve multiséculaire du "retour à Sion" et par la crainte des conséquences l’intolérance des pays dans lesquels ils vivaient. Ayant appris l’ouverture des portes de la Palestine, ils partirent vers la "Terre d’Israël".

L’idéal sioniste d’un retour en Israël a des racines religieuses profondes. Beaucoup de prières juives parlent de Jérusalem, de Sion et de la Terre d’Israël. L’injonction ne pas oublier Jérusalem, le site du Temple, est un dogme majeur du judaïsme. La langue hébraïque, la Torah, les lois du Talmud, le calendrier juif et les fêtes et célébrations juives ont tous leur origine en Israël et tournent autour des saisons et des conditions qui y règnent. Les Juifs prient en se tournant vers Jérusalem et récitent les mots « l’an prochain à Jérusalem », chaque année à Pâque. La religion, la culture et l’histoire juives montrent clairement que l’État juif ne peut être construit que sur la terre d’Israël.

En 1897, les dirigeants juifs donnèrent au mouvement sioniste une organisation formelle, appelant à la restauration du foyer national juif en Palestine où les Juifs pourraient trouver l’asile et l’autodétermination, et travailler pour la renaissance de leur civilisation et de leur culture.


1.7 Comment a été reçue la proposition britannique d'établir un État juif en Ouganda au début du XXe siècle ?

Théodore Herzl chercha l’appui des grandes puissances pour la création d’une patrie juive. Il se tourna vers la Grande-Bretagne et rencontra Joseph Chamberlain, le Secrétaire britannique aux colonies, ainsi que d’autres personnalités. Les Anglais consentirent, sur le principe, à établir les Juifs en Afrique de l’Est « dans des conditions qui permettraient aux membres d’observer leurs coutumes nationales. »

Au sixième Congrès sioniste, qui s’est tenu à Bâle, le 26 août 1903, Herzl proposa le Programme de l’Ouganda britannique comme un refuge d’urgence temporaire pour les Juifs de Russie, qui affrontaient un danger immédiat. Bien que Herzl ait établi clairement que ce programme n’affecterait pas le but ultime du sionisme, à savoir le retour d’une entité juive en Terre d’Israël, la proposition provoqua une tempête au Congrès et conduisit presque à une scission au sein du mouvement sioniste. L’Organisation territoriale juive (ITO) fut formée, à la suite de l’union de plusieurs groupes qui avaient appuyé les propositions de Herzl concernant l’Ouganda pendant la période 1903-1905. Le Programme de l’Ouganda fut finalement repoussé par le mouvement sioniste lors du septième Congrès sioniste en 1905.



1.8 Quelles relations entretinrent les sionistes avec les Arabes des années 1910 à l'Indépendance ?

En 1913, la direction sioniste estima qu’il était souhaitable de parvenir à un accord avec les Arabes. Sami Hochberg, propriétaire du journal, Le Jeune Turc, représenta les sionistes à une rencontre avec le Parti de la Décentralisation, dont le siège était au Caire, et la Société réformiste anti-ottomane de Beyrouth. Ils arrivèrent à un accord qui mena à l’adoption d’une résolution garantissant aux Juifs l’égalité des droits sous un gouvernement décentralisé. Hochberg reçut également une invitation au premier Congrès arabe à Paris en juin 1913.

« Le Congrès arabe s’est montré étonnamment réceptif aux aspirations sionistes. Hochberg a été encouragé par la réponse favorable du Congrès à l’entente verbale» résuma Abd ul-Hamid Yahrawi, le Président du Congrès, précisant : « Nous tous, musulmans et chrétiens, éprouvons les meilleurs sentiments à l’égard des Juifs. Quand nous avons évoqué dans nos résolutions les droits et les obligations des Syriens, cela s’appliquait tout autant aux Juifs. Parce qu’ils sont nos frères ethniques et que nous les considérons comme des Syriens qui ont été forcés à quitter le pays à un moment donné mais dont les cœurs ont toujours battu à l’unisson des nôtres, nous sommes certains que nos frères juifs à travers le monde sauront comment nous aider afin que nos aspirations communes puissent se réaliser et que notre pays commun se développe matériellement et moralement. » 23.

