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Peur de la vérité? Institut Canadien de Recherches sur le Judaïsme
COMMUNIQUÉ ISRANET
Un service de L’I.C.R.J
L'Institut canadien de recherches sur le Judaïsme
Professeur Frederick Krantz, Directeur
B.P. 175, succursale H
Montréal, Québec H3G 2K7
Courriel : cijr-french@isranet.org
Internet : www.isranet.org/
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Numéro 45, vendredi, 13 septembre, 2002
9 septembre 2002
Ce lundi, à Montréal, l'intolérance et la haine de la liberté nous ont montré leur hideux visage: des manifestants pro-palestiniens, aveuglés par leur détestation d'Israël, ont forcé, par la violence, l'annulation de la conférence que devait donner, à l'Université Concordia, M. Benjamin Netanyahu, ancien premier ministre d'Israël.
Que, dans notre pays, la liberté d'expression d'une personne soit ainsi bafouée, et qu'un de nos hôtes soit privé de son droit, élémentaire s'il en est, de s'exprimer, ne peut que ternir notre réputation et est déjà injustifiable en soi. Que cela se passe dans le milieu universitaire l'est encore plus. Non pas parce que l'université serait un lieu plus digne d'être protégé qu'un autre, mais parce que cet événement est absolument le contraire de ce qu'elle est censée être, ce qu'elle tente d'être: une institution vouée à la réflexion, au débat d'idées, un lieu ouvert, où règne le pluralisme.
Au nom des valeurs qui fondent l'université, qui en sont l'essence même, et qui sont celles de tout intellectuel qui se respecte, les universitaires devraient exprimer leur indignation devant ce qui s'est passé à l'Université Concordia: si la liberté d'expression est chassée de l'université, où se réfugiera-t-elle? Si nous nous taisons quand elle est menacée, comment justifierons-nous les privilèges que la société nous accorde, au nom, précisément, de la liberté universitaire?
Or, qu'est-ce que la liberté universitaire, sinon la liberté de penser, de chercher la vérité et de parler? La liberté de déplaire, de ne pas hurler avec les loups, de dire que le roi est nu et que, oui, le terrorisme est un mal. Les universitaires ont, depuis longtemps, accordé beaucoup d'importance à cette liberté. Il serait inconcevable qu'ils la laissent bafouer dans l'enceinte même où elle est censée s'exercer! Ils l'ont revendiquée -et obtenue- pour eux-mêmes, certes, mais ils ont en contrepartie le devoir de veiller à ce que leurs concitoyens (et leurs invités) puissent aussi jouir des droits que leur garantit notre pays.
C'est donc aussi en tant que citoyens d'un pays libre et démocratique, soucieux du respect des droits fondamentaux, que nous devons tous protester contre de tels agissements. Ils sont la négation des principes qui nous font vivre. Et c'est en tant que citoyens que nous demandons que les auteurs de ces actes injustifiables soient arrêtés et punis. Nous ne pouvons pas les laisser gagner: accepter cette victoire de l'intolérance, de la force sur le droit, ce serait reconnaître l’efficacité de ces comportements et, par le fait même, l’accroître. Ce serait nous mettre à la merci de tous ceux qui voudront utiliser cette arme contre nous. Ne nous faisons pas d'illusion: ils le feront! Et ce jour-là, nous regretterons notre liberté perdue.
Qu'est-ce qui les poussait, ces étudiants intolérants? Le désir de régner sans partage par la force? Sans doute et c'est là une des marques de la tentation totalitaire. Ils y ont cédé: ils ont imposé leur volonté par la force et la force l'a emporté, sous les applaudissements d'une foule hargneuse et fanatique, heureuse d'avoir triomphé si facilement. Ce que nous avons vu est terrible et nous fait honte: ce n'était pas une simple manifestation, c'était une émeute, et des honnêtes gens ont été molestés et injuriés, sous les yeux impuissants de la police.
Les émeutiers ne pouvaient tolérer la tenue d'une simple conférence. Pourquoi? Pourquoi ne pas accepter que leur adversaire parle et, ensuite, argumenter et débattre? De quoi avaient-ils peur? D'entendre la vérité? Mais s'ils ne peuvent l'entendre, ne serait-ce pas qu'elle n'est pas à leur honneur? Ils défendent une cause, disent-ils. Celle des Palestiniens. Leur comportement d'aujourd'hui est-il à l'image de l'État qu'ils veulent pour eux? Cet État qu'ils prétendent vouloir construire là-bas garantira-t-il les libertés qu'ils foulent aux pieds ici? On nous permettra d'en douter.
Philippe Barbaud, Université du Québec à Montréal
Julien Bauer, Université du Québec à Montréal
Jean-Charles Chebat, HEC Université de Montréal
John J. Furedy, Université de Toronto
Claire Gélinas, Université du Québec à Montréal
Michael R. Marrus, Université de Toronto
Jean Ouellette, Université de Montréal
Annette Paquot, Université Laval
Michaël Laughrea, Université Mc Gill
Reneo Lukic, Université Laval
Alexandre Sadetsky, Université Laval
Stephen Schecter, Université du Québec à Montréal
(L'article ci-dessus a aussi été publié dans l'édition d'aujourd'hui, 13 septembre, du journal Le Devoir.)
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