Young et moi, un documentaire de Sophie Nahum, par Maya Nahum

En novembre 2013, j’évoquais dans Causeur le destin de Victor Young Perez, juif tunisien champion du monde de boxe, déporté à Drancy puis à Buna Monovitz, le camp de travail d’Auschwitz, et assassiné en 1945 pendant la grande marche. Dans notre famille, Young est un héros qui se transmet de génération en génération, comme ailleurs on se transmet une terre.

La réalisatrice Sophie Nahum a donc hérité de son grand-père André Nahum l’histoire de Young, dont il avait fait un roman, à la demande de la sœur même du champion, désespérée que son frère fût oublié. (Young Perez Champion, Editions Télémaque).

 

Sophie veut aller plus loin, partir sur les traces du boxeur, et commence à travailler sur un documentaire.

 

Elle rencontre alors par hasard le comédien Tomer Sisley qui, fasciné par ce même héros, est en train d’écrire un scénario sur Young Perez. Sophie et Tomer décident d’unir leurs forces, rejoints par Laurent Preece, coproducteur, et Arnaud Mansir, chef opérateur. Aucune chaîne n’accepte de les financer, leur projet n’est pas assez dans les clous. Qu’à cela ne tienne, ils vont se débrouiller. Il faut faire vite, les témoins sont très âgés. Sophie lance une souscription sur Internet. Ainsi va naître Young et moi.

 

Pendant une heure, Tomer Sisley nous emmène en Pologne, en Israël et en France à la rencontre de ceux qui ont croisé Young, à Paris dans les salles de boxe ou en déportation. Tomer questionne, écoute, sourit, pleure.

 

La confiance entre le jeune homme et les vieux messieurs crée une complicité bouleversante. Chacun raconte Young à sa manière, ce qu’ils ont vu.

 

Le chef d’Auschwitz était un passionné de boxe et jubilait d’avoir sous la main un champion du monde. Il considérait Young Perez comme son jouet et le fit boxer dans le camp pour son plaisir et celui de ses acolytes nazis. Le champion serrait les poings.

 

Pendant la grande marche, quand il reçut la balle qui le tua, il portait un énorme pain dérobé pour ses copains.

 

C’était un type généreux, altruiste, courageux.

 

La force et l’originalité de ce documentaire est là : des jeunes gens d’aujourd’hui interrogeant des survivants de la Shoah sans pathos, dans les moindres détails, pour comprendre et faire le lien entre le passé et le présent, non pas en vertu de ce devoir de mémoire qu’on ressasse et qui ne veut pas dire grand-chose mais plutôt pour « souffler sur les morts pour qu’ils vivent ». Ainsi Tomer tient absolument à faire une photo de sa fille avec l’un d’eux. « Je veux qu’elle se souvienne qu’elle vous a connu ».

 

Notons que la musique de Keren Ann accompagne les images sans mélo, mais au contraire comme une ode à la vie, celle que Young aimait passionnément.

 

A l’heure où il est officiellement établi que l’enseignement de la Shoah pose problème dans les écoles, Young et moi doit être un outil pédagogique essentiel.

 

En attendant qu’une chaîne de télé se décide à l’acheter, on peut voir Young et moi sur Canal Play.

 

 


http://www.causeur.fr/victor-young-perez-documentaire-36463.html