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Histoire d'Israël : vers la proclamation de l’indépendance de l’Etat juif, C. Pileverdier
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15/05/08

Texte repris du site de Un écho d'Israël.

La Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 présentée à Lord Walter Rothschild, dans laquelle le gouvernement britannique annonçait la possibilité d’établir un Foyer National Juif en Palestine, est le résultat de nombreuses conjectures l’ayant précédée.
La guerre de Crimée de 1854 à 1856 n’est-elle pas, depuis les croisades, la première guerre provoquée par l’ambition des Européens de contrôler la Palestine ?
C’est l’époque de la colonisation, et l’Empire ottoman, « l’homme malade de l’Europe », ne va pas tarder à être démantelé.

De 1831 à 1840, l’égyptien Ibrahim Pacha, ami de la France, règne sur la Palestine, et sa politique libérale envers les Européens les invite à acheter des terres. C’est l’époque où les églises et couvents européens s’installent, ambassadeurs de leurs propres pays : la France, l’Angleterre, la Prusse, la Russie. En 1880, Jérusalem devient la ville la plus importante du Proche-Orient, supplantant Beyrouth, Damas ou Saint-Jean-d’Acre. Sa population, qui s'est multipliée par 10 en un siècle, compte alors 31 000 habitants, dont 17 000 juifs, 8 000 musulmans et 6 000 chrétiens.

En Russie, le socialisme fondé par Karl Marx en 1848, la renaissance nationale juive du XIXe siècle, la formule « l’an prochain à Jérusalem », répétée à longueur de siècle par les juifs religieux, ont encouragé une immigration constante, qui atteint son sommet à la fin du XIXe siècle.

L’Angleterre, pays protestant, pense que sa mission est de ramener dans leur ancienne patrie les juifs qui souffrent.

Moshe Hess, né en 1812, a écrit son livre Rome et Jérusalem, à propos duquel, plus tard,
Théodor Herzl lui-même écrira : « Tout ce que nous avons tenté de faire est déjà dans ce livre ».

Moshe Lilienblum, né en Lituanie en 1843, écrivain, est un des leaders des « Amants de Sion » en Russie, mouvement auquel il adhère après les pogromes de 1881, et il écrit : « Nous avons besoin d’un coin à nous. Nous avons besoin de la Palestine ».

Le mouvement Bilou
Histoire du sionisme
Bilou est l’acronyme du verset biblique « Maison de Jacob, allons et marchons » (Isaie 2,5) que prit une organisation de jeunes juifs, fondée en Russie à la suite des pogromes de 1881

Dès 1881-82, c’est la première immigration (Aliya) de jeunes, organisée par différentes associations. Ils viennent vivre en « groupes » en Palestine, (par exemple, Bilou). Dès 1870, l’école d’agriculture de Mikvé Israël est créée par le Baron de Rothschild. Puis ce sont les fondations de nouveaux lieux : Zikhron Yaakov, Rosh Pina, Petah Tikva, Hadéra.

Avec la fin de l’Empire ottoman et l’arrivée des Britanniques, les Européens, évoquent l’idée d’un statut international pour Jérusalem.

C’est lors de la Première Guerre mondiale, l’Amérique entrant dans les affaires mondiales, que les Juifs américains commencent à soutenir les revendications sionistes. Pendant que les Français et les Anglais « dépeçaient » la région en se la partageant, Louis Brandeis, avocat juif à la Cour suprême des Etats-Unis, apporte un important soutien au mouvement sioniste américain. Les dirigeants sionistes de Londres utilisent le fait qu’il est le conseiller du président Wilson pour leurs tractations avec le gouvernement britannique.
Arthur James Balfour, nommé ministre anglais des Affaires étrangères en 1916, est chargé d’obtenir le soutien des Etats-Unis, en 1917, contre les Allemands. A deux reprises il s’entretient avec Brandeis, lors de sa visite à Washington. En novembre 1917, désireux de rallier la communauté juive des Etats-Unis et lui-même sympathisant du courant sioniste chrétien, il publie la lettre d’intention indiquant que le Royaume-Uni favorisera la création en Palestine d’un Foyer National pour le peuple juif.
Haim Weizmann, immigré de Russie vers l’Angleterre en 1904, ingénieur biochimiste, soutient l’idée d’un sionisme pratique. Il est l’un des fondateurs de la « Fraction démocratique » et il jouera un rôle important dans les débats menant à l’obtention de la Déclaration Balfour. Concepteur d’une substance explosive performante, des bruits courent que le gouvernement britannique aurait souhaité le remercier en accédant à sa requête.

L’après-Déclaration Balfour

La Déclaration Balfour réjouit les milieux sionistes : la notion de « peuple juif » est reconnue, et plus seulement celle de « religion », ou de « communauté ». D’autre part, Londres voit d’un bon œil que le mouvement sioniste devienne anglophile, car l’Angleterre va être mandataire sur la Palestine, donc sur le « Yishouv », à partir du 24 avril 1922.