L’entente verbale négociée par Hochberg est restée sans effet en raison de la Première Guerre Mondiale. La forte opposition arabe à la Déclaration Balfour a convaincu la direction sioniste qu’il était nécessaire de faire un effort plus intense afin d’arriver à une entente avec les Arabes.

Haïm Weizmann estima que cette tâche était suffisamment importante pour qu’il prenne la tête d’une Commission sioniste destinée à expliquer les buts du mouvement aux Arabes. Weizmann se rendit d’abord au Caire, en mars 1918, et y rencontra Said Shukeir, Faris Nimr et Suleiman Bey Nassif (des nationalistes arabes syriens choisis comme représentants par les Anglais). Il insista sur le désir des juifs de vivre en harmonie avec les Arabes dans une Palestine britannique.

La diplomatie de Weizmann porta ses fruits. Nassif déclara qu’il « y avait de la place en Palestine pour un autre million d’habitants, sans que cela affecte ceux qui se trouvaient déjà là. » 24. Faris Nimr publia dans son journal, au Caire, des informations destinées à dissiper les préjugés du public arabe sur les buts du sionisme 25.

En 1921, Winston Churchill essaya d’organiser une rencontre entre Arabes de Palestine et Sionistes. Le 29 novembre 1921, les deux parties rencontrèrent des Arabes qui exigeaient que la Déclaration Balfour soit abrogée 26.

Weizmann avait pris la tête d’un groupe de sionistes qui rencontra le nationaliste syrien Riad al-Sulh, en 1921. Les sionistes acceptèrent d’appuyer les aspirations nationalistes arabes, et Sulh déclara qu’il était disposé à reconnaître le foyer national juif. Les pourparlers reprirent l’année suivante et laissèrent espérer un accord. En mai 1923, cependant, les efforts de Sulh pour convaincre les dirigeants arabes de Palestine que le sionisme était un fait accompli aboutirent à un échec 27.

Pendant le quart de siècle suivant, les dirigeants sionistes, qu’ils soient en Palestine ou à l’extérieur, tentèrent, à de nombreuses reprises, de négocier avec les Arabes. De la même façon, les dirigeants israéliens se sont efforcés, depuis 1948, de conclure des traités de paix avec les États arabes, mais l’Égypte et la Jordanie sont les seuls pays qui aient accepté.


1.9 Est-il justifié, comme l'a fait l'URSS en son temps, de qualifier le sionisme "d'instrument colonialiste de l'impérialisme occidental" ?

« Le colonialisme veut dire vivre en exploitant les autres. Mais qu’est-ce qui pourrait être plus éloigné du colonialisme que l’idéalisme des Juifs d’origine urbaine qui s’efforcent de devenir des cultivateurs et des ouvriers afin de vivre de leur propre travail manuel ? » (Yehoshofat Harkabi) 28.

Comme l’a fait finement observer l’historien britannique Paul Johnson, l’opposition générale des puissances à leur cause faisait plus des sionistes un repoussoir de l’impérialisme qu’un outil des impérialistes ! « Dans tous les pays occidentaux, les ministères des affaires étrangères et de la défense, comme les milieux d’affaires étaient opposés aux sionistes.»
 29.

L’émir Fayçal a également considéré le mouvement sioniste comme un partenaire du mouvement nationaliste arabe, luttant contre l’impérialisme, comme il l’a expliqué dans une lettre au professeur de droit de Harvard et futur juge à la Cour suprême, Félix Frankfurter, le 3 mars 1919, le lendemain de la présentation par Haïm Weizmann du point de vue sioniste à la conférence de Paris : « Les Arabes, surtout la classe instruite, ont à l’égard du mouvement sioniste une attitude profondément amicale (…) Nous souhaitons cordialement aux Juifs bienvenue à la maison (…) .Nous travaillons ensemble pour un Proche-Orient réformé et modifié, et nos deux mouvements sont complémentaires l’un de l’autre. Le mouvement juif est un mouvement nationaliste, pas impérialiste. Et il y a de la place en Syrie pour nous deux, car je pense qu’aucun de nous ne peut vraiment réussir sans l’autre. »
 30.

