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La paix? - Aucune chance, Benny Morris *
The GuardianJeudi 21 février, 2002
Traduction française par Menahem Macina pour CJE
Voir, du même auteur : "Rien n’a changé". Voir aussi : E. Navon, "Les points de révision de l’histoire du sionisme: thèses en présence et récupération révisionniste"
Benny Morris est l'historien israélien radical qui a obligé son pays à faire face à son rôle dans le déplacement de centaines de milliers de Palestiniens. Par la suite, il a été emprisonné pour avoir refusé d’accomplir ses obligations militaires en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. Mais aujourd’hui, il a changé de discours. Alors que le cycle de la violence s'intensifie au Moyen-Orient, il lance une cruelle attaque contre le ''fieffé menteur", Yasser Arafat - et il explique pourquoi il croit qu’une coexistence pacifique est impossible.
La rumeur selon laquelle j'aurais subi une transplantation du cerveau est – pour autant que je puisse m’en souvenir - non fondée, ou à tout le moins prématurée. Mais mon appréciation de la crise actuelle du Moyen-Orient et de ses protagonistes a en fait radicalement changé au cours des deux dernières années. J'imagine que j’éprouve à peu près la même chose que les 'camarades' voyageurs occidentaux brutalement réveillés par le grondement des chars russes écrasant Budapest en 1956.
Si je me reporte à 1993, quand j'ai commencé mon travail sur les Victimes Justes, une histoire révisionniste du conflit arabo-sioniste, de 1881 à nos jours, j'étais prudemment optimiste à propos des perspectives de paix au Moyen-Orient. Je n’ai jamais été un optimiste débridé; et mon étude progressive, durant le milieu des années 90, de l'histoire des relations palestino-sionistes, antérieure à 1948, me convainquit de la profondeur et de l’ampleur des problèmes et des antagonismes. Mais au moins, les Israéliens et les Palestiniens parlaient de paix; ils étaient d’accord pour une reconnaissance mutuelle et avaient signé l'Accord d'Oslo, première étape de la promesse d'un retrait israélien progressif des territoires occupés, de l'émergence d'un Etat palestinien, et d'un traité de paix entre les deux peuples. Les Palestiniens semblaient avoir abandonné leur vieux rêve remontant à plusieurs décades et leur objectif de détruire et de remplacer l'Etat juif, et les Israéliens avaient abandonné leur rêve d'un "Grand Israël" s'étendant de la Méditerranée au Jourdain. Et, étant donné l’importance capitale des relations palestino-israéliennes dans le conflit arabo-israélien, un règlement pacifique final et total entre Israël et tous ses voisins arabes semblait à portée de main.
Mais avant que j'aie terminé le livre, mon optimisme modéré avait fait place à un doute grave – et, en une année, il s’était brisé pour faire place à un pessimisme généralisé. Une des raisons fut le rejet, par les Syriens, de la transaction proposée par les premiers ministres Yitzhak Rabin et Shimon Peres, en 1993-96, et par Ehud Barak, en 1999-2000, qui prévoyait le retrait israélien des Hauteurs du Golan en échange d'un véritable traité de paix bilatéral. Ce qui semble avoir retenu le Président Hafez Assad, et plus tard son fils et successeur, Bashar Assad, ce ne sont pas des chicanes pour quelques centaines de mètres de terrain ici ou là, mais c’est le refus fondamental de faire la paix avec l'Etat juif. Ce qui a compté, en fin de compte, c'est la présence, sur un mur du bureau d'Assad, d'un portrait de Saladin, le légendaire guerrier musulman kurde du XIIe siècle, qui avait battu les Croisés, que les Arabes ont souvent comparés aux Sionistes. Je peux imaginer le père, sur son lit de mort, disant son fils: "Quoique vous fassiez, ne faites pas la paix avec les Juifs; comme les Croisés, eux aussi disparaîtront."
