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Témoignages sur la situation à Lod aujourd'hui
Source : Article de Ha’aretz du 16/05/2002 (supplément du samedi).Texte traduit et résumé par Renée Soued
Écrit pour éclaircir l’enjeu des élections municipales de mai 2002, cet article donne, à travers différents témoignages, une image de l’évolution dangereuse de la situation démographique en Israël, notamment dans son centre vital.
Un Arabe israélien musulman, âgé de 74 ans, habitant Lod
« Avant 1948 Lod était comme une perle. Une jolie petite perle. Nous habitions dans le quartier moderne des «Jardins», appelé quartier du «Train». Celui-ci a été construit par les Anglais. Le village se trouvait à la place de ces constructions laides en béton de Ramat Eschkol et autour de la place du shouk de Ramlah.
Là se trouvait une ville arabe datant de plusieurs centaines d’années. Les maisons étaient entourées d’oliviers et de vignobles. On distinguait de loin l’église Saint-Georges et les minarets de la grande mosquée et de la petite mosquée.
Après l’expulsion de 1948, il ne restait plus que quelques centaines de musulmans. Très peu de personnes allaient prier à la grande mosquée. Aujourd’hui il y a au moins 800 à 900 personnes à chaque prière, à tel point que les gens prient dehors. Même les femmes prient dans des salles situées dans la cour. Il n’y aura aucune difficulté à rassembler l’argent pour rénover la grande mosquée; tout arabe est prêt à participer aux aménagements".
Un habitant Arabe chrétien
"Entre 1950-60 , tout ce qui restait de la vieille ville a été détruit; de nouveaux immeubles ont été construits à la place. Les vignobles et les oliveraies ont été arrachés dans ce but. Aucune esthétique dans les nouvelles constructions. La population juive a remplacé la population arabe. Lorsqu’un Arabe était présent, ils étaient tous contre lui, mais lorsque l’Arabe n’était plus là, ils se bouffaient le nez.
Mais peu à peu, nous avons appris à vivre ensemble, il y eut une sorte de redressement, et dans les années 70-80 le voisinage était excellent. On se rendait visite les uns les autres, et nous étions comme une seule famille. De bonnes écoles ont été créées, une zone industrielle a été développée; on a même eu un orchestre et quatre salles de cinéma. La ville de Lod n’est jamais redevenue comme avant, mais on ressentait un certain progrès. On sentait que c’était le centre d’Israël.
Malheureusement, au début des années 90, les Juifs commencèrent à abandonner la ville. Maxime Lévy a été maire de la ville de 1983 à 1996. Lorsqu’il a été élu à la Knesset, il a quitté son poste de maire. Aucune personne valable ne l’a remplacé. Et depuis, c’est l’anarchie, des constructions sans permis de construire, la drogue, la criminalité, etc… Même les cinémas ont fermé. Une nouvelle immigration arabe s’est développée à l’intérieur de la ville. Au début c'était des Bédouins du Negev qui venaient, maintenant les habitants des territoires affluent à Lod en toute liberté. De ce fait, la tension entre Juifs et Arabes augmente chaque jour. Les Juifs craignent que d’ici peu, ils ne soient en minorité; et on entend des paroles racistes qu’on n'avait jamais entendues auparavant. Chez les Musulmans, une très forte islamisation s'est développée; les mosquées sont pleines, et les discours, de plus en plus extrémistes".
Le maire-adjoint, Jacques Chétrit
"Je vous donne quelques chiffres; il y a, à ce jour, 72 000 habitants dont 27% sont musulmans. Pourtant à la fin des années 80, le taux de la population musulmane était à un niveau légèrement inférieur à celui du reste d’Israël, soit de 10 à 12%. Rappelons qu'en 1948, il ne restait plus à Lod que quelques centaines d'Arabes!
Le droit au retour se réalise effectivement déjà à Lod. Des centaines et même des milliers de Palestiniens des territoires sont installés ici maintenant.
Depuis 1990, le nombre des élèves arabes a considérablement augmenté, alors que les écoles juives gouvernementales fermaient leurs portes à cause de la diminution du nombre d’élèves.
En 1990, il y avait à Lod une seule mosquée, aujourd’hui il y en a cinq.
Par contre, il n’y a pas de centre culturel arabe. Dans la plupart des quartiers arabes de la ville, il y a un manque criant dans le domaine des installations de base et de la circulation, car il n’y a pas de trottoirs, et parfois pas de chaussée.
Par ailleurs, le phénomène de constructions sans permis se développe largement et il s’est étendu même à l’intérieur des quartiers juifs. Il y aurait à Lod plus de 1000 constructions sans autorisation. Certaines de ces constructions sont modestes et provisoires, d’autres sont des maisons superbes. Dans le quartier Pardès Sanir, une mosquée grandiose a été construite sans permis de construire".
En fait, en 1996, Maxime Lévy, maire de la ville depuis 1983, quittait ses fonctions, car il avait été élu député à la même date. Les maires qui lui ont succédé ont échoué dans leur tâche. La mairie de Lod a eu un déficit de 110 millions de shekels, ce qui a mis un frein à son fonctionnement.
