08/05/07
Sur le site de "Un écho dIsraël".
La découverte récente du tombeau dHérode le Grand résout une des énigmes auxquelles les archéologues se heurtaient depuis plus de trente ans. Aujourdhui, le professeur Ehud Netzer, de lUniversité Hébraïque de Jérusalem, vient de livrer, dans une conférence de presse, les premières conclusions des fouilles menées sous sa direction à lHerodium près de Bethléem.
On savait, par lhistorien Flavius Josèphe, quHérode avait été inhumé dans la colline artificielle connue sous le nom dHérodium et qui domine toute la région de Bethléem, aux confins du désert de Juda. Cependant, les fouilles entreprises en 1972, et interrompues à deux reprises par les deux Intifadas, navaient pas permis de localiser le tombeau. On a aujourdhui lexplication de cet échec des premières campagnes de fouilles. De toute évidence, Hérode avait prévu dêtre inhumé au pied de la colline. En témoignent les énormes travaux entrepris de son vivant en vue de sa sépulture, et en particulier une avenue de 350 mètres de long et de 30 de large destinée au passage du cortège funéraire. Tout naturellement, les recherches sétaient concentrées sur la zone où arrivait cette rue, ce qui avait conduit à dégager dabord des restes archéologiques dépoques plus tardives, notamment byzantins. Quand il fut devenu clair que le tombeau nétait pas là où on sattendait à le trouver, le professeur Netzer et son équipe entreprirent en août dernier de nouvelles fouilles à flanc de colline, pour identifier finalement le tombeau à la fin de 2006, à mi-pente du flanc nord-est. Il semble donc quHérode, dans sa vieillesse, ait décidé, pour une raison inconnue, de se faire inhumer ailleurs quà lemplacement initialement prévu.
Du tombeau lui-même, il ne reste plus aujourdhui quun escalier monumental daccès de 6,5 mètres de large, construit spécialement pour le cortège funéraire, et un dallage de pierre taillée de cent mètres carrés. Le sarcophage, en pierre rouge de Jérusalem, mesurait à lorigine 2,5 de long. Il était fermé par un couvercle à section triangulaire, décoré de rosettes. Le mausolée avait été entièrement détruit et le sarcophage lui-même réduit en morceaux, sans doute par les insurgés qui occupèrent les lieux de 66 à 72, lors de la première révolte juive, et qui haïssaient Hérode, lallié des Romains.
Les funérailles dHérode racontées par Flavius Josèphe
« On pensa après aux funérailles du défunt roi, et Archélaüs [fils et héritier dHérode] noublia rien pour les rendre très magnifiques. Le corps, vêtu à la royale, avec un diadème sur le front, une couronne dor sur la tête et un sceptre dans la main droite, était porté dans une litière dor enrichie de pierreries. Les fils du mort et ses proches parents suivaient la litière, et les gens de guerre, armés comme un jour de combat, marchaient après eux distingués par nations. Les compagnies de ses gardes thraces, allemandes et gauloises, allaient les premières, et tout le reste des troupes commandées par leurs chefs les suivaient en très bon ordre. Cinq cents officiers, domestiques ou affranchis portaient des parfums et fermaient cette pompe funèbre et si magnifique. Ils allèrent en cet ordre depuis Jéricho jusquau château dHérodion, où lon enterra ce prince ainsi quil lavait ordonné. »
Flavius Josèphe, La guerre des Juifs contre les Romains, I, 33, 9. (Traduction dArnaud dAndilly).
Commentaire : Mémoire dIsraël et terre de Palestine
La découverte récente du tombeau dHérode pose, une fois de plus, le problème des vestiges archéologiques liés à lhistoire juive et situés en territoire palestinien. En droit international, lHerodium ne se trouve pas en Israël et les fouilles entreprises par les archéologues de lUniversité Hébraïque de Jérusalem sont illégales, comme la mise en valeur du site et son classement comme parc national. Il est pourtant difficile de nier que le personnage dHérode, quel que soit le jugement porté sur lui par Flavius Josèphe, est une figure de première importance dans lhistoire juive. Ce qui pose le problème de la conservation de ces sites.
En un peu plus de six mois, jai visité deux fois le palais des Omeyyades, près de Jéricho. Sur une photo prise fin daoût, on voit un chapiteau sculpté posé au pied dun mur. Quand jy suis repassé au début de mars, le chapiteau ny était plus. Une pierre de plusieurs dizaines de kilos ne disparaît pas si facilement. Où est-elle passée ? Qui la emportée ? Pour quel usage ? On pourrait évidemment répondre avec un certain cynisme que la direction palestinienne des Antiquités peut faire ce que bon lui semble sur un site musulman du huitième siècle. Mais en Cisjordanie, ce sont des dizaines de sites juifs qui continuent à se dégrader. Je pense par exemple à danciennes synagogues de Judée aujourdhui en ruines, dont les pavements de mosaïque disparaissent peu à peu et sont envahis par la végétation. Les souvenirs du peuple dIsraël ne sont pas tous localisés, bien loin de là, dans les frontières de lÉtat dIsraël, et le patrimoine du peuple déborde largement celui de lÉtat. Le droit international est-il adapté à cette situation ? Vaste question.
Michel Remaud
© Un écho dIsraël
Mis en ligne le 11 mai 2007, par M.











