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Ce que peut faire un individu, par le Sénateur Harris Wofford
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Par son rapport dramatique sur les réfugiés de la Seconde Guerre Mondiale, un avocat de Philadelphie, Earl Grant Harrison, a aidé à la création d’un pays.

Traduction française de Menahem Macina, pour CJE

Ce texte peut être reproduit et diffusé, sous réserve de la mention suivante (obligatoire) : " © 2002 CJE et M. Macina pour la traduction française ".

L'histoire de la contribution décisive d'Earl Grant Harrison à l’émergence d'Israel a été en grande partie oubliée, et lorsqu'il a rejoint la société Schnader en 1948, les pleines dimensions de cette contribution n'avaient pas encore été rendues publiques. Son travail est une apostille significative à l'histoire, un exemple de l'individu de la différence que peut faire un individu, en l’occurrence, un avocat de Philadelphie.

Vers la fin de la Seconde Guerre Mondiale, alors que de plus en plus de camps de concentration nazis tombaient aux mains des Alliés, la situation difficile des malades et des mourants, victimes du Troisième Reich, devint une crise manifeste pour le monde occidental. Ceux qui étaient dans l’état le plus dramatique étaient les plus de 100.000 survivants juifs des camps, qui n'avaient en général pas de toit, et que des décisions politiques empêchaient de commencer une nouvelle vie en Palestine. N’ayant nulle part où aller, ils sont restés derrière les barbelés jusqu’à ce que le moins compliqué et le plus facile des problèmes ait été résolu.

Finalement, le Département d’Etat américain fut amené à proposer une mission officielle "pour s’informer de la condition et des besoins de ceux, parmi les personnes déplacées, qui pouvaient être apatrides ou non-rapatriables - l'accent étant mis plus particulièrement sur les réfugiés juifs." Le Président Truman donna son approbation et, en 1945, peu de temps après avoir accepté d’être doyen de la Faculté de Droit de l'université de Pennsylvanie, il fut demandé à Earl G. Harrison d’aller en Europe, en tant qu'émissaire personnel du président, conduire une mission destinée à recueillir des renseignements sur les camps de Personnes Déplacées.

Le Département d'Etat avait choisi Harrison en raison de son expérience antécédente en matière de réfugiés et de camps d'internement. Lorsque la guerre s'était étendue à l’Europe, Harrison avait été chargé de l’enregistrement et de la prise d'empreintes digitales de près de quatre millions d'étrangers aux Etats-Unis, et s’était acquitté de la tâche de manière à ne pas accentuer les craintes de ceux qui sont nés à l'étranger. Après Pearl Harbour, Harrison avait pris en charge la délivrance de certificats à 1,1 millions d'étrangers d'Allemagne, d'Italie et du Japon. Cette tâche accomplie, Harrison est devenu le Commissaire du Président Roosevelt à l'immigration et à la naturalisation, avec la responsabilité spéciale - inhérente à l’état de guerre - de tous les "étrangers ennemis" et celle de la direction des camps d'internement qui furent créés pour les 15.000 étrangers considérés comme déloyaux et dangereux.

Lors de sa première soirée à Munich, en juillet 1945, Harrison eut la visite d'un aumônier juif de l'armée américaine. L'aumônier, Abraham J. Klausner, était allé dans un centre de rapatriement à Dachau. Le spectacle qu'il y avait découvert avait fait de lui un Sioniste militant. Parlant jusqu’à une heure tardive de la nuit, Klausner décrivit la situation, et le jour suivant, Harrison changea ses plans de trajets, convenant avec Klausner de visiter trente camps de concentration en Allemagne et en Autriche, y compris celui de Dachau. Ce fut un voyage aux portes de l'enfer.