Martin Buber, dans une lettre au Mahatma Gandhi, ne dit pas autre chose :

« Nos colons ne viennent pas ici comme l’ont fait les colonisateurs de l’Occident qui voulaient que les autochtones travaillent pour eux. Ils mettent leurs mains à la charrue et ils dépensent leur force et leur sang pour rendre la terre fertile. Mais ce n’est pas uniquement pour nous que nous désirons sa fertilité. Les cultivateurs juifs ont commencé à enseigner à leurs frères, les cultivateurs arabes, comment utiliser la terre de manière plus intensive. Nous désirons leur apprendre plus : nous voulons cultiver la terre avec eux -- la "servir", comme on dit en hébreu. Plus fertile devient ce sol, plus d’espace il y aura pour nous et pour eux. Nous n’avons aucun désir de les déposséder: nous voulons vivre avec eux. Nous ne voulons pas les asservir: nous voulons servir avec eux. » 31.


 
1.10 Quels éléments sur l'indépendance de la Palestine trouve-t-on dans la correspondance entre Hussein et MacMahon de 1915 ?

Le personnage principal du mouvement nationaliste arabe, à l’époque de la Première Guerre mondiale, était Hussein ibn ‘Ali, nommé Sherif de La Mecque, en 1908, par le Comité turc d’Union et de Progrès. Le Sherif ayant la responsabilité de la garde des sanctuaires de l’Islam dans le Hejaz, Hussein accéda, de facto, au statut d’un des chefs spirituels des musulmans.

En juillet 1915, Hussein adressa une lettre à Sir Henry MacMahon, le Haut Commissaire pour l’Égypte, l’informant des conditions de la participation des Arabes à la guerre contre les Turcs.

L’échange des lettres entre Hussein et MacMahon a permis de tracer la carte des régions que la Grande-Bretagne était disposée à céder aux Arabes mais cette correspondance ne mentionne pas la Palestine. Les Anglais ont soutenu que cette omission était intentionnelle, justifiant ainsi leur refus d’accorder l’indépendance aux Arabes de Palestine après la guerre 32.

MacMahon expliqua qu’il estimait « de mon devoir d’affirmer, et je [le¤ fais de manière définitive et catégorique, qu’il n’entrait pas dans mes intentions de donner au Roi Hussein cet engagement d’inclure la Palestine dans le territoire concerné par la promesse d’indépendance arabe. J’avais également toutes les raisons de penser, à ce moment, que le fait que la Palestine fût exclue de ma promesse était bien compris par le roi Hussein.» 33.



1.11 Dans quel camp les Arabes se sont-ils rangés, lors des deux guerres mondiales ?

Contrairement à la fiction romantique de cette période, entretenue par le film "Lawrence d’Arabie", la plupart des Arabes n’ont pas lutté aux côtés des Alliés contre les Turcs, au cours de la Première Guerre mondiale. David Lloyd George, le Premier ministre britannique, a fait remarquer que la plupart des Arabes ont, au contraire, lutté pour leurs souverains turcs. Ceux qui soutenaient Fayçal, en Arabie, étaient l’exception.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, ils furent très lents à se décider pour le camp qui luttait contre Hitler. Seule la Transjordanie s’est associée aux Anglais, en 1939. En 1941, les nazis ont pris le pouvoir en Irak, qui s’est alors associé aux puissances de l’Axe. La plupart des États arabes sont restés dans l’expectative, en attendant jusqu’à 1945 de voir qui l’emporterait. À ce moment, l’Allemagne avait déjà été battue. Comme la participation à la guerre était indispensable pour pouvoir adhérer à l’Organisation des Nations unies en voie de création, les Arabes commencèrent à déclarer la guerre à l’Allemagne, au dernier moment, en 1945 : l’Égypte, le 25 février, la Syrie, le 27 février, le Liban le 28 février, l’Arabie saoudite le 2 mars. Par contre, quelques 30 000 Juifs palestiniens ont combattu contre l’Allemagne nazie.

