Terrorisme : une journaliste saoudienne dénonce "l'hypocrisie" des cheikhs

Le 3 avril dernier, Nadine Al-Budair, présentatrice sur une chaîne de télé saoudienne, se lance en plein direct dans une tribune contre l'immobilisme des représentants islamiques face à la montée du terrorisme. Fervente activiste de l’égalité des sexes, la journaliste Nadine Al-Budair fait partie des rares personnalités médiatiques saoudiennes à s’en prendre ouvertement aux figures politiques et religieuses de son pays. Réputée pour ses prises de parole anti-langue de bois, elle n’hésite pas à malmener ses invités et à les pousser dans leurs retranchements, quitte à les ridiculiser.

 

L'an dernier pendant une interview, la journaliste avait éclaté de rire face un historien qui tentait d'expliquer pourquoi les Saoudiennes ne peuvent pas conduire. Ce dernier justifiait cette interdiction en expliquant que les femmes risquaient de se faire violer sur le bord de la route. Face à autant de mauvaise foi et de misogynie, Nadine Al-Budair n’avait pu s’empêcher de rire.

 

Contre les "pédants et les hypocrites"

 

Mais il n’y a pas que les inégalités entre hommes et femmes qui irritent la journaliste. Le 3 avril dernier, la présentatrice du journal a interrompu son programme en direct, pour faire un discours de 3 minutes, exhortant les autorités et la société musulmane à une prise de conscience. « À chaque fois que le terrorisme massacre des civils pacifiques, les pédants et les hypocrites crient sur tous les toits que ces gens (les terroristes, NDLR) ne représentent pas l’Islam, ni les musulmans. Peut-être que l’un d’entre eux pourrait nous dire qui représente l’Islam et les musulmans alors ? Nous voyons ces mêmes personnes se battre pour être les premiers à prouver que tout ce qui arrive n’a rien à voir avec les musulmans, que les terroristes sont des bandits, des sans-abri alcooliques et toxicomanes. »

 

Si Nadine Al-Budair admet qu’il y a énormément de sans-abri en Europe, elle remet en cause l'amalgame qui permet d’accuser ces mêmes personnes d'actes terroristes. « C'est nous qui nous faisons nous-mêmes exploser ! Nous qui faisons exploser les autres ! Pourquoi balayons-nous notre propre conscience ? » S’en prenant ouvertement aux cheiks, aux intellectuels et aux experts arabes, elle interroge aussi la société musulmane dans sa globalité. « Ces auteurs n’ont-ils pas émergé de notre environnement ? Leurs familles n’appartiennent-elles pas à notre société ? Ne connaissez-vous pas quelqu’un de votre ville, un voisin, quelqu’un de votre rue, un parent, un neveu, un petit-fils, un père ou une mère parti faire le djihad en Syrie ou en Irak ? »

 

"Nous sommes ceux qui les avons engendrés"

 

Après les attentats de Bruxelles en mars dernier, l’éditorialiste appelle la communauté musulmane à changer de position et de discours. « Nous devons reconnaître que nous sommes ceux qui les avons engendrés et qui leur avons inculqué les enseignements de tous les livres salafistes. Nous devons admettre que ce sont les écoles et les universités que nous avons créées qui leur ont dit que les autres sont des mécréants. » Enfin, elle s’en prend aux cheikhs qui ont encouragé le terrorisme et qui aujourd’hui le dénoncent. « Où sont les cheikhs d’hier ? Pourquoi n’ont-ils pas le courage de déclarer que ce sont eux qui ont prescrit le djihad et légalisé les guerres politiques, en utilisant des exégèses honteuses et futiles qui autorisent le meurtre, l’esclavage et la destruction ? »

 

Ça n’est pas la première fois que Nadine Al-Budair défend cette position. En décembre dernier, elle publiait dans le quotidien koweïtien Al-Rai, un édito dans lequel elle invitait le lecteur à inverser les rôles. « Imaginez un jeune d’un pays de l’Ouest venant ici se faire sauter au milieu d’une de nos places publiques au nom de la croix », peut-on lire sur le site Memri qui a traduit en anglais des extraits de cet article.

 

 http://madame.lefigaro.fr/societe/les-terroristes-sortent-de-nos-ecoles-et-universites-le-nouvea-090516-114158?a3=763-6242928-