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Israël l'incompris, Nicolas Limbourg
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L'Union européenne jure ses grands dieux qu'elle chérit Israël. Mais c'est avec les yeux de Chimène qu'elle regarde Arafat. Depuis la Guerre des Six-Jours, à l'occasion de laquelle le Général de Gaulle afficha sa défiance admirative pour ce «peuple sûr de lui et dominateur», l'antisionisme s'est banalisé, au point de devenir une façon naturelle de commenter l'actualité
proche-orientale. La défense de l'État hébreu passe pour un acte d'allégeance à je ne sais quelle horrible dictature !

Je dois signaler que l'amalgame, érigé en dogme évangélique par les Nations-Unies jusqu'en 1990, du sionisme avec une idéologie raciste a émané, d'abord bien sûr des organisations palestiniennes, mais aussi et surtout de leur grand argentier : l'Union soviétique, laquelle persécutait, depuis le faux complot des blouses blanches, ses ressortissants juifs - sans que
personne y trouvât à redire. On le comprend, sous couvert de condamner une pensée politique, une forme d'antisémitisme très hypocrite fut légitimée par la communauté internationale[1] pendant (au moins) quinze ans - ce qui fut tout bénéfice pour le Kremlin et ses suppôts.

Il était devenu insupportable aux bien-pensants de la Rive gauche que l'État hébreu pût se montrer plus intraitable qu'eux avec le terrorisme tiers-mondiste. Si le sionisme, réputé jusqu'alors progressiste (cf. David Ben Gourion, la longévité gouvernementale du parti travailliste, les kibboutzim, etc.), se vit ravalé au rang de doctrine impérialiste et extrémiste, c'est parce qu'il n'interdisait pas au peuple hébreu de se défendre (avec succès, de surcroît) contre des Nasser et des Assad, nouveaux héros de la gauche pré- et post-soixante-huitarde.

Pire encore, l'arrivée de Menahem Begin au pouvoir en 1977 acheva de les détourner de leur utopie agraro-collectiviste. Que les Israéliens puissent un jour être gouvernés par la droite, cela dépassait l'entendement de nos démocrates hémiplégiques, dévots de la dictature du prolétariat. Les institutions de ce pays semblent, à vrai dire, peu passionner nos commentateurs ertébeens [allusion à la chaîne nationale belge, RTBF, ndlr]. Sinon, ils sauraient que l'apartheid qu'ils décrivent n'existe que dans leur tête. Preuve en est qu'un député arabe a été déchu, à la fin de l'année 2001, de son immunité parlementaire, en raison de son soutien aux assassins anti-israéliens.

L'un des griefs les plus odieux que l'on entende est celui qui accuse les autorités israéliennes de se comporter avec les Palestiniens comme de vulgaires bourreaux nazis. Nos scribes de la désinformation montrent de la sorte qu'ils méprisent les victimes de la Shoah ou, dans le meilleur des cas, qu'ils ignorent l'essence du nazisme. La répression du terrorisme par Tsahal
est ainsi dénoncée comme un acte de génocide. Parce que les Allemands, et leurs féaux, traitaient les résistants de terroristes, tout terroriste actuel deviendrait, par la grâce d'un syllogisme aberrant, un résistant !

Or :
- Premièrement, les vrais terroristes, c'étaient les SS et la Gestapo, pas ceux qui combattaient pour se délivrer de leur joug. Une organisation terroriste honnit par définition la liberté individuelle et la représentation démocratique : voir l'ETA, le Sentier lumineux, Carlos, Ben Laden, etc.

- Deuxièmement, les nazis ont commis à l'encontre des prisonniers politiques (gaullistes, libéraux, socialistes ou communistes) des crimes de guerre; pas un génocide. Ce sont les juifs qui en furent victimes. Un crime contre l'humanité est perpétré contre des personnes auxquelles toute individualité propre a été retirée : elles sont assassinées non pour des actes présumés, mais pour leur être commun. Le mobile n'a rien de juridique, mais appartient à l'arbitraire dément d'une décision pseudo-biologique.

- Troisièmement, Israël n'a rien d'un État totalitaire, c'est une démocratie, imparfaite comme elles le sont toutes, mais pas plus que certaines qui aiment à lui assener constamment des leçons de morale politique... Au vu de la liberté dont jouit la presse locale, il y aurait sans doute des enseignements que plusieurs de nos journaux pourraient tirer.

Quant à l'accusation de racisme, la vérité historique est simple et étayée par les travaux les plus sérieux, d'André Chouraqui à Annie Kriegel : quand, en 1948, ce pays fut reconnu par les Nations- Unies, la population arabe intérieure et extérieure a refusé d'admettre l'existence d'un État juif au point de recourir à la violence armée pour tenter, vainement, d'expulser ses citoyens. De même, alors que les Israéliens avaient accepté la partition du territoire en deux États, les Palestiniens ne voulurent pas en entendre parler.