Pour les Arabes, cette déclaration contredit la correspondance Mac-Mahon - Hussein, échangée entre juillet 1915 et mars 1916, leur donnant l’espoir d’une inclusion de la Palestine dans un futur grand Etat arabe.

Les chrétiens, qui représentent les puissances occidentales, recensent 300 institutions religieuses : écoles, églises, hôpitaux, dont 77 pour la seule France. Six pays ont des consulats généraux, qui, à partir de 1918, sont placés sous l’autorité directe du ministre des Affaires étrangères de leur pays : la France, la Russie, la Perse, la Grèce, l’Italie et l’Allemagne.

A partir de 1917, les sionistes se réfèrent à cette Déclaration Balfour, lors de chaque échéance diplomatique, comme le président Wilson lors du traité de San Remo en 1920.

Des milliers de Juifs sionistes s’unissent aux Forces britanniques dans la Brigade juive en 1917-1919 contre les Allemands, alors que les Arabes se mettent du côté du Kaiser. En 1920, 5 000 Juifs de l’armée britannique forment la base d’une armée nationale, après avoir appris le maniement des armes.

A la Déclaration Balfour, certains Arabes réagissent positivement : à Covent Garden le 12 décembre 1917, lors d’une réunion sioniste, deux orateurs arabes saluent cette Déclaration. Weizmann, lui, déclare à Manchester que « S’il y avait eu des malentendus autrefois, il n’en était plus de même aujourd’hui ». De grands journaux égyptiens sont amicaux et, à la Mecque, le journal du roi du Hedjaz, Hussein, salue les exilés en ces termes : « Ces fils originaires du pays dont leurs frères arabes devraient profiter matériellement aussi bien que spirituellement ».

Immigration illégale vers la Palestine

Mais les émeutes de 1920-1921, où Brenner, célèbre écrivain sioniste, et Yosef Trumpeldor, le « Héros des pionniers », sont tués, entraînent un durcissement des attitudes.
En 1921, Hadj Amin el Husseini est nommé mufti de Jérusalem par Herbert Samuel [Haut-Commissaire de Palestine. Note d'upjf.org], malgré sa participation aux émeutes antijuives, et il reste chef spirituel des Arabes palestiniens jusqu’en 1937. Sa part de responsabilité dans les émeutes de 1929 et 1936-1939 est évidente. En 1929, ce sont des incidents autour du Mur occidental (dit 'des Lamentations') qui déclenchent celles-ci, faisant 60 morts juifs à Hébron et 45 à Safed. Ces émeutes marquent un tournant dans les relations arabo-juives. Chez les Arabes, le fanatisme religieux est délibérement attisé à des fins politiques, et chez les Juifs, les révisionnistes réagissent plus fort que les ultra-orthodoxes qui ont souffert pendant ces émeutes, alors que le Mur occidental est, pour les révisionnistes, un symbole national plutôt que religieux.
En 1936 a lieu la plus importante vague d’attaques arabes; elle dure 3 ans et fait de nombreux morts et blessés. La tension augmente après l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Les immigrants affluent en masse : 30 000 en 1933, 42 000 en 1934, 61 000 en 1935. Les juifs représentent alors 30% de la population.

Les Arabes palestiniens, renforcés par le déclin de l’influence britannique (l’Irak est indépendant en 1933, et ce mouvement d’indépendance progresse en Egypte et en Syrie) font pression sur les Britanniques, qui publient le « Livre Blanc » en 1939, limitant fortement l’immigration juive, qui devait à la longue cesser. Ceci au moment où les Juifs d’Europe en avaient dramatiquement besoin.

Durant la période qui s'étend de 1904 (mort de Herzl) à la naissance de l’Etat d’Israël, en 1948, le mouvement sioniste est partagé entre de nombreuses tendances, parfois très antagonistes : les territorialistes qui veulent un Foyer National en un lieu quelconque, des « Sionistes de Sion », qui le veulent exclusivement en terre d’Israël, des politiques qui préconisent les efforts diplomatiques, des pragmatiques qui veulent renforcer le « Yishouv » sur le terrain, des indépendantistes, des partisans d’un Etat bi-national, des laïcs, des religieux, une gauche travailliste, une droite révisionniste.

Finalement, ceux qui prônaient la régénération sociale et culturelle du peuple juif sur sa terre ancestrale, dans le cadre d’un Etat-nation souverain, l’ont emporté, encouragés par la Déclaration Balfour du 11 novembre 1917, évoquée à San-Rémo, en avril 1920, et reconnue par la Résolution 181 du 29 novembre 1947, entérinant le plan de partage de la Palestine en deux Etats.

Voir sur le même sujet : Ce jour-là, 14 mai 1948 à Tel Aviv...

Bibliographie

Catherine Dupeyron, Chrétiens en terre sainte, Albin Michel, 2007.
Frédéric Encel, François Thual, Géopolitique d’Israël, Seuil, 2004. 
Walter Laqueur, Histoire du sionisme, Gallimard, 1994.

© Un écho d'Israël

 

Mis en ligne le 15 mai 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

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