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Rien n'a changé, Entretien avec Benny Morris (2001)
Texte aimablement transmis par Yigal Palmor, conseiller en information de l'Ambassade d'Israël en FranceLe quotidien Yedioth Aharonot, du 23 novembre 2001, a publié, dans son supplément "7 jours", un article sur l’historien Benny Morris, un des pères fondateurs des nouveaux historiens, ainsi qu’un entretien intitulé "Rien n’a changé".
Voici quelques extraits de l’article et de l’entretien.
Voir résumé en anglais : Dan Perry, Historian Draws Harsh Conclusions
[Notons que B. Morris a récidivé ultérieurement, en plus noir encore - voir : Benny Morris : La Paix? - Aucune chance ]
Le public de l’institut théologique de Berkeley pensait savoir à quoi s’attendre. On lui avait promis une conférence sur le processus de paix par le professeur Benny Morris, historien israélien, homme de gauche connu, qui même dans les universités distinguées d’Israël avait du mal à obtenir un poste, à cause de ses opinions inhabituelles, qui réfutent l’histoire officielle du sionisme. Berkeley est toujours le siège de la gauche et du radicalisme américain et tous les participants qui se trouvaient dans la salle étaient persuadés que l’orateur dirait exactement ce qu’ils avaient envie d’entendre : qu’Israël est responsable de tout, qu’elle est la puissance offensive et méchante, et que les Palestiniens sont les gentils. "Ils s’attendaient à entendre une conférence d’un universitaire anti-israélien", nous raconte Benny Morris dans un café de Jérusalem, ayant du mal à cacher son plaisir.
Mais M. Morris avait d’autres intentions. Il savait parfaitement ce qu’il réservait à ses auditeurs : une grande, très grande surprise. Depuis les années 30, a-t-il dit, les Palestiniens refusent obstinément tout compromis. Ils ont refusé le plan de partage de la Commission Peel en 1937 (Etat juif sur 20 % du territoire de la Palestine dans les régions du Sharon et de la Galilée), ils ont rejeté le plan de partage de l’ONU en 1947 (Etat arabe sur 40 % du territoire), ils ne voulaient rien entendre du plan d’autonomie de Sadate et Begin (qui faisait partie de l’accord de Camp David et n’a jamais été appliqué) et ils se sont débrouillés pour ne pas accepter la généreuse proposition faite par Bill Clinton (95 % du territoire de Judée-Samarie). En bref, les Juifs ont toujours accepté, les Arabes toujours refusé, et la culpabilité incombe presque uniquement aux Palestiniens. Cela fait soixante-dix ans qu’ils font des erreurs historiques qui doivent être réparées.
Le mensonge des Palestiniens
Celui qui a eu du mal à trouver un emploi universitaire, à cause de ses idées de gauche, dément le fait qu’il ait changé d’opinions. Il affirme avoir toujours pensé de la sorte, mais que personne ne le savait. Même quand il exprimait ses opinions, les journalistes préféraient ne pas le citer. Selon lui, cela n’aurait pas été politiquement correct. Cependant, il avoue avoir engrangé beaucoup de colère contre les Palestiniens durant les deux dernières années. Car ils ont rejeté la proposition de Clinton. Barak aussi a commis des erreurs, mais elles étaient marginales. En gros, Barak avait accepté la généreuse proposition de Clinton, qui exigeait la cession de 95 % des territoires de Judée-Samarie et 100 % de la bande de Gaza ainsi que le partage de Jérusalem. D’ailleurs, en ce qui concerne Jérusalem, Morris n’est pas d’accord avec Barak ; il n’aurait pas accepté d’abandonner le Mont du Temple : "s’il y a un peuple qui doit avoir le contrôle du Mont du Temple, c’est nous. Mais une injustice s’est produite et deux mosquées ont été érigées, il y a 1.400 ans, sur les décombres du Temple, et les Arabes possèdent également une partie du Mont du Temple. J’accepterais un compromis selon lequel Juifs et Arabes auraient le contrôle du Mont du Temple, mais que seuls les Palestiniens aient le contrôle - pourquoi ? En quoi est-ce juste ?" De toutes façons, tout paraît insignifiant face à l’erreur de Yasser Arafat qui a rejeté la proposition de Clinton. Morris affirme que : « à cause de leurs erreurs, nous payons en vies humaines, les nôtres et les leurs. »
Le droit au retour
Morris, l’homme qui a évoqué le sujet sur la place publique, a une idée très arrêtée sur la question. Toute évocation du droit au retour est une catastrophe, une manière de détruire l’Etat d’Israël. Même si Arafat accepte qu’Israël reconnaisse uniquement sa responsabilité concernant le problème des réfugiés et même s’il renonce à l’exercice de ce droit, Israël doit refuser la proposition. "Si Israël se reconnaît responsable, des millions de personnes viendront exiger immédiatement leur portion de terrain. A partir du moment où il y aura un droit au retour, il y aura tentative d’exploitation, et alors il n’y aura plus d’Etat d’Israël. Il n’y aura plus ici d’Etat juif."