Mais la principale raison, autour de laquelle mon pessimisme s’est concentré et cristallisé, a été la personnalité de Yasser Arafat, qui a dirigé le mouvement national palestinien depuis la fin les années 60 et qui, en vertu des accords d'Oslo, gouverne les villes de la Rive Occidentale du Jourdain (Hébron, Bethlehem, Ramallah, Naplouse, Jenine, Tulkarem et Qalqilya) et leurs environs, ainsi que la majeure partie de la Bande de Gaza. Arafat est le symbole du mouvement, qui reflète fidèlement les souffrances de son peuple et ses aspirations collectives. Malheureusement, il s'est avéré être un digne successeur de Haj Muhammad Amin al Husseini, le mufti de Jérusalem, qui dirigea les Palestiniens durant les années 30, lors de leur rébellion (avortée) contre le gouvernement mandataire britannique et, au cours des années 40, dans leur tentative (encore avortée) d'empêcher l'émergence de l'Etat juif en 1948, avec pour résultat leur défaite catastrophique et la création du problème des réfugiés palestiniens. Husseini fut implacable et incompétent (un dangereux mélange) - mais également un tricheur et un menteur. Personne ne lui a fait confiance, ni ses collègues arabes, ni les Anglais, ni les Sionistes. Surtout, Husseini a personnifié le 'rejectionnisme' - un rejet de tout compromis avec le mouvement sioniste. Il a rejeté deux propositions internationales, faites par la Commission britannique Peel, en 1937, et par l'Assemblée générale de l'ONU, en novembre 1947, de diviser le pays entre un gouvernement juif et un gouvernement arabe. Dans l’intervalle, Husseini a passé les années de guerre (1941-45) à Berlin, à travailler pour le ministère des affaires étrangères nazi et à recruter des musulmans bosniaques pour la Wehrmacht.
Abba Eban, le légendaire ministre des affaires étrangères d'Israël, rapporta jadis en plaisantant que les Palestiniens n'avaient jamais manqué une occasion de manquer une occasion. Mais personne ne peut leur reprocher la cohérence. Après Husseini vint Arafat, un autre nationaliste implacable et menteur invétéré, à qui aucun Arabe, aucun Israélien et aucun dirigeant américain ne fait confiance (bien qu’il s’avère que beaucoup d'Européens s’en accommodent). En 1978-79, il ne s’est pas rallié à l'accord de principe israélo-égyptien de Camp David, qui aurait pu mener à un statut d’état palestinien il y a une décennie. En 2000, tournant le dos au processus d'Oslo, Arafat a encore rejeté un autre compromis historique, offert par Barak à camp David, en juillet, et amélioré ensuite suivant les propositions du Président Bill Clinton (approuvées par Barak), en décembre. Par contre, en septembre, les Palestiniens, ont recouru à la force armée et ont lancé la mini-guerre, ou Intifada, actuelle, laquelle a eu jusqu'ici comme conséquence la mort de quelque 790 Arabes et 270 Israéliens, et l’aggravation de la haine mutuelle, au point que l'idée d'un compromis politico- territorial semble être devenu un songe creux.
Les Palestiniens et leurs sympathisants ont jeté le blâme sur les Israéliens et sur Clinton pour ce qui s'est produit: les humiliations et les restrictions quotidiennes dues à la continuation de la semi-occupation israélienne; le traînement de pieds, rusé mais transparent, de Benjamin Netanyahu, entre 1996 à 1999 ; l'extension continuelle des implantations sous Barak dans les territoires occupés et sa froideur à l’égard d'Arafat; et l'insistance de Clinton pour qu’ait lieu la rencontre de Camp David, en dépit des protestations des Palestiniens qui affirmaient n’être pas tout à fait prêts. Mais tout cela est vraiment et réellement en dehors du sujet : Barak, dirigeant loyal et courageux, offrait à Arafat un accord de paix acceptable qui impliquait un retrait israélien de 85 à 91% de la Rive Occidentale du Jourdain et 100% de la Bande de Gaza; la suppression de la majorité des implantations; la souveraineté palestinienne sur les quartiers arabes de Jérusalem-est; et la création d'un Etat palestinien. Quant au Mont du Temple (Haram ash-Sharif) dans la vieille ville de Jérusalem, Barak proposait d'y établir une autorité commune israélo-palestinienne, ou un contrôle du Conseil de Sécurité de l'ONU, ou "une souveraineté divine" avec un contrôle arabe réel. Concernant les réfugiés palestiniens, Barak offrait un retour symbolique en Israël et une compensation financière massive destinée à faciliter leur réadaptation dans les Etats arabes et dans le futur Etat palestinien.
