Union des Patrons et Professionnels Juifs de France
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Histoire
"Comme un Juif en France", une fresque documentaire improbable et magnifiquement réussie
Avec ce film remarquable, Yves Jeuland - qui n'en est pas à son coup d'essai, tant s'en faut - me semble avoir atteint l'apogée de son talent. Je tiens à le féliciter ainsi que tous ceux et celles qui ont participé à la réalisation de ce chef-d'oeuvre documentaire. Il vaut la peine de souligner - car c’est une qualité rare dans ce genre de programme - que ce document n'est jamais ennuyeux, mais se regarde, au contraire, comme une superproduction cinématographique. C’est au point que l’on voudrait qu’il dure encore une heure, voire davantage. On ne peut parler de cette oeuvre qu'au superlatif. Je souhaite vivement qu'elle fasse l'objet non seulement d'une rediffusion, mais également d'une reproduction sur DVD. Cela permettrait à des enseignants et/ou à des conférenciers d’illustrer leurs exposés avec un matériau de qualité. Je me permets de recommander à celles et ceux d'entre vous qui ont vu ce programme et l'ont apprécié, d'exprimer chaudement leur satisfaction à la chaîne pour cette diffusion. Nous sommes si souvent prompts à interpeller les médias pour exprimer notre mécontentement lorsqu'ils donnent de notre peuple et de l'Etat d'Israël une vision qui nous semble partiale, voire hostile. Alors, quand un médias - qui, de surcroît, se trouve être la chaîne de télévision nationale - diffuse un tel chef-d'oeuvre, il serait mesquin de notre part, et finalement contreproductif, de ne pas saluer la performance. Je l'ai fait personnellement, avec chaleur, et j'espère que vous serez nombreux à faire de même. (Menahem Macina).
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08/11/07

Cette page reprend une bonne partie du descriptif qui figure sur le site de France 3, mais il doit être clair qu'il ne s'agit que d'un digest. C'est sur le site de Fr3 que l'internaute trouvera le plus de renseignements sur ce programme, sans parler des extraits vidéos et des photos qui l'illustrent et le documentent de manière remarquable.

Deux soirées spéciales les 6 et 7 novembre

Le 12 juillet 1906, un ultime jugement de la Cour de cassation rendait à Alfred Dreyfus son honneur ; après douze années de batailles juridiques et de joutes politiques, de controverses et de retournements, douze années d’injustice et d’humiliations, le capitaine Dreyfus était définitivement réintégré dans l’armée française.

L’affaire Dreyfus avait déchaîné les passions et la haine antisémite mais elle se concluait par la défaite des anti-dreyfusards, par la victoire de la République. Emmanuel Levinas rapportait les paroles de son grand-père au lendemain de la réhabilitation de Dreyfus : "Un pays qui se déchire, qui se divise pour sauver l’honneur d’un petit officier juif, c’est un pays où il faut rapidement aller".

C’était il y a un siècle. Aujourd’hui, la mémoire et l’identité juives semblent plus que jamais liées à notre destin national. Alors que le fracas des armes et les cris des victimes du conflit israélo-palestinien retentissent jusque dans les villes et les banlieues françaises, j’ai eu envie d’explorer les rapports entre les juifs et notre République ; du déclenchement de l’affaire Dreyfus en octobre 1894 jusqu’au malaise des années 2000. En septembre 2004, j’ai fait part de mon désir de raconter cette histoire en images à Michel Rotman et Marie-Hélène Ranc (Kuiv productions). Très vite, l’historien Michel Winock a fait partie de l’aventure. Longue aventure.

J’avais conscience des difficultés et des écueils que représentait une telle entreprise : un siècle de vie juive en France… Le champ est immensément vaste. Quels allaient être mes axes de narration ? Ce documentaire allait devoir assumer des partis pris. Il ne pouvait être l’adaptation du précieux livre de Michel Winock qui couvre l’ensemble des événements historiques touchant aux relations entre la République et la population juive de France depuis la Révolution. Et je ne voulais ni d’une histoire de l’antisémitisme français, ni d’un film à reconstitutions et à fausses barbes. Plusieurs éléments allaient donc guider mes choix de réalisation. D’abord la matière : les entretiens et les archives.

