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Histoire : Les opérations pour Jérusalem en 1948, Cecile Pilverdier
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20/03/08

Texte repris du site "Un écho d'Israël".

L’opération « Nahshon » (Du 2 au 20 avril 1948)

Dès la Résolution du partage de la Palestine du Mandat britannique par l’ONU le 29 novembre 1947, les premiers éléments de la guerre arabo-juive sont en place : le contrôle des axes routiers et les heurts entre Arabes et Juifs dans les grandes villes à population mixte, (Jérusalem, Haïfa, Jaffa et le sud de Tel-Aviv).

Au départ, la population arabe, renforcée d’éléments des pays arabes voisins, a l’initiative des attaques, la population juive n’exerçant qu’une action défensive.

Jérusalem est le troisième lieu saint de l’islam et le premier du judaïsme, et une des villes les plus importantes en termes d’habitants. La route qui mène à Jérusalem devient le point stratégique. Les voyageurs sont visés par les tirs et les explosifs des villageois arabes qui dominent la route. En réponse à cela, la Hagana forme des convois de véhicules plus ou moins blindés, protégés par des membres armés de la Hagana et de la police des villages juifs. Ces convois vers Jérusalem, surtout dans la partie montagneuse, souffrent, mais arrivent tout de même à gagner Jérusalem et à garder le contact avec la plaine.

Fin mars 1948, les troupes d’Abdel Qader el Husseini, empêchent les convois de ravitaillement d’atteindre Jérusalem, elles coupent la canalisation d’eau et la population juive est assiégée et rationnée. Les 100 000 habitants juifs de Jérusalem doivent s’organiser avec le manque cruel de nourriture, d’eau et de produits de première nécessité. Les responsables, avec à leur tête, David Ben Gourion, décident, dès mars, d’un changement de tactique, et passent de l’attitude défensive à une attitude offensive, initiant ainsi la seconde face de la guerre d’Indépendance. A la suite de cette décision, les chefs de la Hagana conçoivent un plan qui doit : « mettre la main sur le territoire de l’État hébreu, assurer la défense de ses frontières et protéger les villages juifs situés en dehors de ces frontières ».

                    Combattant à Castel

Dans le contexte du « plan D », David Ben Gourion décide de lancer l’opération « Nahshon » pour libérer et ravitailler la ville, (du nom de Nahshon ben Aminadav, qui selon la Bible fut le premier à traverser la Mer Rouge lors de la sortie d’Égypte). C’est la première grande opération de la guerre d’Indépendance, qui vise à prendre l’axe Latroun -Shaar ha Gaï, Qastel et Jérusalem, pour créer ainsi un « couloir » de 2 à 10 kilomètres de largeur jusqu’à Jérusalem. Ben Gourion confie le commandement de l’opération à Shimon Avidan, commandant de la 5ème brigade Guivati, et 1500 hommes sont engagés venant des Guivati de la Hagana, et de Harel du Palmah (On peut encore voir sur la route de Jérusalem les carcasses des blindés). C’est la plus grande organisation des forces de la Hagana concentrées jusqu’alors, pour une seule action. Ils reçoivent les armes arrivées clandestinement de Tchécoslovaquie le 1er avril dans le cargo Nora. 

La responsabilité du ravitaillement est confiée à Dov Yossef qui doit rassembler 3000 tonnes de denrées pour les 100 000 juifs de la ville afin de survivre pendant 3 mois. Pour cela il réquisitionne 300 camions qu’il rassemble à Kfar Bilou, un ancien camp britannique.

Cette opération est précédée de deux actions militaires qui préparent les étapes du combat : le 2 avril, la brigade Guivati lance un raid de diversion sur les positions de Salameh dans la région de Ramleh, et le 3 avril, le village de Qastel est pris ainsi que la colline le surplombant.

Durant l’opération, des forces combattantes prennent différents points de contrôle à l’est et à l’ouest de la route vers Jérusalem, et arrêtent le mouvement des forces jordaniennes. Les villages palestiniens sont pris : Qastel du 2 au 9 avril, passe plusieurs fois de mains en mains. Le 8 de ce mois, le commandant Abdel Qader el Husseini est tué lors des combats, suscitant le désarroi dans le camp palestinien. Finalement le village tombe, pris par deux compagnies du Palmah dirigées par David Elazar. Le village est rasé. Les villages de Hulda et Deir Mouhszin, tombent la nuit du 5 au 6 avril.

Le 9 avril, le village de Deir Yassin est attaqué par des hommes de l’Irgoun et du Lehi. Ils massacrent 110 personnes dont des femmes, des enfants et des vieillards. Cet événement, hors du cadre de l’opération Nahshon, jouera dans l’exode palestinien.