Arafat a rejeté cette offre, insistant pour obtenir un retrait israélien total des territoires, la souveraineté palestinienne exclusive sur le Mont du Temple, et un "droit le retour" des réfugiés en Israël même. Au lieu de continuer à négocier, les Palestiniens - avec un Arafat agile tantôt chevauchant un tigre, tantôt tirant les ficelles en coulisses – ont déclenché l'intifada. Clinton (et Barak) ont répondu en augmentant la proposition antérieure jusqu'à 94-96% de la Rive Occidentale du Jourdain (avec quelque compensation territoriale en Israël même) et la souveraineté sur l'esplanade du Mont du Temple, avec une sorte de contrôle israélien sur la partie souterraine de cette dernière, où les Palestiniens ont récemment réalisé des travaux d'excavation sans supervision archéologique appropriée. Les Palestiniens ont encore rejeté ces propositions, insistant pour obtenir la souveraineté palestinienne exclusive sur le Mont du Temple (une exigence à l’évidence injuste: après tout, le Mont du Temple et les restes du Temple en son sein sont le symbole et le site historique et religieux les plus importants pour le peuple juif. Il vaut la peine de préciser que "Jérusalem" et ses variantes arabes n'apparaissent pas même une fois dans le Coran).
Depuis ces rejets - qui ont mené directement à la défaite de Barak et à l'élection de l'intransigeant Ariel Sharon au poste de Premier ministre - Israéliens et Palestiniens se sont pris mutuellement à la gorge, et la semi-occupation a continué. L'Intifada est une sorte de guerre, étrange et triste, où l'opprimé, qui a rejeté paix, joue simultanément le rôle de l'agresseur et, quand les caméras des télévisions occidentales tournent, celui de la victime. Le semi-occupant, avec son armée géante mais en grande partie inutile, se contente de réagir, habituellement avec une grande maîtrise de soi, étant donné les contraintes morales et de politique internationale dans lesquelles lesquels il doit oeuvrer. Et il perd sur CNN, parce que le bombardement de postes de police vides par des F-16 semble bien plus sauvage que des terroristes-suicide à l'explosif qui fauchent 10 ou 20 civils israéliens d’un coup.
L'Autorité Palestinienne (AP) a émergé comme le royaume virtuel du mensonge, où chaque officiel, depuis le Président Arafat jusqu'au simple fonctionnaire, passe son temps à mentir à une théorie de journalistes occidentaux. Les journalistes accordent habituellement aux mensonges un crédit égal, voire plus grand qu'à ce qu'ils entendent dire par des officiels israéliens honnêtes, ou beaucoup moins menteurs. Tantôt Arafat accuse Tsahal d’utiliser des obus à enveloppe d'uranium contre les Palestiniens civils. Tantôt c'est du gaz empoisonné. Ensuite, les accusations se dissipent tout simplement, faute de confirmation indépendante - et les Palestiniens continuent jusqu'au prochain mensonge, qui fait à nouveau les gros titres des journaux occidentaux et arabes.