De l’affaire Dreyfus à Vichy
(épisode 1 diffusé le 6 novembre à 20h 50)

Résumé : Affaire Dreyfus : un capitaine insulté, humilié, bafoué, emprisonné et finalement honoré, de longues années après. Israélites et français depuis 1791, les juifs retrouvent la confiance et l’espérance. D’autres juifs venus de Pologne, de Roumanie, de Turquie, de Hongrie ou de Russie combattant dans la Grande Guerre, et criant Vive la France, en yiddish, puis en français. Paris était leur Jérusalem, la Seine leur Jourdain, la France une nouvelle Terre promise. La joie. Mais la France promise les trahit, dans la douleur et dans la honte. Dans les rafles. Dans la peur. Vichy livre les Juifs à leurs bourreaux nazis. Chemises brunes, étoiles jaunes, années noires, affiche rouge. La résistance et l’entraide aussi, des Juifs et puis des Justes. Le courage. Mais la nuit qui n’en finit pas, et la mort, par millions.

 

De la Libération à nos jours

(épisode 2 diffusé le 7 novembre à 20h50)

Résumé
 : 1944, la France reprend ses couleurs mais comment oublier ? Les survivants tentent d’étouffer leurs cauchemars pour retrouver un chemin et un avenir. 1962, des centaines de milliers de rapatriés d’Algérie affluent vers la métropole. Parmi eux, des juifs d’Oran, de Constantine ou d’Alger. D’autres juifs aussi, du Maroc, de Tunisie ou bien d’Egypte. Le déracinement mais la vie. Un bouleversement démographique, une révolution culturelle. 1967, Israël, terre refuge après la tourmente, menacée de mort par les pays arabes, remporte une guerre. Ces Six jours ébranlent le monde. Pour beaucoup de juifs français, une nouvelle conscience de soi. Au tournant des années 1980, on se passionne pour les cultures minoritaires, les juifs semblent à la mode. L’histoire et le passé enfin refont surface. Avec difficulté. « Il n’est pas nécessaire de troubler la mémoire nationale » disent alors les politiques. Plus tard, cinquante ans après Vichy, la France reconnaîtra ses responsabilités. A l’aube des années 2000, la République semble avoir repris l’offensive et personne ne se doute qu’avec le déclenchement de la seconde Intifada, un nouveau cycle d’inquiétudes et de violences allait bientôt s’ouvrir en France…


La parole des témoins

Pour restituer cette mémoire commune, je savais que la parole des témoins serait au cœur de l’histoire. Le choix de ces femmes et de ces hommes ne s’est pas fait sur des critères de notoriété ou de représentativité. "Deux juifs : trois synagogues" a-t-on coutume de dire… Mes décisions ont été subjectives, affectives presque. Parmi les dizaines d’entretiens préparatoires que j’ai menés, ces treize personnalités m’ont touché, passionné. Pas de quotas donc, même si leurs univers sont différents, leurs voix plurielles et contrastées, leurs ascendances multiples : juifs d’origines roumaine, bessarabienne, polonaise, ou bien venus d’Afrique du Nord, de Turquie et d’Alsace. Plusieurs sont pratiquants, certains simplement "juifs de Kippour", d’autres enfin sont athées. Certains d’entre eux, d’entre elles, exercent des responsabilités au sein d’organismes juifs français. Tous ont un rapport singulier à leur judéité et au judaïsme français : objet d’étude, d’écriture, de travail, d’intérêt, de passion. Je n’ai pas interrogé seulement leur connaissance de l’histoire des juifs en France, mais aussi leur mémoire familiale, leur capacité à mêler aventure collective et histoire intime. Ce film est aussi le leur. Leur confiance m’honore.

Robert Badinter

Avocat, ancien garde des sceaux, ancien président du conseil constitutionnel, Robert Badinter est notamment l’auteur de "Un antisémitisme ordinaire. Vichy et les avocats juifs, 1940-1944", chez Fayard en 1997.

