Quand Trump dit «America first», ça veut dire quoi? Que le shérif américain est fatigué… Benoît Rayski

L’Amérique est lasse. Lasse de gendarmer le monde. Gendarme elle l’était parce qu’elle le voulait bien, mais surtout parce qu’on le lui demandait avec insistance. Lasse de se battre pour protéger l’Arabie saoudite contre les chiites qui veulent la peau des wahhabites et contre son enfant monstrueux et dévoyé, les fanatiques de Daech. Lasse de faire la guerre en lieu et place d’une armée irakienne ni motivée ni combative.

Lasse de bombarder en Syrie, en Libye et en Afghanistan. Lasse de faire contre le terrorisme ce que l’Europe molle et de plus en plus ramollie répugne à faire. Lasse de verser des milliards pour que l’Afrique ne meure pas de faim ou de maladie. Lasse de faire tout ça et, en retour, de se faire cracher à la gueule : plus elle intervient et plus l’anti-américanisme prospère.

 

Il s’agit d’une lame de fond dont Donald Trump a saisi la force mieux que quiconque. Tel est le sens de ses discours rythmés par un « America first ». « L’Amérique d’abord », le monde après. Il n’est pas sûr que sa rivale, Hillary Clinton, ne soit pas obligée de le suivre un peu sur ce terrain. L’isolationnisme fait partie d’une longue tradition américaine. Donald Trump a des mots qui en Europe choquent. Il ne veut pas de musulmans sur le sol américain. Mais ce n’est pas lui qui enverra des GI se faire trouer la peau pour tuer des musulmans…

 

L’Europe s’est longtemps abritée dans les plis de la bannière étoilée. Pourtant le terrorisme fait des ravages chez nous, pas au Kansas ou au Texas. Pour aider les dirigeants américains à comprendre ce qui se passe en Amérique un western peut les aider : « Le Train sifflera trois fois ».

 

Le shérif — Gary Cooper — se trouve seul pour faire face à une bande de hors-la-loi qui ont décidé de l’abattre. Il cherche de l’aide, des volontaires pour les affronter. Tous se défilent : la lâcheté et la peur règnent sur la ville. Finalement, Gary Cooper triomphera. La ville soulagée viendra l’acclamer. Le shérif dégoûté arrachera son étoile, la jettera au sol et partira. Croyez-vous que François Hollande, Angela Merkel et quelques autres ont envie de ramasser cette étoile ?


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