Les inégalités en Israël : Mise en garde du FMI, Jacques Bendelac

Une étude du FMI prévient contre les méfaits de la libéralisation de l’économie : un avertissement qui n’est pas passé inaperçu en Israël. Le Fonds Monétaire International (FMI) est considéré comme le chantre du libéralisme économique. Régulièrement, le FMI recommande aux économies, émergentes comme développées, de desserrer les carcans de la bureaucratie et de l’Etat, et de favoriser la liberté économique : liberté de circulation des hommes et des capitaux, libre-échange, libre-initiative, etc. Or aujourd’hui, des experts du FMI mettent le monde en garde : la libéralisation des mouvements de capitaux entraîne une augmentation des inégalités de revenus.

 

En Israël, l’étude publiée dans la dernière livraison de la très sérieuse revue du FMI “Finances et Développement”, a provoqué une onde de choc. Et pour cause : plus d’une fois, les dirigeants israéliens se sont réclamés de l’idéologie du FMI pour mettre en œuvre des politique de libéralisation et d’ouverture. Et on sait qu’en Israël, l’extension du libéralisme va de pair avec l’extension de la pauvreté et des inégalités. Aujourd’hui, le FMI confirme la relation de cause à effet entre libéralisation et inégalités.


Quoi de neuf donc dans cette étude du FMI qualifiée de “révolutionnaire” par de nombreux observateurs ? Les deux auteurs, Davide Furceri et Prakash Loungani, se concentrent sur un seul aspect : la libéralisation les mouvements de capitaux. C’est dans les années 1990 que le FMI expliquait pourquoi il fallait que les pays mènent à son terme la libéralisation des mouvements de capitaux, en éliminant toutes les restrictions à l’entrée et à la sortie.

 

Le Premier Directeur général adjoint de l’époque, Stanley Fischer, décrivait la libéralisation comme « une étape incontournable sur la voie du développement qui ne peut être évitée et où il faut s’engager avec ardeur ». Fischer, aujourd’hui Vice-président du Conseil de la Réserve fédérale américaine, expliquait que la libéralisation permet « aux résidents et aux Etats d’emprunter et de prêter à des conditions favorables, et les marchés financiers intérieurs gagnent en efficacité, grâce à l’adoption de techniques financières perfectionnées, ce qui assure une meilleure allocation de l’épargne comme de l’investissement ».

 

Coïncidence ? Quelques années plus tard, en mai 2005, le gouvernement israélien confirmait son adhésion au modèle américain en nommant le même Stanley Fischer au poste de gouverneur de la Banque d’Israël.

 

Les 10 commandements

 

Il ne faut donc pas s’étonner que la politique économique conduite par les gouvernements israéliens depuis le début des années 2000 soit de type libéral : elle est semblable, à s’y méprendre, à celle que préconisent les organisations internationales comme le FMI.

 

À la fin des années 1980, le FMI proposait aux pays en développement un programme de réforme baptisé « Consensus de Washington » contenant dix volets distincts : discipline budgétaire, redéfinition des priorités en matière de dépenses publiques, réforme fiscale, libéralisation des taux d’intérêt, taux de change compétitif, libéralisation du commerce, libéralisation des investissements directs en provenance de l’étranger, privatisation, déréglementation et droits de propriété à un coût acceptable.

 

Elaborées en 1989 et dorénavant identifiées au néo-libéralisme, les réformes définies dans le « Consensus de Washington » sont devenues les « Dix Commandements » des gouvernements israéliens depuis le début des années 2000.

 

L’ouverture, cause d’iniquité

 

Convaincus par des raisonnements du même ordre, de nombreux gouvernements ont levé les restrictions aux mouvements de capitaux. Les auteurs de l’étude donnent l’exemple de l’Angleterre de Thatcher et d’autres pays européens. Le Chili aussi a été un des premiers pays émergents à opter pour la libéralisation, après quoi plusieurs autres pays d’Amérique latine lui ont emboité le pas dans les années 1990, suivis par Israël et des pays émergents d’Asie.

 

Aujourd’hui, le FMI met en garde : « Ces phases de libéralisation des mouvements de capitaux ont été suivies par une augmentation des inégalités de revenus ». Le FMI donne deux explications à ce phénomène. Premièrement, la libéralisation des capitaux est une source de crise financière qui, elle-même, frappe les plus pauvres et creuse les inégalités. Deuxièmement, la libéralisation fait pencher l’accès au crédit en faveur des plus aisés, ce qui accentue les inégalités.

 

Si Israël n’est pas cité dans l’étude, son exemple rappelle étrangement les politiques ultra-libérales que Margaret Thatcher et Ronald Reagan ont appliquées en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis dans les années 1980. Et l’impact socioéconomique de la politique libérale conduite en Israël est connu : au cours de la dernière décennie, le taux de pauvreté a doublé et les inégalités se sont creusées. On en connaît aujourd’hui une des causes principales.


http://www.israelvalley.com/news/2016/06/15/50308/les-inegalites-on-en-parle-de-plus-en-plus-mise-en-garde-du-fmi-a-israel