Encore aujourd'hui, toutes ces factions grotesquement réputées représentatives, de l'OLP au FDLP, ne tolèrent pas que des non-Arabes vivent librement dans cette région. Tous ces groupes, qui s'apparentent bien plus à des gangs mafieux qu'à des partis normaux, excluent simultanément de signer la paix avec les Hébreux et de fonder des institutions de liberté, c'est-à-dire démocratiques. Ajoutons que la xénophobie des pays arabes, dont les juifs font les frais, correspond à une haine anti-occidentale dont les événements du mois de septembre ont démontré les horreurs qu'elle pouvait provoquer.

La société palestinienne n'est pas étranglée par Israël, elle est instrumentalisée à la fois par un Yasser Arafat vieillissant et ceux qui lui contestent toute capacité... à rayer l'État hébreu de la carte du monde. Les Palestiniens vivant en terre israélienne bénéficient d'un bien-être que ne
connaissent hélas ! pas ceux qui subissent la tutelle de l'Autorité palestinienne. À la suite des Accords d'Oslo, l'Onu et l'Union européenne ont aidé financièrement celle-ci à se doter d'infrastructures efficaces. Visiblement, l'argent n'a pas été utilisé à bon escient... Il est notoire
qu'il a notamment servi à la publication de manuels scolaires fourmillant de slogans antisémites et d'appels à la guerre sainte. Demande-t-on au Raïs crépusculaire de rembourser ses créanciers ? En revanche, la Flandre et l'Union projettent des sanctions financières contre Tel-Aviv, pour «destruction de matériel» ou «excès répressif» !

D'autre part, je constate que la solidarité des régimes arabo-musulmans avec le peuple palestinien se manifeste davantage dans la livraison d'armes que dans un soutien économique dont ils ne cessent de répéter au monde occidental qu'il apporterait la paix.

Qu'attendent-ils pour le faire en ce cas ? Ils sont quand même plus concernés que nous par le sort de leurs frères. Ce n'est pas l'amour des leurs qui les soude, mais la haine d'une démocratie juive. Tandis que nos gouvernements, moutons de Panurge du tiers-mondisme pleurnichard, s'unissent dans une réprobation d'Israël qui l'isole chaque jour davantage, pendant qu'elle décrédibilise leur sincérité démocratique.

Ariel Sharon a désormais remplacé dans les médias Milosevic et Pinochet. Au nom, on l'aura deviné, de l'objectivité. Nos gouvernements pusillanimes, manipulés par la propagande antisioniste, prononcent le nom du Premier ministre israélien avec un accent de dégoût qu'ils ont appris à maîtriser en lisant Le Monde diplomatique, Libération, ou Le Soir.

En vérité, ils ne lui pardonnent pas d'avoir mené une action qu'ils seraient bien en peine de décider. Je ne parle pas du massacre de Sabra et Chatila - dont on sait, ou devrait savoir, qu'il n'en est ni l'auteur ni l'organisateur -, mais de l'opération «Paix en Galilée» qui visait, d'une part, à sauver le Liban de la mainmise syrienne (dont elle n'est toujours pas sortie) et, de l'autre, à protéger les frontières de l'État hébreu. L'OLP et l'armée d'Hafez el-Assad avaient transformé le pays du cèdre en terre de cendres.

La conscience universelle, entendez : partiale, de nos intellectuels et de nos dirigeants ressemble à s'y méprendre à un nouveau Tribunal Russell [2]. Ils feignent en réalité d'ignorer que le Liban avait sombré dans le chaos en 1974, sans qu'Israël y fût pour quelque chose. D'après eux, l'horreur a débuté le 16 septembre 1982 (date du carnage commis par les milices
chrétiennes).

Faire asseoir M. Sharon au banc des accusés, cela reviendrait par exemple à accréditer a posteriori les thèses des nostalgiques d'Hitler, qui auraient voulu que les Alliés fussent inculpés de crime contre l'humanité en raison des bombardements de Dresde et d'Hiroshima.

Une guerre n'est jamais propre. Pour cette raison, une démocratie devrait-elle s'abstenir de livrer un combat quand elle se sait en péril ? En Europe, nous avons élevé en doctrine diplomatique la croyance que la courbure d'échine nous sauve des périls terroristes; nous estimons que la couardise nous préserve des ennemis de la liberté qui alternent le fiel et le miel. Cette démission regrettable les invite au contraire à mépriser nos gouvernements et nos concitoyens. Au lieu de sermonner Israël, il serait temps que nos représentants prennent exemple sur la force de caractère de ses dirigeants.

Enfin, si les Palestiniens veulent être reconnus comme une nation recommandable par leurs interlocuteurs israéliens, qu'ils commencent par accepter les règles du droit et de la démocratie.

Nicolas Limbourg

[1] Cette motion, votée en 1975, obtint la majorité des suffrages à cause du poids considérable des pays communistes et des prétendus «non-alignés». L'Organisation des Nations-Unies accueille dans ses rangs aussi bien des nations démocratiques que des régimes autoritaires et totalitaires...
[2] À méditer : les mêmes qui vocifèrent contre les «colonies» juives à Gaza, s'abstiennent de protester contre la tutelle peu humanitaire qu'exerce Damas sur Beyrouth. Sans doute s'agit-il d'un exemple de notre si renommée «diplomatie de l'équidistance».

Source AIPJ

[Texte aimablement transmis par G.S. Toledano.]
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