Notes

1 Dan Bahat, ed. Twenty Centuries of Jewish Life in the Holy Land, (Jerusalem : The Israel Economist, 1976), p. 61-63.
2 New York Times (18 novembre 1981).
3 Yehoshua Porath, The Emergence of the Palestinian-Arab National Movement, 1918-1929, (London: Frank Cass, 1974), p. 4.
4 Max Dimont, Jews, God and History, (NY: Signet, 1962), p. 49-53.
5 Carl Voss, The Palestine Problem Today, Israel and Its Neighbors, (MA: Beacon Press, 1953), p. 13.
6 Cité dans le Jerusalem Post, (2 novembre 1991).
7 La citation du Coran est: "Entre, mon peuple, dans la terre sainte qu’Allah t’a attribuée. Ne lui tourne pas le dos, afin que tu ne sois pas renvoyé comme un perdant" (5,21).
Cf. Porath (74), p. 2 & 6n p. 311.
8 Yehoshua Porath, Palestinian Arab National Movement : From Riots to Rebellion, 1929-1939, vol. 2, (London: Frank Cass and Co., Ltd., 1977), p. 81-82.
9 Cité dans le Jerusalem Post, (2 novembre 1991).
10 Avner Yaniv, PLO, (Jerusalem : Israel Universities Study Group of Middle Eastern Affairs, August 1974), p. 5.
11 Ben Halpern, The Idea of a Jewish State, (MA: Harvard University Press, 1969), p. 201.
12 Howard Sachar, A History of Israel : From the Rise of Zionism to Our Time, (NY: Alfred A. Knopf, 1979), p. 129.
13 Halpern, p. 108.
14 Palestine Royal Commission Report,1913, p. 233.
15 Palestine Royal Commission Report, p. 259-260.
16 Neville Mandel, Attempts at an Arab-Zionist Entente : 1913-1914, Middle Eastern Studies, (April 1965), p. 243.
17 Al-Qibla, (23 mars1918), cité dans Samuel Katz, Battleground-Fact and Fantasy in Palestine, (NY: Bantam Books, 1977), p. 128.
18 Haïm Weizmann, Trial and Error, (NY: Schocken Books, 1966), p. 246-247 ; Howard Sachar, A History of Israel : From the Rise of Zionism to Our Time, (NY: Alfred A. Knopf, 1979), p. 121.
19 New York Times, (7 janvier 1985).
20 Loi jordanienne sur la nationalité, article 3(3) de la loi n° 6 de 1954, Journal officiel N°1171, 16 février 1954.
21
Alan Dershowitz, Chutzpah, (MA: Little, Brown and Company, 1991), p. 241.
22 Cité dans Seymour Martin Lipset, The Socialism of Fools-The Left, the Jews and Israel, Encounter, (Decembre 1969), p. 24.
23 Aharon Cohen, Israel and the Arab World, (NY: Funk and Wagnalls, 1970), p. 97.
24 Jon Kimche, There Could Have Been Peace : The Untold Story of Why We Failed With Palestine and Again With Israel, (England: Dial Press, 1973), p. 136-137.
25 Aharon Cohen, Israel and the Arab World, (NY: Funk and Wagnalls, 1970), p. 71-73.
26 Yehoshua Porath, The Emergence of the Palestinian-Arab National Movement, (London: Frank Cass, 1974), p. 65-67.
27 Yehoshua Porath, The Emergence of the Palestinian-Arab National Movement, (London: Frank Cass, 1974), p. 112-114.
28 Yehoshofat Harkabi, Palestinians And Israel, (Jerusalem: Keter, 1974), p. 6
29 Paul Johnson, Modern Times : The World from the Twenties to the Nineties, (NY: Harper & Row, 1983), p. 485.
30 Cité dans Samuel Katz, Battleground-Fact and Fantasy in Palestine, (NY: Bantam Books, 1977), p. 55.
31 Lettre ouverte de Martin Buber au Mahatma Gandhi en 1939, cité dans Arthur Hertzberg, The Zionist Idea. PA: Jewish Publications Society, 1997, p. 464.
32 George Kirk, A Short History of the Middle East, (NY: Frederick Praeger Publishers, 1964), p. 314.
33 London Times, (23 juillet 1937).



Mitchell G. Bard, Myths and Facts on the Middle-East Conflicts
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