Sénateur, il est, par ailleurs, vice-président de la Fondation du Judaïsme Français.
« Il ne faut pas être prisonnier de la mémoire. Il faut avoir la mémoire. Ne pas oublier, mais ne pas vivre avec cette obsession, cette nuit en soi de la Shoah qui fut. D’ailleurs dans la tradition juive, on dit toujours "Lehaïm !", [à] la vie. C’est ça le message qu’il faut conserver : que la vie soit plus forte que la mort. Lehaïm ! »

« Vous voyez, le plus beau mot que je connaisse sur l’occupation, c’est celui de Nordmann, il disait : "Tu sais, entre les juifs et la France, c’est une histoire d’amour qui a mal tourné". C’est terrible. »

« Ce que j’ai mis longtemps à mesurer, c’est une forme de renaissance de l’antisémitisme. Je n’y croyais pas. Et puis, j’ai mesuré que, à travers l’antisionisme, mais au-delà, s’appuyant sur l’antisionisme, on voyait ressurgir les vieux démons de l’antisémitisme de jadis. »

 

Elie Barnavi
Elie Barnavi est professeur à l’université de Tel-Aviv, ambassadeur d’Israël en France de 2000 à 2002, historien et auteur de "Lettre ouverte aux juifs de France", chez Stock, en 2002, et de "La France et Israël", avec Luc Rosenzweig, chez Perrin, en 2002.
« Seules la France et l’Amérique ont eu cette espèce d’éclat messianique, puisqu’elles portaient un message universel. On trouve des expressions, à l’époque de l’émancipation des juifs de France, qui disent : "à partir de maintenant la Seine est notre Jourdain, Paris est notre Jérusalem..." »

 

Jean Benguigui
Comédien au théâtre et au cinéma, ce juif laïc est né en avril 1944 à Oran. Passionné d’histoire et de politique, il a joué dans de très nombreux films, notamment avec Alexandre Arcady, et récemment dans un film israélien "Au bout du monde à gauche", en 2003.
« Pamiers, je ne savais même pas que ça existait, Pamiers ! Bon, je dis : « Pamiers c’est où ? » On me dit « Ariège ». Ariège ?! Donc là, y’a pas un juif dans l’Ariège ! Peut-être qu’avant les Cathares il y en a eu, je sais pas. Et puis, moi je n’arrivais pas là en tant que juif, j’arrivais en tant qu’Oranais rapatrié. »

Paul Bernard
Né à Paris en 1977, ancien élève de l’Ecole Normale supérieure, agrégé de lettres, a été secrétaire national puis vice-président de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), de 2001 à 2004. Membre du comité central de l’Alliance israélite universelle de la commission "relations avec les musulmans" du CRIF

Rachel Cohen
Directrice de l’école de l’Alliance Israélite Universelle à Pavillons-sous-Bois (93), depuis 1979, Rachel Cohen est née dans une famille pieuse à Marrakech, ville qu’elle quitte avec les siens, en 1964, pour s’installer à Strasbourg. Trois de ses sept enfants vivent aujourd’hui en Israël. Elle-même prépare son aliyah.
« Un jour ma jeune sœur, dans la cour de l’école, se fait traiter de "sale Sépharade". Et comme elle ne savait pas quoi répondre, elle a répondu "sale juive" à sa camarade ; alors la copine ashkénaze, indignée, va chez le surveillant général qui punit ma sœur. Mais après, elle a appris qu’on pouvait dire aussi "sale Ashkénaze". »

Daniel Farhi
Né à Paris en 1941 de parents juifs d’origine turque, le rabbin Daniel Farhi fonde, en juin 1977, le "Mouvement juif libéral de France" (MJLF) ; il en est, depuis, le Premier Rabbin. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages : "Parler aux enfants d’Israël, un judaïsme dans le siècle", "Au dernier survivant", et récemment, "Profession rabbin, de la communauté à l’universel".
« Mes parents auraient vu comme une espèce de mésalliance si un de leurs enfants avait épousé un juif originaire de Pologne. Aujourd’hui, un juif dont les enfants trouvent un autre juif est déjà très content ! Mais, à l’époque, il y avait cette espèce d’ostracisme. »

Bruno Fiszon
Grand rabbin de Metz et de la Moselle, depuis 1997, Bruno Fiszon est issu d’une famille venue du Yiddishland (Pologne et Hongrie). Rabbin d’une communauté composée majoritairement de juifs lorrains, il est marié à une juive marocaine. Au sein du grand rabbinat, Bruno Fiszon est chargé des questions d’éducation et de chehitah (abattage rituel).

