09/01/07
Texte repris du site de "Un écho d'Israël".
Cliché repris du site du CRIF, ajouté par la Rédaction d'upjf.org
Le père Patrick Desbois nous a parlé du travail quil accomplit actuellement. Pour comprendre lorigine de ce travail, il faut faire un retour en arrière sur la famille du père Patrick Desbois. Il est originaire dune famille non juive dont plusieurs membres ont été déportés, dont son grand-père, en 1942. Il sest retrouvé dans un camp à la frontière ukraino-polonaise : Rawa-Ruska. Ce lieu était une ville juive avant la guerre. Patrick Desbois y est allé pour voir les lieux et a demandé au maire où étaient les Juifs tués pendant la guerre : pas de réponse. Ainsi de suite pendant plusieurs années consécutives, toujours la même question : « Où sont les Juifs ? » Même réponse : « On ne sait pas ». Un jour, le maire de ce village a demandé à Patrick Desbois de venir. Il avait convoqué 110 témoins qui racontèrent les uns après les autres lexécution publique denviron 10 000 Juifs. Chacun prit la parole pour témoigner de ce quil avait vu ou fait. En effet les Allemands réquisitionnaient les enfants de 6 à 16 ans comme "petites mains" pour exécuter toutes sortes de menus travaux nécessaires au bon déroulement de cette exécution. Ahuri devant ces horreurs, Patrick Desbois décide de mettre cela en archives, pour que le monde noublie jamais cela et que lon redonne un nom à tous ces morts.
Par la suite, un projet commun est né entre catholiques et Juifs : trouver toutes les fosses communes dUkraine et auditionner les témoins qui sont encore là. (Voir le site : Yahad - In Unum)
| Interview du Père Patrick Desbois | ||||||
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Une mythologie existe : les Allemands tuent les Juifs dans les forêts. Cest faux, les Allemands nont pas accès aux forêts car ils ont peur des partisans. Et si le massacre a lieu sur des collines boisées, ils font déboiser avant pour voir lennemi de loin. La dernière tuerie du village est toujours publique : derrière léglise ou au centre du village.
En 1941, les Allemands entrent en Union soviétique (Ukraine aujourdhui). Avec la Wehrmacht, les unités Einsatzgruppen et la police de lordre, ils doivent tuer les Juifs, les tziganes et les communistes.
Le travail du père Desbois et de son équipe est un travail très structuré. Il y a dabord létude de deux sortes de documents :
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Les procès allemands qui donnent une première version.
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Les archives du KGB (version soviétique) qui sont microfilmées et se trouvent actuellement au musée de lholocauste à Washington.
Ensuite, avec un minibus où ont pris place onze personnes, ils se dirigent vers les villages de lUkraine. Quand ils aperçoivent une personne âgée, ils sarrêtent pour prendre contact et avoir des renseignements sur ce qui sest passé pendant la guerre. Ils rencontrent alors des témoins directs des tueries. Une fois surmontée la peur causée par la crainte des représailles du gouvernement, ils arrivent à entendre et à enregistrer des témoignages plus bouleversants les uns que les autres sur la « Shoa par balles » qui a eu lieu dans ces villages.
Une seule question de fond revient sans cesse : Que sest-il passé ?
Et là le père Desbois nous donne différents témoignages quil a auditionnés au cours de ses différents voyages en Ukraine à la recherche des témoins. Il le fait avec beaucoup de pudeur mais la réalité tellement cruelle nous pénètre profondément. Nous ne retrouvons jamais deux fois le même processus pour léradication totale du peuple juif. La seule chose qui est identique : il ne faut plus un seul Juif. Et là encore une fois, nous voyons quil ny a pas de limite au sadisme humain.
Dans un premier village (Satanif) où il y avait 80 % de Juifs, les Allemands ont voulu faire un exemple. Ils ont emmuré sous le marché couvert tous les Juifs du village et ont mis sur la porte plus de deux mètres de terre. Les Ukrainiens ont réouvert la porte en 1954. Il y avait là 1500 Juifs.
