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Réaction à l'allocution papale sur le confit israélo-palestinien, Menahem Macina
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Aide-moi, Seigneur, mon Dieu, sauve-moi selon ton amour. qu’ils le sachent, c’est là ta main, toi, Seigneur, voilà ton oeuvre! Eux maudissent, et toi tu béniras (Psaume 109, 26-28).

Voir aussi : Au Pape de Rome...


Mesurée à l’aune du critère traditionnel : «Est-ce bon pour les Juifs ?», cette allocution papale est sans doute, comme nous le verrons ci-après, de nature à causer des dégâts supplémentaires à l’image d’Israël, qui n’en a vraiment pas besoin.

Ceci étant dit, je suis sûr que rien n’était plus éloigné de l’intention de Jean-Paul II. Je crois même que le vieux pontife – qui, depuis le début de son pontificat, a parlé, écrit et agi, à plusieurs reprises, de manière infiniment plus positive, à l’égard du peuple juif, qu’aucun de ses prédécesseurs, est sincèrement persuadé qu’il a délivré là aux deux parties en conflit un message fort et équitable.

Mais voilà, le pape est le pape et les guerres sont les guerres. L’histoire a prouvé que les exhortations – d’où qu’elles émanent et si bien intentionnées qu’elles soient – n’ont jamais eu la vertu de résoudre, comme par miracle, des situations géopolitiques inextricables, non par leur nature, mais parce que les intérêts géopolitiques cyniques des puissances impliquées, directement ou indirectement, dans ces conflits, sont trop énormes et explosifs pour qu’on laisse quiconque, fût-ce le pape, s’y immiscer.

Je n’ai pas qualité pour augurer de la réaction des Palestiniens. Je peux seulement présager que les propos du pape feront aux Israéliens l’effet du vinaigre sur des plaies ouvertes. La plupart d’entre eux, je le sais, hausseront les épaules avec dédain. Les plus ulcérés lanceront: « Qu’il vienne donc passer un an dans notre enfer ’votre’ pape – incognito bien sûr -, et il comprendra qu’ici on ne joue pas à la guerre, mais que l’on se défend contre un terrorisme d’Etat qui vise à nous exterminer ou à nous faire quitter le pays. »

Le document s’ouvre sur un truisme, ressassé comme une antienne par tous les donneurs de leçon du monde, et maintenant repris par Jean-Paul II : « Ni les attentats, ni les murs de séparation, ni les représailles ne conduiront jamais à une solution équitable du conflit en cours. »
Toute personne de bon sens sait que le terrorisme a pour but de démoraliser l’adversaire et que les représailles ont pour but de dissuader ce dernier de continuer à terroriser, outre que, dans le cas d’Israël, il s’agit moins d’opérations de représailles que d’actions de démantèlement des structures terroristes et d’arrestations des organisateurs d’attentats.
Et pourquoi ce dédain pour le mur qu’Israël, pourtant ruiné par l’Intifada, est contraint d’ériger, à frais énormes, pour protéger sa population des massacres dont elle est sans cesse victime ?

Mais il y a plus grave. Parlant des «souffrances des Palestiniens», le Pape reprend à son compte les stéréotypes accusateurs et mensongers de nos pires ennemis. A ses yeux, les Palestiniens ont été «chassés de leur terre» et «l’état de siège permanent» auquel ils sont «soumis, ces derniers temps» est considéré par lui comme «une punition collective».
Le pontife catholique est-il conscient du fait qu’il contribue ainsi à diaboliser le peuple israélien en reprenant à son compte et, pour ainsi dire, en les ’canonisant’, des propos diffamateurs ?
Non, les Israéliens n’ont pas chassé les Palestiniens de leur terre, même s’il y a eu, çà et là, lors de la guerre d’indépendance, des expulsions, des destructions de villages - le plus souvent consécutives à des attaques sanglantes, voire à des traîtrises de ces villageois, qui n’ont subi, de la sorte, que la sanction de leurs actes considérés comme « félons », en temps de guerre. Contrairement à ce qu’affirment pompeusement certains "nouveaux historiens" autoproclamés, il n’y a jamais eu de politique gouvernementale délibérée d’expulsion du peuple palestinien, pas même d’une partie de celui-ci.
Quant à la qualification de « punition collective » pour un « état de siège » – imposé, rappelons-le, par la nécessité de combattre le terrorisme le plus barbare auquel ait jamais été confronté un peuple -, c’est une accusation injuste.

En revanche, si le pape évoque bien les « souffrances de la population israélienne », il se contente de dire qu’elle « vit dans la peur quotidienne d’être la cible d’assaillants anonymes ». Une phrase aussi laconique pourrait tout aussi bien s’appliquer à la population de banlieues chaudes, en butte à de fréquentes exactions, plus ou moins violentes. Tout Israélien moyen vous dira que c’est là une description dérisoire de leur condition de massacré potentiel permanent par éclatement horrible du corps, ou de handicapé à vie.