Harrison fut consterné par l'attitude des fonctionnaires du Gouvernement Militaire Allié. "Beaucoup d’entre eux sont d’avis que les juifs qui restent dans les camps ne sont qu’une complication qui rend difficile la réalisation sans heurt la réalisation de la coexistence", disait Harrison. "Certains officiers m'ont dit : 'Après tout, nous devons vivre avec ces gens [les Allemands], et nous ne voulons pas éveiller leur hostilité.' "

Harrison s’entretint avec des centaines de réfugiés. "Beaucoup commençaient à devenir amers", rapporta-t-il. "Ils m’ont dit : 'Plus de trois mois se sont écoulés depuis que nous avons ressenti le frisson de l'espoir que le Jour de la Victoire avait apporté. Mais nous sommes toujours sous surveillance [dans les camps]. La seule différence est que ce sont des soldats américains ou britanniques qui nous gardent à présent, au lieu des SS.' "

En août, Harrison revint à Washington et soumit son rapport au président. Il écrivait: "Il est difficile de comprendre pourquoi tant de personnes déplacées, en particulier celles qui ont été si longtemps persécutées et dont le rapatriement ou le reclassement sont susceptibles d'être retardés, soient obligées de vivre dans des camps rudes et surpeuplés, alors que les allemands des régions rurales continuent à vivre tranquillement dans leurs maisons.

"…. L'urgence de la situation doit être reconnue. Il est inhumain de demander à des personnes de continuer à vivre dans les conditions actuelles, quelle qu’en soit la durée."

Sans tenir compte du désir du Département d'Etat qu’on n’établisse pas de lien entre le problème des personnes déplacées et la question controversée de la Palestine, Harrison fit état du fait que "la Palestine est certainement et par dessus tout le premier choix" des juifs qui sont dans les camps. Il proposa de fixer à 100.000 le nombre de ceux qui désiraient se rendre en Palestine. À l’époque où le gouvernement britannique employait la force armée pour empêcher un exode des réfugiés juifs vers la "Terre Sainte", la recommandation de Harrison était une bombe politique.

Le rapport de Harrison eut un impact immédiat et de grande portée sur le président. Le 31 août 1945, après un long entretien avec Harrison à propos du rapport et des recommandations qu’il contenait, Truman ordonna au Général Dwight D. Eisenhower "de s’assurer que les officiers subalternes sur le terrain mettent en oeuvre les mesures humanitaires promulguées par le Haut Commandement Allié."

Truman citait un paragraphe dramatique du rapport de Harrison: "Dans l’état actuel des choses, il s’avère que nous traitons les juifs comme les Nazis les traitaient, sauf que nous ne les exterminons pas. Ils sont en grand nombre dans des camps de concentration sous notre surveillance militaire au lieu de celle des troupes SS. On est amené à se demander si les Allemands, voyant cela, ne vont pas supposer que nous sommes en train de suivre ou d’excuser la politique nazie."

Truman écrivit aussi directement au premier ministre britannique Clement Attlee. En lui envoyant le rapport de Harrison et en utilisant presque les mêmes termes, Truman disait au chef du nouveau gouvernement travailliste: "La principale solution semble être d’évacuer le plus rapidement possible vers la Palestine les juifs non rapatriables qui le souhaitent. Pour être efficace, une telle action ne devrait pas trop tarder."

Finalement, après avoir été rendu public par la Maison Blanche, le 30 septembre 1945, le rapport circonstancié de Harrison fut publié dans le New York Times et fit sensation.

Rétrospectivement, le rapport Harrison a une grande signification historique. En premier lieu, ce fut un tournant dans la politique de Truman à l’égard de la Palestine. Ce fut également une étape cruciale dans la création d'Israël. À minuit, le 14 mai 1948, le Président Truman fut le premier chef d'Etat à déclarer que son pays reconnaissait la république d'Israël.

© 1998, 1999, 2000, 2001, 2002 par Schnader Harrison Segal et Lewis LLP, Philadelphie, Pennsylvanie (Etats-Unis). Tous droits réservés.

© 1992 Philadelphia Bar Ass'n.
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