Jour après jour, des officiels palestiniens se lamentent sur les "massacres" et les " bombardements" israéliens de civils palestiniens - alors qu'en fait, il n'y a eu aucun massacre et que les bombardements ont invariablement pris pour cible des bâtiments vides de l'AP. Les seuls civils délibérément visés et tués en grand nombre – en fait massacrés – sont des Israéliens, victimes des bombes humaines palestiniennes. En réponse, l'armée et le Shin Bet (service de sécurité israélien) ont tenté de frapper les coupables par des "exécutions ciblées" de fabricants de bombes, de terroristes et de ceux qui les commanditent – ce qui, à mes yeux, est une forme éminemment morale de représailles, de dissuasion et de prévention, car ce sont des "soldats" (barbares) dans une mini-guerre et, en tant que tels, ils sont des cibles militaires légitimes. Les critiques préfèrent-ils qu'Israël réponde gentiment à une explosion-suicide à Tel Aviv? Les dirigeants palestiniens glorifient habituellement les terroristes-suicide à l’explosif comme des héros nationaux. Dans un déluge récent d'articles, des journalistes, des politiciens et des clercs palestiniens ont glorifié Wafa Idris, la terroriste-suicide qui a fait exploser sa charge dans la rue principale de Jaffa, à Jérusalem, tuant un homme de 81 ans et blessant environ 100 personnes. Une polémique s’est ensuivie - non à propos de la moralité ou de l'efficacité politique de cet acte, mais pour savoir si l'Islam permet à des femmes de jouer un tel rôle.
Au lieu d'être tenu au courant, avec exactitude, des offres de paix israéliennes, les Palestiniens ont été soumis à un déluge incessant de provocations et de mensonges anti-israéliens dans les médias contrôlés par l'AP. Arafat a érigé en œuvre d'art la pratique qui consiste à dire une chose au public occidental et une autre, tout à fait différente, à ses électeurs palestiniens. Récemment, à l'intention des assistances arabes, il a commencé à employer l’expression d' "armée sioniste" (pour Tsahal), une régression aux années 50 et 60, lorsque les dirigeants arabes parlaient habituellement de l' "entité sioniste" au lieu de dire "Israël", terme qui, ils le sentaient, impliquait une certaine forme de reconnaissance de l'Etat juif et de sa légitimité.
En fin de compte, cette question de légitimité – apparemment pour se distancer des traités de paix israélo-égyptiens et israélo-jordaniens - est à l'origine du désespoir israélien actuel et de ma "conversion" personnelle. Durant des décennies, les dirigeants israéliens – notamment Golda Meir, en 1969 – ont nié l'existence d'un "peuple palestinien" et la légitimité des aspirations palestiniennes à la souveraineté. Mais dans les années 30 et 40, le mouvement sioniste a convenu de renoncer à son rêve d’un "Grand Israël" et de partager la Palestine avec les Arabes. Dans les années 90, le mouvement est allé plus loin – en acceptant la partition et en reconnaissant l'existence du peuple palestinien en tant que son partenaire dans le partage.
Malheureusement, le mouvement national palestinien a, dès ses débuts, refusé toute légitimité au mouvement sioniste et a rapidement adhéré à la vision d’une "Grande Palestine", c'est-à-dire un Etat musulman, peuplé d’Arabes et gouverné par des Arabes, sur toute la Palestine, avec peut-être quelques juifs autorisés à y demeurer en tant que minorité religieuse. En 1988-93, après un bref coup d'œil sur le schéma, Arafat et l'Organisation de Libération de la Palestine avaient paru acquiescer à l'idée d'un compromis. Mais, depuis 2000, la vision dominante d'une "Grande Palestine" est revenue au premier plan (et l'on se demande si les déclarations pacifiques de 1988-1993 n'étaient pas simplement un camouflage diplomatique).
La direction palestinienne, et avec elle la plupart des Palestiniens, nient le droit d'Israël à l'existence, ils nient que le sionisme ait été ou soit une initiative juste. (J'attends toujours de voir ne serait-ce qu'un dirigeant palestinien qui aspire à la paix, tel que Sari Nusseibeh semble l'être, se lever pour dire: "le sionisme est un mouvement national légitime de libération, comme le nôtre. Et la revendication juive sur la Palestine est juste, comme la nôtre .")
