Texte repris du site Un écho dIsraël.
Depuis les débuts de laventure du sionisme politique, la question des Lieux saints de Jérusalem a souvent été abordée. Dans bien des cas, les dirigeants ont tenu à rassurer les musulmans et les chrétiens en leur promettant, dans un futur Etat hébreu, lautonomie des Lieux Saints.
David Ben Gourion, dans les années 30, accepta lidée dun gouvernement britannique ou international sur les Lieux Saints chrétiens et musulmans à Jérusalem. Il fut, en fait, le premier qui proposa la division de la ville sainte en trois zones : à louest, la ville juive ; à lest, la ville arabe, et enfin les Lieux Saints, « comme un territoire international sous le pouvoir britannique ». Hayim Weizmann émit également des réserves quant à une éventuelle souveraineté du futur Etat Juif sur la vieille ville de Jérusalem. Il sexprima ainsi le 8 juillet 1937 : « Je naccepterais pas la vieille ville, même si on me la donnait en cadeau. »
Dix ans plus tard, lors du partage de la Palestine en 1947, le chef du département politique de lAgence juive, Moshé Sharet, déclara que le mouvement sioniste trouvait juste linternationalisation de la ville de Jérusalem et était prêt à renoncer à la ville sainte « en contre partie dun bien plus grand : un Etat ». Ben Gourion et les autres dirigeants de la communauté juive acceptèrent les conditions des Nations Unies, non sans difficultés. Sils étaient prêts à renoncer à la vieille ville, ils étaient moins enclins à renoncer à Jérusalem comme capitale du futur Etat Juif.
Au terme de la guerre dIndépendance, la vieille ville de Jérusalem était aux mains des Jordaniens, qui refusèrent de mettre en application linternationalisation de la ville prévue par le plan de partage du 9 novembre 1947. La Ligue Arabe naccepta jamais que le roi Abdallah se proclame gardien des Lieux Saints de Jérusalem et joignit ses efforts à ceux du Vatican en exerçant des pressions sur le royaume hachémite. En 1949, Israël exposa sa position et demanda linternationalisation des Lieux Saints de toutes les religions. Ce sera la position officielle de tous les gouvernements dIsraël jusquau 7 juin 1967.
Suite à la victoire éclatante dIsraël et à la prise de la vieille ville de Jérusalem, lors de la guerre des Six Jours, tout fut bouleversé. Israël tenait les lieux saints de lislam et du christianisme. Que fallait-il faire ? Très vite, les ministres du gouvernement de Lévi Eshkol sopposèrent sur cette question. Fallait-il annexer la vieille ville immédiatement, ou entamer des di
Déjà, lors de la bataille de Jérusalem, Moshé Dayan avait hésité à pénétrer dans la vieille ville. Alors que les parachutistes encerclaient les murailles, le général Uzi Narkiss vint demander à Dayan, posté sur le mont Scopus, lautorisation de pénétrer dans la vieille ville. La Légion jordanienne était en en pleine débandade. Dayan lui répondit : « En aucun cas ! Quavons-nous besoin de ce Vatican-là ? ».
Il était persuadé quau bout de quelques heures, les drapeaux blancs flotteraient sur la vieille ville. Il navait pas peur de perdre de nombreux soldats dans les combats de rue, mais craignait quIsraël ne paye un prix politique très élevé par la suite.
Finalement, suite aux pressions exercées par certains ministres, dont Ygal Alon et Menahem Begin, il donna son feu vert à une opération militaire en vieille ville de Jérusalem.
Entre le 7 et le 11 juin 1967, où les ministres devaient se prononcer sur le statut de Jérusalem, certains proposèrent des solutions alternatives en vue déviter lannexion de la vieille ville. A la demande de Lévi Eshkol, un comité de spécialistes, dont le professeur Avigdor Levontin et lhistorien Yaakov Talmon, préparèrent un dossier sur la question. Ils mirent en garde contre une annexion de la vieille ville de Jérusalem parce que, selon eux, le monde arabe naccepterait jamais la domination israélienne sur lesplanade des mosquées. Par contre, ils déterminèrent que le monde chrétien ne devrait pas poser de problèmes majeurs tant linfluence du Vatican avait diminué.
Au ministère des Affaires étrangères, se mit au travail un autre comité comprenant, entre autres, David Kimhi, Itzhak Oron et le général Har-Even. Ils mirent en garde contre lenthousiasme et la pression de lopinion publique dannexer immédiatement la vieille ville. Ils proposèrent comme solution politique la création dun Etat palestinien sans armée et, pour Jérusalem-est, la mise en place dune municipalité arabe autonome et un statut spécial pour les Lieux Saints chrétiens et musulmans afin quils ne soient pas sous souveraineté israélienne. Ils pensèrent que ladoption de leurs propositions donnerait un avantage stratégique à Israël.
Lors du conseil des ministres du 11 juin 1967, sept ministres émirent des réserves sur lannexion pure et simple de Jérusalem. Le ministre des Postes, Eliyahou Sasson, proposa la création dune seule municipalité, sans, pour autant, que la vieille ville soit sous souveraineté israélienne. Le ministre de la Justice, Yaacov Shimshon Shapira, prit la tête des opposants à lannexion de la vieille ville et demanda quelle ait le même statut que les territoires de Judée et de Samarie, récemment conquis. Le ministre de lIntérieur, Moshé Hayim Shapira, alla plus loin et proposa linternationalisation de la vieille ville.
Le ministre de lEducation, Zalman Aran, lui aussi, sopposa avec fermeté à lannexion de la vieille ville en rappelant la position traditionnelle des gouvernements dIsraël en faveur de linternationalisation de Jérusalem. « Il faut permettre aux Juifs daccéder aux Lieux Saints et au Mont Scopus, déclare-t-il. Je métonne que le ministre des Affaires étrangères soit pour lannexion. »
A lopposé, la majorité des ministres, dont Lévi Eshkol, Ygal Alon (vice-Premier ministre), Menahem Begin (ministre sans portefeuille), étaient pour lannexion de la vieille ville. Eshkol fut sans doute influencé par David Ben Gourion, qui le critiqua pour son hésitation. Pour lancien Premier ministre, loccasion manquée en 1948 ne devait pas lêtre une nouvelle fois en 1967. Eshkol déclara, lors de ce fameux conseil des ministres : « De même que Jérusalem-est a été sous souveraineté jordanienne, ainsi elle sera sous celle dIsraël. Les chances de paix sont identiques dans les deux cas de figure. »
Certains ministres demandèrent de reporter la décision de quelques jours, mais Abba Even, ministre des Affaires étrangères, qui se trouvait au siège de lONU à New York envoya un message : « Il faut créer un état de fait. »
Lévi Eshkol fit procéder à un vote. Quatre ministre sopposèrent à lannexion de Jérusalem-est : Zalman Aran, Eliyahou Sasson, Mordechaï Bentov (ministre de lHabitat), et Israël Barzilaï (ministre de la Santé). Moshé Dayan finit par se rallier à la majorité et vota pour lannexion.
Quelques années plus tard, un colonel de Tsahal, Yaakov Salman, demanda à Dayan pourquoi il avait finalement voté lannexion. Il lui déclara : « Si javais voté contre, il ne me serait plus resté assez de doigts... »
Jean-Marie Allafort
© Un écho dIsraël
Mis en ligne le 19 mai 2007, par M.