Raphaël Draï
Né à Constantine, Raphaël Draï est professeur agrégé à la faculté de Droit et de Sciences-Po d’Aix-Marseille, spécialiste des rapports entre politique et religion. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont "Identité juive, identité humaine", en 1995, et "Sous le signe de Sion ; l’antisémitisme nouveau est arrivé", en 2001.
« Le plus dur, c’était la préparation du repas du Shabbat. Ne pas retrouver les ingrédients pour faire le couscous comme là-bas. On trouvait des courgettes, mais c’étaient pas les courgettes comme là-bas. C’était jamais comme là-bas. Donc, c’était pas un vrai shabbat, c’était un shabbat d’exilés. On allait au marché d’Aligre, on revenait comme un pêcheur qui revient bredouille, il va pêcher au thon et il revient avec un petit maquereau… Et puis, le goût de la vie a redonné du goût aux choses… »

 


Le point de vue de l’historien

 


L’histoire des Juifs en France, du Moyen-Âge à nos jours, par Michel Winock


Les juifs occupent dans l’histoire de la France une place singulière. Persécutés en même temps que tolérés au Moyen âge et dans les premiers siècles des temps modernes, ils sont émancipés par la Révolution, en 1791. À cette date, ils deviennent des citoyens à part entière. Ils sont alors peu nombreux, environ 40 000, habitant principalement l’Est de la France. Au siècle suivant, on assiste à une extraordinaire promotion des juifs français dans tous les domaines : le commerce, la finance, la politique, les arts, la musique, la littérature, le journalisme, le théâtre… Beaucoup se convertissent ou cessent toute pratique religieuse. Les mariages mixtes se multiplient. Ils acquièrent une « visibilité » qui suscite la jalousie, parfois la haine. Mais, dans l’ensemble, c’est, jusqu’aux années 1880, un siècle heureux pour les juifs de France, protégés par l’État, de Louis-Philippe à Napoléon III.


 
par Michel Winock


Les juifs occupent dans l’histoire de la France une place singulière. Persécutés en même temps que tolérés au Moyen âge et dans les premiers siècles des temps modernes, ils sont émancipés par la Révolution, en 1791. À cette date, ils deviennent des citoyens à part entière. Ils sont alors peu nombreux, environ 40 000, habitant principalement l’Est de la France. Au siècle suivant, on assiste à une extraordinaire promotion des juifs français dans tous les domaines : le commerce, la finance, la politique, les arts, la musique, la littérature, le journalisme, le théâtre… Beaucoup se convertissent ou cessent toute pratique religieuse. Les mariages mixtes se multiplient. Ils acquièrent une « visibilité » qui suscite la jalousie, parfois la haine. Mais, dans l’ensemble, c’est, jusqu’aux années 1880, un siècle heureux pour les juifs de France, protégés par l’État, de Louis-Philippe à Napoléon III.


Les années 1880 marquent un tournant. Les juifs, qui sont alors environ 80 000 en France, deviennent l’objet de ce qu’on va commencer à appeler l’antisémitisme. L’avènement d’une république anticléricale entraîne la presse catholique dans la dénonciation simultanée des juifs et des francs-maçons, souvent confondus. La dépression économique et le chômage qui s’ensuit poussent des tribuns et des publicistes à dénoncer la main des juifs. L’immigration de juifs de Russie et autres pays de l’Est où ils sont persécutés suscite la xénophobie. En 1886, Drumont connaît un grand succès de librairie avec sa France juive, qui dénonce « l’invasion » en termes délirants et qui orchestre un redoutable courant antisémite, de gauche et de droite. L’affaire Dreyfus éclate comme le point d’orgue de cette montée en puissance de la haine.

 

Cependant, la France républicaine existe. Elle a ses leaders, ses penseurs, ses journaux, ses écoles, ses hommes politiques. L’affaire Dreyfus se termine par la défaite des nationalistes et des antisémites, par la victoire de la loi et de l’idéal républicain. Dreyfus, réhabilité, réintégré dans l’armée, fera partie de ces milliers d’officiers et de soldats juifs, français et étrangers, qui participeront à la Grande Guerre, dans l’esprit de défendre le sol de la Nation émancipatrice.


