Les candidats à la présidence américaine et Israël par Guy Millière

Les élections primaires américaines qui ont lieu en ce moment sont présentées en France de manière souvent très biaisée. Les Français qui ne parlent et ne lisent pas l’anglais ont très peu de possibilité de savoir que Barack Obama a été, comme je m’y attendais, et pour des raisons que j’ai expliquées dans mon livre Le désastre Obama*, un destructeur, tant sur le plan intérieur où les ravages qu’il va laisser derrière lui en termes d’accroissement de la pauvreté, d’exacerbation des tensions raciales et d’asphyxie des petites et moyennes entreprises sont immenses, que sur le plan extérieur où son héritage sera le chaos qui règne dans tout le Proche-Orient, en Libye, en Afrique subsaharienne, mais aussi la montée en puissance sur la planète de l’axe Russie-Chine-Iran.

Les Français qui ne parlent et ne lisent pas l’anglais ont également très peu de possibilité de savoir ce que sont réellement les candidats en présence pour succéder à Obama.

 

Ils ignorent ainsi très largement qu’Hillary Clinton est une candidate sur qui pèsent de graves accusations de parjure, de corruption, de divulgation de secrets d’Etat qui l’auraient déjà conduite en prison si elle ne bénéficiait de la protection d’Obama, et une candidate dont les propositions dans tous les domaines sont très à gauche et en feraient une continuatrice d’Obama.

 

Ils persistent à prendre Donald Trump pour un bouffon ou un « fasciste », et passent sur le fait que c’est un entrepreneur qui a réussi (même si, comme tout entrepreneur, il a connu quelques échecs : qui ne tente rien, n’a rien), et un homme qui se contente de tenir un discours patriotique visant au redressement des Etats-Unis, sans (n’en déplaise à ceux qui le diffament) le moindre propos raciste.

 

Les positions du principal challenger de Trump, Ted Cruz, sont souvent qualifiées d’ « extrémistes» alors qu’elles sont simplement ancrées dans la liberté économique et dans les valeurs judéo-chrétiennes sur lesquelles reposent non seulement les Etats-Unis, mais toute la civilisation occidentale.

 

Les Français qui ne parlent et ne lisent pas l’anglais n’ont quasiment aucune possibilité de savoir, sauf s’ils ont lu mes articles sur le sujet, que Barack Obama s’est conduit depuis janvier 2009 en ennemi résolu d’Israël et n’a pu être davantage nuisible qu’il ne l’a été que parce que tout ne s’est pas passé comme il le souhaitait (il voulait la prise de pouvoir par les Frères musulmans dans tout le monde sunnite, et Morsi en Egypte a été remplacé par Abdel Fattah al Sisi, la Libye a glissé vers le chaos, tout comme la Syrie), et parce que Binyamin Neyanyahou a su déjouer l’essentiel des pièges qui lui ont été tendus.

 

Les Français qui ne parlent et ne lisent pas l’anglais n’ont quasiment aucune possibilité de savoir ce que sont les positions des potentiels successeurs d’Obama concernant Israël. Celles-ci sont pourtant claires.

 

Hillary Clinton, si elle devait être élue, continuerait, à l’évidence, la politique anti-israélienne d’Obama.

 

Ses paroles récentes destinées à séduire la communauté juive ne sont que des paroles, et n’engagent que ceux qui y croient. Ses actes passés sont éloquents, tout comme ses intentions explicites. L’ensemble des emails mis au jour par les enquêtes du FBI la concernant montrent qu’au cours des quatre années où elle a été Secrétaire d’Etat, elle a contribué très activement, au côté de gens proches des Frères Musulmans, tels sa principale conseillère, Huma Abedin, au renversement de Zine Ben Ali, Hosni Moubarak, Mouammar Kadhafi, tout comme à la mise en place des négociations qui ont conduit à l’accord sur le nucléaire iranien, qui se sont poursuivies sous son successeur, John Kerry.

 

Ces emails montrent aussi qu’elle a exercé des pressions sur le gouvernement israélien aux fins d’assouplir les règles d’embargo frappant le Hamas à Gaza, qu’elle n’a cessé d’être adepte d’une « solution à deux Etats » dans les « frontières de 1967 » (les lignes d’armistice de 1949).

 

Ils montrent, en outre, qu’elle a envisagé de soutenir des manifestations anti-israéliennes organisées en Judée-Samarie, à Jérusalem et en Israël destinées à réclamer la création immédiate d’un Etat palestinien confié à Mahmoud Abbas, selon les conditions édictées par Mahmoud Abbas.

 

Ils montrent enfin, qu’elle n’a cessé d’être proche de Sydney Blumenthal, qui a travaillé pour l’administration Bill Clinton et qui est connu pour ses positions très anti-israéliennes, mais aussi de Max Blumenthal, fils de Sydney, gauchiste « antisioniste », auteur d’un livre haineux envers Israël appelé Goliath.