Israël peut exister, et être trop puissant, actuellement, pour être détruit; on peut reconnaître sa réalité. Mais ce n'est pas lui accorder la légitimité. D’où le refus répété d'Arafat, ces derniers mois, de reconnaître le moindre lien entre le peuple juif et le Mont du Temple, et, par extension, entre le peuple juif et la terre d'Israël/Palestine. "Quel temple?" demande-t-il. Les Juifs ne sont que des voleurs venus d'Europe, qui ont décidé, pour des raisons fumeuses, de voler la Palestine et de déplacer les Palestiniens. Il refuse de reconnaître l'histoire et la réalité de la relation juive tri-millénaire à la terre d'Israël.
Sur un certain plan symbolique, le Mont du Temple est une question cruciale. Mais plus concrètement, la vraie question, la véritable pierre de touche des intentions palestiniennes, est le sort des réfugiés, qui sont au nombre de 3 et demi à 4 millions, incluant ceux qui se sont sauvés ou ont été expulsés pendant la guerre de 1948, et qu'on n'a jamais autorisés à revenir dans leurs foyers en Israël, ainsi que leurs descendants.
J'ai passé le milieu des années 80 à étudier ce qui a donné lieu au problème des réfugiés, et j’ai publié, en 1988, "La naissance du problème des réfugiés palestiniens, 1947-1949". Ma conclusion - qui a irrité beaucoup d'Israéliens et a ébranlé l'historiographie sioniste - fut que la plupart des réfugiés étaient un produit de l'action militaire sioniste et, dans une moindre mesure, des ordres d'expulsion israéliens et des exhortations ou des ordres des dirigeants arabes locaux incitant les Palestiniens à partir. Par la suite, des critiques d'Israël se sont emparé de ces résultats, qui mettaient en relief la responsabilité israélienne, tout en ignorant le fait que le problème était une conséquence directe de la guerre que les Palestiniens – et, dans leur sillage, les Etats arabes environnants – avaient déclenchée. Et peu ont noté que, dans mes remarques finales, j'avais expliqué que la création du problème était "presque inévitable ", étant donné le but sioniste de créer un état juif dans une terre en grande partie peuplée par des Arabes, et du fait de la résistance arabe à l’entreprise sioniste. Les réfugiés étaient le sous-produit inévitable d'une tentative d'enfoncer gauchement une cheville carrée dans un trou rond inadapté.
Mais quoi qu’il en soit de mes découvertes, 50 ans se sont écoulés depuis - et Israël existe. Comme tout peuple, les Juifs ont droit à un Etat, et justice ne sera pas rendue en les jetant à la mer. Et si les réfugiés sont autorisés à revenir, il y aura un terrible chaos et, en définitive, pas d'Israël. Israël est actuellement peuplé de 5 millions de Juifs et de plus d'un million d'Arabes (une bombe à retardement pro-palestinienne irrédentiste de plus en plus un tumultueuse). Si les réfugiés reviennent, une entité binationale non viable émergera et, étant donné le taux de natalité bien plus élevé des Arabes, Israël cessera rapidement d'être un Etat juif. Ajoutez à cela les Arabes de la Rive occidentale du Jourdain et de la Bande de Gaza, et vous avez, presque immédiatement, un Etat arabe entre la méditerranée et le fleuve du Jourdain, avec une minorité juive.
Les juifs ont vécu, en tant que minorité, dans les pays musulmans, depuis le VIIe siècle - et, contrairement à la propagande arabe, ils n’ont jamais beaucoup apprécié l'expérience. Ils furent toujours des citoyens de seconde zone et victimes de discriminations comme infidèles; ils ont souvent été persécutés et il ne fut pas rare qu’ils fussent assassinés. Des pogroms géants se sont produits au cours des siècles. Et dans les années 40 encore, des foules arabes ont assassiné des centaines de Juifs à Bagdad, et des centaines d’autres en Libye, en Egypte et au Maroc. Les juifs ont été expulsés ou se sont enfuis du monde arabe entre les années 50 et 60. Il n'y a aucune raison de croire qu'ils voudront vivre (à nouveau) en tant que minorité dans un Etat arabe (Palestinien), surtout étant donné l'histoire tragique des relations entre Juifs et Palestiniens. Soit ils seront expulsés, soit ils émigreront à l'ouest.