On aurait pu imaginer que cet engagement des combattants, rentrés morts ou vivants des tranchées, mettrait un terme définitif aux passions antijuives. Or, dans les années trente, les juifs sont de nouveau l’objet des hostilités de tout genre : la crise économique, l’immigration des persécutés par le régime nazi, l’accusation qui pèse sur eux de vouloir entraîner la France dans une guerre contre Hitler produisent une nouvelle campagne contre les juifs. Mais, comme dans la crise précédente, la résistance à la barbarie demeure, comme l’atteste l’arrivée au pouvoir d’un juif, Léon Blum, en 1936. Une nouvelle attitude des catholiques se concrétise à travers les écrits favorables aux juifs de Maritain, Mauriac, Claudel, Mounier… Le décret Marchandeau pris en 1939 interdit les écrits antisémites. Mais la guerre et la défaite de 1940 entament la période la plus noire des juifs en France.

 

Les responsabilités de Vichy, « l’État français », dans la discrimination, la persécution et enfin la déportation des juifs vers les camps d’extermination sont aujourd’hui bien établies. La France antisémite s’est épanouie sous la botte allemande ; les vieux démons se sont donné libre cours et les profiteurs ont su profiter des confiscations des biens « israélites ». Pages noires, années sombres, qui ne doivent pas cacher cependant l’action, parfois héroïque, de ceux que l’État d’Israël a nommés les Justes. Le plus souvent restés anonymes, ils ont pris le risque de protéger, d’héberger, de nourrir et d’éduquer, des enfants qui furent sauvés du génocide. Des adultes aussi ont pu trouver secours auprès de gens qu’ils ne connaissaient pas. Sur 300 000 juifs vivant en France en 1939, 75 000 furent déportés en Allemagne ; moins de 3 000 en sont revenus.

 

Les années d’après-guerre sont une phase étrange d’occultation. On parle des déportés, mais sans distinguer les déportés politiques des déportés « au nom de la race ». La France doit se réconcilier dans le mythe de la Résistance contre une poignée de traîtres et de collabos. Les juifs revenus des camps et l’ensemble des survivants parlent rarement d’Auschwitz. Ils ne veulent pas se distinguer : ils l’ont suffisamment été par l’étoile jaune, les statuts discriminatoires, et les chambres à gaz.


Ce sont les nouvelles générations, en quête de mémoire, qui feront sortir l’histoire de la Shoah des ténèbres. Les livres, les travaux historiques, les derniers procès de la guerre, les films restituent en quelques années l’histoire de la Shoah. Alors que les juifs du 19e siècle voulaient se fondre dans la masse des citoyens, les juifs de la fin du 20e siècle veulent affirmer leur identité. Plusieurs facteurs y ont présidé : le rapatriement des juifs d’Algérie en 1962, la guerre des Six Jours, la poursuite du conflit israélo-palestinien en sont les principaux.

 

Les 600 000 juifs environ qui vivent aujourd’hui en France pouvaient se sentir à nouveau en sécurité dans la République. Cependant, les premières années du nouveau siècle ont vu les flambées d’un nouvel antisémitisme, une judéophobie largement liée aux affrontements du Proche-Orient, mais aussi aux problèmes sociaux nés des pannes de l’intégration des enfants et des adolescents de filiation maghrébine. De nouveaux exclus de la société ont trouvé l’exutoire de leur détresse dans l’agression des juifs — autre minorité française qui, elle, « a réussi ». Un sentiment d’insécurité s’est ainsi répandu après quelques incendies et de nombreuses brutalités. Les pouvoirs publics ont réagi, mais n’ont pu complètement rassurer.


La question est de savoir aujourd’hui si tous les citoyens français, quelles que soient leurs diversités culturelles et ethniques, sauront tisser de nouveau ce vouloir vivre ensemble, sans lequel il n’est pas de société humaine.

 

 

Le Film

 

 

Le réalisateur


Yves Jeuland est auteur et réalisateur de documentaires diffusés sur France Télévisions, Canal+ et Arte. Il a obtenu en 2001 le 7 d’or de la meilleure série documentaire pour son film Paris à tout Prix sur deux ans de campagne municipale dans la capitale. En 2004, il reçoit le FIPA d’argent pour son documentaire « Camarades », et vient de recevoir le Lia Award, au Festival du film de Jérusalem, en 2007, pour son dernier : "Comme un juif en France".