Puis vient l’accusation de «violation du droit fondamental… de la liberté de culte». Son hypocrisie et sa mauvaise foi, dans le contexte actuel de guerre, sont flagrantes. Car enfin, il est bien évident que l’Etat d’Israël n’entrave nullement la liberté de culte. Il l’a si suffisamment prouvé, en plus d’un demi-siècle d’existence, qu’il est inutile d’y insister. Alors pourquoi cette calomnie ? Le pape ignore-t-il que certaines régions sont entièrement bouclées, pour des raisons de sécurité, et que cette situation est cause de ce que beaucoup de musulmans ne peuvent se rendre à la mosquée. Je ne me souviens pas que la papauté ait accusé de violation de la liberté de culte une seule des nombreuses nations qui, engagées dans la guerre, ont été obligées de procéder à des bouclages ayant eu pour conséquence de faire manquer l’office à des fidèles durant une période plus ou moins longue.

Mais personnellement, le point de l’allocution papale qui m’a le plus fait frissonner, c’est sa demande «à la communauté internationale… de s’appliquer avec une grande détermination à être présente sur le terrain.»
Arafat ne pouvait rêver mieux. Voici que le pape lui-même vient à la rescousse d’un des buts machiavéliques les plus tenaces du vieux renard : internationaliser le conflit israélo-palestinien !

Pourtant cette perspective devrait évoquer les pires souvenirs, et en particulier celui de la guerre en Serbie et au Kosovo. Arafat et les Machiavel de la déstabilisation et de l’assassinat qui le conseillent, ont certainement en mémoire l’inefficacité patente de ces troupes, aussi grassement stipendiées qu’elles sont inefficaces, pompeusement baptisées « Casques bleus ».
Le pape semble ne pas se souvenir de Srébréniça et de son contingent de casques bleus hollandais, qui se montrèrent impuissants, voire complices, quand les chefs de guerre serbes enlevèrent sous leur nez les hommes, les femmes et les enfants qui allaient devenir leurs victimes.
Dieu nous préserve de l’ONU et de leurs prétendus soldats de la paix.

L’allocution s’achève sur une prière pour « que soit finalement entendu le cri de qui souffre et meurt en Terre Sainte ». Je ne sais qui Jean-Paul II met sous ce "qui". Pour ma part je me fie à Jérémie:

«J’entends les cris comme d’une femme en travail, c’est comme l’angoisse de celle qui accouche; ce sont les cris de la fille de Sion qui s’essouffle et qui tend les mains: ’Malheur à moi, je succombe sous les coups des meurtriers!’ »

Pour conclure. Je n’attends plus des puissants de ce monde - à l’exception des Etats-Unis, mais jusqu’à quand ? - qu’ils jugent Israël avec équité, ni qu’ils lèvent le petit doigt pour sauver sa population de la destruction, si, ce qu’à D. ne plaise, ses ennemis l’emportaient sur lui. A ce titre, je ne devrais pas m’émouvoir outre mesure de cette allocution papale. Et pourtant, elle m’inquiète.
Il faut savoir, en effet, que les propos du pape ont une grande influence sur des millions d’hommes et de femmes dans le monde. Jusque-là, à part quelques fissures, relativement minimes en apparence, l’attitude générale du pape était plutôt favorable à l’Etat juif (à l’exception de la question des Lieux Saints, qui reste une pomme de discorde entre le Vatican et Israël). Certes, on avait pu percevoir quelques signes de mauvaise humeur dans ses réactions épidermiques à la situation inquiétante créée par le siège de la Basilique de la Nativité, à Bethléem. Mais rien qui ressemble, même de loin, à ce qui vient d’être brièvement analysé.
Au final, l’image des Palestiniens sort rehaussée, plus victimaire que jamais. Et surtout, même s’il est fait une allusion – discrète, très discrète – à leur recours au terrorisme, on cherchera en vain, dans les propos du pape, la moindre condamnation, la plus légère réprobation de ces actes barbares entre tous que sont les explosions-suicide qui sèment la mort la plus atroce en ciblant presque systématiquement les civils, dans les lieux de leur vie ordinaire.
Cette omission est indigne, il faut le dire haut et fort, même si elle est le fait d’un personnage aussi important.

En comparaison – et c’est sans doute la conséquence la plus grave de ce traitement inéquitable des deux belligérants -, Israël est montré du doigt comme étant le principal coupable de la situation actuelle. Certes, ce n’est pas dit explicitement, mais il est facile de le déduire, et il ne fait guère de doute que ce sera perçu par celles et ceux qui liront tout ou partie de cette allocution papale.


Je terminerai par une parabole qui ne plaira pas à tout le monde.

Il m’arrive une chose étrange : le texte de l’allocution de Jean-Paul II s’estompe, et voici que s’y superpose l’oracle de Bil’am, venu pour maudire Israël, mais contraint par Dieu à le bénir (Nb 23, 9-10) :

"Voici un peuple qui habite à part, il n’est pas rangé parmi les nations.
Qui pourrait compter la poussière de Jacob?
Qui pourrait dénombrer la nuée d’Israël?
Puissé-je mourir de la mort des justes!
Puisse ma fin être comme la leur!"
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