C'est le rejet, par la direction palestinienne, des propositions de paix Barak-Clinton, de juillet-décembre 2000, le lancement de l'Intifada, et l'exigence incessante, depuis lors, qu'Israël accepte le "droit au retour", qui m'ont convaincu que les Palestiniens, au moins ceux de cette génération, n'ont pas l'intention de faire la paix: ils ne veulent tout simplement pas la fin de l'occupation - qui leur a été offerte en juillet-décembre 2000, et qu’ils ont rejetée. Ils veulent toute la Palestine et avec aussi peu de juifs que possible. Le droit au retour est le coin enfoncé pour ouvrir de force l'Etat juif. La démographie – les Palestiniens ont le taux de natalité le plus élevé du monde arabe – fera le reste avec le temps, si les armes nucléaires iraniennes ou irakiennes n'ont pas fait la besogne d'ici là.
Et ne me comprenez pas de travers. Je suis en faveur d'un retrait israélien des territoires (la semi-occupation est corruptrice et immorale, et aliène à Israël ses amis de l'étranger), en tant qu'élément d'un accord bilatéral de paix; et si l'accord est impossible à obtenir, je suis pour un retrait unilatéral sur des frontières stratégiquement défendables. En fait, en 1988, j'ai passé un certain temps dans une prison militaire pour avoir refusé de servir à Naplouse, ville de la Rive Occidentale du Jourdain. Mais je ne crois pas que le status quo actuel survivra longtemps. Les Palestiniens – que ce soit l'Autorité Palestinienne elle-même, ou diverses factions armées sous la surveillance de l’AP - continueront à harceler Israël avec des roquettes de Katyusha et des terroristes-suicide à l’explosif, à travers les nouvelles lignes, qu'elles soient fixées d’un commun accord ou imposées. En définitive, ces attaques contraindront Israël à reconquérir la Rive Occidentale du Jourdain et la Bande de Gaza, ce qui plongera probablement le Proche-Orient dans une nouvelle et vaste conflagration.
Je ne crois pas qu'Arafat et ses collègues aient l’intention de faire la paix – ils veulent seulement ébranler et saper les fondations de l'Etat juif - et je ne crois pas qu'une solution bi-étatique permanente verra le jour. Je ne crois pas qu'Arafat soit constitutionnellement capable d'accepter – d’accepter vraiment – une solution où les Palestiniens obtiendraient de 22 à 25% de la terre (un état occidental sur la Rive Gauche du Jourdain et à Gaza), et Israël les 75-78% restant, ni qu’il signera la renonciation au "droit au retour ". Il est incapable de regarder en face son électorat de réfugiés du Liban, de Syrie, de Jordanie et Gaza, en leur disant: " j'ai renoncé à votre patrimoine, à votre espoir, à votre rêve".
Et il ne le veut probablement pas. Finalement, je crois, l'équilibre de la force militaire, ou la démographie de la Palestine, c'est-à-dire la différence des taux nationaux de natalité, détermineront l'avenir du pays, et soit la Palestine deviendra un Etat juif, sans minorité arabe substantielle, soit elle deviendra un état arabe, avec une minorité juive qui diminuera graduellement. Ou bien elle deviendra une terre désolée par une explosion nucléaire, et ne sera la patrie ni de l'un ni de l'autre peuples.
Benny Morris *
* Le professeur Benny Morris enseigne l'histoire du Moyen-Orient à l’Université Ben-Gurion, de Beersheba, en Israël. Son prochain livre : "The Road to Jerusalem: Glubb Pasha, the Jews and the Palestine", est édité par IB Tauris.
Original anglais : www.guardian.co.uk/g2/story/0,3604,653417,00.html
© 2002 The Guardian
© 2002 CJE et Menahem Macina pour la traduction française
Mots-clé : Navon, nouveaux historiens, révisionnisme historique, Sternhell.