Parmi ses autres réalisations : "Rêves d’énarques" ( 1999) "Bleu Blanc Rose - sur trente ans de vie gay et lesbienne en France" (2002) "La Paix, nom de Dieu !" tourné en Israël et en Palestine, en 2003, et "Le siècle des Socialistes" (2005).


Yves Jeuland nous raconte dans ces pages la genèse de son projet, il nous livre également ses influences (cinéma, musique etc.).

 

Les archives

 

Les archives sont, bien sûr, la seconde matière du récit. Leur force, leur originalité et leur pertinence ont guidé également mes choix. Une période riche en documents exceptionnels - ou inédits - a ainsi pu être privilégiée, certaines images pouvant même susciter un questionnement différent. Le travail de Valérie Combard, documentaliste, a ainsi été essentiel, tout comme les suggestions et la présence à mes côtés de Sylvie Bourget, au cours de ces longs mois de montage. Tant d’heures d’entretiens et d’archives…

Je l’ai dit, ce sont les paroles des témoins du film qui ont d’abord orienté le récit, ce sont leurs commentaires personnels et leurs émotions qui ont éclairé l’histoire. Mais leurs souvenirs ont aussi été nourris de mon propre regard et de mon questionnement.

 

Le cinéma

 

Dès le début de mon travail, j’ai voulu avoir recours également à la mémoire cinématographique, au regard que des cinéastes portaient sur l’histoire du pays et de leur siècle. Etrangement d’ailleurs, le cinéma est né en pleine affaire Dreyfus, à la fin du XIXe siècle, point de départ du film. Parmi les extraits de films présents dans le documentaire : "L’affaire Dreyfus", de Lucien Nonguet (film Pathé, 1908), "La grande illusion", de Jean Renoir, "Le chagrin et la pitié", de Marcel Ophuls, "Le vieil homme et l’enfant", de Claude Berri, "Mr Klein", de Joseph Losey, "La Vie devant soi", de Moshé Mizrahi, "Le coup de sirocco", d’Alexandre Arcady, "La petite Jérusalem", de Karin Albou, etc.

 

La musique

 

Autre compagnon de route, la musique. J’y ai toujours attaché beaucoup d’importance dans mes documentaires. Cette histoire, plus encore peut-être que les précédentes, devait se raconter en musique. Pour évoquer la vie des juifs en France, j’ai demandé à Eric Slabiak de composer une musique originale. Nous avions déjà travaillé ensemble sur d’autres réalisations, notamment « Camarades » et « La Paix, nom de Dieu ! ». Avec sa sensibilité et sa grande connaissance du répertoire yiddish, notamment, il a su trouver les bonnes notes, la bonne partition.


La composition d’une musique originale ne nous a pas empêchés d’avoir recours à quelques chansons existantes. Comme pour le cinéma, elles font partie de la mémoire collective du pays, des souvenirs des Français, juifs ou non-juifs. Chansons françaises, chansons judéo-arabes, je vous laisse les (re)découvrir. D’autres titres, de Serge Gainsbourg à Léo Fuld, sont, en revanche, moins connus.

 

 

Fiche Technique

 

Un film de Yves Jeuland

avec la voix de Mathieu Amalric
Conseiller historique : Michel Winock
Montage : Sylvie Bourget
Documentaliste : Valérie Combard
Musique originale : Eric Slabiak
la chanson générique du film (Douce France, adaptée en yiddish par Yitskhok Niborski) est interprétée par Dave
Image : Jérôme Mignard
Son : Matthieu Daude
Palette graphique : Thierry Merli et Yoann Crez
Graphisme générique : Didier Hubert
Assistant à la réalisation : David Nadjari
Administrateur : Bernard Kieffer
Direction de Production : Vincent Gazaigne, assisté de Laëtitia Ball
Une production KUIV Michel Rotman et Marie Hélène Ranc
Avec la participation de France 3, France 5, du Forum des Images, Planète, du CNC, de la PROCIREP - l’ANGOA, de l’ANCSEC, du Ministère des Affaires Etrangères et de la Fondation Rothschild - Institut Alain de Rothschild et de la Sacem.

 

France 3
Muriel Rosé, directrice des unités documentaires et magazines
Anna Glogowski, conseillère de programmes de l’unité documentaires

 

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© France 3 

 

Mis en ligne le 8 novembre 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org

 

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