 

Sous Hillary Clinton, Huma Abedin serait à la Maison Blanche, Sydney et Max Blumenthal aussi. Les pressions pour qu’Israël retrouve les lignes d’armistice de 1949 s’exacerberaient sans aucun doute, tout comme les pressions pour qu’Israël quitte totalement la Judée-Samarie. Les accords avec l’Iran resteraient ce qu’ils sont. Le Proche-Orient resterait plus sûr pour l’islam radical, beaucoup moins sûr pour Israël.

 

Les candidats républicains, quels qu’ils soient, n’ont, eux, cessé d’affirmer leur soutien sans ambigüité à Israël, leur volonté de lutter sans merci contre l’islam radical, et d’abroger l’accord passé avec l’Iran. Le contraste avec Hillary Clinton est aussi net qu’il est possible.

 

 

Donald Trump étant présentement en tête et n’ayant cessé depuis des mois d’être trainé dans la boue et ayant été parfois qualifié d’ « antisémite » (par les gens qui l’ont traité de bouffon, de « fasciste » et de raciste, bien sûr), il importe de parler plus particulièrement de lui.

 

C’est un ami personnel de longue date de Binyamin Netanyahou, qu’il a soutenu très nettement lors d’élections israéliennes.

 

C’est un homme qui a, par alliance, une famille juive proche d’Israël, et une fille convertie au judaïsme chez qui il passe souvent le jour de shabbat.

 

Il a choisi comme vice-président de son entreprise un juriste nommé Michael Cohen, lui-même très proche d‘Israël. Il est, de tous les candidats, le plus proche de la communauté juive, quand bien même les Juifs de gauche ne l’aiment pas (mais les Juifs de gauche ont voté deux fois Barack Obama, et ce n’est donc pas un critère).

 

Ceux qui dissèquent chaque phrase de façon malveillante, ont noté qu’il a dit préférer avoir des comptables juifs portant kippa : ce qui, lorsqu’on n’est pas malveillant, signifie à l’évidence qu’il a confiance en leur honnêteté. Il a dit aussi ne vouloir aucun soutien financier d’organisations juives : ce qui est logique dès lors qu’il ne veut aucun soutien de quelque organisation que ce soit et a fait de son indépendance financière un des thèmes de sa campagne. Il a affirmé, c’est exact, ne pas prendre position au préalable et « rester neutre » lorsqu’il a évoqué d’éventuelles négociations avec les ennemis d’Israël : ce qu’oublient les commentateurs malveillants est qu’il est un homme d’affaire qui pratique « l’art des accords », et ne dévoile jamais son jeu à l’avance.

 

Il est l’auteur d’un livre appelé The Art of the Deal*, où sa façon de faire sur ce point est expliquée précisément. Il devait se rendre en voyage en Israël au mois de décembre dernier : ses déclarations sur les Musulmans après l’attaque terroriste de San Bernardino ont suscité des remous à la Knesset, et il a préféré annuler son voyage ; pour ne pas embarrasser Binyamin Netanyahou, a-t-il précisé. Il ne fait aucun doute que s’il était élu, il redonnerait aux Etats Unis leur statut de principal allié et d’ami primordial d’Israël sur la scène mondiale. Marco Rubio [qui s’est retiré de la course, NDLR] ou Ted Cruz feraient de même.

 

Les grands médias français et européens préféreraient incontestablement une présidence Hillary Clinton et seraient consternés par une présidence Cruz, davantage consternés encore par une présidence Trump. Les grands médias américains sont, globalement, sur la même longueur d’onde.

 

La haine anti-Trump et anti-Cruz qui imprègne les médias est un excellent signe

 

Au vu des positions générales des grands médias français et européens, mais aussi de nombre de grands médias américains, face aux affaires du monde en général, et face à Israël en particulier, au vu de leurs biais, qui frôlent souvent la désinformation, leur consternation serait un excellent signe. La haine anti-Trump et anti-Cruz qui les imprègne d’ores et déjà est elle-même un excellent signe.

 

Lors de la réunion de l’AIPAC, qui va se tenir à Washington, Hillary Clinton, Ted Cruz et Donald Trump vont parler. Des Juifs de gauche américains sont enthousiastes à l’idée que Hillary Clinton va parler. Ils sont très réservés à l’idée que Ted Cruz va parler, et plus réservés encore à l’idée que Donald Trump va parler.

 

Après avoir soutenu Obama, qui a fait tant de mal à Israël, on pourrait attendre de ces Juifs de gauche un peu de décence. Ils confirment, hélas, ce que Norman Podhoretz écrivait d’eux dans son livre Why Are Jews Liberals?* : ils ne sont plus juifs, ils ont changé de religion. Leur nouvelle religion est les idées de gauche. Il existe une organisation juive digne de ce nom aux Etats-Unis, la Zionist Organization of America (ZOA), que dirige le courageux Morton Klein. Je regrette infiniment que la ZOA n’ait pas supplanté l’AIPAC.

 

© Guy Millière pour Dreuz.info.

 

Guy Millière est membre du comité directeur de l’association France-Israel

 

http://www.dreuz.info/2016/03/19/les-candidats-a-la-presidence-americaine-et-israel/