Le 11 avril, c’est le village de Qaluniya qui tombe et que l’on dynamite. Les combats font de nombreuses victimes tant parmi les Juifs que parmi les Arabes.

Le 13 avril, un convoi médical juif allant vers l’hôpital Hadassa du mont Scopus à Jérusalem, est attaqué en représailles de Deir Yassin, 75 médecins et infirmières sont massacrés.

A partir du 14 avril, l’ordre est donné aux hommes du Palmah et de la Hagana de conquérir bases et forces ennemies. Le 20 avril Hulda est rasé. L’opération Nahshon a permis à 1800 tonnes, sur les 3000 prévues, de ravitailler Jérusalem, permettant deux mois de survie avec un fort rationnement.

La mort d’Abdel Qader el Husseini bouleverse l’organisation arabe dans le secteur de Jérusalem. Son successeur Emil Ghuri fait ériger un grand barrage le 20 avril à Baab el Wad (Shaar ha Gaï) et Jérusalem est à nouveau isolée.

Pendant cette opération, 57 soldats de la Hagana sont tués et 72 blessés.

Bilan - Du côté arabe, l’opération Nahshon aura montré le manque d’organisation face à la guerre, faute de logistique, comme l’approvisionnement en nourriture et munitions, les empêchant de maintenir un combat plus de quelques heures en dehors de leurs bases.

Suite à la mort d’Abdel Qader el Husseini, le Comité militaire de la Ligue Arabe ordonne à l’autre force arabe en Palestine, l’Armée de Libération Arabe, de déplacer ses forces de Samarie vers la route de Jérusalem et les régions de Latroun, Lod (Lydda) et Ramléh.

Du côté juif, les acquis de cette opération stimulent le commandement de la Hagana à faire d’autres actions dans d’autres lieux, et on peut y voir un stade important qui a fait passer la Hagana de groupe défensif clandestin, à une armée combattante. Les forces de la Hagana puis de Tsahal, continuèrent à avoir l’initiative dans le but de prendre des parcelles de terrain le long de la route de Jérusalem (Opération Dani, Opération de la montagne). Cependant la première voie de circulation sécurisée vers la ville ne fut ouverte qu’avec l’aménagement de la « Route de Birmanie ».

Comme nous l’avons vu dans l’opération « Nahshon », Jérusalem s’est trouvée plusieurs fois assiégée, et malgré d’autres actions, telle que celle de Harel, la partie montagneuse de la route, dominée par les villages arabes, ne laissait pas passer les convois. Les Juifs, à plusieurs reprises, essayèrent de prendre le poste de police de Latroun, mais sans succès, ce qui eût permis d’assurer la sécurité de ce tronçon de route.

                                                                                                         «La route de Birmanie » (Juin 1948)

En juin 1948, une force conduite par David Marcus, commandant de la patrouille de reconnaissance de Jérusalem, découvrit une voie secondaire au sud de la route principale. Ce chemin passait par une espèce de couloir entre les forces de l’armée jordanienne à Latroun, et les forces égyptiennes, positionnées au sud de Jérusalem. La plus grande partie de la route était praticable, sauf un passage. Avec la découverte de ce sentier, les convois de marchandises commencèrent à avancer jusqu’au passage problématique, puis là, on transporta la marchandise à bout de bras, de Sushin jusqu’à Har Touv, vers des véhicules situés de l’autre côté du passage. L’existence de cette nouvelle voie fut gardée très secrète. Puis, après un mois et demi de siège, le convoi arriva enfin à Jérusalem.

En même temps, des discussions avaient lieu entre les différentes forces combattantes, sous la protection de l’ONU, pour arriver à un cessez-le-feu. Pour consolider cette nouvelle route, avant l’application du cessez-le-feu, une opération du génie, osée et secrète, eut lieu pour aménager le passage problématique. Malgré la pression du temps et le manque de matériel, les ouvriers réussirent à terminer l’opération à temps. Comme résultat, avec l’entrée du cessez-le-feu le 11 juin 1948, les convois de vivres pour Jérusalem assiégée, purent passer en sécurité le 9 juin.

L’ouverture de la route de Birmanie, dans les conditions et les difficultés rencontrées par les ouvriers, ont fait de cette action l’une des histoires les plus héroïques de la guerre d’Indépendance et des opérations pour Jérusalem.

La route de Birmanie israélienne a reçu son nom de la route de Birmanie asiatique, qui relie le sud de la Chine au nord de Anmar en Birmanie. Elle fut construite lors d’une opération courageuse du génie, entre 1937-1938, après le commencement de la guerre Sino-Japonaise. Durant la seconde guerre mondiale, un contournement fut construit sur une partie de cette route, pour éviter les forces japonaises, dans une opération du génie, non moins courageuse.


© Un écho d'Israël 

 

Mis en ligne le 20 mars 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

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