Question : Il a été question, à Taba, qu’Israël reconnaisse sa responsabilité quant au problème des réfugiés, sans que les réfugiés intègrent Israël, à part une petite minorité à propos de laquelle une décision devra être prise. Même ceci ne vous paraît pas concevable ?
Réponse : Les Palestiniens ont dit à Yossi Beilin être prêts à toutes sortes de formules concernant les réfugiés, mais ils lui mentent. Ils ne renonceront jamais au droit au retour. Ils ne peuvent se tourner vers leur peuple dans les camps de réfugiés et leur dire : "nous avons renoncé à votre droit au retour." Ils ne sont pas capables de cela.
Q : C’est pourtant ce qu’a affirmé Sari Nousseïbeh, responsable du dossier de Jérusalem auprès de l’Autorité palestinienne.
R : C’est une exception et je pense que de telles affirmations mettent sa vie en danger. Il ne fait pas partie des hauts responsables. Je n’ai pas entendu Mohamed Dahlan, Gibril Rajoub, Abou Ala ni leurs semblables s’exprimer de la sorte. Et même s’ils acceptent ce genre de formule à un moment donné, une nouvelle génération, dans dix ou vingt ans, viendra leur dire qu’ils n’avaient pas le droit d’abandonner.
Q : Pourtant vous êtes la personne qui a révélé aux Israéliens leur responsabilité quant aux problèmes des réfugiés. Vous leur demandez maintenant de ne pas prêter attention à ce que vous leur avez révélé ?
R : J’ai révélé aux Israéliens la vérité sur les faits historiques qui se sont produits en 1948. Mais ce sont les Arabes qui ont commencé à se battre et à tirer. Alors pourquoi devrais-je en porter la responsabilité ? Ce sont les Arabes qui ont initié la guerre, ce sont eux les responsables.
Q : Cela signifie qu’il faut ignorer cette question dans le statut permanent ?
R : Il faut trouver une solution aux Palestiniens, mais nous ne devons pas reconnaître le droit au retour. Arafat et ses contemporains ne peuvent abandonner leur vision de tout Israël aux mains des Arabes. Parce que c’est une terre sainte pour l’Islam. Elle était dans le passé aux mains des Musulmans et il n’est pas envisageable que des infidèles comme nous habitent cette terre. Ceci étant, même si Arafat signe un accord, étant donné son comportement dans les deux dernières années, j’ai du mal à croire que lui ou ses successeurs le respecteront.
Q : Parce qu’ils sont Arabes ?
R : Non parce qu’ils sont Arabes, mais parce qu’ils ne comprennent pas que les revendications du camp adverse sont légitimes. Nous comprenons la légitimité de leurs requêtes. Avez-vous jamais entendu un dirigeant palestinien déclarer la légitimité de la revendication juive de tout Israël ? Je n’ai jamais entendu cela.
Une réalité fluctuante
C’est l’année dernière que Benny Morris est parvenu à la reconnaissance que le droit au retour empêcherait tout accord éventuel. Quand les pourparlers d’Oslo ont débuté, au début des années 90, il espérait que cela s’achèverait par un accord. Qu’il y aurait aussi une solution pour le droit au retour. A présent tout s’est évanoui. Le professeur de l’université de Beer-Sheva ressemble plus à un prophète de malheur de droite qu’à un partisan de gauche.
"Nous ne parviendrons pas à un compromis au cours de cette génération, dit-il, et je crains que nous n’arrivions jamais à un véritable accord permanent. Le cœur de chaque Palestinien est habité par le désir que l’Etat d’Israël n’existe pas. Chez nombre d’entre eux, cela se traduit par quelque chose de plus fort qu’un simple désir. Selon eux, nous sommes la source de tous leurs problèmes, et nous éliminer pourrait les sauver. Leur salut c’est toute la Palestine."
Q : Ne comprennent-ils pas la réalité ? Ne comprennent-ils pas qu’ils essuient sans cesse des échecs à cause de ce refus de faire des compromis ?
R : Chaque peuple a sa façon de comprendre la réalité et leur réalité est très fluctuante. Ils sentent que la démographie finira par vaincre les Juifs, comme les Croisés, dans cent ou deux-cents ans. Et peut-être les Arabes auront-ils une arme atomique. Pourquoi accepter un compromis aujourd’hui, alors qu’il n’est pas juste à leurs yeux ?
Q : Et quand vous entendez des dirigeants palestiniens, comme Abou Mazen et d’autres, qui affirment être prêts à accepter Israël et à vivre avec, les croyez-vous ?
R : Pas vraiment. Je les crois quand ils applaudissent Ben Laden.