Le candidat arabe, Aref Mouharav du groupe Azmi Béchara
«Actuellement, il se produit quelque chose de nouveau. Il y a un changement démographique. Lod, en tant que ville arabe, est un fait qui est en train de se concrétiser. Mais j’attend des Juifs qu’il acceptent la chose, comme j’accepte en ce moment qu’ils soient majoritaires. Et je ne dis pas qu’on doit les expulser, lorsque cela se produira. Selon moi, celui qui veut empêcher ce changement démographique est un «raciste», et je ne veux pas dialoguer avec lui. Mais les Juifs ne doivent pas craindre que Lod devienne une ville à majorité arabe. Car, de tout temps, et dans le monde entier, les Juifs ont été en minorité et notamment dans les pays de l’Islam, où ils ont prospéré en tant que minorité".
Roam Gluyberman, chef spirituel du mouvement H'abad
"Lorsque la rue Hertzl, située au centre de la ville, a été abandonnée par ses habitants juifs, la banque Leoumi a fermé ses portes. Le bâtiment a été vendu au groupe H'abad. Celui-ci subvient aux besoins d’une population très pauvre : 3000 habitants dont 200 Arabes. «Au centre de Lod, l’Etat Israélien, n’existe pas; Israël s’est retiré du centre de Lod. Il n’y a pas de loi, pas d’ordre, pas de travail. Après 6 heures du soir, les gens ont peur de marcher dans la rue. Lod devrait être un problème majeur, du point de vue national.
Ici, les gens plaisantent en disant que selon les accords d’Oslo, Israël doit rendre Lod, mais qu'on a seulement oublié de prévenir les citoyens! Mais ce n’est pas drôle. Comme on ne s’inquiète pas du sort des citoyens arabes dans leur territoire, il est naturel qu’ils viennent dans les nôtres. Il est interdit de généraliser, car il y a de bons Arabes. Mais actuellement, à Lod, il y a beaucoup de violence de la part des Arabes contre les Juifs: il y a des jets de pierre contre les habitants qui vont à la synagogue, on enlève les kippots [calottes] aux harédims, on encercle les jeunes filles. Aujourd’hui, les Juifs de Lod vivent dans la peur ».
Leonid Vinshteïn, tête de liste du groupe «A'tid» aux élections municipales de Mai 2002
Ingénieur en électronique, costume gris à la coupe un peu démodée, il essaie d’être très précis. «Lod est un microcosme: tous les problèmes qui se présentent actuellement en Israël, sont concentrés à Lod. Le problème de la Loi, de la Justice, et le problème de deux peuples. Mais le plus difficile à vivre est la tentation des Arabes de Lod d’humilier la population juive, et surtout les juifs d’origine russe. Il y a ici une idéologie qui consiste à donner l’impression aux «Olims» [nouveaux immigrants], le sentiment qu’ils se sont trompés en venant en Israël, qu’il serait préférable pour eux de s’enfuir rapidement de Lod. Les Arabes ne veulent pas seulement le retour des Palestiniens à Lod, ils veulent aussi que les Juifs abandonnent la ville».
Né à Moscou, Leonid Vinshteïn a travaillé comme ingénieur en aéronautique dans son pays. Il a attendu 4 ans avant d’obtenir son permis d’émigrer en Israël, et il a choisi de s’installer à Lod en 1991. Avec sa femme, ils se font construire une maison dans le quartier des «cottages», quartier peuplé de nouveaux immigrés venant de Russie. Le premier jour de leur installation dans la nouvelle maison, leur fils de 10 ans est blessé au visage par des jets de pierre. D’autres actes de violence sont commis par les voisins arabes contre les enfants du quartier. Alors, avec une centaine de personnes de son groupe d'«olims», Leonid Vinshteïn organise une marche, avec des bêches à la main, dans les quartiers arabes du voisinage. Il y a eu alors la paix pendant 5 ans.
"Mais, ces dernières années, la situation s’est beaucoup détériorée", dit-il avec amertume, "on peut voir des traces de balles sur les murs de plusieurs maisons du quartier. A la suite de cette violence, certains habitants juifs du quartier ont mis leur maison en vente; dès lors tous les habitants veulent vendre, et les prix ont dégringolé. C’est alors que j'ai décidé de m’inscrire sur une liste politique pour essayer de sauver Lod.
Le plus difficile se passe entre Gané Aviv et Pardès Shanir. Là, le quartier russe est entouré par les quartiers arabes comme si c’était un ghetto. Des jeunes Arabes entrent dans les Supermarchés et prennent ce qu’ils veulent sans payer. Le soir, ils se déplacent en voiture en mettant la musique très fort. Ils fournissent de la drogue à très bas prix aux jeunes filles; affaiblies, celles-ci n’hésitent pas à avoir des relations sexuelles avec eux. Les parents ont honte et ne savent pas vers qui se tourner. On a déjà jeté des bouteilles incendiaires sur une maison et sur un autobus, dans le quartier.
Ici, il n’y a pas d’autre solution: eux ou nous! Le combat à Lod, ce n’est pas seulement que la ville doive rester juive ou non, le combat se situe au niveau national ; car l’aéroport est à 3 km, et si un jour un missile est dirigé sur un avion de tourisme, ce sera un 11 septembre en Israël".
Lors des élections de Mai 2002, deux candidats, Gaby Assaraf (Am Ehad) et Maxime Lévy (Likoud) ont été élus à la tête de la ville sur 18 listes, et Maxime Lévy a été élu à nouveau maire de Lod, au grand soulagement de la population juive!