Ici, les Allemands ont dit aux chrétiens de mettre une croix sur leur porte. Ceux qui habitaient dans ces maisons nont pas été fusillés. Tous les autres le furent. Cest lhistoire de lExode, du départ de lEgypte, de façon inversée.
Dans un autre village, les hommes ont décapité les Juifs, les femmes ont décapité les enfants et les deux derniers du village ont été tués devant léglise du village. Bien souvent ce sont les paysans eux-mêmes qui ont creusé les fosses. Dès 5h du matin, ils étaient réquisitionnés, et à 5 h du soir les Juifs étaient fusillés. Après, il fallait encore reboucher les fosses.
Dans un autre village encore, les Juifs emmenés en camion ont été fusillés sur le haut de la colline. Le sang coulait dans les canalisations des maisons situées plus bas.
« Là où il y a des douilles, il y a des corps », dit le père Desbois. Dans un petit village, 5760 douilles ont été trouvées. Or les Allemands navaient pas le droit dutiliser deux douilles pour la même personne. Une fosse met trois jours pour mourir. La terre bouge pendant trois jours car certains ne sont que blessés et sont enterrés vivants. Cest le cas de cette femme que lon a retrouvée dans la seule fosse qui a été ouverte par le père Desbois et son équipe en présence dun rabbin pour dire le qaddish, et dune équipe ukrainienne. Cette femme protégeait de sa main la figure de son enfant sur lequel on jetait de la terre. Ni elle, ni son enfant nont de traces de balle.
Dans un autre lieu, les Allemands emmenèrent dans un train 1700 Juifs, leur disant quils allaient en Israël. Un kilomètre plus loin, ils arrêtèrent le train, firent sortir tout le monde le long du train. Cest ainsi que tous ont été fusillés. Et nous pourrions ainsi continuer les descriptions. A lOuest de lUkraine, les fosses ne sont pas marquées. Par contre à lEst on y trouve un mémorial où il est écrit « Gloire éternelle à lunion soviétique ».
Beaucoup de fosses ont été ouvertes par des maraudeurs pour retrouver lor dentaire. On y retrouve des crânes coupés en deux où la mâchoire a été retirée.
Pourquoi faire ces recherches ?
Le père Desbois a deux buts principaux.
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En mémoire de ces gens qui très souvent ont été très pauvres. Pour quils aient une tombe ! Les Allemands ont de très belles tombes.
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Réunir aussi le maximum de preuves. On vient de le voir en Iran. On entendra des gens dire que « les Juifs exagèrent », ou même que cela na jamais eu lieu. Il faut produire des preuves, comme dans une enquête policière.
« Le travail que je fais nest pas facile », nous confie le père Desbois. Pas facile davoir une éthique quand on travaille sur la pire des maladies. Léquipe du père Desbois na trouvé que 500 fosses (sites dextermination) et elle estime quil y en a 1500. Elle essaye détablir les faits. Ce qui donne la force de faire ce travail, ce sont tous ces témoins. Et quand on leur demande sils ont déjà parlé, ils répondent tous unanimement : « Mais personne ne nous a jamais rien demandé ! » Sur le lieu dune fosse où 97 000 Juifs ont été enterrés, aucun signe, aucun panneau...
Le travail que cette équipe effectue est un travail de prévention, nous explique le père Desbois. Si on ne fait pas cela, on justifie pour demain dautres génocides. Il est important que les futurs génocideurs sachent que la mémoire de lassassin ne restera pas intacte. Cest en fait une histoire de sauvetage. Beaucoup dhistoires ont déjà été collectées grâce à Yad Vashem. Par exemple, les Allemands ont découpé en petits morceaux et jeté à la rivière toute une famille qui avait caché des Juifs.
Cest pour établir des preuves pour eux que travaille léquipe du père Desbois. Il est très important détablir les preuves de la shoa à lEst.
Il faut des veilleurs. Dès quun génocide se met en route, il faut que toutes les machines se mettent en route, légales ou non, pour larrêter. Les génocideurs savent très bien que les gens dont le groupe nest pas touché dorment en paix !
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